‹ Fouilles dans la nécropole de VulciChapitre 103 sur 149 · ARGENT, AMBRE, VERRE, SCARABÉES · texte numérisé non relu

ARGENT, AMBRE, VERRE, SCARABÉES

Argent. — L'argent n'était représenté que par les fragments d'un ou deux petits cercles, trouvés dans la tombe CXIV, n" 17 (cf. peutêtre aussi XCVII, H*"*). Ce métal n'a guère été constaté que dans les puits les plus récents, à Cometo ^, à Vetulonia ^, à Bisenzio ^: du reste,

(fibule?); p. 293, t. 3(couteau) ; p. 294, t. 6 (lance et épée); p. 297, t. 9 (lance et couteau); p. 800, 1. 16 (anneau); p. 301, 1. 18 (lance); p. 309, t. 39 (couteau et lame indistincte).

* Pasqui, Not d. Scavi, 1886, p. 115 (lance); p. 118, t. 7 (lance); p. 118, t. 8 (lance et épée); p. 120, t. 19 (anneau); p. 144, t. 20 (tige de fer). Falchi, ibid,, p. 406, t. 1 (pendeloque) ; p. 408, t. 20 (lance) ; p. 414, t. 32 (deux demi-cercles) ; 1887, p. 523 (couteau; ibid. (disque); p. 529, t. 6 (tiges indistinctes).

* Falchi, Not d. Scavi, 1887, p. 515 et 516, t. 3 (paalstab et deux épées), p. 517, t. 7 (bracelets; cf. p. 518, t. 10); p. 518, t. 13, n"* d (objet indistinct), t. 14 (spirales). — Dans une autre tombe qui paraît récente aussi: Helbig, Bull, delVInst, 1885, p. 131- 182 (poignard, couteau, lance, fibules, mors, fragments indistincts).

' Dans deux tombes seulement on en a trouvé des traces : Zannoni, OU Scavi délia Cerioêa, p. 148.

*Brizîo, Not. d. Scavi, 1889, p. 306, t. 17, n"* 7 (fibule?); p. 820, n* 104, pi. I, fig. 26 (essieu?); p. 321, t. 40 (objet indistinct); p. 328, t. 49, n*» 22 (fibule); p. 329, n** 63 (tige arrondie). On annonce même la découverte d'iHT fer à cheval (??) : Rendieanti deWAccademia dei Lincei, T. VI, 1890, 1" semestre, p. 529-530.

^ Zannoni, OH Scavi délia Certosa, p. 151.

* Gbirardini, Not. d. Scavi, 1882, p. 179 (plaque d'argent appliquée contre un vase de bois). Helbîg, Annali delVInst., 1883, p. 287, et Monumenti, T. XI, pi. LIX, fig. 12 (fibules et bagnes dans une tombe à ziro) ; Annali, 1888, p. 290, et Monumenti, T. XI, pi. LX, fig. 8, 9 et 12 (deux bracelets, trois anneaux d'une tombe à ziro). Pasqui, Not. d. Seavi, 1885, p. 449, n° 7 (petite armille et fibule).

' Falchi, Not. d. Scavi, 1887, p. 623 (bague; anneau et cylindre); p. 626 (anneaux de bronze revêtus de feuilles d'argent).

« Pasqui, Not. d. Scavi, 1886, p. 198, t. 66 (fragments de collier) ; p. 293, t. 4 (spirale). Helbig, Mitth. des arch. Instituts, Rom. Abth., T. I, 1886, p. 34, n"« 5-6 (spi- Tftles). — Cf. à Bologne, une bague dans les fouilles Caprara (Brizio, Not. d. Scavi, 1889, p. 308, t. 28, n° 11).

il ne faut pas oublier qu'il s'oxyde et se détruit avec une grande facilité.

H n'y avait dans nos puits aucun objet en or ^

Ambre. — Dans les tombes XC (n^ 4) et XCVII (n^ 14 et 32), nous avons recueilli quelques morceaux d'ambre (qui avaient peut-être orné des arcs de fibules? ^). Comme on le sait, cette matière se trouve dans toutes les nécropoles du type de Villanova et même déjà, dans les terramares ^

Verre. — Le verre, qui existe dans les tombes à puits de Corneto ^, de Bisenzio ^, de Vetulonia ®, de Bologne (dès la première période Benacci) ^, n'est représenté que par une petite boule percée d'un trou et un fragment informe, trouvés dans une seule tombe (XCVII, 31 et 13).

Scarabées. — Les deux scarabées en pâte émaillée trouvés dans le puits XCVII (n^* 33 et 34) n'oflFrent que des dessins grossiers ^

^ Objets d'or des puîts de Corneto: Helbig, Annali delVInst 1884, p. 122, n. 4 et p. 123; Bull, 1882, p. 176, 214. Ghirardini, Not d. Scavi, 1882, p. 170, 176; cf. 190- 191. Martha, VArt étrusque, p.' 70, n. 11 et 12. Dans les pnîts de Bisenzîo: Pasqui, Not. d. Scavij 1886, p. 148, n*» g; p. 187, n^ m. A Chiusi: Brogî, Bull. delVInst, 1876, p. 162. A Vetulonia: Falchi, Not. di Scavi, 1886, p. 414, t. 32; 1887, p. 514, n' h; p. 617, t. 8, n** /; p. 518, t. 12, b9 a, A Bologne, dans les fouilles Benacci I, on a trouvé un fragment de fibule d'or : Zannoni, OU Scavi délia Certosa, p. 150.

* Cf. plus loin, chapitre H, § 3.

^ Helbig, Die Italiker in der Poebene, p. 21. Cf. Pigorini, Bull, di palet ital^ T. XVI, 1890, p. 31.

* Ghirardini, Not d, Scavi, 1882, p. 146, 183, 186, 187, 188. Helbig, Annali del- VInst,, 1884, p. 138, n. 2.

^Pasqui, Not d. Scavi, 1886, p. 181, t. 6; p. 195, n* l; p. 196, t. 57; p. 197, no e; p. 203, n*" r; p. 296, t. 8; p. 298, n° g; p. 303, t. 20; p. 308, n** n.

^Pasqui, ibid., 1885, p. 118, t. 8; p. 120, t. 19; p. 121, t. 24; p. 138, t. 132; p. 141, t. 4; p. 147, t. 34; Falchi, ibid., p. 407, t. 8; p. 408, t. 18; p. 414, t. 32; 1887, p. 516, n° i; p. 617, t. 7, n^ /; p. 518, t. 11, n*^ b.

"^ Zannoni, Gli Scavi delta Certosa, p. 112 et 149. Cf. Ghirardini, l, c, p. 147.

^ J'aurais voulu les faire examiner de près par une personne compétente, mais les incisions sont si peu profondes et la couche d'émail si endommagée qu'il m'a été impossible d'en prendre des empreintes. D'après mes dessins, qui sont gravés plus haut (fig. 68 et 69), M. Maspéro a eu la bonté de me faire savoir que les dessins gravés sur ces scarabées ne lui semblaient avoir aucune signification.

304 DEUXIÈBIE PARTIE.

nombre dans une même tombe: d'ordinaire il n'y en a qu'un seul; dans un puits (LXXXIII, 5 et 22) nous en avons recueilli deux, qui du reste étaient séparés l'un de l'autre, le premier ayant été trouvé dans l'ossuaire, le second dans un vase accessoire. Ces objets ont la forme de sphères (CXI, 2 ; CXX, 10); de doubles cônes (LXXXIII, 5; XC, .8; XCIX, 13; CXV, 9); de pommes de pin (LXXXIII, 22; LXXXVI, 6); de cône tronqué (XCIII, 5); de doubles prismes tronqués (CXXVII, 4 ; CXXXII, 2). Ils sont parfois ornés de traits incisés et plus souvent de lignes de petites hachures ^ Les trous sont toujours percés verticalement.

On a beaucoup écrit sur les prétendues fusaïoles, dont Tusage est dans la plupart des cas incertain ^. Je me contenterai de présenter ici quelques observations sur celles des tombes primitives de l'Italie. Il est certain que souvent ces ** fusaïoles „ ont été enfilées de manière à constituer ou à orner un collier. Par exemple, à Piedimonte d'Alife (Campanie) on en a trouvé soit sur la gorge des squelettes, soit sous leurs aiselles ^. A Corneto, quinze fusaïoles dans une tombe à fosse primitive, cinq dans une tombe à chambre ont été recueillies sur le thorax du mort ^. A Vetulonia, dans une fosse primitive à inhumation récemment ouverte, deux objets semblables ont été trouvés au même endroit ^; de même à Bisenzio ®. Dans une autre tombe de cette dernière nécropole, il y en avait deux, enfilés dans une corde près de vertèbres cervicales ^. — Très souvent, comme à Vulci, les tombes primitives des autres nécropoles ne contiennent qu'une seule de ces fusaïoles^-

* Cf. pour ces hachures p. 260.

' Voir une étude de la question dans Pottier et Beinach, La Nécropole de Myrina^m p. 246 sq.

^ Dressel, Annali delVInst^ 1884, p. 238. Cf. Pottier-Beinach, Z. c, p. 248, n. 2.

* Ghirardini, Not. d. Scavi, 1882, p. 195. Helbig, Bull. delVInst, 1885, p. 117. ^ Cette tombe a été transportée au musée de Florence.

^ Pasqui, Not. d. Scavi, 1886, p. 299, t. 14.

' Ihid,j p. 183, t. 16. Cf. encore Helbig, Die Italiker in der Poehene^ p. 22.

* Par exemple: A Bologne, fouilles Caprara (Brizio, Not d. Scavi, 1889, p. 310,, t. 27, n« 8; p. 314, t. 36, n^ 6; p. 321, t. 40, n« 6; etc.). A Vetulonia (Pasqui, ihid.,

Nous n'avons trouvé, ni dans nos puits ni dans les tombes de type postérieur, de ces petits cylindres de terre cuite, ayant l'aspect d'une bobine, qui sont si fréquents en Italie dans les nécropoles du type de Villanova ^ On en a recueilli, il est* vrai, dans des puits ouverts, il y a quelques années à, la PoUedrara ^, comme me l'ont affirmé l ^ fouilleurs : j'en ai vu un assez grand nombre au magasin de MusignaiL <o. M. Ghirardini en signale parmi le matériel de tombes primitives (peu— têtre à puits) ouvertes dans la région dite de Campomorto, au sud (^Hu Timone ^.

* Voir Martha, L^Art étrusque, p. 54-55.

« Cf. plus haut, p. 249.

^ Not. d. Scavij 1882, p. 142. — Voir encore Birch, History of anderU potier — y, deuxième édition, p. 448, fig. 177.

arc gonflé {a sanguisuga) \ qui sont d'un type plus récent que celles à arc simple. Quant aux fibules à, disque (type ancien), elles y manquent*.

Enfin les vases accessoires y sont en plus grand nombre que dans les autres puits : ceux-ci, pour la plupart, en sont même dépourvus.

Cependant je n'oserais pas affirmer que les tombes en question soient d'une époque bien différente des autres. Tous les puits que nous avons ouverts ont été creusés sur un espace de terrain assez restreint. En outre, parmi ces puits, quelques-uns ont donné des objets qui semblent indiquer une époque aussi récente que celle des tombes XCVI- XCIX et CXIV.

La tombe XCIII (n"" 6, 7, 10-12) renfermait des fibules à arc gonflé; la tombe XCIV (n° 4), une tasse d'argile qui est une imitation manifeste d'une tasse en bronze laminé; les tombes XCin (n* 13) et XCIV (n'' 6), des pots en terre rouge de la forme 1 4. Dans la tombe CVUI (n°' 2 et 3), il y avait deux fibules d'un type relativement récent (à agrafe allongée). Dans la tombe CXX, nous avons trouvé des fibules à arc gonflé (n*" 2-5) et un pot dont la décoration est imitée de poteries importées (n^* 12) ^

En somme, il est bien possible que les tombes XCVI-XCIX et CXIV ne présentent un aspect un peu différent des autres que parce qu'elles sont plus riches.

Il se peut qu'il existe à Vulci des puits plus récents que ceux que nous avons fouillés. Dans ceux qui ont été ouverts en 1883 à la Polledrara, il y avait, parait-il, un assez grand nombre de vases importés, faits au tour, présentant sur un fond jaunâtre ou blanch&tre des ornements géométriques rouges ou bruns ^.

^ Voir plus haut, p. 283.

' Sauf peut-être XCVI, 3, 4 et CXIV, 15. Voir plus haut, p. 288 et 287.

^ Il convient de remarquer cependant que les tombes XCIII, XCIV, CVIII et CXX se trouvent aux extrémités de divers groupes de puits (voir les plans, fig. 62 et 78), et que le dépôt funéraire y a peut-être été fait plus tard que dans les autres tombes des mêmes groupes.

* Helbig, Bull. deWInst, 1883, p. 168. Undset, Annali, 1885, p. 35. M. Helbîg

DEUXIÈME PABTIE.

placés sur des tombes et qu'on peut reconstituer comme je Tai fait dans la vignette 87 ^

Ces cippes sont, à mon avis, d'une époque assez récente, peut-être du troisième siècle avant Jésus- Christ. Avec les fragments que j'ai vus près de la tombe Cil, il y avait quelques débris de vases laissés par nos prédécesseurs : la technique semble indiquer le troisième siècle (vases à couverte noire brillante, vases peints d'une style très négligé, poteries jaunes vulgaires). De plus les inscriptions de Vulci qui portent le nom de famille Tûtes semblent toutes d'une époque assez basse ^. Celle que nous avons trouvée à l'entrée d'une tombe datant probablement du troisième siècle^ présente exactement les mêmes mots que l'une de celles qu'a publiées M. Helbig. Enfin la forme des lettres gravées sur ces prétendus couvercles paraît indiquer une époque relativement récente ^. — Il n'est pas très étonnant que ces cippes aient été trouvés au milieu de tombes primitives k puits, car des chambres sépulcrales ont pu être creusées au-dessous de ces tombes qui ne

Fig. 87.

^ J'ai distîngué par des hachures la partie du cippe que M. Helbig considère comme un couvercle d'urne cinéraire. J'ai laissé de côté le bas du cippe, partie pour laquelle je n'ai pas trouvé les éléments d'une restauration certaine. Cf. les cippes de Vulci reproduits dans les Monumenti delVlnst.^ T. II, pi. XX, fig. 9 et 10. — Dans d'autres nécropoles, en particulier à Cervetri et à Cometo, on a trouvé des cippes analogues à la partie hachée de notre vignette, souvent avec des inscriptions; ils n'étaient pas montés sur des colonnes et n'avaient pas de fleurons (voir par exemple Durm, Die Baukunst der Etrusker^ p. 88, fig. 83 ; Des Vergers, UEtrurie et les Etrusques, Atlas, pi. I, à droite). Au Louvre (musée de la sculpture antique), il y en a une importante série.

* Fabretti, Corpus inscriptionum italiearum^ 1° supplemento , n**" 387, 388, 389 ; 3° suppl., n° 353.

^ Voir p. 231.

* C'est là mon impression ; M. Helbig {Annali delVInstj 1884, p. 130, n. 1) est d'un avis différent.

procès-verbaux détaillés, semblent un peu plus récentes que celles du poggio délia Guardia ^ : dans cette dernière localité il y a du reste des groupes qui sont peut-être postérieurs aux autres tombes qu'on y a trouvées ^ — A Bologne, au contraire, le développement du cimetière archaïque est, comme on le sait, fort bien connu. On y distingue trois périodes : Benacci I (correspondant h peu près aux puits de TEtrurie); Benacci II, et Arnoaldi (plus récentes) ^

Dans ces conditions, on ne peut dire avec précision quelle est la place quHl convient d'assigner, au point de vue chronologique, à nos tombes à puits, par rapport aux tombes semblables des autres nécropoles. En outre, il est plus que probable que le développement de la civilisation n'a pas été le même partout : tel usage, tel type de fibule, telle forme de vase a pu apparaître ou disparaître plus tôt dans un lieu, plus tard dans un autre.

D'une manière générale, nos tombes paraissent être h peu près contemporaines des plus récentes de Corneto, à en juger d'après les scarabées de la tombe XCVII, 33 et 34 ; les fragments de verre XCVII, 13, 31; les objets en fer XCVII, 17, 20, 21; les vases en bronze laminé XCVI, 9; XCIX, 23; CXIV, 12, et surtout le cinéraire .XCVII, 1 (cf. XCVIII, 1); les fibules h agrafe allongée CVIII, 2 et 3; les poteries imitant des vases importés en argile ou en bronze. — Les tombes h puits de Bisenzio trouvées au milieu de cercueils k inhumation, qui semblent être de la même époque ou postérieurs de peu

^ Falchi et Pasqui, Not. d, Scavi, 1885, p. 99 sq., p. 402 sq. ; 1887, p. 513 sq. Helbig, /. c, p. 129 sq.

* Falchi, Not. d. Scaviy 1885, p. 113; Pasqui, ibid.f p. 115 sq. — La tombe décrite par Helbig, JSuîl. delVInst, 1885, p. 131-132. — Les tombes décrites par Falchi, Not. d. Scavi, 1887, p. 513 sq.

^ M. Zannoni annonce la publication prochaine des fouilles qu'il a faites dans la nécropole archaïque occidentale de Bologne. Ce livre répondra à un grand besoin. — N'ayant pas vu les objets provenant des fouilles Caprara, décrits par M. Brizio, Not. d. Scavif 1889, p. 288 sq., je ne puis me prononcer à leur égard. Ce groupe me semble intermédiaire entre les groupes Benacci I et Benacci II.

les villes voisines de la mer ; les puits qu'on y trouve ne sont peutêtre pas d'une plus haute antiquité que les autres. J'en dirai autant des plus anciennes tombes h puits de Poggio Renzo près de Chiusi, que du reste on connaît mal.

Les tombes les plus primitives que Ton connaisse k Bologne- semblent d'une époque un peu postérieure aux puits de TEtrurie \

^ Voir Undset, Annali, 1885, p. 55-56 (cf. p. 87-88 pour le verre); Westdeutsche Zeitachriftj T. VI, 1887, p. 107-108.

YL — Observations sur la civilisation de la période

des tombes à puits.

A quel peuple faut-il attribuer nos tombes k puits et les autres cle TEtrurie ? aux Etrusques, ou à une population italiote qui aurait occupé la contrée avant la venue des Etrusques ? Quoique la question ait été souvent discutée dans ces derniers temps \ je ferai à ce sujet quelques observations ^.

Essayons de fixer approximativement la date de la fin de la pé* riode des puits. — A Corneto, dont la nécropole est encore la mieux connue de TEtrurie, et à Vulci, trois types de tombes se sont succédé : à puits; h, fosse; k chambre. Naturellement l'introduction d'un nouveau type n'a pas eu pour conséquence la disparition immédiate de celui qui Ta précédé. — A Corneto, quelques fosses seulement, et des plus récentes, contenaient des vases de la classe dite corinthienne avec <3es figures d'animaux de style oriental ^. A Vulci, on a recueilli, paraît-il, un assez grand nombre de céramiques de cette espèce dans des tombes k fosse*; nos fouilles cependant ne nous ont rien appris k cet égard. Ces vases se trouvent aussi dans des tombes k chambre, mais très rarement

' Je citerai parmi les dernières études sur cette question: Helbîg, Annali âeWInsL,

[, p. 108 sq. (Sopra la provenienza degli Etruschi). — Undset, ihid,, 1885, p. 5 sq. ÇL^antiehiêsima necrapoli Tarquiniese), — Brizio, Atti e Memorie délia deputazione di jStoria patria per la Eomagna, Série III, T. III, 1885, p. 119 sq. (La provenienza de- ^li Etruschi), — Martha, VArt étrusque^ p. 37 sq., cf. 9 sq. — Von Duhn, Donner jStudien R. Kekulé gewidmetj p. 21 sq. {Hemerkungen zur Etmskerfrage).

' Je rappelle ici que los prétendus ossuaires de nenfro trouvés à Vulci ne pen- ^%i^ent plus, à mon avis, servir d'argument en faveur des Etrusques. Voir plus haut, p. 309.

^ Ghirardini, Not, d. Scavi, 1881, p. 364. Helbig, Daa homerische EpoSj p. 30, n. 4 fin; Mitth. des arch. Instituts, Rom. Abth., T. I, 1886, p. 85; T. II, 1887, p. 155, 157; •2Sot. d. Scavi, 1888, p. 696.

* Helbig, BuU. delVInst, 1884, p. 164.

816 DEUXIÈME PABTIE.

dans celles qui renferment des vases peints attiques \ et ils ont été en vogue pendant une assez longue suite d'années, car les tombes à chambre de Cometo et de Vulci qui en contiennent sont nombreuses. Ils ne sont donc guère postérieurs au milieu du sixième siècle, et ils ont dû être importés en Etrurie pendant une période qui peut être évaluée approximativement à plus d^un demi-siècle. Ce serait par conséquent vers la fin du septième siècle qu'il conviendrait de placer les plus récentes tombes à fosse de Corneto ^. A Vulci, si l'on tient compte de l'abondance plus grande des vases de type corinthien, les fosses les plus récentes pourraient être datées du commencement du sixième siècle environ. — A Corneto, on distingue deux types successifs de fosses: 1*) celles qui contiennent un cercueil de nenfro ou de pierre calcaire, dans lequel ont été enfermés le mort et le matériel funéraire ^ ; 2'') celles où le mort et les objets ont été déposés simplement sur le sol, au fond de la tombe, laquelle a reçu un couvercle de dalles plates *. C'est

YA Corneto: Helbig, Bull. delVInst 1886, p. 221, n»4 (il n'est pas sûr du reste que ce soit un vase de fabrique corinthienne); Noi. d. Scavi 1889, p. 101, n*»» 4-5 en bas et p. 102, n^ 7. — Une amphore attique à figures noires de style archaïque (Monumenti delVlnst, T. XII, pi. IX et X) a été trouvée à Cometo dans une tombe à chambre auprès de vases corinthiens (Helbig, Bull, deWInst.^ 1884, p. 123-126). Mais il y a eu dans cette chambre trois dépositions, deux représentées par des squelettes qu^ on a retrouvés sur des banquettes, la troisième par Famphore attique qui contenait des cendres humaines. Les vases corinthiens faisaient probablement partie du matériel funéraire qu'on déposa avec les deux morts inhumés. Cf. peut-être aussi notre tombe XLIX, n*»- 57 et 87 (voir ce qui est dit p. 117-118).

' Je parle ici des tombes à fosse anciennes, dont le type est postérieur aux puits, antérieur aux chambres. On vient de trouver à Corneto une tombe à fosse avec une

amphore attique à figures rouges (Helbig, Noi, d, Scavi, 1890, p. 76), mais c'est là un fait isolé.

3 Voir Ghirardini, Notd. Scavi, 1881, p. 362; 1882, p. 192 sq. Pasqui, tWd., 1885, p. 456, 457, 460,461,465. Helbig, ^nnaZi delVInst, 1884, p. 114; Bull. delV Inst., 1882, p. 161-162, 212; 1883, p. 123; 1884, p. 119; Mitth. des arch. Instituts, Rdm. Ahth., T. I, 1886, p. 85; T. II, 1887, p. 155, 156. L'antériorité de ce type a été montrée par M. Helbig, BulL delVInst,, 1885, p. 116.

^ Ghirardini, Not. d. Scavi, 1881, p. 363 ; 1882, p. 204-205 (cf. Helbig, Annali, 1884, p. 174) ; p. 205-206. Helbig, Annali, 1884, p. 114 ; Bull, 1874, p. 54 ; 1881, p. 3940; 1882, p. 10, 162; 1885, p. 115 sq., 212, 216 ; M«;^., 1886, p. 85 et 89; 1887, p. ISSsq.;

seulement dans ces dernières qu'on a trouvé quelques vases corinthiens. Mais on y a recueilli surtout des vases importés de terre jaune, appartenant k deux classes : vases de style corinthien primitif k simples ornements ou k figures de quadrupèdes courant, et vases k décoration géométrique \ Les fosses de ce type sont nombreuses et doivent par conséquent se répartir sur un espace de temps assez long. Le type antérieur des fosses h, cercueil était encore probablement en usage à cette époque : la plus connue, celle du Guerrier ^, qui renfermait un certain nombre de ces poteries à décoration géométrique et semble avoir été une des plus récentes, ne paraît pas séparée par une très longue période d'années des célèbres tombes Begulini' Galassi (Cervetri), «rfeZ Duce (Vetulonia), Bernardini (Préneste) ^ : or ces tombes datent à mon avis de la seconde moitié du septième siècle \ A Corneto, où les fouilles ont eu une grande extension, les fosses k cercueil ont été trouvées en moins grand nombre que les fosses avec couvercle de dalles, et elles ne différaient pas notablement entre elles par le matériel qu^elles contenaient. Il est donc assez vraisemblable que ce type de tombe n'a pas été en usage pendant très longtemps. Le matériel des fosses à cercueil

2^oL d. Scavt, 1888, p. 691, 695; 1889, p. 102; 1890, p. 74 — Les fosses sans couvercle sont contemporaines des deux types précédents, mais surtout du premier : voir Ohirardini, Not d, Scavij 1882, p. 193 sq. Helbig, Annalij 1884, p. 115; Not d. Scavi, 1889, p. 102. Elles sont parfois ovales, au lieu d'être quadrangulaires : BulL delVInsL, 1874, p. 57.

* Voir plus loin, chapitre III, § 3, et chapitre IV, § 4.

• Helbig, Annali delVInstj 1874, p. 249 sq., et Monumentij T. X, pi. X-X**.

• Cf. par exemple Manum, deirinst, T. X, pi. X, fig. 1, et Not. d. Scavi, 1887, pi. XIV, fig. 2. — Manum.j pi. X», fig. 1, et Not. d. Scavi, pi. XV, ûg. 6 et 6. — Monum.j pi. X^ fig. 8, Not. d. Scavi, pi. XVI, fig. 4, et Monum., T. X, pi. XXXI*, fig. 7. — Jlfonum., pi. X*», fig. 24 et 25, et Not. d. Scavij pi. XIV, fig. 7. Que la tombe du Guerxîer soit du reste antérieure à ces tombes, c'est ce qui ne me paraît pas douteux. Il suffît âe comparer les poteries étrusques de la tombe de Corneto et celles de la tomba del JÊ}uee, pour s'en convaincre. La première ne contient que des vasos dHmpasto itcUicOf qui xie semblent pas faits au tour (la tasse publiée dans les Monumentij T. X, pi. X^, fig. 18,

et une autre semblable n^appartiennent certainement pas à cette tombe) ; dans la seconde, on a trouvé de véritables buccheri.

* Voir plus loin, chapitre III, § 6.

320 DEUXIÈME PABTIE.

Etrusques, c'est parce qu'elles sont h incinération, et que, selon eux, les Etrusques enterraient leurs morts et ne les brûlaient pas. On a déjà opposé à cette doctrine des arguments sérieux ^ ; elle n'en continue pas moins k être répandue ^. Elle se fonde sur deux propositions: V) les Italiotes brûlaient leurs morts; 2"*) à l'époque où l'occupation de l'Etrurie par les Etrusques n'est pas douteuse, l'inhumation était en usage dans ce pays. — Il est incontestable qu'à l'origine le mode de sépulture des Italiotes a été uniquement l'incinération; les nécropoles des terramares le prouvent ^. — Il est certain, d'autre part, qu'à dater du septième siècle environ, l'inhumation domine dans l'Etrurie méridionale. Mais l'incinération ne disparaît pas. A Cometo, outre quelques exemples de tombes à fosse et à chambre *, on peut citer les tombes dites à buco^ où sont déposés des vases contenant des cendres et qui datent du sixième siècle et du commencement du cinquième ^. A Vulci, nous verrons plus loin que dans les fosses et les chambres l'incinération est fréquente. Plus au nord, à Orvieto, l'un et l'autre rites sont usités aux sixième et cinquième siècles, quoique Tinhumation domine ^. A Chiusi, où l'inhumation parait s'être introduite au sixième siècle ^, l'incinération continua à être un mode de sépulture extrêmement

^ Milani, Museo italiano di antichità classicaf T. I, p. 290. Helbig, Annali ddrinstj 1884, p. 125 sq. Martha, L'Art étrusque, p. 35 sq.

* Von Dahn, Bonner Studien R, Kekulé gewidmet, p. 21 sq. L'auteur part de deux prémisses qu*il n'a pas cru devoir démontrer dans cette étude, d'ailleurs très courte : 1^) que l'introduction d'un nouveau rite funéraire dans un lieu doit correspondre à l'arrivée d'une population nouvelle (pour moi, je suis loin du reste de prétendre qu'il n'en ait pas été souvent ainsi) ; 2^ que le rite funéraire des Etrusques était proprement l'inhumation. — Beinach, Revue critique, 1889, T. II, p. 496. Etc.

3 Von Duhn, 1. c. p. 23, n. 1. Pigorini, Bull, di palet, ital., T. XVI, 1890, p. 21 sq.

^ Helbig, BuU. delVInst., 1884, p. 124; Not. d. Scavi 1888, p. 181-183.

^Helbig, Not. d. Scavi, 1888, p. 58; 1890, p. 148 et 149.

6 Voir Kôrte, Annali delVInst., 1877, p. 107-108. Gamurrini, Not. d. Scavi, 1880, pag. 441.

''Tombe de la Pania: Helbig, Bull. deW Inst., 1874, p. 203 sq.; Annali 1877, p. 398 sq., tav. d'agg. UV; MonumenU, T. X, pi. XXXIX*.

des vases attiques, ce qui témoigne d'une certaine aisance \ A Voici, celles de nos tombes h fosse et h chambre qui contiennent des morts incinérés ne se distinguent pas par leur matériel des tombes h inhamation ^. Il en est de même à Bologne ^. — De plus, si Ton pens^ que la différence de sépulture témoigne d'une différence de race, ^ faut en conclure, d'une part, que les Etrusques arrivèrent en petî--^ nombre h Cometo, car il existe peu de tombes h, inhumation d ^*^ type le plus ancien (à cercueil) qui soient contemporaines des puit::::» les plus récents ^ ; d'autre part, que vers le commencement du septiëm - 6 siècle il y eut à Cometo parmi les conquérants une augmentation de po— •• pulation considérable, tandis que le peuple soumis disparaissait près --a que entièrement, car k partir de cette époque les exemples dlnci ^ nération y sont assez rares. Cependant la civilisation qui s'y manifeste dans les fosses et même dans les chambres n'est en somme qu la continuation de celle que nous révèlent les puits ^, et l'espace d temps assez court qui sépare l'introduction des fosses de la disparition des puits n'aurait certainement pas sufGi pour former complétemenli les Etrusques h cette civilisation. Il est donc naturel de supposer que 1 population k laquelle sont dûs les puits s'est maintenue, au moins partie, h Cometo, après la disparition de ce type de tombe. On ré — ^ pondra que les Italiotes qui y sont demeurés y ont adopté en gêné — ^ rai le mode de sépulture des conquérants. — Ainsi, dans certains»^ endroits des Italiotes auraient enterré leurs morts selon le rite étrus que, tandis que dans d'autres les Etrusques auraient brûlé les leurs^

. ^ J'en dirai autant des statues cinéraires en pierre, ainsi que des caisses contenant des ossements brûlés et surmontées de groupes sculptés, qu'on trouve dans la région de Ghiusi.

* Voir plus loin, chapitres II, III et IV.

^ Zannoni, OU Scavi délia Ctrtosa^ p. 419.

* Martha, Vart étrusque^ p. 42.

^ Voir la démonstration de M. Helbig, Annali delVInst.f 1884, p. 116 sq; cf. Bull., 1885, p. 115-116 et Not d. Scavi, 1888, p. 181 sq. Undset, Annali^ 1885, p. 13 sq. Martha, UArt étrusque, p. 45.

selon le rite italique. A mon avis, quand on est conduit h de telles conclusions, après être parti d'une hypothèse en faveur de laquelle on ne peut fournir aucune preuve directe, et qui est contredite par des témoignages historiques et des observations archéologiques — h savoir que Tapparition des tombes k inhumation parmi les tombes h incinération marque l'arrivée des Etrusques parmi les Italiotes, — on ferait peut-être mieux d'abandonner cette hypothèse.

Je pense, avec MM. Helbig, Undset, Martha, que l'introduction de rinhumation en Etrurie n'indique pas la venue dans ce pays d'une population nouvelle. Dans les premiers temps de leur séjour au ceutre de ritalie, les Etrusques ont pratiqué l'incinération, soit que ce fût proprement leur rite funéraire, soit qu'ils eussent emprunté ce rite aux Italiotes. L'inhumation a été introduite en Italie, chez des populations diverses^ dès le huitième siècle ^ non par suite de l'arrivée d^un peuple conquérant, mais grâce k des influences pacifiques exercées par des étrangers que le commerce attirait sur les côtes de la péninsule; elle s'est répandue peu k peu^ sans s'imposer, dans l'intérieur des terres. En Etrurie elle apparut d'abord, semble-t-il, dans la région de Cometo *. Elle ne fut peut-être adoptée k Vulci qu'un

^ Natarellexnent je laisse ici de côté les exemples d'inhumation qu'on est en droit <ie rapporter à une population établie en Italie avant l'arrivée des Italiotes et de dvilisation différente (voir par exemple pour l'Italie centrale Chierici, BulL di palet, 4taLf T. X, 1884, p. 123 sq. ; mais son hypothèse des Pélasges n'est pas fondée). Après la venue des Italiotes, cette population primitive, bien que vivant au milieu d'eux se semble pas avoir abandonné, au moins complètement, son rite funéraire (voir par exemple Orsi, Bull, di palet itaL^ T. X, 1884, p. 169 sq. Sergi, Atti e Memorie délia jyeputaziont di êtoria patria per la Romagna^ Série III, T. I, 1883, p. 17 sq. Brizio, i&tU, p. 2B4 sq. NoL d. Scavi, 1889, p. 299 sq.; 1890, p. 137. Pigorini, BulL di palet. ital.^ T. X, 1884, p. 34 sq. Cependant il y a quelques exemples d'incinération dans des tombes qu'on peut lui attribuer (Pigorini, BulL di palet, ital.^ T. X, 1884, p. 45; 3III, 1887, p. 94).

' Il est regrettable que pour le pays situé plus au sud, nous n'ayons pas encore ^e renseignements précis. En tout cas, Tinhumation était pratiquée à Cervetri et ^ Véies au septième siècle (tombe Begulini-Galassi : voir Canina, Uantica Etruria 'wnaritHmaj T. I, p. 182; pour Véies, voir les rapports, malheureusement trop courts, de J&. Lanoiani, Not. d. Scavi, 1889, p. 60 sq., 154 sq., 238-239).

824 DEUXIÈME PABTIE.

peu plus tard; en tout cas rincinération y demeura plus longtemps un rite trës usité. A Bisenzio, les plus anciennes tombes h inhamation semblent dater du début du septième siècle k peu près ^ . Dans TEtrurie centrale et dans TËtrurie du nord, ce mode de sépu! ture ne reçut pas un accueil aussi favorable que dans TEtrurie m& ridionale, et il ne franchit les Apennins que vers le sixième siècl( à la fin de la période Arnoaldi de Bologne^. Dans le Latium, Is population italique des monts Albains resta fidèle pendant le sep tième siècle h Tincinération ; celle de la plaine au contraire, k Bomt h Gabies, avait déjà adopté Tinhumation ^. Dans le pays des Falisques ^^ h Civita-Castellana, Tinhumation s^introduisit dès la fin du huitièmi siècle ou le commencement du septième^. A Terni, en Ombrie, ell< était pratiquée à cette époque ^. En Campanie, dans la nécropole italiqui de Suessula, dont les tombes les plus anciennes remontent à la fin huitième siècle environ, on ne trouve que Tinhumation jusque vers 1< commencement du cinquième siècle^. D'autres nécropoles italiquea^s «s découvertes dans le Picenum et k Sybaris sont d'une époque plus ré — ^cente ; le rite funéraire en usage y est l'inhumation ''.

Les Phéniciens, qui entretinrent de très bonne heure des commerciales avec les peuples de Tltalie, pratiquaient Tinhumation^ Je ne serais cependant pas disposé à leur attribuer l'introduction

^ Voir les rapports de M. Pasqui dans les Not. d, Scavi^ 1886, p. 177 sq., 290 sq.

* Gozzadinî, Not. d. Scavi^ 1884, p. 65 sq., p. 74. Brizio, Aiti délia Deput. di stor. patr. per la Romagna^ Série III, T. III, 1885, p. 197 et pi. VI.

^ Voir Von Duhn, h c. p. 29. Pour Gabies, Not. d. Scavi, 1889, p. 88-84.

^ Foailles récentes au nord de la citadelle.

^ Voir Pasqui, Not. d. Scavi, 1886, p. 253 sq. Il y a dans cette nécropole quelques tombes à incinération, peut-être d'une époque antérieure (voir ibid., p. 259,260,261, 268).

« Von Duhn, Mitth. des arch. Instituts, Rom. Ahth., T. II, 1887, p. 236, 247-248. Cf. à Piedimonte d'Alife : Dressel, Annali delVInst.j 1884, p. 220.

'' Voir à ce sujet Pigorini, Not. d. Scaviy 1888, p. 241.

* Voir Perrot et Chipiez, Histoire de VArtj T. III, p. 197. Cependant, au milieu de morts inhumés, on a trouvé récemment à Carthage des exemples d'incinération: De Vogué, Revue archéologique^ Troisième Série, T. XIII, 1889, p. 164 sq.

ce rite en Italie ^ Quelques savants, entre autres M. Helbig me semblent avoir exagéré leur influence sur la civilisation qui s'est développée en Etrurie depuis la période des puits. Je croirais plutôt qu'il faut penser aux Grecs. Vers la fin du second tiers du huitième siècle, c'est-àdire vers répoque où apparaissent à Corneto les premières tombes à inhumation, ils s'établirent d'une manière stable en Italie; alors fut fondée Cumes*. Ces nouveaux- venus exercèrent dès le début une grande action sur la civilisation des peuples de Tltalie, qui, pour ne citer qu^un exemple, adoptèrent Talphabet chalcidien de Cumes : les Etrusques et les Latins dès le septième siècle ^. Ils pratiquaient Tinhumation : k ma connaissance, les tombes les plus anciennes de Cumes n'offrent que ce mode de sépulture ^

Ainsi rien n'empêche de croire que les Etrusques fussent établis en Etrurie, lorsque le puits et incinération était encore le seul type

^ n faut observer pourtant qu'à Albano on a trouvé, avec des antiquités égyptiennes, une bandelette ayant appartenu à une momie (voir Helbig, Das homerische Epos, p. 57). S*il était prouvé, ce qui ne l'est nullement, que les objets en question proviennent d'une tombe très ancienne, ce mode d'ensevelissement ferait penser aux Phéniciens, car rien n'autorise à admettre des rapports directs entre l'Egypte et l'Italie. D'ailleurs, comme le fait serait isolé, il serait permis de croire que le mort était un Phénicien, «mené par le commerce dans le Latium, et non un Latin, pour lequel ce mode oriental de sépulture aurait été adopté.

' Helbig, Das homerische Epos, p. 430 sq. Von Duhn, Bonner Studien R. Kektilé ^ewidtnetj p. 27, n. 41. Cuno, Vorgeschichte Italiens, T. U, p. 219 sq. La fondation de Cames suppose naturellement quelque connaissance du pays où les Grecs vinrent s'établir, par conséquent des relations antérieures avec les habitants des côtes italiennes.

' Pour les Etrusques, voir plus loin, chapitre III, § 6. Pour les Latins, la fibule publiée dans les Mitth. des arch. Instituts, Rom. Abth,, T. II, 1887, p. 37 sq. Il y a lien de croire qu'elle est tout-à-fait contemporaine des objets trouvés dans la tombe Semardini (cf. d'ailleurs Monumenti delVInst,, T. X, pi. XXXI% fig. 7). Je repousse absolument l'hypothèse d'une mystification. Sur Tépoque de cette tombe, voir plus loin chapitre m, § 6.

^ Les tombes à incinération ne sont pas antérieures au cinquième siècle. A Tarente, on ne trouve que des morts inhumés (Viola, Not, d. Scavi, 1881, p. 416). A Syracuse, dans la partie la plus ancienne de la nécropole, les deux rites sont en usage ^Mauceri, Ânnali delVInst,, 1877, p. 39). Pour la Grèce propre, voir Hermann-Blûmner, J>ie griechischen PrivatalterthUmer, p. 373 sq.

r Adriatique ^ Il se pourrait qu^une partie au moins de cette région ait été occupée et une époque très ancienne par des Ombriens (appartenant au peuple des terramares T). Puis seraient venus les Etrusques ; c'est ce que dit Pline pour la côte située au sud de Bimini *. Plus tard, la domination ombrienne y aurait été rétablie, probablement k la suite d'expéditions venues de l'Italie centrale. Selon Strabon, ce fut après une guerre désastreuse des Etrusques contre des barbares de la vallée du Pô, que les Ombriens (habitant le pays situé et l'est du Tibre) attaquèrent les peuples qui venaient de chasser leurs rivaux, et fondèrent dans ce pays, au sud du fleuve, des colonies ^. Dans un autre passage déjà cité, il dit que, si les Thessaliens de Bavenne appelèrent les Ombriens dans leur ville, ce fut pour échapper aux attaques et aux outrages des Tyrrhéniens ^ : ce qui permet de supposer que les Etrusques occupaient alors le pays voisin^. --En somme, les textes anciens, pour la plupart très peu précis, ne nous forcent nullement

^ Hérodote (IV, 49) dit que TAlpis et le Carpis naissent de la région située audessus des Ombriens (ex 6i iHç xarùm^U x<^P^'? 'o^êpîxuv) pour aller se jeter dans l'Ister. Ce texte ne me semble pas suffisant pour conclure (D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de VEurope^ p. 159-160) que le bassin du Pô était alors occupé par les Ombriens. Peut-être Hérodote a-t-il employé cette expression parce qu'il avait entendu dire par des navigateurs grecs que les Ombriens étaient établis sur le littoral de l'Adriatique au sud de l'emboucliure du Pô, et que, n'ayant aucune notion sur le pays situé derrière ce littoral, il en a attribué la possession à ces mômes Ombriens. Malgré son séjour à Thurioi, l'historien grec était dans une ignorance profonde de la géographie intérieure de l'Italie: voir Nissen, Italische Landeskundef p. 8-9; Helbig, Rendiconti delV Accademia dei Lincei, T. V, 1889, premier semestre, p. 79. En tout cas à l'époque où écrivait Hérodote, les Etrusques étaient déjà établis depuis longtemps à Bologne, puisque les plus anciennes tombes du type de la Certosa, que personne ne leur conteste, ne sont pas postérieures à la fin du sixième siècle.

^ III, 112. Pline dit que les Ombriens furent chassés du pays; peut-être conviendrait-il de croire qu'une partie au moins d'entre eux y restèrent, mais sous la domination des Etrusques.

^ Le nom même de Ravenna indique peut-être une origine étrusque, comme le suppose Helbig, Die Italiker in der Poehene^ p. 107. A mon avis, l'inscription étrusque d'une statuette de bronze trouvée dans cette ville (Fabretti, Corpus inscr. italie., n^ 49 et pi. V) ne prouve rien, car cette statue était facilement transportable*

880 DEUXIÈME PABTIE.

des tombes du type de la Certosa ressemble et celui des sépultures contemporaines de TEtrurie ^ ; les inscriptions des cippes prouvent que des Etrusques y ont été ensevelis. — Mais, k mon avis, il n'est pas nécessaire d'en conclure que les Etrusques n'ont occupé Bologne qu'à partir de cette époque, qu'ils ont alors vaincu et soumis une population différente. Une autre explication est admissible. Peut-être à la fin de la période Arnoaldi, Bologne a-t-elle été détruite et ses habitants contraints et fuir ; et la suite de cette catastrophe à laquelle ils n'auraient pas pris part, des Etrusques de l'Italie centrale seraient venus s'y établir. Je serais disposé et croire qu'il y eut alors quelque invasion gauloise dans le Bolonais. On trouve une double tradition chez les auteurs anciens sur l'entrée des Gaulois en Italie ^. Plusieurs placent cet événement immédiatement avant la prise de Rome, au début du quatrième siècle. Au contraire, selon Tite Live, dont le récit contient du reste des détails légendaires, les Gaulois passèrent les Alpes pour la première fois deux cents ans auparavant; ils conquirent peu h peu la vallée du Pô au prix de nombreux combats contre les Etrus-

romaine, na grand nombre d'entre enx durent se répandre au delà de l'Apennin, c H » arriva alors ce qui arrive toujours quand la civilisation rencontre la barbarie ; le » peuple barbare se transforma rapidement à l'image du peuple civilisé. » Mais comment l'arrivée pacifique d'immigrants venant les uns après les autres chercher fortune au nord de l'Apennin aurait-elle pu déterminer la disparition presque complète et subite d'une industrie qui, loin d'être celle d'un peuple barbare, s'était montrée depuis des siècles capable de progrès, lents il y vrai, mais continus; qui avait exercé une grande influence sur le reste de l'Italie du nord (voir le résumé de M. Undset ( Westdeutsche Zeitschrift^ T. VI, 1887, p. 108 sq.), et qui, à la fin de la période Arnoaldi, était en pleine floraison? Cette hypothèse n'explique pas non plus la modification des rites et la séparation des deux cimetières. Enfin, dans la première moitié du cinquième siècle, les Etrusques n'avaient rien à craindre des Romains. Ceux-ci étaient occupés à l'intérieur par la lutte des patriciens et des plébéiens, à l'extérieur par des guerres continuelles contre les Eques et les Volsques, et s'ils avaient parfois à combattre ceux des Etrusques qui étaient leurs voisins immédiats, ce n'était pas toujours à leur avantage: la tradition des trois cent-six Fabius le prouve.

^ Voir Brizio, L c, p. 198 sq. A mon avis, M. Helbig {Annali delVInst, 1884, p. 162 sq.) a trop insisté sur des différences qui constituent les particularités de l'industrie locale.

* Voir les textes cités par Nissen, Italische Landeakunde^ p. 476, n. 3.

chassé les habitants. Â la suite de ce désastre, les Etrusques de Tltalie centrale, qui dans les siècles précédents paraissent s'être peu inquiétés de la vallée du Pô, se seraient sentis menacés : Bologne détruite, TApennin était facile à franchir. Ainsi s'expliquerait Tenvoi de nombreux colons en Emilie ^ La puissance étrusque aurait alors été restaurée dans cette région. Mais la civilisation y prit un aspect tout différent : auparavant c'était celle de Villanova qui s'était développée lentement, presque h l'abri des influences étrangères ; dès lors ce fut celle que les nouveaux venus avaient apportée du centre de l'Italie où l'industrie et les mœurs primitives avaient été depuis longtemps modifiées par suite des relations des Etrusques avec les peuples de la Méditerranée. Cette hypothèse d'une invasion gauloise en Emilie h la fin du sixième siècle est bien fragile ; je ne crois pas cependant qu'elle vaille moins que celle de la domination des Ombriens à Bologne, que rien ne prouve, et de la venue des Etrusques en Emilie au cinquième siècle seulement, qui est contredite par de nombreux textes anciens. Je pense donc que depuis un temps très reculé les Etrusques ont été les maîtres de la région de Bologne, sans vouloir nier du reste qu'une population italique y ait vécu sous leur dépendance.

D'ailleurs la question de savoir à qui appartenait cette région à l'époque des nécropoles du type de Villanova a sans doute une grande importance historique ; au point de vue archéologique, elle me semble d'un intérêt médiocre, car si le pays avait été sous la domination des Ombriens, et non, comme je le crois, sous celle des Etrusques, la civilisation qui s y serait développée aurait été probablement à peu près la même.

^ Tout le pays aurait partagé le sort de Bologne; M. Brizio, Attij l, c, p. 212, fait remarquer en efFet que dans les localités de PEmilie où l'on constate l'existence de la civilisation de Villanova, on ne trouve pas de traces de la civilisation qui suivit; elles furent donc probablement détruites.

' De plus, si Ton admet que le texte de Strabon se rapporte à ces événements, on peut supposer que les Etrusques s'alarmèrent des conquêtes faites dans la vallée du Pô par les Ombriens, leurs ennemis depuis des siècles.

Plusieurs savante, MM. Pigorini \ Helbig *, Undset ^ ont en effet montré que l'existence de la civilisation de Yillanova ne se constate pas seulement en Etrurie et en Emilie. On la retrouve dans le Latium, à Albano, k Ardée *, à Rome et aux environs ^ ; dans le pays de Falisques h Civita-Castellana ^ ; en Ombrie, à Terni et dans le dépôt de Piediluco ^ ; k Este dans les tombes et les habitations les plus anciennes *. Les nécropoles du Picenum ®, de la Campanie^^, de Sybaris", qui sont d^une manière générale plus récentes, se rattachent k la même civilisation ^*.

^ BuU. di paUt. xtaL, T, Vm, 1882, p. 115 sq.; T. XV, 1889, p. 65 sq.

* Annali^ 1884, p. 135, 184 sq.

' Annali^ 1885, p. 47 sq. Je renvoie à cet article qui donne nn tableau complet de la période dite du premier âge de fer en Italie.

^ Pigorini, BuU. di palet, ital., T. VUI, 1882, p. 114 sq. Cf. aussi à Pratica, mais les tombes découvertes sont d'une époque plus récente (Helbig, BuIL deWInst,, 1885, p. 59 sq., 82 sq.).

^ De Bossi, Bull. delVlnst, 1885, p. 72 sq. ; Annali, 1885, p. 295 sq. ; Bull. deUa 4X>mmi8iione municipale, T. XIII, 1885, p. 39 sq. Not d. Scavi, 1885, p. 17; 1886, p. 122 et 270; 1887, p. 64 sq., 372, 634-535; 1888, p. 59 et 132; 1889, p. 36.

* A cet égard, les fouilles de 1889-1890 ont une assez grande importance.

^ Eroli, Oggeiti antichi scavati in Terni dal 1880 al 1885. Pasqui, Not d. Seavi, 1886, p. 246 sq. On y a trouvé des urnes qui sont presque du type de l'ossuaire de "Villanova (p. 267). M. 8. de Rossi, Le acoperte e gli studi paleoetnologici delP Italia centrale^ p. 18 et 19; Terzo rapporta sugli studi e suite sœperie paleoetnologiche nel- Vltalia média, 2*"« édition, p. 17 sq. (tirage-à-part du Buonarroti, Série II, T. VI et TU) ; Ptzti d^aeê rude di peso definito, Rome, 1886.

•Prosdocimi, Not. d. Scavi, 1882, p. 17 sq.; Bull, di palet. ital.,T. XIII, 1887, p. 156 sq., 185 sq. Ohirardini, Not. d. Scavi, 1888, p. 378.

* Helbig, Das homerische Epos, p. 43.

'• Suessula (Von Duhn, Mitth. des arch. Instituts, RfSm. Abth, T. II, 1887, p. 247- 248, 249 sq.); Piedimonte d'Alife (Dressel, Annali delVInst, 1884, p. 218 sq.); Le Oallazse (Sogliano, Not. d. Scavi, 1884, p. 277 sq.).

" Pigorini et Pasqui, Not. d. Scavi^ 1888, p. 239 sq., 462 sq., 575 sq., 648 sq.

'* Je n'ajoute pas ici les nécropoles de la partie occidentale du bassin du Pô, car

^n la civilisation qu'elles révèlent a pu subir l'influence de celle de Villanova (voir

undset, Westdeutsche Zeitschrift, T. VI, 1887, p. 103 sq.), elle n'a pas la même ori-

). Elle se rattache probablement à la civilisation des palaflttes orientales. Voir à

sujet Pigorini, Bull, di palet, ital, T. XIV, 1883, p. 124; T. XV, 1889, p. 70; Monu-

-^^raiewH aniiehi deWAccademia dei Lincei, p. 146; Rendiconti delV Accademia dei Lincei,

Elle n^est elle-même que la continuation de celle du peuple des stations lacustres des provinces de Padoue, Vicence, Vérone, et des terramares des provinces de Mantoue, de Brescia et de TEmilie, peuple dont on a retrouvé quelques-unes des nécropoles, à Monte Lonato di Cavriana (Mantouan), à Pietole Vecchio (ibîd.), à Bovolone (prov. de Vérone), à Casinalbo (prov. de Modène), à, Crespellano (prov. de Bologne), à Copezzato (prov. de Parme) ^ Le rite funéraire est le même: c'est rincinération ^ Les céramiques présentent de grandes ressemblances: par exemple le motif de Tanse cornue, que M. Pigorini a récemment étudié ^, est un orniçment commun et la civilisation des stations lacustres et des terramares de la partie orientale de la vallée du Pô (auxquelles se relient celles de la vallée du Danube) et à celle de Villanova. La forme de Tossuaire de Villanova se trouve déjà dans les nécropoles du peuple des terramares^. Les rouelles à douilles servant de têtes d'épingles à cheveux sont communes aux deux groupes ^. Le rasoir lunule de répoque de Villanova ne paraît être que la moitié. de celui des terramares ^. Il serait facile de multiplier ces rapprochements '^. Quelques nécropoles intermédiaires, dont la liste sera très probablement augmentée par des découvertes postérieures *, font encore mieux comprendre

T. IV, 1888, deuxième semestre, p. 801 ; T. VI, 1890, premier semestre, p. 192. Casielfranco, Bull, di palet itaLj T. XV, 1889, p. 78 sq. ; Revue d^Anthropologief Troisième série, T. IV, 1889, p. 438.

1 Voir Pigorini, Bull di palet ital, T. XVI, 1890, p. 21 sq.

' Dans les nécropoles appartenant à la civilisation de Villanova, l'inhumation ne s'est introduite qu'à partir du huitième siècle. Voir plus haut, p. 828 sq.

^ Voir plus haut, p. 269, n. 3.

* Voir plus haut, p. 267.

^ Pigorini, Monumenti antichi delV Accademia dei Lincei, p. 146-148.

« Pigorini, Mitth. des arch. Instituts, Rom, Abth., T. II, 1887, p. 150.

" Voir Helbig, Die Italiker in der Poebene p. 83 sq. Undset, Annali delVInst, 1885, p. 69 et 84. Pigorini, Bull di palet itaL, T. XIII, 1887, p. 76 et notre § 3: vases accessoires.

* Pour le moment on peut citer Bismantova dans la province de Reggio (voir Undset, Annali delVInst, 1885, p. 60, 70 et 81 ; Westdeutsche Zeitschrift, T. VI, 1887, p. 104, n. 2. Pigorini, Bull di palet ital, T. XVI, 1890, p. 39, n. 2); — peut-être Redù dans la province de Modène (Pigorini, Bull di palet ital, T. IX, 1883, p. 109);

336 DEUXIÈBCE PARTIE.

que nous nous trouvons d'abord en présence d'objets importés, puis d'une industrie locale qui s'est formée peut-être sous la direction de quelques ouvriers étrangers établis dans le pays et qui s'est lentement développée. J'en dirai autant pour l'argent et l'or ^ — Les fibules fabriquées en Italie (des l'époque que représente la nécropole de Bismantova, intermédiaire entre celles des terramares et celles du type de Villanova) sont peut-être des imitations de fibules importées que l'on trouvé déjà dans les terramares ^. — Quant aux objets en bronze laminé qui manquent dans les terramares et se trouvent, en petite quantité il est vrai, dans les tombes h puits, M. Pigorini les croit importés par le commerce maritime , '^ car les plus anciens attestent une grande habileté, par conséquent un long exercice de la part des fabricants ; et, comme on ne découvre nulle part non seulement en Italie, mais même en Europe d'exemplaires représentant une phase antérieure d'une telle industrie, il convient d'admettre qu'elle a été introduite dans notre continent quand elle était déjà avancée ^^. Cependant cette industrie dut être exercée d'assez bonne heure dans quelques ateliers locaux, où travaillèrent peut-être d'abord des étrangers; car on a trouvé dans des tombes à puits des ossuaires en bronze laminé, ayant la forme, proprement italienne, de Villanova \ — Pour les poteries qui diffèrent de celles des terramares nous devons distinguer deux séries: V celles qui reproduisent des modèles en bronze^; — 2* celles qui ressemblent à des poteries primitives trouvées en Orient, particulièrement h Hissarlik et à Chypre ^. Comme les vases de cette

^ Cf. Helbig, Annali delVInsU, 1884, p. 123.

* Voir plus haut. p. 281.

3 Bull, di palet, ital., T. XIII, 1887, p. 79. Cf. Martha, VArt étrusque, p. 67 sq.

* Voir plus haut, p. 267, n. 1. Cf. Undset, Annali âelVInst., 1886, p. 88-89; Pigorini. L c, p. 90. — Les réserves de M. Martha (L'Art étrusque, p. 74, n. 1) à cet égard me semblent excessives; car je crois qu'il est difficile de contester que l'orne de Villanova dérive d'une forme en usage dans les nécropoles des terramares (voir plus haut, p. 257, n. 2).

^ Voir Pigorini, /. c. Cf. plus haut., p. 257' et p. 279.

^ Je n'ai pas à insister ici sur cette question; du reste je pense que dans l'état

en dehors de l'Etrurie et da Bolonais, c^est en général h, des Italiotes qu'il convient d'attribuer la civilisation de Villanova ^ Si Ton s'en tenait donc aux découvertes archéologiques, on serait tenté de soutenir que les Etrusques, qui ont participé eux aussi h la civilisation de Villanova, étaient des Italiotes (quoiqu'il ne faille pas oublier que des peuples très divers peuvent avoir la même civilisation). On pourrait ajouter comme arguments les rapports que leur religion présente avec celles des peuples italiques, et la forme italique d'un grand nombre de noms de personnes gravés sur des inscriptions d'Etrurie ^. — Mais la langue des Etrusques s'oppose à cette conclusion. Une grande partie au moins de son vocabulaire semble différer absolument de celui des langues italiques: ce qui revient à dire qu'en partie au moins, les éléments qui ont constitué la nation étrusque n'appartenaient pas au peuple des Italiotes^.

Dès lors, deux hypothèses sont possibles.

V Les Etrusques auraient vécu avec les Italiotes dès une époque très lointaine, qui serait antérieure à l'arrivée de ces deux peuples en Italie et dont nous n'avons aucune notion ; la civilisation des stations lacustres et des terramares de la vallée orientale du Pô (auxquelles se rattachent les établissements semblables de la vallée du Danube) pourrait bien être le résultat d'une fusion entre celle des Italiotes et celle des Etrusques. Les uns et les autres seraient entrés ensemble en Italie, y auraient vécu pendant des siècles dans la vallée du Pô; puis ils auraient passé l'Apennin, les Etrusques, accompagnés

303. Not. d. Scavi, 1888, p. 240 sq. Undset, Bull, di palet ital, T. VIII, 1882, p. 36 sq. ; Mxtth. der anihropologischen Gesellschaft in Wien, T. XIX, 1889, p. 125 sq.

^ Cependant pour les habitants d'Esté, cela n'est nullement prouvé.

* Voir Mûller, Die Etrusker (édit. Deecke), T. II, p. 42 sq. Schwegler, Romische Geschichte, T. I, p. 270, n. 16, p. 275. Helbig, Annali deWInsty 1884, p. 110,n. 1 et 3 (cf. aussi p. 133 sq). Cuno, Vorgeschichte Roms, T. II (Die Etr^isker und ihre Spuren im Volk und im Staate der Romer)j chapitres II, p. 32 sq., et V, p. 127 sq. ; mais je suis loin d'accepter les théories excessives de cet auteur.

^ Je crois que personne ne conteste qu'à l'époque de la domination étrusque, une partie au moins de la population de l'Etrurie ait été italique.

n^a pas eu lieu, c'est que les Italiotes qui après avoir passé les Apennins s'établirent dans l'Italie centrale, en dehors de TEtrurie, ne parlaient pas la même langue que les Etrusques, et qu'ils les considéraieikfc comme des étrangers^ presque comme des ennemis héréditaires ^ L'hypothèse d'une domination italique ou, pour parler avec plus de précision, ombrienne en Etrurie avant la venue des Etrusques dans ce pays a pour elle plusieurs textes anciens ^, et aussi la fréquence des noms de lieux de forme italique ^ Je serais assez disposé à l'accepter. — Elle soulève cependant une assez grave objection. D'une part, les Etrusques étaient, à notre avis, maîtres de la contrée k la fin de la période des tombes h puits. D'autre part, si l'on admet l'hypothèse d'une domination ombrienne antérieure à la leur, elle ne saurait être placée avant le commencement de la même période. Peut-être dans la série des tombes à puits de l'Etrurie ne connaissons-nous pas encore les plus anciennes, celles qui ne témoigneraient que dans une très faible mesure d'influences exercées par le commerce étranger, et qui se rattacheraient directement aux nécropoles des terramares. Mais les

^ Voir Schwegler, Romische Geschichte, T. I, p. 267. — Pour les Ombriens, Strabon, V, 1, 10, et les Tables Eugubines, édition Bréal, p. XLVl sq.

' Hérodote, I, 94. Selon M. Martha {UArt étrusque^ p. 28), ce texte ne serait pas concluant : le pays des Ombriens où auraient abordé les Etrusques pourrait aussi bien être le littoral de l'Adriatique. Cette conjecture est ingénieuse. Je ferai remarquer cependant que le texte d'Hérodote n'a pas été interprété ainsi dans l'antiquité. Denys d'Halicamasse, I, 27 : (une partie des Lydiens émigré) c ôp,ai<raaiv>iv ô' ï-nx toT; ifficipioi; uipeai Tx; 'itaXia;, hh^ h '0u.€ptx&r; f. stxTiaiç ». Cf. Scymnus de Chios, vers 220-221 et le contexte. — Pline l'Ancien, III, 50, intercale entre la domination des Ombriens et celle des Etrusques en Etrurie celle des Pélasges. Cf. peut-être aussi m, 112.

3 Pline, m, 61. (Cf. 0. Millier, Die Etrusker, T. I, p. 96-97; les objections de Cuno, Vorgeschichte Eoms, T. II, p. 115 ne me paraissent pas fondées). — Cuno, /. c, p. 109 sq. — Je dis les noms de lieux, et non pas les noms de personnes, car la fréquence de ces derniers peut s'expliquer aussi bien si l'on admet qu'un bon nombre d'Italiotes sont entrés en Etrurie avec les Etrusques. Quant aux lieux, il est assez naturel d'admettre qu'ils ont reçu leur nom de ceux qui en ont été les propriétaires; or au temps de la domination étrusque, les Italiotes établis en Etrurie se trouvaient très probablement dans une condition inférieure (voir Lepsius, Ueber die tyrrenUchen Pelasger, p. 33-34. Schwegler, Romische Oeschichte^ T. I, p. 269).

tombes en question ne doivent pas être bien nombreuses, car dans ce cas On en aurait déjà trouvé ^ A une époque antérieure, rien ne témoigne du séjour des Italiotes dans Tltalie centrale. Elle était occupée par des populations alors en plein â.ge de pierre^ et ne possédant que de très rares objets de bronze qui semblent avoir été apportés de pays plus civilisés *. Dans cette hypothèse, les Etrusques auraient donc occupé TEtrurie au milieu de la période des puits. Or rien n'indique qu'au cours de cette période (qui d'ailleurs n'est pas encore suffisamment connue) un aussi grave événement s'y soit passé : la civilisation de Villanova semble s'y développer avec régularité ; elle ne s'y déplace pas. On fera observer que, les Etrusques ayant adopté la civilisation des Italiotes, on ne doit pas s'étonner que le matériel des tombes ne nous apprenne rien sur un tel changement. Mais il n'est guère vraisemblable que les Etrusques aient imposé, sans une lutte très sérieuse, leur domination à un peuple qui leur était supérieur : Pline l'Ancien parle de trois cent villes ombriennes conquises par eux, sans dire du reste avec précision dans quelle partie de l'Italie ^. Or aucun des lieux où l'on a trouvé des tombes à puits en Etrurie ne paraît avoir été abandonné dès cette époque, et pour la plupart d'entre eux, il est certain que des villes étrusques très importantes s'y sont élevées : Cometo, Vulci, Cervetri, Chiusi, Vetulonia. C'est là, je le recon-

^ D^ailleura il est bien possible qu'on n'en trouve pas, et que les nécropoles inteiv xnédiaires ne se rencontrent qu*au nord des Apennins. Voir p. 834, n. 8 et p. 337, n. 3. « Pigorinî, BuU. di palet, ital., T. VII, 1881, p. 88. Ihid,, T. X, 1884, pi. VO, «g. 1 (cf. Pigorini, ihid., T. VI, 1880, p. 12; T. XI, 1886, p. 192).

'III, 112: € Trécenta eonim (Umbrorum) oppida Tusci debellasse reperiuntur p. C^ette phrase est jetée au milieu d'un chapitre consacrée à l'Ombrie, sixième région ^'Auguste, et peu après un passage dans lequel Pline dit que le littoral de l'Adriatique &n sud de Bimini a été occupé par les Ombriens, qui en ont été ensuite chassés par les Etrusques. Il n'y a aucune raison de croire que Pline veuille parler spécialement ^® ailles ombriennes de la vallée du P6. D'autre part, Pline dit (III, 60) qu'en Etrurie ^es Ombriens ont été chassés par les Pélasges et ceux-ci par les Lydiens (Etrusques). -^^ ^st peut-être permis de se demander si le premier texte cité ne devrait pas s'ap- P^îquer en partie au moins à l'Etrurie.

nais, une difficulté assez sérieuse contre Thypothëse d'une domination ombrienne en Etrurie.

Par où les Etrusques sont-ils venus en Italie? Naturellement, si Ton pense que leur arrivée au milieu des Italiotes a de beaucoup précédé, ou qu'elle a provoqué le passage des Apennins par ce peuple, on doit admettre qu'ils y sont entrés par le nord. Mais même si on place leur venue après l'établissement des Italiotes dans lltalie centrale, il n'y a peut-être pas de raison suffisante pour écarter cette hypothèse d'une manière absolue. Il est très vrai que nul auteur ancien ne nous dit que les Etrusques aient pénétré en Italie par le nord^; qu'Hérodote les y fait venir par la mer ^ ; que, s'il faut en croire plusieurs textes, ils auraient passé les Apennins pour conquérir la vallée du Pô ^. Mais les témoignages des anciens ont-ils une bien grande valeur quand il s'agit d'une époque aussi reculée et quand aucune découverte archéologique ne vient les confirmer î

Les Etrusques sont-ils venus d'Orient? Hérodote, et après lui beaucoup d'anciens l'ont affirmé ; les Etrusques eux-mêmes l'ont cru \ Quant aux arguments archéologiques que l'on a fait valoir en faveur

^ On De peut guère citer à ce sujet Hellanicus (dans Denys d'Halicamasse, I, 28) qui les fait arriver par iner à l'embouchure du Pô. Quant à la population étrusque qui, d'après certains auteurs (Tite Live V, 33, 11; Justin, XX, 5; etc.), occupait la Rhétie, rien ne prouve qu'elle ait été une tribu demeurée dans cette région depuis l'époque où les Etrusques l'auraient traversée pour entrer en Italie.

« Voir plus haut, p. 326, n. 3. Cf. Diodore XIV, 113, 2. Tite-Live V, 33, 9.

^ Voir les textes dans Noël des Vergers, Ij Etrurie et les Etrusqties^ T. I, p. 113, n. 2 ; Schwegler, Romische Oeschichte, T. I, p. 253, n. 3 ; Nissen, Italische Landeêkunde, p. 497, n. 2. — Je ne puis adopter la théorie de M. Helbig {Annali delVInst, 1884^ p. 149 sq. ; cf. Martha, Ij Art étrusque^ p. 23-24) sur l'origine de cette tradition. Gomme, on le sait, il y voit une légende répandue par les Phocéens, qui, frappés des ressemblances des civilisations étrusque et lydienne, auraient pris les Etrusques pour un peuple venu d'Asie-Mineure. Une erreur aussi grossière me parait inadmissible, d'autant plus que, si vers le sixième siècle les Etrusques ressemblaient par leur costume, leur mobilier^ etc. aux Lydiens, c'était probablement surtout au commerce phocéen qu'ils le devaient.

d'Orient: j'ai peine du reste à comprendre qu'an peuple originaire , d'Orient ait été barbare au point d'accepter complètement la civilisation des Italiotes. Même si l'on adopte cette dernière hypothèse, deux voies restent admissibles pour la migration des Etrusques : ou 'bien ils auraient traversé la péninsule des Balkans pour pénétrer en Italie par les Alpes: ce que rien ne prouve; tout au plus pourrait-on remarquer que quelques textes feraient croire à l'occupation d'une partie du littoral septentrional de la mer Egée ^ par des ïyrrhéniens ; — ou bien ils seraient venus par mer: traversée longue et difficile, qui^ même si l'on admet plusieurs étapes, supposerait chez ce peuple barbare des connaissances nautiques que la réputation de piraterie des Tyrrhéniens et des Etrusques ne me semblent pas suffisamment démontrer.

On voit que la question de l'origine des Etrusques et de l'époque de leur venue parmi les Italiotes, me paraît loin d'être résolue.

* Thucydide, IV, 109. Cf. Strabon, VII, fragment 36 ; Eschyle, Suppliantes, ve 254 sq. ; Justin, VII, 1, 3.

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