LN.7 PL
Peut-être à identifier à JdF, 289, 5 mai 1895 : « Tranchée sous la maison de M. Homolle (N. B. : Maison n° 548 du plan publié par H. Convert, BCH 21 (1897), pi. 14-15), terre cuite architecturale, côté droit d'une tête de lion ». GFR, 125 (20). Partie gauche d'un mufle de lion1. Argile assez molle, jaune en surface et orangée à l'intérieur. Couverte crème. L. = 0,13.
(1) Pour les têtes de lion comme pour les autres pièces, la droite et la gauche sont, dans nos descriptions, celles du spectateur. Au contraire, le rédacteur du Journal de fouilles entendait : partie droite ou gauche du lion lui-même.
Largeur = 0,055. Il subsiste presque toute la moitié gauche de la mâchoire supérieure, avec une partie de l'œil. Le front est plat, creusé d'une dépression au-dessus de l'arcade sourcilière. Le coin externe de l'œil est prolongé par un pli ; la joue forme un bandeau renflé. Les froncements du mufle sont rendus comme dans les fragments précédents, mais dans un style plus sec. La lèvre est peinte en noir et les gencives en rouge. L'œil est représenté par deux cercles concentriques : celui du centre est rouge avec un point noir au milieu, l'autre est noir.
Van Buren date ce fragment du vie siècle. Il semble postérieur à LN.10 : la tête a une forme plus allongée, le modelé est assez naturaliste. On évoquera le lion d'Olympie (Olympia III, pi. VIII, 5) qui date du milieu du Ve siècle, mais dont le modelé est plus évolué. On peut proposer une date aux alentours de 500-480.
XL ÉVOLUTION DES TÊTES DE LIONS AU VIe SIÈCLE
On a vu que les fragments de gargouille conservés sont de deux sortes : les uns adhèrent encore à une sima, ou peuvent se rattacher par analogie à un toit donné ; leur date est alors fonction de celle du toit auquel ils sont intégrés. Les autres, totalement indépendants, ne peuvent être datés qu'en fonction de critères purement stylistiques. On tentera ici d'esquisser un classement d'ensemble, qui fasse ressortir les principaux caractères de l'évolution typologique1.
Le stade le plus ancien est représenté par LN.5 (toit 13, vers 560). Sur cette pièce, les mèches sont courtes, rondes, et disposées en une seule zone ; les crins ne sont pas individualisés ; le peu qui reste du mufle révèle un modelé extrêmement schématique : les muscles ne sont pas marqués ; la tête, arrondie, est décorée par des zones de points, d'exécution très soignée, dans la tradition de la céramique corinthienne.
C'est peu de temps après LN.5 qu'il faut placer les lions de Calydon (vers 550) ; tous ont les mèches lisses, à l'exception de celui qui figure sur la pièce d'angle, sous le socle d'acrotère (Keramoi, fîg. 33 et 52). On peut considérer qu'il s'agit d'une première tentative, encore timide, pour individualiser les crins. En tenant compte du caractère provincial déjà souligné (cf. plus haut p. 108) de ces produits de l'art étolien, on admettra que les artisans qui ont fabriqué cette sima ont pu enregistrer avec un certain retard une innovation déjà entrée dans l'usage à Corinthe même. Ces têtes de lion sont caractérisées par une stylisation brutale et géométrisante : forme cubique, pas de détails de musculature ; rien de moins naturaliste.
(1) Cet essai ne concerne que les têtes de lion suffisamment conservées (notamment pour la crinière) ; on verra que toutes datent du vie siècle. Pour le vne siècle, dont nous n'avons qu'un fragment sûr (LN.18), on se reportera à J. Dôrig, « Fruhe Lôwen », AM 76 (1961), p. 67-80. L'ouvrage de Hanns Gabelmann, Studien zum friihgriechischen Lôwenbild (Berlin, 1965) ne nous a pas été accessible à temps pour être utilisé ici.
Vie SIÈCLE 117
Le lion de Trézène (G. Welter, Troizen und Kalaureia, pi. 8 et 27) témoigne d'une inspiration très différente. Les mèches, toujours courtes et lisses, sont beaucoup plus fines, n'ont guère de relief et sont disposées en éventail autour du mufle. Celles du haut sont séparées en deux groupes divergents par une ride centrale. L'oreille, pointue et placée très en arrière, sépare les mèches supérieures des mèches latérales, orientées différemment. Du mufle lui-même, il reste le front, bombé et partagé par un large sillon central. Les arcades sourcilières sont épaisses et vigoureuses, les pommettes fortement saillantes ; le modelé est dans l'ensemble très « musclé » et expressif. Le changement par rapport aux simas de Calydon est radical.
Mais l'étude des simas a montré que les deux toits étaient à peu près contemporains (vers 550)1. Ce fait pourrait s'expliquer par le « retard » stylistique déjà observé à Calydon : la tendance qui s'épanouit à Trézène ne serait qu'ébauchée dans le lion d'angle de Calydon. Mais on peut également penser qu'il s'agit de deux tendances, de deux « branches » évoluant simultanément dans des directions opposées ; l'une a de la crinière une conception plastique, l'autre une conception décorative ; de même, pour le mufle, s'opposent un modelé schématique (Calydon) et un modelé expressif (Trézène). Cette tendance « expressionniste » l'emporte nettement et s'accentue encore avec S.194 (série 20, vers 540). Les crins sont désormais finement incisés et disposés à plat comme un pur décor ; les mèches, dont le relief est quasiment nul, se laissent très mal discerner. C'est encore au même groupe qu'appartient S.23 (toit 42, vers 530). Le mufle du lion, quoique brisé, révèle à l'examen un modelé extrêmement musclé. La surface est bosselée, le style énergique, on pourrait même dire « convulsif ». Les oreilles sont placées presque à l'horizontale ; la surface de la tête continue à être décorée de zones de points soigneusement exécutées. La crinière témoigne en revanche, par rapport à S.194, d'une timide tentative de réaction : elle est toujours conçue comme un décor étalé et plat, mais les mèches sont plus individualisées et les crins, toujours très fins, sont plus modelés qu'incisés. Le retour à une conception plastique de la crinière s'accentue avec LN.10. Les mèches sont maintenant bien séparées par de profondes incisions. Le modelé du mufle, encore vigoureux, traduit cependant une certaine tendance au schématisme. La décoration peinte en zone de points persiste, mais en plus négligé.
Enfin, la dernière en date de ces gargouilles du vie siècle est le lion de Marmaria (toit 45). La conception de la crinière est désormais tout à fait plastique. Les mèches, en fort relief, sont très individualisées. Elles sont séparées en éléments trop gros pour qu'on puisse encore parler de crins. Il semble donc qu'en ce qui concerne la crinière, après un demi-siècle de recherches, on en soit quasiment revenu à la conception que révélaient LN.5 et les lions de Calydon (grosses mèches bien plastiques) tout en gardant de la tendance « expressionniste » la multiplicité des mèches, ici étagées sur plusieurs plans. Pour la tête, son modelé est schématique. Chaque partie est traitée isolément, pour ellemême, et l'ensemble manque d'unité. Le fragment LN.7 est lui aussi assez schématique, mais plus « joli » et moins massif ; il doit être légèrement postérieur et témoigne peut-être d'un retour à la tendance décorative.
(1) Cf. plus haut p. 62 et 110.
L'évolution des gargouilles archaïques ne semble donc pas avoir été linéaire, mais en quelque sorte cyclique : on passe en effet d'une conception plastique à une conception décorative de la crinière, pour revenir à la forme plastique dans la dernière partie du siècle, sans pour autant abandonner les conquêtes de la tendance décorative ; il n'y a donc pas retour pur et simple au point de départ. De même, le modelé de la tête est d'abord schématique, puis énergique et « bosselé », pour redevenir schématique, mais avec une forme très différente de celle du lion de Calydon, et un peu plus proche de la nature (ce dernier trait valant surtout pour LN.7 et non pour les lions de Marmaria). On peut se demander si cette vogue en alternance de deux conceptions opposées ne correspond pas à deux courants artistiques : un courant schématisant et raisonneur, sensible aux volumes disciplinés par l'esprit de géométrie, et une « école » que l'on pourrait qualifier de « baroque », recherchant avant tout l'effet décoratif au moyen d'une technique expressionniste. Telles sont les deux constantes que l'on voit se manifester tour à tour dans ces modestes produits de l'artisanat corinthien.