R.19 PI
Argile jaune, couverte jaune-vert. L. = 0,122. H. or. = 0,05. Sur la face, méandre double à crochets noirs, carré central cerné de brun avec un damier noir (entraxe indéterminable, proche de 0,10). Sur le lit de pose, astragale de grandes dimensions (entraxe également proche de 0,10). La face fait avec le lit de pose un angle de 80°.
2. R.27 Argile jaune à grains, couverte crème. L. — 0,09. H. or. = 0,058. Méandre
double à crochets noirs, carré bordé de rouge à damier noir. Au lit de pose, astragale. Entraxes indéterminables.
3. R.12 Extrémité droite d'une tuile de rive. L. = 0,142. H. or. = 0,07. Argile jaune
tirant sur le rose. Sur la face, méandre double à crochets noirs, carré central à bordure rouge et damier noir (entraxe = 0,088) ; il n'y a pas d'incisions directrices. Au lit de pose, astragale (entraxe = 0,055) souligné d'une large bande rouge.
IV. ÉVOLUTION ET CHRONOLOGIE DES TERRES CUITES ARCHITECTURALES DANS LA SECONDE MOITIÉ DU Ve SIÈCLE
A — Généralités
Après la production à la fois abondante et magnifique du style sévère, on constate, après 450, une brusque chute dans la densité des trouvailles comme dans la qualité des produits. Il est frappant que, pour un demi-siècle d'histoire delphique, nous n'ayons qu'un seul toit bien conservé (toit 70), et quelques fragments épars. La seconde guerre sacrée (448 av. J.-C.) a pu ralentir pendant quelque temps l'afflux des offrandes ; mais toute la fin du ve siècle passe pour une période de richesse et de prospérité. C'est peut-être cette richesse même qui explique la raréfaction des toits en terre cuite : comme l'a noté R. Martin, « peu à peu la corniche de marbre supplante la sima de terre cuite »*. Il faut en plus tenir compte, à Delphes, des possibilités offertes par le calcaire gris du Saint-Élie.
Il est donc nécessaire, pour définir et suivre l'évolution des terres cuites architecturales, d'étudier les trouvailles des autres sites, et en particulier d'Olympie : pour ce sanctuaire, le plus riche de Grèce en terres cuites architecturales d'époque classique, nous disposons depuis peu de l'étude qu'A. Mallwitz a consacrée, à propos de la toiture de l'atelier de Phidias, aux simas et antéfixes de la seconde moitié du ve siècle2. Cette période est caractérisée par l'importance que prennent les éléments végétaux de toute sorte (acanthes, folioles) et par l'allure plus libre et plus vivante qu'adoptent les motifs traditionnels de la palmette et du lotus3. On note également le remplacement, sur le listel supérieur des simas, de l'astragale par les oves ou les rais-de-cœur. Les profils sont d'une grande diversité : on trouve aussi bien le cavet que le talon.
Un bon exemple de transition entre le style sévère et le style fleuri est donné par une sima inédite du Ptoion, dont je publie ici une photographie (pi. 56). La qualité de l'exécution, la fermeté du dessin, la forme encore assez raide de la palmette, l'absence de calice sur le lotus aux pétales rapprochés, l'arrangement « serré » des motifs, sont proches des simas de style sévère. En revanche, l'importance donnée au pistil, et surtout les deux folioles adventices qui flanquent la base du lotus marquent l'apparition d'un style plus « fleuri ». Cette sima doit se situer vers 450 av. J.-C.
(1) Martin, 97-98.
(2) A. Mallwitz et W. Schiering, Die Werkstati des Pheidias in Olympia (Olympische Forschungen V), 1964, 110-134.
(3) A. Mallwitz, o. c, 122.
B — Classement typologique
1. Profils. Le profil de la sima S. 63 (pi. 103) est peu différent de celui des simas de style sévère : un cavet que termine en haut un minuscule talon surmonté d'un bandeau. On peut rapprocher ce profil concave de deux simas d'Olympie à profil en cavet, datant respectivement du milieu du ve siècle1 et de 410 environ2.
2. Décor des simas. Les feuilles des palmettes deviennent à la fois plus grêles et plus souples. Leur extrémité enflée se recourbe désormais jusqu'à rejoindre le plan horizontal, et même, pour les feuilles du bas, jusqu'à le dépasser. La feuille centrale domine nettement les autres ; sur S. 68, elle se termine en fer de lance : ce trait est commun dans la céramique attique dès le second quart du ve siècle3. En revanche, le détail du losange rouge incrusté dans la pointe est, à ma connaissance, unique. A côté de ces nouveautés, on peut cependant remarquer que la palmette garde dans l'ensemble beaucoup de tenue ; la silhouette est à la fois fine et ramassée ; les feuilles latérales ne s'écartent guère de la feuille centrale, et l'ensemble n'a pas cette allure affaissée qui caractérise le ive siècle. Le lotus est encore plus étroit et allongé qu'à la fin du style sévère ; la fleur, presque fermée, ressemble à un bougeoir, et est du reste plus proche du lis que du lotus. Les deux sépales du calice, bien marqués, entourent complètement la base des pétales, puis s'évasent et retombent de part et d'autre. Le trait brun en V qui marque, au départ, la séparation des sépales, ne suit pas exactement le bord de la partie retombante, mais la traverse en son milieu. Il n'y a pas là à proprement parler effet de perspective, mais souci d'insister, non sur la silhouette et les contours, mais sur le rendu plastique des éléments. On peut interpréter de la même façon le rehaut brun qui souligne, en son centre, la foliole adventice qui se détache de la spirale (S.58, pi. 54).
3. Décor des antéfixes. Les palmettes des antéfixes, avec feuilles retombant à l'horizontale et cœur rouge de grandes dimensions, sont très proches de celles de la sima. Le bas est caractérisé par l'absence de lotus. L'emplacement qu'occupait ce dernier est rempli tantôt par les volutes seules, qui se multiplient et diversifient avec virtuosité (A.95 et A.96, pi. 53) tantôt par des volutes sortant de feuilles d'acanthe. On reconnaît sans peine, dans ce nouveau schéma décoratif, l'influence athénienne. Ainsi, les volutes de A.96 (série 68, pi. 53) sont une excellente adaptation corinthienne du motif en usage à Athènes depuis le début du Ve siècle4. Ailleurs, il y a parfois quelque maladresse dans ces imitations : témoin A.95 (pi. 53) où les spirales inférieures sont tout à fait dispro-
(1) A. Mallwitz, o. c, pi. 41, c : sima « pâle ».
(2) Ibid., pi. 41, a : « petite sima aux acanthes ».
(3) P. Jacobsthal, Ornamenle griechischer Vasen, 177 et pi. 81 a (amphore d'Hermonax, 475-450).
(4) E. Buschor, TdA II, passim. La finesse des feuilles de la palmette ainsi que de la volute de A.96 se rapprochent plus spécialement des antéfixes XVI et XVIII (p. 50-54) datées respectivement de la fin du style sévère (vers 475) et de la seconde moitié du ve siècle.
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portionnées. Quant aux feuilles d'acanthe, elles commencent, peu après 450, à se répandre sur les sarcophages et les stèles funéraires attiques1. Mais leur disposition en vasque (deux feuilles de profil, une de face), ne se trouve véritablement élaborée qu'avec l'acrotère du Parthénon2. En tenant compte du délai qui a du s'écouler avant que les artisans corinthiens adoptent ce nouveau schéma, on peut penser, avec A. Mallwitz, qu'il ne doit pas apparaître sur les terres cuites avant le dernier tiers du Ve siècle3. Il est traité, sur nos antéfixes, de façon tout à fait plastique. Les feuilles d'acanthe, en fort relief, sont littéralement « cassées » et leur face interne est rehaussée de brun. L'intention de l'artisan est évidente : il s'agit de concurrencer, sinon d'égaler, le relief qu'obtenaient les tailleurs de pierre. La recherche est ici poussée plus loin que sur la grande antéfixe aux acanthes d'Olympie4. On est beaucoup plus près de l'antéfixe du temple de Bassae5, ou des stèles attiques de la fin du Ve siècle6. Malgré une certaine mollesse dans le dessin de la feuille centrale, l'ensemble reste à la fois charnu et vivace.
C — Chronologie
En dehors d'Olympie, les parallèles en terre cuite sont peu nombreux et peu instructifs. Une antéfixe de l'Héraion d'Argos7, non datée, montre que l'ancien schéma des volutes se terminant en spirales aux angles de l'antéfixe n'était pas abandonné : peutêtre l'antéfixe A.66 (série 67) suivait-elle encore ce modèle. A l'Héraion également, on a une antéfixe à corolle d'acanthe8 ; une autre a été trouvée au sanctuaire d'Apollon Pythéen de cette même ville9. Mais ces deux pièces, qui ne sont du reste pas datées, ont un modelé beaucoup plus sec et schématique que notre antéfixe. Les meilleures comparaisons se font, on l'a vu, avec les reliefs de marbre ou de pierre. Le rapprochement avec Bassae nous renvoie à l'extrême fin du Ve siècle10. Le style de la corolle d'acanthe répond d'autre part très exactement à la définition que donne Mobius du « premier style » des stèles funéraires : « coquille lisse ou très simplement incisée, vue d'en dessus »u. Nous sommes donc ramenés vers les années 420. L'une des simas d'Olympie12 semble avoir une certaine parenté avec la sima delphique. spécialement dans la forme du lotus. Mais, à l'examen, elle
(1) Cf. A. Schott, « Akanthus », Oesl. Jahresh. 44 (1959), 68. Voir aussi H. Mobius, Die Ornamente der griechischen Grabstelen, 11-12.
(2) P. Jacobsthal, Ornamente griechischer Vasen, pi. 134, a et c.
(3) A. Mallwitz, o. c, 124.
(4) Ibid., pi. 44-45.
(5) A. Blouet, Expédition de Morée, II, pi. 19. H. Mobius, o. c, pi. 4, a.
(6) H. Mobius, o. c, pi. 10, b.
(7) Ch. Waldstein, Argive Heraeum, I, pi. 23, A ; GFR, 158 (73) n° 177, fig. 13.
(8) Ch. Waldstein, o. c, pi. 23, C. GFR, 158-159 (74) n° 176, fig. 13 à gauche.
(9) W. Vollgraff, Le sanctuaire d'Apollon Pythéen à Argos, pi. VI.
(10) Sur la date de l'achèvement du temple de Bassae (et par conséquent de l'exécution des parties hautes) cf. G. Roux, L'architecture de VArgolide, 55.
(11) H. Mobius, o. c, 90.
(12) Olympia II, pi. 121, 3. L'étude de cette sima a été renouvelée par A. Mallwitz, o. c, 127-129, quila date du ive siècle et serait tenté {ibid., 130-131) de l'attribuer au Léonidaion.
se révèle nettement plus tardive : la palmette est plus large, et plus molle ; les feuilles, dépourvues de vigueur, tendent à s'affaisser de part et d'autre de la feuille centrale. Le calice du lotus, à trois sépales, est exécuté mécaniquement. Enfin le profil, un talon à la fois saillant et mou, n'a rien de commun avec celui de S.58, auquel il est certainement postérieur.
Finalement, en tenant compte du fait que les antéflxes à volutes, imitant un modèle attique déjà ancien, sont probablement antérieures aux antéfixes à feuilles d'acanthe, je serais enclin à placer les séries 67, 68 et 69 entre 450 (fin du style sévère) et 420. Le toit 70 doit, on l'a vu, se situer à la fin du siècle, entre 420 et 400 : toute autre précision serait téméraire.