‹ Fouilles de Delphes (volume 4)Chapitre 65 sur 257 · G.26 PI · texte numérisé non relu

G.26 PI

Fragment du bas d'un geison. Argile jaune à grains, couverte crème. L. = 0,095. H. = 0,145. Même profd que les précédents. Sur la face inférieure, on observe quelques restes d'un décor à frise de triangles. De face, décor identique à celui des fragments précédents.

17. G.23 Inv. 1928. Trouvé le 5 octobre 1894 {JdF, 263) en même temps que 1927.

Petit fragment brisé de tous côtés. Argile rose, couverte ivoire brillant. L. = 0,10. H. = 0,042. Traces d'un décor identique à celui des pièces précédentes.

18. G.27 Fragment du haut d'un geison. Argile rouge, couverte crème. L. = 0,09.

H. = 0,05. Il ne subsiste qu'une double baguette ornée d'une double frise de rectangles noirs. On a encore le trou vertical par lequel passait la cheville de fixation.

Dans tous ses détails, cet ensemble révèle une origine sicilienne1, qu'il s'agisse du profil (en cavet profond), ou du décor (damier sur le bandeau supérieur, feuilles terminées en pointe sur le cavet), ou enfin, de la grande tresse qui orne le geison2. Tous ces caractères ne se trouvent réunis qu'en Sicile. Techniquement, la facture est également très particulière : l'argile est tantôt rose tirant plus ou moins sur le gris, et il s'agit alors de pièces importées de Sicile ; tantôt jaune, et il doit s'agir de pièces complémentaires fabriquées peut-être à Delphes même. La couverte varie énormément d'une pièce à

(1) Sur les simas siciliennes, cf. en dernier lieu Martin, 94-95, avec la bibliographie récente. Les fragments de sima sicilienne trouvés à Delphes ont été mentionnés par W. Darsow (Sizilische Dachterrakotlen, 27 : attribution à un trésor sicilien) et par W. B. Dinsmoor [Architecture of Ancienl Greecez, 116 n. 3 : attribution au trésor archaïque de Syracuse).

(2) La reconstitution du geison à une seule tresse (pi. 120) est assurée ; on aboutit, à partir des fragments existants, à une hauteur restituée de 0,285 environ, très voisine de celle des autres geisa siciliens à tresse unique : 0,24 à Sélinonte (E. Gàbrici, « Per la storia dell'architettura dorica in Sicilia », Mon. Ant. 35 (1933), col. 205; G. Scichilone, « Tre rivestimenti flttili selinuntini », Annuario 39-40 (1961-1962), 175 n. 4 et flg. 1) ; 0,32 sur le toit G de Gela (L. Bernabô Brea et R. Carta, « L'Athenaion di Gela e le sue terrecotle architettoniche », Annuario 27- 29 (1949-51), p. 48 flg. 36) ; 0,31 sur le toit D de la même ville [ibid., 56).

l'autre : n'était l'identité absolue du décor, on n'imaginerait pas que G.38 et G.17 appartiennent au même toit. La surface est souvent brillante, comme émaillée, contrastant avec l'allure plus mate des simas corinthiennes. En ce qui concerne le décor, on retrouve le bandeau supérieur droit, dépourvu de baguette et décoré d'un damier, sur le toit D de l'Athénaion de Gela1 (damier à 3 rangées, comme sur la sima horizontale de Delphes) et sur la sima de Syracuse déjà citée2 (damier à 4 rangées, comme sur la sima latérale de Delphes). L'analogie avec cette dernière sima est d'autant plus frappante que, sur le cavet, la disposition des feuilles et des couleurs est, on l'a vu, exactement la même que sur la sima rampante de Delphes. Quant au schéma de la sima latérale, il est identique à celui du toit D de Gela, auquel nous sommes donc également ramenés. En revanche, le décor de la sima horizontale du fronton est, à ma connaissance, unique. Il se laisse néanmoins replacer dans le développement des simas siciliennes : le partage du triangle isocèle qui sépare les feuilles, en deux triangles rectangles de couleur opposée, est souvent réalisé sous la forme d'une petite palmette renversée, à deux feuilles très minces, l'une noire et l'autre rouge3. On peut donc considérer le toit delphique comme un précurseur. Le décor du geison ne manque pas, lui non plus, d'originalité : le nombre de cercles concentriques entourant le noyau (quatre) est plus grand qu'à l'habitude : on en compte normalement trois. De plus, le motif en pistil qui orne chaque pétale de la rosace centrale est inconnu ailleurs. En dépit de ces traits particuliers auxquels il faudrait ajouter l'absence de baguette à la base du cavet sur la sima latérale, d'autres points communs rapprochent le toit 28 de la sima de Syracuse et du toit D de Gela : la tresse double n'a pas encore fait son apparition ; quant au méandre, il était peut-être présent sur le bandeau inférieur de la sima, que nous n'avons pas conservé, comme sur la sima rampante du toit B de Gela4. Mais on peut tout aussi bien penser, pour cet emplacement, à un grand damier.

Dans son classement chronologique des terres cuites architecturales siciliennes, H. K. Sûsserott a situé, avec raison me semble-t-il, la sima de Syracuse parmi les premiers toits siciliens réguliers5. Le toit D de Gela et celui de Delphes doivent certainement être placés dans le même groupe6, qui daterait de la fin du vne ou du début du vie siècle7. Sûsserott fonde cette date sur celles des simas de Corfou et de Delphes (G.l, toit 27), postulant que ces dernières dérivent du style sicilien : la sima de Corfou présupposerait l'existence des premières simas siciliennes, et sa date (590) serait pour celles-ci un termi-

(1) L. Bernabô Brea et R. Carta, o. c, pi. 4 et fig. 44 et 46.

(2) Cf. plus haut p. 71 n. 1.

(3) Athénaion de Gela, toit B, sima rampante : L. Bernabô Brea et R. Carta, o. c, 42 fig. 30. Trésor de Gela à Olympie, sima rampante : H. Schleif et H. K. Sûsserott, « Das Schatzhaus von Gela », Olympische Forschungen I, pi. 41. Syracuse : P. Orsi, « Gli scavi intorno a l'Athénaion di Siracusa », Mon. Anl. 25 (1918) pi. 22.

(4) Cf. L. Bernabô Brea et R. Carta, o. c, 39 et 42 fig. 30.

(5) « Herkunft und Formgeschichte des sizilischen Traufsimendaches », Olympische Forschungen I, 117.

(6) L. Bernabô Brea (o. c, 91) associe les toits B et D de Gela et les situe après 550. Les raisons de ce groupement m'échappent. Le toit B comporte, en effet, un certain nombre d'éléments tardifs dont le toit D est au contraire dépourvu ; ainsi, le bandeau supérieur est surmonté d'une baguette ; les feuilles du cavet sont allongées et séparées par une petite palmette renversée à deux folioles ; enfin, la tresse du geison est double. Toutes ces différences invitent à dissocier les deux revêtements.

(7) H. K. Siisserott, o. c, 122. Le classement chronologique est uniquement fondé sur l'étude des décors, les profils n'entrant guère en ligne de compte. Du reste L. Shoe {Profiles of Western Greek Mouldings, pi. XI et XII) se montre extrêmement réservée sur la chronologie. Quant aux pièces delphiques, leur profil n'est pas assez bien conservé pour qu'on puisse en tirer quoi que ce soit.

Vie SIÈCLE 75

nus ante quem1. Mais le raisonnement pèche ici à la base ; il convient au contraire de considérer Corfou comme un relais entre la Grèce et la Sicile. Les premiers toits siciliens sont issus de formes décoratives et architecturales venues de Grèce propre, et l'on voit se fondre, dans cette production, des éléments propres aux ateliers corinthiens et d'autres propres aux ateliers occidentaux2. Y a-t-il eu d'autre part échange de motifs avec l'Asie Mineure ? Une plaque de revêtement en terre cuite trouvée à Ak-Alan, près de Samsun, et conservée au musée d'Istanbul, le donne à penser3. On y trouve en effet la même tresse à bandeaux multiples, décorée en son centre d'une rosette, que sur le geison sicilien de Delphes (pi. 23). Pour Âkerstrôm, il n'y a là qu'une coïncidence : les deux pièces appartiennent à deux domaines indépendants ; tout au plus peut-on supposer qu'elles dérivent l'une et l'autre d'une source commune4. La question se complique du fait que la date de la plaque d'Ak-Alan est loin d'être fixée : Macridy Bey et Koch la plaçaient vers 5505. Âkerstrôm se refuse à la dater isolément, mais situe l'ensemble des terres cuites architecturales d'Ak-Alan dans la seconde moitié du vie siècle6. Je ne prétends pas apporter de solution. Il me paraît néanmoins hasardeux, au vu des documents, de nier l'existence de rapports entre la Grèce occidentale et la Sicile d'une part, l'Asie mineure de l'autre.

Pour en revenir aux simas siciliennes, il semble donc probable que, loin de leur être antérieures, elles sont postérieures à la sima de Corfou et à la sima corcyréenne de Delphes. On peut donc abaisser sensiblement la date proposée par Siisserott, et situer les premières simas siciliennes vers 5807. La sima delphique semble légèrement plus récente que les toits correspondants de Syracuse et de Gela : la disposition des couleurs sur la sima horizontale de fronton marque, on l'a vu, une évolution. D'autre part, un édifice bâti « outre-mer » est naturellement une imitation de la métropole. En tenant compte de tous ces éléments, je placerai finalement la sima sicilienne de Delphes dans le second quart du vie siècle.

A quelle cité attribuer le trésor qu'il recouvrait, et sur quelle fondation le placer? C'est à Gela ou à Syracuse que l'on prête l'invention du style « sicilien » dans les terres cuites architecturales8. Gela, Syracuse et Sélinonte ont chacune édifié un trésor à Olym-

(1) H. K. Siisserott, o. c, 120.

(2) Je reprends ici la démonstration de G. Scichilone, o. c, 194. De même, Âkerstrôm, 262, estime que Corfou a vu se développer des formes intermédiaires entre Corinthe et la Sicile.

(3) N° d'inventaire 4600. Publiée par son inventeur, Macridy Bey, « Une citadelle archaïque du Pont», MM. Vorderas, Ges. 12 (1907), Heft 4, flg. 21. Repris par Koch, 20, c. On se reportera désormais à la publication d'Àkerstrôm, p. 126 n° 4 et p. 131, pi. 67. Argile rouge, par endroits grise. L. = 0,24. H. = 0,21. Grande tresse à deux bandeaux bordés de fdets. Le noyau central est garni d'une rosette (0 = 0,07). Entraxe = 0,135. Les pétales de la rosette sont alternativement crème et rouge, les fdets bordant les bandeaux sont rouges. Traces de couverte blanche sur les bandeaux. J'exprime tous mes remerciements à Mr Nezih Firath et à Mme A. Rollas, qui m'ont autorisé à photographier cette pièce.

(4) Âkerstrôm, 130-131.

(5) Koch, 22-23.

(6) Akerstrôm, 132-133.

(7) G. Scichilone, 0. c, 189, penche également pour les premières années du vie siècle. En accord avec T. J. Dunbabin (The Western Greeks, 272 n. 1) et Siisserott, il rejette la chronologie basse de W. Darsow (Sizilische Dachlerrakotten, 107-110 : milieu du vie siècle).

(8) Cf. L. Shoe, Western Greek Mouldings, 66. E. Gàbrici, « Studi archeologici selinuntini », Mon. Ant. 43 (1956), 378, opte pour Syracuse, mais avec des arguments très contestables. Cf. les remarques de G. Scichilone, 0. c, 197 ; le même, 0. c, 216, montre du reste qu'il ne faut pas se limiter à ces deux villes.

pic1. Enfin, Syracuse a construit un trésor à Delphes à la fin du ve siècle2. Un édifice archaïque (trésor, portique ou monoptère) l'a-t-il précédé? On sait que P. de La Coste- Messclière a vigoureusement combattu cette hypothèse due à W. B. Dinsmoor8. Il n'est pas de mon propos de reprendre ici la discussion, mais de constater que la découverte d'une toiture appartenant certainement à un monument sicilien, et peut-être syracusain, oblige à poser le problème sur de nouvelles bases : la réalité d'une offrande sicilienne archaïque de caractère monumental doit être reconnue, et la possibilité d'un premier trésor syracusain admise. Dans cette perspective, il convient de rappeler qu'Apollon était considéré par les cités siciliennes comme l'initiateur de la colonisation occidentale4 ; plus précisément, c'est un oracle delphique qui aurait présidé à la fondation de Syracuse5. L'existence d'un trésor archaïque dédié par cette cité n'aurait, on le voit, rien de surprenant. Dès lors, il serait tentant de redonner une certaine valeur à la pierre inscrite PAKOSIO qui a déjà fait l'objet de plusieurs discussions6. Certes, elle est postérieure de près d'un siècle à notre sima sicilienne. Mais peut-on exclure l'hypothèse d'une dédicace regravée à une date plus basse ? Je ne me dissimule pas le caractère fragile de ces hypothèses : j'ai seulement voulu indiquer que le dossier devait être rouvert et l'enquête reprise.

C — La Grande Grèce7

Toit 29.

A — Sima (reconstitution pi. 121).

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