‹ Fouilles de Delphes (volume 4)Chapitre 68 sur 257 · G.22 PI · texte numérisé non relu

G.22 PI

Fragment du bas d'un geison. Argile jaune à grains, couverte crème. L. = 0,145. H. = 0,135. Profil : bandeau droit, double baguette (H. or. = 0,04), listel (H. or. = 0,02). Décor : sur le bandeau, une tresse à bande alternativement noire et rouge bordée de noir (entraxe = 0,05), sur fond crème. Le peu qui est conservé au-dessus du noyau de l'élément central ne montre aucune trace de la fleur à trois pétales qui devrait normalement y trouver place, si la tresse était double. Il est donc possible que le geison ait été orné d'une tresse simple, mais étant donné l'état très mutilé de notre fragment, ce ne peut être une certitude. Sur la double baguette, une frise de rectangles noirs (1. du côté du rectangle = 0,02) ; sur la face inférieure, une bande noire.

6. G.35 Inv. 7120. Trouvé en mai 1949 à l'Est de la Lesché de Cnide. Fragment du bas

d'un geison. Argile jaune ocre à grains, couverte crème. L. = 0,142, H. — 0,125. Profil et décor identiques à ceux de G.22, mais moins bien conservés.

7. G.18 Petit fragment du bas d'un geison. Argile jaune à grains, couverte crème. L. =

0,078. H. = 0,085. Ne sont conservés qu'une baguette et le listel. Décor à peu près complètement effacé.

9. G.36 Petit fragment du haut d'un geison. Argile jaune à grains, couverte crème. L. — 0,08. H. = 0,07. En haut, une double baguette, suivie d'une amorce de bande verticale. Sur les baguettes, double frise de rectangles noirs. Sur la bande, amorce d'une tresse semblable à celle des fragments précédents.

10. G.37 Inv. 6071. Trouvaille fortuite en 1936, dans les déblais du Téménos. Fragment de l'angle supérieur droit d'un geison. Argile jaune à grains, couverte crème.

L. = 0,11. H. = 0,12. En haut, une double baguette (H. or. = 0,04), au revers de laquelle se distingue l'arrachement de la plaque de pose. En dessous, bandeau vertical. Les baguettes portent une frise de rectangles noirs (entraxe = 0,09) ; le bandeau, l'amorce d'une tresse semblable à celle des fragments précédents.

11. G.24 Petit fragment de geison. Argile rose, couverte crème. L. =0,10. H. —0,10. Bord droit partiellement conservé. Faibles restes d'une tresse. Au-dessous, deux baguettes brisées, avec les traces d'une frise de rectangles.

Le profil de S.182 reproduit le schéma sicilien, comme l'a vu L. Shoe1. Il faut cependant noter que le cavet est extrêmement plat, et relativement petit par rapport au bandeau supérieur ; bien qu'on en ait un exemple à Gela, les parallèles se trouvent surtout en Italie du Sud : une sima de Crotone, datée par P. Orsi de la fin du vie siècle2, et plusieurs simas composites, où le cavet n'est plus qu'un élément parmi d'autres, à Caulonia3 ou à Paestum4.

L'examen du décor aboutit à la même conclusion5. En Sicile, la ligne ondulée n'est qu'une stylisation plus ou moins poussée de la frise de feuilles à extrémité pointue6 ; ici, au contraire, le motif est purement linéaire, détaché de tout élément figuratif. On le rencontre en Asie Mineure, à Sardes et à Gordion7, et surtout en Grande Grèce, et plus précisément à Paestum. En effet, sur le temple d'Athéna (dit « de Cérès »), une plaque courant au-dessus de la frise porte, entre un listel en haut et une baguette en bas, une ligne ondulée haute et raide, formée de demi-cercles reliés entre eux par des lignes droites, très semblable au motif de la sima delphique (fig. 5)8. On la retrouve encore sur le « Trésor » du sanctuaire d'Héra à l'embouchure du Sele, où elle court à la base du chapiteau d'ante9. Quant à l'ornement qui couronne la sima latérale, il est lui aussi étranger à l'esprit sicilien10. En Italie du Sud, en revanche, si l'on ne trouve aucun parallèle exact, on peut cependant noter un goût certain pour les « pseudo-antéfixes » :

(2) Cf. P. Orsi, « Prima campagna di scavi al santuario di Hera Lacinia », Not. Scavi 1911, Suppl., 105-106, fig. 84. L. Shoe, Western Greek Mouldings, pi. XI, 3 (Crotone) et 4 (Gela).

(3) Cf. P. Orsi, « Caulonia II », Mon. Ant. 29 (1923), pi. II, col. 426. Voir aussi du même « Caulonia », Mon. Ant. 23 (1914), 861-862, fig. 103. Martin, 92, fig. 41.

(4) Cf. E. Gàbrici, « Studi archeologici selinuntini », Mon. Ant. 43 (1956), 309-310, fig. 38. Martin, 93 fig. 43. R. Martin donne ces simas comme caractéristiques du « type Gela ». En fait, avec leur profil composite et leurs moulures complexes, elles se rapprochent plutôt de certaines simas de Sélinonte (cf. E Gàbrici, « Per la storia dell' architettura dorica in Sicilia », Mon. Ant. 35 (1933), col. 185-186, fig. 42-43), et surtout des profils de l'Italie du Sud.

(5) Cf. déjà, dans le même sens W. Darsow, Sizilische Dachlerrakollen, 27.

(6) Même sur le toit C de Gela (L. Bernabô Brea et R. Carta, « L'Athenaion di Gela e le sue terrecotte architettoniche», Annuario 27-29 (1949-51), 48-50, fig. 36 et 38) et plus encore sur une frise de Monte San Mauro (P. Orsi, « Di una anonima città siculo-greca », Mon. Ant. 20 (1910), pi. V et fig. 43), la frise ondulée rappelle encore la feuille dont elle est issue. Autres exemples de lignes ondulées très proches de la feuille sicilienne : le toit A de Gela (L. Bernabô Brea o. c, 23, fig. 14 et pi. II) ; le trésor de Gela à Olympie (H. K. Sûsserott et H. Schleif, « Das Schatzhaus von Gela », Olympische Forschungen I, pi. 41) ; une sima de Mégara Hyblaea (G. Vallet et F. Villard, Bolleltino d'Arte 45 (1960), 267, fig. 10) ; une sima d'Agrigente Œ. Gàbrici, Not. Scavi 1925, 440, fig. 10) ; trois simas de Syracuse (P. Orsi, « Gli scavi intorno al'Athenaion di Siracusa», Mon. Ant. 25 (1918), pi. XVIII, XX-XXII.

(7) Sardes : Âkerstrôm, 93 et p). 49, 1 et 2 ; dernier quart du vie siècle. Gordion : ibid., pi. 83, 1 et 4.

(8) Cf. F. Krauss, Die Tempel von Paestum, I, Der Aihenatempel, 3 et 23, fig. 21,1 et 43 ; pi. 23,1. Hauteur du bloc = 0,245. H. de l'ornement seul = 0,174. Largeur des spires = 0,113 à 0,114. Le bloc est également reproduit dans F. Krauss, Paestum, Die griechischen Tempel, fig. 39.

(9) P. Zancani Montuoro et U. Zanotti Bianco, Heraion alla foce del Sele, II, pi. 8 et p. 20-21.

(10) Il évoquerait plutôt, démesurément grossies, certaines anses de plats orientalisants : cf. l'anse du plat de Bellérophon trouvé à Thasos, BCH 84 (1960), 349, fig. 1 et pi. IV et VI. Faut-il en conclure que cet ornement traduit, comme à Thasos (ibid., p. 351), une influence orientale?

Vie SIÈCLE

Fig. 5. — A gauche, le motif sinusoïdal de S. 182, basculant nettement vers la gauche ; a droite, élément décoratif du temple d'Athéna à Paestum (d'après F. Krauss, Die Tempel von Paestum, I, Der Athenatempel, pi. 23).

outre le toit 30, ci-dessous, et ses parallèles à Olympie et Paestum, on peut citer la sima latérale du temple d'Hipponion1 et celle du temple d'Héra à Crotone2. En définitive, S. 182 serait donc plus à sa place en Grande Grèce qu'en Sicile.

L'association de la sima et du geison est ici loin d'être assurée : les argiles sont en effet dissemblables, rose pour le sima, jaune pour le geison.

L'étude du geison est en outre rendue difficile par le caractère très fragmentaire des pièces conservées. Mais si, comme il est possible, le geison était décoré d'une tresse simple prise entre quatre baguettes (deux en haut, deux en bas), ses proportions fourniraient une indication intéressante. La hauteur restituée de la tresse serait d'environ 0,062, la hauteur totale des quatre baguettes et du listel inférieur de 0,10. Autrement dit, les moulures d'encadrement tiendraient plus de place que le bandeau principal. On retrouve un semblable schéma sur un geison d'Olympie publié par H. K. Sûsserott, et qualifié par lui de « sicilien ancien »3. Mais comme l'a montré G. Scichilone, cette attribution ne résiste pas à l'examen : la disproportion entre les baguettes et le bandeau du geison serait, dans un contexte sicilien, absolument anormale4. Au contraire, des parallèles existent en Grande Grèce5. Notre connaissance des toits de l'Italie du Sud est beaucoup trop fragmentaire pour qu'on puisse préciser davantage l'origine du Toit 29. Quant à sa date, le dessin assez plat du profil, ainsi que la substitution d'une ligne ondulée aux feuilles siciliennes invitent à ne pas la placer trop haut. D'un autre côté, le décor ne comporte aucun élément « fleuri » ou récent, ce qui interdit une date basse. Je serais donc tenté de le situer autour de 550, en n'accordant du reste à ce chiffre que la valeur d'une indication.

(1) Cf. AFR, 92-93 (33), fig. 14.

(2) Ibid., 95 (3), fig. 19.

(3) H. K. Sûsserott, « Ein altsizilisches Dach », Ohjmpische Forschungen I, 128-136, pi. 42-43.

(4) G. Scichilone, « Tre rivestimenti fittili selinuntini », Annuario 39-40 (1961-62), 194-95. Le bandeau supérieur de cette sima d'Olympie est décoré de rosettes en relief. Or on retrouve un motif identique sur le bandeau inférieur d'une sima de Sybaris (P. Zancani Montuoro, « La campagna archeologica del 1932 nella piana del Crati », Alli e Memorie délia Socielà Magna Grecia », 1961, 27-29). La sima d'Olympie ne serait-elle pas dès lors une candidate pour la toiture du trésor de Sybaris ?

(5) Par exemple, un geison de Crotone (W. Dôrpfeld, « Ueber der Verwendung von Terrakotten », 41. Berliner Winckelmann's Programm (1881), 10-11, pi. IV, n° 10) ; et, avec des moulures différentes, un geison de Tarente (R. Bartoccini, Not. Scavi 1936, 174 n<> 82, pi. XI, 1).

Toit 30.

A — Geison (reconstitution pi. 122).

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