‹ Fouilles de Delphes (volume 4)Chapitre 72 sur 257 · G.21 PI · texte numérisé non relu

G.21 PI

Trouvé en août 1919 au cours de travaux dirigés par É. Bourguet et F. Courby (note d'A. E. Contoléon). Coin inférieur gauche d'une plaque de geison. Argile jaune à grains, couverte crème. L. = 0,065. H. = 0,077. Épaisseur or. = 0,028. Il ne subsiste que des fragments de méandre simple, noir sur fond crème, aux contours limités par un filet en relief.

6. G.31 Fragment très endommagé de l'extrémité supérieure gauche d'une plaque de

geison. Argile jaune tirant sur le rose, à grains, couverte crème. L. = 0,105. H. = 0,115. Sur le bandeau supérieur, la tresse a complètement disparu. En dessous, quelques traces de dents de loup. Au-dessous, le listel (H. or. = 0,01) noir en projection oblique. Les gouttes ont disparu.

B — « Antéfixes » (reconstitution pi. 122).

Dessiné par Tournaire avec la mention : «Couronnement de stèle, Delphes 1896». GFB, 32 et 159 (79) n° 103. « Antéfixe » faisant probablement corps avec la tuile de rive. Argile rose, couverte ocre. L. = 0,255. H. = 0,115. De part et d'autre d'un éperon central partent deux volutes en forme de cornes. Le tout repose sur un listel au profd oblique (H. = 0,025). L'arrière est brisé. Les contours de la partie supérieure sont soulignés par trois fdets parallèles, deux noirs encadrant un rouge.

Trouvé le 1er mai 1895, à l'Ouest du Théâtre : « Sorte de chapiteau de pilastre en terre cuite, largeur = 0,28 i>[JdF, 1er mai 1895, avec un croquis ne laissant aucun doute). « Antéfixe » fragmentaire. Argile jaune, couverte ocre. L. or. (envergure totale) — 0,288. H. = 0,167. Même forme que A.89 : deux volutes de part et d'autre d'un éperon au-dessus d'un listel oblique (H. = 0,022). Les volutes sont dissymétriques, découpées à la main, et non pas moulées. Au dessous, à la différence de A.189, on distingue l'amorce d'un évidement circulaire limité par deux jambages verticaux brisés. Le but de ce dispositif n'apparaît pas clairement : il s'agit peutêtre de coiffer un couvre-joint de faîte de type sicilien (semi-circulaire), mais trop d'éléments manquent pour qu'on puisse arriver à une certitude.

Inv. 6032. Trouvé en 1939 au pied de la Lesché de Cnide (« secteur D »). Fragment de volute droite d'une « antéfixe » du même type. Argile rose, couverte crème. L. = 0,115. H. = 0,075. Même décor que A.189.

L'association dans un même toit du geison à mutules et des antéfixes à double corne est assurée grâce à l'existence d'une série identique découverte à Olympie1. Les deux ensembles se complètent. Les pseudo-antéfixes d'Olympie adhèrent tantôt à la tuile

(1) Olympia II, Textband, 200-201, flg. 21 à 24. Un nouveau fragment d'antéflxe a été découvert en 1937 (R. Hampe et U. Jantzen, Olympische Forschungen I, 95-96, flg. 45). Le geison d'Olympie est reproduit par J. Durm, Baukunst der Griechen*, 4 flg. 2, et par E. Gàbrici, « Studi archeologici selinuntini », Mon. Ant. 43 (1956), 374 flg. 60-61. On a d'autre part trouvé à Olympie un autre fragment de revêtement en terre cuite orné d'une régula munie de gouttes (Olympia II, pi. 116, n° 5 ; J. Durm, Baukunsl der Griechen3, 4 flg. 3) et d'une frise de lotus et palmettes alternativement droits et renversés. La pièce est malheureusement trop brisée pour pouvoir nous apprendre quoi que ce soit. J'exprime tous mes remerciements au Dr A. Mallwitz, qui m'a aimablement fait parvenir et autorisé à reproduire les photographies des fragments d'Olympie qui ont servi de base aux dessins donnés dans la publication.

de rive décorée d'un méandre (PI. 26-27), tantôt à la sima ornée de deux tresses séparées par un tore (PI. 27), et permettent de reconstituer le rampant du fronton et les longs côtés. En revanche, le geison de Delphes permet de compléter celui d'Olympie (pi. 28) qui n'est conservé que jusqu'aux gouttes1. Pour les pièces communes aux deux séries, la similitude saute aux yeux. Les différences sont peu importantes : les «antéfixes» d'Olympie sont techniquement plus soignées : les filets noirs qui en soulignent les contours sont limités par des incisions, absentes à Delphes. D'autre part, les pièces delphiques sont de proportions plus fortes que celles d'Olympie, et impliquent un bâtiment légèrement plus grand : ainsi, la longueur restituée de l'antéfixe est de 0,285 à Delphes, de 0,195 à Olympie ; la hauteur du geison, du sommet à la base des gouttes, est de 0,187 à Delphes, de 0,165 à Olympie ; la largeur de la « métope » décorée d'une rosette est, à Delphes, de 0,067, à Olympie de 0,055. Seule de son espèce, l'antéfixe A. 190 fait difficulté : pourquoi cette base incurvée, contrastant avec la base rectiligne de A. 189? Je vois deux explications possibles ; ou bien le fragment faisait partie d'une frise de pseudo-antéfixes ajourées, comme cela se passe à Sélinonte2 ; ou bien, plus probablement, cette antéfixe venait s'emboîter sur un couvre-joint de type sicilien, donc semi-circulaire ; ce pouvait être un couvre-joint de faîte, au sommet duquel notre élément jouerait alors le rôle d'un petit acrotère3.

Les ressemblances entre le toit de Delphes et celui d'Olympie indiquent de façon évidente qu'il s'agit de deux séries sorties en même temps des mêmes ateliers, et destinées, selon toute vraisemblance, à deux édifices offerts par la même cité. R. Bormann, publiant les fragments d'Olympie, avait déjà reconnu qu'il fallait situer cette ville en Grande Grèce4. Depuis lors, plusieurs parallèles sont apparus, tous sur des sites de l'Italie méridionale. Deux socles d'acrotères ornés d'une régula et de gouttes trouvés à Caulonia ont été rapprochés du geison d'Olympie par E. Gàbrici5. On peut y ajouter le toit du temple d'Apollon Aleios à Crimisa (Punta dell'Alice) : les antéfixes pentagonales, à double égout, sont munies à leur partie inférieure d'une régula à laquelle sont suspendues cinq gouttes. Le geison lui-même porte, sous un bandeau oblique, une double série de regulae munies également de cinq gouttes, et disposées en quinconces6. Enfin, de très beaux spécimens,

(1) On ne distingue pas, sur la photographie, la rosette inscrite dans un cercle qui ornait la « métope », ainsi que les dents de loup peintes sur la mutule. Pour ces deux motifs, cf. le dessin reproduit Olympia II, Text, 201 fig. 22.

(2) Sur le toit du temple C : cf. E. Gàbrici, « Per la storia dell' architettura dorica in Sicilia », Mon. Ant. 35 (1933), col. 190-191 et pi. 42.

(3) Peut-être pourrait-on expliquer de cette manière le caractère très délavé de cette pièce sur laquelle n'apparaît plus aucune trace de peinture.

(4) Il mentionne, d'après des renseignements dus à O. Puchstein, un acrotère d'angle analogue trouvé sur le site de Gaggera (sanctuaire de la Malophoros à Sélinonte) (o. c, 201). Je n'ai retrouvé cette pièce ni dans la publication de Koldewey-Puchstein (Die griechischen Tempel in Unlerilalien und Sicilien, 82-90), ni dans celle d'E. Gàbrici (« Il santuario délia Malophoros a Selinunte », Mon. Anl. 32, 1927). Y aurait-il eu confusion avec les deux cornes tournées vers le haut qui se dressent, de part et d'autre du sommet, sur le rampant du fronton Est au mégaron de la Malophoros (E. Gàbrici, o. c, 42, fig. 24) ?

(5) E. Gàbrici, « Studi archeologi selinuntini », Mon. Ant. 43 (1956), 374. P. Orsi, « Caulonia », Mon. Ant. 23 (1914), 782-783 fig. 46 et 787-788 fig. 50. AFR, 150 (1) et (2), fig. 69.

(6) P. Orsi, « Templum Apollinis Alaei », Alli e Memorie délia Società Magna Grecia, 1932, 61-67, pi. VI à VIII. A. E. Lawrence, Greek Architecture, 125 et fig. 69. La date donnée par Orsi (second quart du ve siècle) est loin d'être assurée.

Vie SIÈCLE 83

encore inédits, de pseudo-antéflxes à double corne ont été découverts récemment à Paestum par P. C. Sestieri1 : ils appartiennent à la toiture d'un petit temple archaïque situé au Sud de l'Athénaion. Ces pièces, nettement plus grandes que celles de Delphes et d'Olympie, couronnaient les rampants, mais ne faisaient pas corps avec la sima ; elles sont munies d'un tenon qui s'insère dans une mortaise ménagée dans l'épaisseur de la tranche supérieure de la sima.

Si aucun de ces exemples n'offre avec les toits de Delphes et d'Olympie un parallèle exact, ils permettent néanmoins d'affirmer que l'usage des regulae sur le geison et des fausses antéfixes à double corne était fréquent en Italie du Sud à l'époque archaïque. Mais la forme même de ces « fausses antéfixes » suggère d'autres rapprochements. Ce schéma, composé de deux volutes dirigées vers le bas et séparées par un élément triangulaire, n'est autre, en effet, que celui des chapiteaux de pilastre « éoliques » connus à haute époque dans l'Orient méditerranéen. On sait que le type s'est ensuite implanté en Étrurie2. L'architecture de l'Italie du Sud n'en offre pas d'exemple représentatif3. Il en existe cependant des représentations, notamment sur un vase du Musée de Syracuse, trouvé à Paestum, qui montrent que le motif n'y était pas inconnu4. Nos antéfixes témoignent donc, à leur manière, de l'influence exercée en Grande Grèce par les thèmes décoratifs importés de l'Est, ce qui n'est pas sans intérêt pour la datation du toit 30.

C'est un fait que, dans cet ensemble, les motifs siciliens sont absents, et ont été remplacés par des éléments ioniens. Or, comme l'a justement montré G. Sàflund, il se produit en Grande Grèce, vers 550, une véritable mutation : l'influence sicilienne est supplantée par le courant ionien5. Un certain goût pour les ornements plastiques et les motifs exécutés en relief caractériserait cette nouvelle tendance. Il semble bien que l'on puisse y rattacher les toits de Delphes et d'Olympie, qui devraient se situer alors dans la seconde moitié du vie siècle. Cela est confirmé par la forme du méandre, plus élaboré que que sur le sima du trésor de Gela à Olympie, et par conséquent postérieur, selon toute probabilité, à 5606.

La provenance et la date étant ainsi définies de façon très générale, nous entrons maintenant dans le domaine des hypothèses. Quelles sont les cités de Grande Grèce qui auraient eu, vers cette époque, l'occasion d'ériger une chapelle à la fois à Delphes et à Olympie? L'importance de l'offrande semble indiquer une victoire militaire plutôt qu'agonistique. Nul triomphe ne semble alors plus éclatant que celui des Locriens sur les

(1) P. C. Sestieri, « Terrecotte posidoniati », Bollettino d'Arte 48 (1963), 220 n. 17.

(2) Sur cette question, cf. A. Ciasca, // capitello dello eolico in Etruria (Rome 1962). Pour l'Orient, on rapprochera particulièrement de nos « antéfixes » les chapiteaux de Samarie et Megiddo [ibid., pi. I). Pour PÊtrurie, on retrouve le même schéma, mais redoublé, sur un chapiteau de pilier, dans une tombe de Cervetri (ibid., pi. X,l).

(3) Cf. B. Pace, « Vasi figurati con riflessi délia pittura di Parrasio », Mon. Anl. 28 (1922), col. 562-563, pi. I et II. A. Ciasca, o. c, 24.

(4) Les chapiteaux d'ante de la «Basilique» de Paestum (F. Krauss, Paestum, Die griechischen Tempel, fig. 10) et du Trésor de PHéraion du Sele (P. Zancani Montuoro et U. Zanotti Bianco, Heraion alla foce del Sele, II, pi. 8) sont à la fois trop élancés et trop « serrés » pour pouvoir être rapprochés valablement de nos chapiteaux « éoliques ».

(5) Cf. G. Sâflund, « Ionisches und dorisches in Magna Grecia », Opuscula Archeologica II (1941), 90. Pour P. Orsi, la mutation était due à l'influence attique (« Caulonia II », Mon. Anl. 29 (1923), col. 482). E. Gàbrici insiste en revanche sur l'indépendance de la production occidentale (« Studi archeologici selinuntini », Mon. Anl. 43 (1956), 360-1).

(6) Cf. H. Schleif et H. Sùsserott, « Das Schatzhaus von Gela », Olympische Forschungen I, p. 119 et pi. 41.

Crotoniates à la bataille de la Sagra. Cette victoire semble avoir été suivie d'un grand effort de propagande : elle est annoncée officiellement à Olympie, à Athènes et à Sparte, et ne tarde pas à passer en proverbe1. L'érection d'un trésor dans les deux sanctuaires panhelléniques se comprendrait très bien dans un tel contexte. Mais cette hypothèse reste, dans l'état si lacunaire de notre information, invérifiable. Bien d'autres colonies occidentales pourraient entrer en ligne de compte : Crotone elle-même, redevenue puissante et prospère, et dominant l'Italie du Sud dans le dernier tiers du vie siècle, peut avoir voulu symboliser sa renaissance par des offrandes somptueuses en même temps qu'elle affirmait ses liens avec Delphes en adoptant, sur ses monnaies, le trépied d'Apollon. Sa victoire contre Sybaris en 511-510 peut également lui en avoir fourni l'occasion2. D'autres villes encore, dont les dédicaces à Delphes sont connues, telles Tarente3, Lipari, Métaponte4 et Rhégion5 pourraient se mettre sur les rangs. En l'absence de tout indice probant, il vaut mieux terminer ce chapitre par un point d'interrogation.

A — Sima rampante.

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