AC.6 PI
Fragment de petit acrotère. Argile ocre à grains, faibles restes de peinture blanche. L. = 0,10. H. = 0,108. Deux tiges indépendantes, formant un arc de cercle brisé, se détachent d'une base portant une rainure et un tore. Le socle (H. or. = 0,027) possède une mortaise verticale destinée à recevoir le goujon de fixation.
Je ne connais aucun parallèle à AC.6. En revanche, on peut rapprocher de AC.3 une antéfixe d'Assos, où, de la même manière, une palmette à 5 feuilles, relativement petite, est serrée entre deux grosses volutes réunies par un large bandeau1. Mais, s'il y a similitude de thème, la ressemblance s'arrête là. Le fragment delphique n'est sûrement pas une antéfixe. Il se présente comme un élément en ronde-bosse, et non comme un motif estampé sur une plaque. On pense donc d'abord à un acrotère. Mais on retrouve fréquemment de tels ornements, sculptés ou incisés dans le marbre ou la pierre, au sommet des stèles funéraires. Un exemplaire en terre cuite a été trouvé dans le cimetière Nord de Corinthe2. Il n'est donc pas du tout certain que le fragment delphique soit, au sens strict, une terre cuite architecturale. Je l'ai classé par commodité parmi les acrotères, mais il est fort possible qu'il ait couronné une stèle funéraire ou un pilier votif.
Série 39.
Plaque à reliefs estampés.
S.122 PI. 32 et fîg. 6.
Inv. 2354 et 2449. Le fragment 2354 a été trouvé fin avril 1895, pendant la première semaine de fouilles, entre le trésor des Athéniens et le mur du Téménos. Le fragment 2449, le 14 mai 1895 « tout contre le mur du Téménos sur le sol ferme3, en même temps que plusieurs autres tuiles du même ensemble4 mais sans relief ». Au même endroit, le Journal de la fouille mentionne aussi « beaucoup de débris de tuiles en marbre » : il doit s'agir d'un remblai. GFR, 32 et 83 (44) n° 109, fig. 89. Plaque à décor estampé. Argile ocre à grains. L. or. = 0,58. H. or. = 0,20. La frise est surmontée d'un bandeau (H. or. = 0,035) légèrement saillant. A chaque extrémité de la plaque, un motif estampé sur un cartouche en légère saillie par rapport au fond ; le cartouche de gauche est rectangulaire, celui de droite suit de loin, très approximativement, les contours du sujet. A gauche, deux lions assis s'affrontent héraldiquement ; une de leurs pattes antérieures est dressée à la verticale entre leurs têtes, toutes deux tournées vers l'arrière, gueule ouverte. Les corps, ni minces, ni trapus, mais équilibrés, sont légèrement différents l'un de l'autre. Le modelé du lion de gauche est beaucoup mieux indiqué, avec sa crinière, le pli des muscles de l'épaule, les articulations de la patte antérieure posée sur le sol. Derrière les corps, les queues se relèvent en S. A l'autre bout (intervalle = 0,225), un cavalier nu galope vers la droite. Il semble être barbu ; ses cheveux flottent derrière lui. Il chevauche son cheval très près de l'encolure. La monture est en extension totale, pattes parallèles, mais bien distinguées les unes des autres. Le corps est mince et
(1) Cf. Àkerstrôm, pi. 5, n° 1, et p. 14, 18 et 21.
(2) Cf. C. Blegen, R. S. Young, H. Palmer, Corinlh XIII, The North Cemetery, p. 320 et pi. 82.
(3) Traduction littérale du grec moderne : il s'agit du sol vierge.
(4) Je n'ai pu les identifier.
VP SIÈCLE
Fig. 6. — Revers de S. 122 (éch. 1/4).
allongé, la longue queue flotte à l'arrière. La tête est longue, triangulaire, presque pointue ; la crinière est abondamment développée, faiblement striée de raies parallèles presque horizontales. Au revers (fig. 6), on distingue nettement l'arrachement de la tuile plate (les trous visibles sur la photographie sont modernes, et proviennent d'anciennes restaurations en plâtre). A gauche, on a l'arrachement d'un ergot grossièrement trapézoïdal, large de 0,04 à la petite base, de 0,05 à la grande base et haut de 0,04. Il ne s'agit pas d'un recouvrement, puisqu'il n'y a pas de cassure à la tranche gauche, mais, plus probablement de l'ergot latéral de la tuile plate, sur lequel venait prendre appui le couvre-joint. Il est alors surprenant de ne pas voir apparaître un dispositif symétrique de l'autre côté. Il n'y a pas de changement appréciable dans l'épaisseur de la tuile plate d'une extrémité à l'autre : l'apparente diminution, à gauche, provient de la forme de la cassure. Plutôt qu'à un toit au sens propre du terme, je penserais, pour cette plaque, à un couronnement de petit édicule votif, dont il est du reste impossible de reconstituer l'agencement.
Comme le notait déjà Payne, le motif des lions affrontés est connu à Delphes par deux monuments : un relief en argent publié par P. Perdrizet et cette sima1. Le même auteur reconnaissait le caractère corinthien de cette représentation. Nous sommes aujourd'hui à même d'en juger mieux encore, grâce à l'étude qu'E. Kunze a consacrée aux guiches des boucliers archaïques2. Sur les « métopes » qui ornent ces lames de bronze, de fabrique argivo-corinthienne, le motif le plus souvent rencontré est précisément celui-ci3. Le schéma commun admet du reste de nombreuses variantes de détail ; il n'y a pas identité absolue entre le moule qui a servi pour la sima de Delphes et l'une des matrices utilisées par les bronziers corinthiens, mais une combinaison originale d'éléments courants. Pour l'allure générale, les lions de Delphes, bien assis, sans motifs accessoires entre eux, se rapprochent des types III g (pi. 16) et VII b (pi. 22, peu distinct),
(1) NC, 69 et n. 8. P. Perdrizet, FD V, Monuments figurés, 124 fig. 466.
(2) Archaische Schildbànder, Olympische Forschungen II (1950).
(3) Kunze, o. c, 54. Autres parallèles : une applique de bronze du Metropolitan Muséum de New York (Inv. 01.16.1) : G. Richter, Handbook of Ihe Greek Collection, pi. 22, b et p. 33 ; ainsi qu'une applique provenant de Macédoine, aujourd'hui à l'Antiquarium de Berlin : Fùhrer I (1924), Bronzen, pi. 6.
de Kunze, a ceci près que leur queue ne passe pas entre les pattes mais se déploie librement à l'arrière, comme sur II a (pi. 10) et II g (pi. 9, très endommagé). En revanche, les fauves de II a ne lèvent pas la patte. Les corps, moins trapus qu'en III g, moins élancés qu'en II g, sont plus proches de II a et de VII b.
Nous nous trouvons donc ramenés aux modèles II, III et VIL Kunze place les deux premiers dans la période 600-575, le dernier dans le second quart du vie siècle1. La sima delphique pourrait être cependant postérieure : le rendu très sommaire de la crinière, et, de façon générale, la pauvreté des indications anatomiques, indiqueraient plutôt la seconde moitié du vie siècle.
Le cheval galopant sur lequel est monté le cavalier de droite a le corps allongé, légèrement ensellé, les pattes grêles, la queue longue et retombante, la tête fine et triangulaire. Tous ces traits, « caractéristiques d'une époque plus que d'une école... se retrouvent partout en Grèce jusque vers les années 570-560 »2. Mais les parallèles les plus nets se rencontrent dans la céramique corinthienne. Le plus souvent, les chevaux corinthiens défilent lentement, d'un pas noble, sur les flancs du vase. Parfois cependant, ils adoptent un galop allongé tout à fait semblable à celui que présente la sima delphique3. L'origine corinthienne de notre plaque s'en trouve donc confirmée4, ainsi que sa date : plusieurs exemples montrent que le thème du cavalier au galop a connu une certaine vogue dans le style corinthien récent. Or, il semble bien que ce style ne se soit développé qu'à partir de 5705. L'intérêt de cette pièce ne réside du reste pas dans les motifs pris en eux-mêmes : dépourvus d'originalité, ce sont des poncifs de l'art corinthien. Mais le fait que nous possédions, à cette date relativement basse, une plaque de revêtement architectural estampée, montre que cette technique n'était pas ignorée des artisans corinthiens. Je ne crois pas que l'on puisse, pour autant, échafauder l'hypothèse d'une tradition corinthienne du décor architectural estampé. Il me semble au contraire que cette pièce trahit clairement, outre l'imitation du métal, l'influence de l'Asie Mineure. Tout d'abord, ce type d'ornement architectural est étranger à l'esprit corinthien. Il ne s'agit en effet ni d'une sima latérale, puisqu'il n'y a pas de gargouille, ni d'une sima rampante au sens habituel du terme, puisqu'il n'y a pas de recouvrement. Or, on retrouve exactement le même type de plaque, et la même difficulté d'interprétation, parmi les terres cuites architecturales de Gordion et de Parzah. Â. Âkerstrôm suppose que ces plaques servaient à orner le rebord supérieur d'une tour ou d'un mur, ou encore qu'il s'agit de simas
(1) Kunze, o. c, 242.
(2) G. Vallet et F. Villard, « Un atelier de bronziers », BCH 79 (1955), 67.
(3) Exemples de galop allongé dans la céramique corinthienne : CVA, Belgique 1, Bruxelles, Cinquantenaire 1, pi. 8 ( = III C, 3) n° 2, a, b et c (corinthien récent) ; id., Grande-Bretagne 9, Oxford, Ashmolean 2, pi. 389 ( = III C, 6), n° 19 (corinthien récent) ; id., Italie 18, Tarenle 2, pi. 863 ( = III C, 3) (aryballe à tête plastique) ; C. Albizzati, Vasi anlichi dipinli del Vaticano, pi. 12 n° 124 (corinthien récent). Parfois, on assite à un galop plus retenu, où les bêtes ne sont pas en extension totale : CVA, Espagne 1, Madrid 1, pi. 15 (= III C, 6), n° 2 a et b (corinthien récent) ; id., Allemagne, 4, Braunschweig, pi. 150 (= III C, 4) n° 4 (corinthien moyen).
(4) Par contraste, on pourra comparer les cavaliers au galop de type très différent représentés sur le second cratère en bronze trouvé à Trebenichte (N. Vulic, « Ein neues Grab bei Trebenichte », Oest. Jahres., 27 (1932), 20-21, fig. 32-33 et pi. 1. G. Vallet et F. Villard, «Un atelier de bronziers», BCH 79 (1955), 69, flg. 22). Les chevaux sont plus trapus, leur tête est moins fine, les pattes sont plus courtes; Je cavalier a la tête face aux spectateurs, et sa main repose sur la croupe du cheval.
(5) Cf. J. Ducat, BCH 86 (1962), 182 et tableau chronologique.
Vie SIÈCLE 95
horizontales de fronton, comme en Sicile1. Il ne me semble pas que la plaque delphique ait jamais pu orner un toit au sens propre. Ceci dit, aucune hypothèse ne s'impose vraiment.
D'autre part, le profil de la plaque, avec sa surface unie simplement ornée d'un listel à sa partie supérieure, rappelle, en plus sommaire, les revêtements figurés d'Asie Mineure2. Il semble donc que l'on puisse voir dans cette pièce la tentative, demeurée sans lendemain, d'un artisan corinthien pour assimiler et adapter la technique ionienne du décor architectural en terre cuite.
Série 40.
Fragments de nature indéterminée.