LN.16 PI
GFR, 128 (43). Mâchoire inférieure. Argile et couverte identique. L. = 0,10. H. = 0,085. Largeur max. = 0,067. La stylisation est telle que le morceau a une allure étrange. Le menton forme une énorme boule réservée, parsemée de gros pois noirs (diamètre = 0,008). Il est surmonté de la lèvre inférieure, peinte en noir, qui affecte la forme d'une moustache. De là sortent deux canines, réservées avec la base rouge, énormes, entre lesquelles les quatre incisives forment une couronne continue, se projetant fortement vers l'extérieur, et où les dents sont simplement dessinées au trait rouge. Une grosse langue rouge, tirée tout droit, couronne l'ensemble.
33. LN.17 Fragment de mâchoire supérieure. Argile identique ; épaisse couverte orangée.
L. = 0,07. H. = 0,105. Ce fragment comprend une partie du côté droit de la mâchoire supérieure. Tout contre la cassure, on voit une ligne et quelques points qui montrent que sous l'œil se trouvait une zone de points cernée par un trait. Le modelé est schématique. La base du nez forme une protubérance semi-cylindrique, où les plis étaient indiqués par des incisions longitudinales rehaussées de rouge. La lèvre est peinte en noir ; la base des dents, très abîmées, est rouge, et leur pointe réservée.
Tous ces fragments reconstituent (partiellement) un masque de lion d'une taille exceptionnelle, aux proportions curieuses, et à la stylisation très particulière, ce qui donne aux morceaux subsistant une allure monstrueuse. La gargouille devait mesurer plus de 0,30 de haut. Van Buren date ce lion du ive siècle. Il n'est pas nécessaire de démontrer qu'une telle stylisation est impossible à une époque aussi tardive. Ce document, présente certaines ressemblances avec les gargouilles de Calydon1 : la dentition (dents énormes et sporadiques), la langue, tendue horizontalement ; la forme du menton, en boule et rétréci à sa base ; les proportions majestueuses et massives ; la stylisation inusitée et impressionnante. Mais les différences ne sont pas moins nettes : mèches plus longues, toutes profondément incisées, exécution beaucoup moins soignée. Au total, rien ne s'oppose à la date nettement plus récente à laquelle conduit l'analyse de la série dans son ensemble.
On peut considérer comme certaine l'appartenance de toutes ces pièces à un même toit. L'association des simas et des antéfixes est assurée par l'identité des lieux de trouvaille pour les cas où ils sont connus (secteur de Marmaria), et aussi par une certaine communauté de style. D'autre part, les restes de crinière conservés sur S. 192 sont identiques, dans la technique comme dans le style, aux fragments LN.ll à LN.15. Ce toit est très probablement celui du temple en tuf de Marmaria2. Tous les fragments dont la
(1) Laphrion, 171 flg. 170. Keramoi, 60 flg. 36.
(2) R. Demangel, dans sa publication des FD II, Sanctuaire d'Alhéna Pronaia, Les temples de tuf, 15 n. 6 et 16, ne connaît visiblement cette sima que par ïa description, du reste très inexacte, de Th. Homolle, Revue de l'art ancien et moderne 10 (1901), 374. Il donne également quelques croquis de tuiles plates et de couvre-joints (flg. 21), vraisemblablement d'après des fragments trouvés sur le champ de fouilles. Cf. aussi C. Weickert, Typen der archaischen Archilektur, 144-145.
provenance est connue ont été trouvés dans ce secteur : A. 13 dans le temple lui-même, A. 12, A.18 et S. 29 à proximité. D'autre part, le profd de la sima est absolument identique à celui de la sima du temple des Alcméonides1. Or, P. de La Coste-Messelière a précisément montré, en comparant les chapiteaux de ces deux monuments, que le temple de Marmaria est, en quelque sorte, une réduction à peine rajeunie du temple d'Apollon2. Il y a là une coïncidence qui ne saurait être fortuite. Enfin, la grande taille de ces éléments de couverture ne messied pas à un temple.
Une fois cette attribution et la date qui en découle (505-500) admises, ce toit n'appelle que peu de commentaires. L'argile n'est pas homogène : certaines pièces sont en argile rouge assez grossière, d'autres en argile rose plus fine. Il ne semble pas qu'il s'agisse d'argile corinthienne, sauf peut-être pour la couverte. Il faut en conclure que ces terres cuites ont été fabriquées sur place, et non pas importées3. Ce pourrait être l'œuvre d'une équipe itinérante d'artisans corinthiens.4 D'autre part, il est remarquable que l'angle de fronton auquel appartient S. 192 ne semble pas avoir porté d'acrotère, tandis que celui auquel se rattache LN.15 en a presque sûrement reçu un. Les fragments subsistant des acrotères attestent qu'il en existait au moins deux, mais ne permettent pas d'affirmer qu'il y en ait eu quatre6. Je croirais donc volontiers que le temple n'était pas décoré à l'arrière, sur le côté Nord, littéralement « collé » contre le mur de terrasse. On pourrait, contre cette hypothèse, tirer argument du fait que les fragments d'acrotères ont été, au témoignage du Journal de la Fouille, découverts précisément au Nord du temple, entre celui-ci et le mur de soutènement. Mais Mr P. de La Coste-Messelière me fait remarquer à ce sujet que, dans le sanctuaire de Marmaria, on a systématiquement « balayé » vers le Nord tout ce qui pouvait encombrer l'esplanade proprement dite à basse époque : l'étroit espace compris entre les monuments et le mur de terrasse est devenu un véritable dépotoir. C'est ainsi que les fragments de sculpture du Trésor de Marseille trouvés au Nord de celui-ci correspondent aussi bien au décor de la façade qu'à celui de l'arrière. Rien ne s'oppose, dans ces conditions, à ce que notre fragment S.192, dépourvu de socle d'acrotère, provienne d'un angle de fronton Nord, tandis que LN.15 se placerait à un angle de fronton Sud.
Série 46.