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GÉNÉRALITÉS, PROBLEMES

La région qui s'étend de V Ischégaon au Sud jusqu'au péribole Nord est de toutes les parties du sanctuaire delphique la plus bouleversée, l'une des plus malaisées à connaître sans doute. De multiples raisons expliquent cette disgrâce : bien qu'il occupât une position dominante, ce secteur resta en effet par sa situation même quelque peu en marge de l'activité du sanctuaire. Attirés par l'oracle, les pèlerins s'arrêtaient plus volontiers autour du temple où les consécrations se serraient les unes auprès des autres. Davantage : la région septentrionale restait en dehors des voies d'accès qui conduisaient à rè7u<pocvé(TTaToç to7toç par excellence. Les formes du terrain aggravèrent encore les désavantages de la position : non que la pente y fût plus raide ; mais, plus immédiatement soumise aux avalanches tombant des Phédriades, cette partie de l'enceinte était la première à recevoir les énormes blocs, et maintenant encore les rochers y sont plus nombreux qu'ailleurs, témoins des catastrophes successives dont la menace pèse toujours sur le sanctuaire. On comprend sans peine que les offrandes y aient été plus rares. Signe caractéristique : exception faite pour le théâtre qui occupe une place à part1, et garde sa vie particulière dans cette partie haute du tepov, les trouvailles d'inscriptions ont été fort peu nombreuses sur toute l'étendue de la région2. On ne peut s'étonner davantage de la rapidité de Pausanias lorsqu'il aborde cette partie de sa description. Le guide sûr et détaillé qu'il avait été jusqu'alors se hâte vers les monuments essentiels : et si la lesché de Gnide retint encore longuement son attention, le reste de la région ne lui sembla guère valoir qu'on s'y arrêtât3.

N'est-il pas dès lors bien étrange que l'on ait étendu aussi loin vers le Nord le sanctuaire apollinien pour laisser presque inoccupé le grand espace de près de

(1) Ce serait déjà une raison pour exclure le théâtre de la présente étude ; il constitue en outre un monument trop particulier et trop bien conservé pour ne pas mériter un travail à part : Mllc Chr. Dunant et M. G. Roux doivent le présenter dans la publication des Fouilles de Delphes. De même M. G. Roux consacre un fascicule particulier à l'ensemble des monuments pergaméniens situés au Sud-Est de ce secteur ; la topographie les exclut déjà de la région ; et leurs caractères architecturaux donnent à ces monuments leur unité et leur intérêt ; cf. déjà G. Roux, BCH, LXXVI, 1952, p. 141-196.

(2) Sauf dans les régions où les monuments byzantins ou médiévaux avaient assemblé particulièrement les matériaux : ainsi autour de l'église Saint-Nicolas. Il vaut également de remarquer que les inscriptions du théâtre sont pour la plupart tardives (cf. FD, III, 6).

(3) Pausanias, X, 24, 6 à X, 32 ; mais la majeure partie de ce développement (de 25,2 à 32,1) est consacrée à la Lesché de Cnide. Pour le commentaire de cette partie de la Périégèse, cf. G. Daux, Pausanias à Delphes, p. 168/169. Cf. dans le livre de Ë. Bourguet, Les ruines de Delphes, p. 273 à 276, le développement consacré à cette région.

6.000 mètres carrés (100 m. x 60 m.) ainsi annexé ? Il n'est pas impossible, sans doute, de fixer les étapes de cette extension1 ; mais de prime abord l'appareil du mur d'enceinte retrouvé au Nord et à l'Est révèle le travail caractéristique du « grand polygonal » de Delphes, reportant ainsi à la seconde moitié du vie siècle2 (PL 63, 64, 72 ; plans 2 et 5). Il est malaisé de croire que seul le désir de faire grand entraîna les entrepreneurs du vie siècle à mener aussi haut sur une pente difficile leurs constructions nouvelles. On a reconnu depuis longtemps que l'incendie de 548 avait fourni un excellent prétexte à des travaux de grande envergure ; on n'a pas moins remarqué que cette vaste entreprise de construction marquait dans tous les domaines la suprématie apollinienne3 : au Sud pour asseoir plus solidement la terrasse du nouveau temple on n'hésita pas à élever le grand mur polygonal au milieu du sanctuaire de la Terre et des Muses. Vers le Nord aussi, en adjoignant au léménos une région que sa situation et sa forme rendaient difficile à utiliser, n'obéissait-on pas encore à des motifs religieux ? Si le péribole archaïque fut ainsi reporté aussi loin, n'est-ce pas que l'on tenait à faire entrer dans le domaine d'Apollon d'anciens lieux de culte ? Les possesseurs de tels sanctuaires n'en eussent que davantage paru subordonnés à Apollon, désormais souverain incontesté. Ainsi n'y eût-il pas la nécessité d'étudier l'ensemble du sanctuaire delphique, le problème que pose un accroissement aussi considérable et aussi contraire à la logique mériterait déjà de retenir l'attention. Peut-être une étude précise de la topographie apportera-t-elle les éléments d'une réponse ?

(1) Ce qu'on essaiera de faire ci-après en étudiant les diverses enceintes et terrasses, cf. p. 141 ; cette étude a déjà été faite à plusieurs reprises par P. de La Coste-Messelière, cf. en dernier lieu BCH, LXX, 1946, p. 283, et n. 1.

(2) Cf. ci-après, p. 123 ; P. de La Coste-Messelière, BCH, le., p. 283.

(3) Cf. F. Courby, FD, II, Terrasse du temple, p. 156 sq. ; É. Bourguet, Ruines..., p. 126 sq.

Avant la fouille, il n'apparaissait plus guère de vestiges antiques sur l'emplacement de la région Nord. Les maisons de Castri y étaient particulièrement nombreuses (PI. 1), serrées autour de l'église d'Haghios-Nicolaos (PI. 2) ; les formes du sol laissaient à peine deviner quelques monuments majeurs, comme le théâtre. Les premiers explorateurs de Delphes : Ulrichs, Pomtow n'y avaient guère repéré que cet édifice1 ; et seule une hypothèse fondée sur le texte de Pausanias leur faisait identifier avec la source Cassotis, celle qui alimentait le village, tout près de l'église Saint-Nicolas2. L'exploration archéologique devait nécessairement s'intéresser au reste du téménos avant de remonter vers ces régions hautes, moins riches de promesses. Aussi est-ce à partir de la terrasse du temple, et comme à rebours3, que procéda le dégagement de la zone entière : le 6 juin 1894 était apparu le mur qui prolonge V Ischéyaon vers l'Est. A partir du 25 juin on commença la fouille de la région située au Nord de ce mur, déblayant en une seule fois le vaste secteur compris entre « la niche de Lilaia » à l'Ouest et le portique d'Attale à l'Est (PI. 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9). Fouille particulièrement féconde ! Elle produisit au jour l'accumulation des sculptures déposées après la catastrophe de 373 dans un véritable cimetière de statues. Aussi est-ce avec une hâte croissante que le chantier fut mené, sans que l'attention aussi portât essentiellement sur les monuments et la topographie4. C'est le 31 juillet seulement que l'on mentionne pour la première fois l'apparition de la longue base dite de Corcyre (PI. 3)5, et le 17 août «la base de nAN », véritablement ensevelie « dans un amas de cendres mêlées à une grande quantité de menus débris

(1) H. N. Ulrichs, Eeisen und Forschungen in Griechenlands, p. 35-43 ; H. Pomtow, Bcilrage, p. 41.

(2) Cf. H. N. Ulrichs, Le., p. 39 et 105 ; depuis lors en se fondant sur le texte de Pausanias, X, 24, 7, on a souvent identifié la fontaine Cassotis avec « le dallage en calcaire de St-Élie, situé à l'Est du théâtre ». É. Bourguet, Ruines..., p. 273/4, s'est montré, certes, beaucoup plus réservé dans son affirmation. Il a pourtant noté la possibilité de relier ce monument et la fontaine.

(3) La manière dont fut conduite la fouille explique assez que les éléments stratigraphiques n'aient pu être utilisés : en partant de la terrasse du temple et en attaquant la pente par le bas, on devait nécessairement mêler les diverses couches — le journal de la grande fouille témoigne de cette confusion par la diversité des trouvailles signalées en même temps : céramique mycénienne, bronzes archaïques, sculptures archaïques et classiques sont ainsi apparus pêle-mêle.

(4) Devant la masse considérable des déblais, la fouille sapait un véritable pan de montagne (cf. pi. 1 et 3). En outre les fouilleurs étaient accaparés par l'inventaire des trouvailles, monuments figurés, plus denses que partout ailleurs en cette région. Les monuments ne sont souvent mentionnés dans le Journal... que par référence aux découvertes de sculpture.

(5) Journal, p. 225.

d'os m1. Vers l'Est on commença à dégager le « téménos de Néoptolème » (PI. 30, 1), tandis qu'à l'Ouest apparut « au-dessus de la base de Gélon, un grand soubassement à inscriptions » bientôt reconnu comme la consécration thessalienne de Daochos (21 août)2 ; le 6 septembre, la mention du grand mur polygonal situé sous le monument thessalien apparaît pour la première fois dans le journal de fouilles : un lot de bronzes fut découvert «devant les grandes pierres in situ» qui sont devant cette base (celle de Daochos)3. On atteignait presque en même temps (7 septembre) le pied du rocher « qui est en face du soubassement nAN, à une assez grande profondeur»4 (PL 19, 2). Ainsi, en deux semaines à peine, la fosse profonde aujourd'hui creusée à l'arrière de la «niche de Lilaia » était largement déblayée, livrant un trésor de sculptures diverses5 (PI. 4). Le 28 septembre les fouilleurs avaient dépassé vers le Nord la base thessalienne, mais c'est au mois d'octobre seulement qu'on élargit les travaux vers l'Ouest ; le 11 octobre parurent « trois nouvelles bases de tétrarques thessaliens ou de leurs proches »6. On se borna pour cette campagne à démolir les maisons qui entouraient l'église Saint-Nicolas, à construire au Nord-Est un barrage qui devait protéger la fouille des inondations venues de Rhodini. Les photographies prises à la fin de la campagne montrent que l'on avait commencé à dégager le monument en fer à cheval situé à l'Ouest de la consécration thessalienne (PI. 7) ; à l'Est la base de calcaire noir enfermée dans « le téménos de Néoptolème » apparaissait également (PI. 30, l)7.

Reprenant la fouille en mai 1895, on répartit les travaux sur la région Nord en deux chantiers : « dans le secteur du théâtre et de l'ancienne église » (16 mai)8, à l'Est des Thessaliens» (1er juin) où l'on en est encore à dégager le « téménos de Néoptolème». Le 10 juin on mentionne pour la première fois « la base de calcaire noir » de ce téménos et on la photographie9. Désormais les travaux furent ralentis dans cette région «parce qu'il (fallait) enlever des fondations du Moyen Age ou des temps modernes, fort épaisses et solides », première note du journal de fouilles relative au mur romain tardif ou byzantin qui domine encore le monument de Daochos et dont le blocage de ciment défie la pioche

(1) Journal, p. 237 ; en fait la base riAN était déjà découverte depuis plusieurs jours déjà.

(2) Journal, p. 239 : « On commence à dégager au-dessus de la base de Gélon un grand soubassement à inscription » ; (il s'agit du monument de Daochos) ; « un autre soubassement à inscriptions au Nord-Ouest du temple, à droite de l'escalier » (la niche de Cratère, comme on le reconnut le lendemain après la lecture de l'épigramme).

(3) Journal..., p. 249 ; ce mur est ensuite désigné par « le grand polygonal », mais, à cette date, seule la crête du mur apparaissait. La fouille continua dans cette région jusqu'au sol vierge, déblayant la fosse profonde qui demeure creusée devant le monument thessalien.

(4) Il s'agit du gros rocher dont la partie antérieure a été ravalée, et qui est pris dans le mur de brèche de « la niche de Lilaia ». Ce rocher était tombé à cette place bien avant le ive siècle comme l'ont montré les recherches récentes.

(5) Il est cependant faux de croire — comme on le fait souvent — que toutes les sculptures du temple du vie siècle furent retrouvées dans cette fosse. En fait les fragments archaïques ont été découverts sur toute la région, l'un d'eux était même remployé dans le mur de soutènement au Nord du monument de Daochos.

(6) Journal..., p. 269, au jeudi 11 octobre. Comme en témoignent les photographies de la fin de la fouille le monument en fer à cheval dut apparaître à ce même moment.

(7) Cf. pi. 7 ; le « téménos de Néoptolème » fut en fait déblayé l'année suivante.

(8) Journal..., p. 312. Ces premiers travaux firent apparaître tout un système de canalisations que l'on mit immédiatement en rapport avec la Kerna (p. 311, samedi 11 mai) et avec Cassotis (p. 312, jeudi 16 mai). Mais on n'en tint pas compte ensuite pour tenter de résoudre le problème de Cassotis.

(9) Journal..., p. 313. On trouva à cette date dans le téménos de Néoptolème « la partie antérieure d'un taureau archaïque, marbre blanc, grandeur naturelle » venant du fronton Est du temple du vic siècle.

du démolisseur aussi bien que la violence des trombes d'eau tombées de la montagne1. Le 2 juillet les travaux du chantier Est étaient décidément engagés, « en montant vers le Nord au-dessus du monument des Thessaliens, ainsi qu'autour du monument rond (exèdre) qui est à l'Ouest »2. L'effort principal se porta alors vers le théâtre et ses abords : le 20 août « on commence à voir le haut du théâtre » cependant qu'au cours du mois de septembre on signale des découvertes de petits objets en se référant au site de « Cassotis »3.

Le 1er octobre l'attention se reporta vers le chantier Est, car «au Nord des bases de Gélon, à 20 mètres (?) plus haut (on découvrit) un beau mur hellénique (PI. 62, 2) au pied duquel une pierre détachée de l'assise supérieure portait l'inscription KvtSicov ô Sàfjioç (PI. 62, 1). Désormais on poursuivit jusqu'au 2 novembre l'exploration de la lesché. Du côté de « Cassotis » les travaux continuaient également, dégageant de petits bronzes parmi le chaos de rochers qui embarrasse cette région. Le 2 novembre on signale « à l'Ouest et un peu au-dessous de la lesché... les fondations d'un petit monument ». S'agissait-il d'un édifice antique ? Le 4 novembre on y découvrit « 2 grandes monnaies d'argent de Marie-Thérèse (1780), d'autres monnaies d'argent, des colliers et autres objets d'orfèvrerie »4. Il est aujourd'hui malaisé de reconnaître si cette notation du Journal... répond à un monument ancien, ou résulte d'une interprétation hâtive formée au cours des travaux. C'est en tout cas sur cette découverte que la campagne de 1895 fut arrêtée.

L'année suivante on établit dès le début « un chantier en bas du théâtre où se trouvait l'église Saint-Nicolas »5. On acheva ainsi de déblayer la région chaotique comprise entre V Ischégaon et « Cassotis ». Sans doute est-ce au cours de ces travaux que parurent « le Potéidanion » et « les trésors du théâtre ». Ni les relations du Journal..., ni les photographies ne permettent de le déterminer avec certitude. Au mois de juin on étendit la fouille à l'Est de la lesché : le 29 juin on mit au jour « l'angle intérieur Nord-Est du téménos »6.

On possédait désormais assez de renseignements pour tracer la topographie générale de la région. Th. Homolle le fit sans tarder dans une étude de Topographie delphiquc (BCH, XXI, 1897, p. 258 sq.). Parlant de l'angle Nord-Est du sanctuaire le directeur des fouilles notait : « Les eaux du torrent Rhodini qui se déversent en cet endroit et qui sont terribles dans les grandes crues ont ravagé de fond en comble toute cette partie du sanctuaire. Elles ont disloqué le mur dont les débris sont répandus de tout côté ;

(1) Quelques parties ont encore été démolies au cours des travaux récents. Mais la masse de cette construction continue de protéger le monument de Daochos ; lors de la catastrophe de 1935, la protection de ce bastion sulfit à rejeter vers l'Ouest le torrent de boue et de gravier qui sans cela eût recouvert le temple

(2) Journal..., p. 337 ; la dénomination d'exèdre ne convient pas à ce monument qui est une base semi-circulaire.

(3) Journal..., p. 289 à 407. Il semble bien que les rédacteurs du journal..., désignent alors par Cassotis la région de la fondation en calcaire de St-Élie à l'Est du théâtre. Mais nulle part cette relation n'est explicitement afTirmée.

(4) Journal..., p. 423. On ne parvient pas à identifier sur le terrain le monument que vise cette remarque. Il paraît exclu d'y voir l'un des petits trésors situés à l'Est du théâtre — qui ne sont pas mentionnés ailleurs dans le Journal...

(5) Journal..., p. 443, le 22 avril.

(6) Journal..., p. 483 : « A 29 mètres à l'angle Nord-Est intérieur de la lesché on trouve l'angle intérieur Nord-Est du téménos ».

ailleurs elles l'ont caché sous des masses énormes de terre et de débris que nous avons renoncé à enlever s1. A cette restriction près, on croyait cependant pouvoir tenir l'exploration pour terminée. Les travaux ne furent plus repris dans cette zone par la grande fouille (cf. plan 23).

Près de quarante ans plus tard, L. Lerat fut chargé de la publication définitive : il entreprit en 1934 des vérifications qui ne devaient pas tarder à montrer l'inachèvement de la fouille et la nécessité d'une exploration en profondeur. Malgré l'insuffisance des moyens et du matériel les sondages menés en trois campagnes (1934, 1935, 1937) firent apparaître l'importance de l'habitat mycénien ou géométrique. Sans attendre la publication définitive, les résultats de ces campagnes furent relatés dans un rapport préliminaire (RA, 1938, II, p. 183 à 227) (cf. plan 24)2. Si les nouveautés essentielles concernaient avant tout les périodes mycéniennes et géométriques, des précisions importantes avaient été gagnées pour l'histoire des monuments archaïques et classiques (cf. RA, l. c, p. 225- 226) : elles se rapportaient surtout au monument de Daochos, au téménos de Néoptolème et à la région Est du théâtre3. En outre ces recherches avaient montré la nécessité d'explorer entièrement la région. Les circonstances firent remettre cette étude jusqu'en 1946, où l'on put examiner la région située à l'Est du théâtre dans le secteur dit « du dallage de Cassotis », de même que l'espace compris entre ce monument et la lesché de Cnide4. En 1947 les travaux furent reportés à l'Est (PI. 10, 11, 12) ; on commença d'attaquer dans le secteur Nord-Est l'énorme masse laissée intacte par les premiers fouilleurs : tâche d'autant plus recommandée qu'à la suite de la catastrophe de 1935 le barrage construit en cet endroit par la grande fouille avait été rompu ; une nouvelle protection avait été construite plus au Nord pour tenter de détourner du sanctuaire un nouveau cataclysme. En outre les travaux d'anastylose entrepris dans la région du monument de Daochos et de la base nAN permettaient d'explorer toute cette zone jusqu'au sol vierge tandis qu'ils apportaient d'utiles renseignements sur la construction des monuments classiques5. Enfin une dernière campagne en 1949 permit de réaliser complètement le plan d'exploration exhaustive : des sondages en profondeur firent apparaître à l'Ouest du monument en fer à cheval un système de canalisations très importantes ; la zone située dans l'angle Nord-Est fut fouillée dans la mesure où le permettaient la configuration du terrain et la protection des monuments classiques6. Les abords de la lesché, en particulier au Sud et à l'Est furent nettoyés et explorés. De menus travaux de détail, notamment sur la terrasse supérieure entre la lesché et l'angle Nord-Est du péribole, au Nord de V Ischégaon dans le chaos de rochers situé entre « le Potéidanion » et l'édifice en fer à cheval, restaient à faire. Ils ont été accomplis par

(1) Th. Homolle, BCH, XXI, 1897, p. 258.

(2) L. Lerat a en outre présenté deux études à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, CRAI, 1935, p. 183-184 ; cf. chronique de fouilles, BCH, LXI, 1935, p. 329-375.

(3) Les remarques de RA, 1938, II, p. 225/226 résument en partie les observations de L. Lerat dans son mémoire à l'Académie des Inscriptions.

(4) Cf. BCH, LXXI-LXXII, 1947/1948, p. 454 (chronique des fouilles).

(5) BCH, LXXI-LXXII, l. c. ; et LXXIII, 1949, p. 538.

(6) On a dû en particulier laisser une assez large banquette au long du mur d'enceinte Kst, bien que l'on se trouvât dans une zone particulièrement riche en dépôt de bronzes.

L. Lerat en 1954 et l'exploration de la région Nord peut être tenue pour achevée (cf. plan l)i.

Ces recherches complémentaires ont ainsi considérablement modifié nos connaissances sur les périodes les plus anciennes de l'habitat delphique, et comme révélé le village mycénien et géométrique ; dès 1938 on était en outre assez précisément renseigné sur les limites successives du sanctuaire vers le Nord. Les derniers travaux n'ont fait que confirmer les observations consignées dans le rapport préliminaire de 1938 ou dans l'étude que P. de La Coste-Messelière a consacrée aux travaux des Alcméonides à Delphes2. Il subsiste, certes, bien des questions à résoudre ; bien des problèmes pourront encore trouver leur solution au gré d'une rencontre nouvelle, d'une observation plus pertinente des monuments et des pierres. Il ne paraît pas cependant que l'on puisse beaucoup attendre d'une fouille nouvelle pour régler les difficultés — nombreuses — qui se posent encore dans cette région du sanctuaire delphique.

(1) BCH, LXXIV, 1950, p. 324-328.

(2) Cf. L. Lerat, RA, 1938, II, p. 218 ; et P. de La Coste-Messelière, BCH, LXX, 1946, p. 283-284.

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