FORUM
Le temple élevé sar le sommet do Beuvray au commencement de la domination romaine dans la Ganle a été décrit dans nn précédent mémoire, avec Thistoriqne de ses transformations. Malgré son isolement et son abandon habituel, après le départ des habitants de Toppidom, il n'avait point été livré k la spoliation, ni aux agents de destruction qui achevaient la ruine des maisons désertées par les Édnens. Son caractère sacré et avant tout les traditions religieuses du pays le sauvegardaient ; les dieux gaulois résistèrent mieux que leurs adorateurs. La Gaule, comme la Grèce, lltalie, et toutes les nations de l'antiquité, avait auprès des lieux vénérés ses fêtes populaires à époque fixe et surtout au renouvellement des saisons; celle de la BSi Bibracte était très célèbre et trop enracinée pour disparaître devant des conquérants qui respectaient le culte du pays conquis. Le concours auquel elle donnait lieu avait, comme toujours, attiré depuis longtemps les marchands et, pour abriter les menues denrées, les objets de dévotion et de toilette les plus achalandés dans des réunions où le plaisir tenait autant de place que la religion, le temple du Beuvray avait été entouré vers cette époque d'un forum.
Hais bien avant cet événement, à cet âge reculé où l'histoire
ne jette qu'un jour incertain, le champ de foire de Bibracte
n'était pas dépourvu entièrement d'établissements forains ; les p. B. 18
fouilles ont mis leur existence hors de doute. Une sorte de halle» des bontiqaes on baraques en charpente de même genre que celles qu'on a découvertes près de la grande voie dans la vallée de la Corne-Chaudron y remplissaient cette destination. Leurs traces ont été révélées par des trous de poteaux de très forte dimension carbonisés sur un long espace, par des clayons noircis au feu dans le pisé, et par des masses considérables de bois demi-brûlés au travers desquels des silex brisés, des éclats de cristaux de roches, des médailles gauloises, du bronze, du plomb, une bossette émaillée, qui, à un mètre de profondeur, confirmaient Tantériorilé d'une installation rudimentaire détruite depuis par les flammes. C'est là que déballaient les marchands nomades, que les Marseillais dont on y a retrouvé la monnaie étalaient leurs produits de toute nature. Ces habitudes de campement qui sont encore celles de tous les pays où le commerce local est insuffisant, étaient tellement dans les mœurs de l'antiquité que même après Tère chrétienne, en Phocide, à une foire célèbre qui sera citée plus au long dans un mémoire spécial sur la foire de Bibracte, Pausanias montre les marchands, la veille de la foire, se construisant des boutiques en roseaux ^. Celles du Beuvray en charpente et en pisé étaient un acheminement aux forums des peuples civilisés.
César, si parcimonieux de renseignements sur l'état intérieur des oppidums gaulois, a cité, sans aucun indice sur son mode de construction, le forum d^Âvaricum sur lequel se groupèrent les derniers défenseurs de la place. Le champ de foire du Beuvray se serait admirablement prêté, avec sa surface de dix à quinze hectares, à une pareille réunion de combattants ; ses hangars au besoin eussent pu être barricadés et utilisés pour la défense. C'est le forum entouré de grands espaces ouverts « in foro ac patenturibus locis ^. » Les sondages opérés des