Catar. De Bell. GalL viii
dorée, mais ne dépassant pas les exigences de sa destination. L'area de cailloutis sur laquelle est bâti le sanctuaire s'étendait jQsqae sons les nou?eIles constructions qui formaient ainsi autour de lui un ensemble homogène, une sorte de cour, sur un même plan.
Ces combinaisons, la nature des maçonneries et celle des objets trouvés dans la fouille confirment la date révélée par les pièces commémoratives de GERMANUS INDUTILU F, et d'Auguste au revers de l'autel de Lyon; placées dans le cailfoutis. Bibracte, à ce moment voisin de l'ère chrétienne, avait encore une partie de son ancienne importance et probablement sa population, puisque les mêmes médailles ont été rencontrées dans un grand nombre de maisons. Elles y ferment, il est vrai, la série de l'occupation gauloise; mais quoique l'oppidum touchât à ses derniers jours, les ' nécessités seules du pèlerinage et de la foire, à cette crise suprême, expliquent et justifient la création de ce forum. La Gaule en voie de transformation depuis les guerres de César empruntait peu à peu certains usages à ses vainqueurs, et l'exemple que nous avons sous les yeux est un de ceux qu'il faudrait supposer si les preuves n'en existaient plus. On ne saurait en efifet l'attribuer logiquement à une époque postérieure à l'abandon de l'oppidum alors que tout avait disparu sur le plateau, et que la fête de mai devait décroître devant l'attraction d'une ville luxueuse comme Autun. Le forum, au point de vue de la conception et de l'exécution, est une œuvre de transition entre un ordre de choses qui finit et un autre qui commence, empruntant assez peu à l'un et à l'autre pour qu'il soit difficile de faire la part de chacun.
Son établissement était en résumé, comme on l'a vu, moins une innovation qu'une transformation, puisqu'il succédait à d'anciens ouvrages en bois. Les nouveaux constructeurs firent ou trouvèrent table rase et sur la même place élevèrent les édifices en pierres explorés récemment qui restent à décrire. Avant de commencer cette description disons sommairement
qu'ils formaient un quadrilatère dont le temple occupait le centre; un trottoir cou?ert, sorte de portique sous lequel ouvraient les boutiques, régnait extérieurement le long de la façade occidentale parallèle à la voie; sur les deux flancs au nord et au sud s*éleTaient d'autres constructions; le côté oriental fermé d'une simple clôture en maçonnerie se terminait par une terrasse d'où la vue embrassait un magnifique horizon.
La façade principale ou de l'ouest, bordée comme on l'a tu par un portique sur une longueur minimum de soixante mètres, suivait la direction de la rue centrale. Pour racheter l'obliquité de cette direction qui eût entraîné une disproportion choquante entre les diverses faces de l'édifice et rapprocher autant que possible le plan général du carré, la façade, brisée au milieu pour laisser un accès vers le temple, rentrait sur elle-même de chaque côté en formant au point d'intersection un angle très obtus. Ce procédé permettait de rendre aux constructions latérales leur régularité et leur parallélisme avec le temple qui est orienté exactement. Pour se raccorder d'autre part avec la voie, le portique plus large à sa partie antérieure se rétrécissait à la seconde section, et comme la brisure ne permettait pas à l'arrivant d'embrasser d'un même coup d'oeil l'ensemble de l'édifice le disparate se trouvait à son tour neutralisé. Ce subterfuge architectonique révèle une certaine entente de l'harmonie et fait regretter de ne pas connaître la nationalité de l'architecte. La date de la construction, entre deux phases tranchées de l'histoire, ne permet de l'attribuer avec certitude ni à l'une ni à l'autre des deux races qui se rencontrèrent alors sur le plateau de Bibracte. La conception générale du monument a peut-èlre une certaine affinité avec les œuvres romaines, mais d'autre part le mode de construction est resté gaulois; un architecte indigène, après tout, a bien pu s'approprier des formes connues et faire exécuter son plan par des ouvriers du pays.
Le portique couvert, à 12'"50 en avant de la façade du
* temple, a?ail empiété de 3 métrés sor la ?oie dont la largeor primitife était de 18 métrés et la chaussée légèrement bombée.
ÉleTée un peo au dessus da niveau du chemin, sa partie antérieure communiquait avec lui par une bordure ssuilante d*une ou plusieurs marches en taille» selon le niveau. Enfouies moins profondément que dans la seconde partie, ces marches ont tenté la cupidité et disparu presque entièrement sur la partie à niveau pour l'usage des villages voisins pendant le moyen âge et môme à une date relativement récente ^. Le mur de bordure du portique y est en partie détruit, et sa trace, marquée seulement par l'arène jaune qui liait les moellons, par les restes de pierres de taille échappés aux démolisseurs, par les briques en quart de cercle qui composaient les colonnes.
Le premier groupe embrassant toute la partie du forum à gauche du temple comprend en façade, à l'ouest, cinq grandes boutiques scindées en compartiments dont les divisions intérieures sont quelquefois incertaines. Il était assis sur la même aire nivelée de cailloulis que le temple, dans des conditions de régularité, de salubrité et de solidité dont les maisons du Beuvray n'ont, jusqu'ici, fourni que peu d'exemples, et qui indiquent bien les derniers ouvrages exécutés dans l'oppidum. La qualité supérieure de leurs matériaux, leur enfouissement au niveau du sol, leur ont été funestes ; les pierres de taille des seuils et des trottoirs sont devenues un appât pour les démolisseurs, qui ont transporté les unes au loin et utilisé les autres sur place dans la construction de nouvelles loges de marchands au moyen âge. Ce n'est qu'en creusant à fond sous celles-ci qu'on a pu reconnaître les basses fondations de l'ancienne couche et y retrouver le plan de l'édifice antique. Mais dans ce travail souterrain opéré uniquement sur des substructions, le nombre et la valeur des renseignements ont été singulièrement
i. Un ▼ieillard nous aMorait aroir emmené de ce point et autres du Ben- Tray plat de deux cents Toitures de pitrres de taille.
amoindris. Les senils des pièces, par exemple, avaient tous été eoloTés, et nnl moyen dès lors de se rendre compte des communications à Hntérienr. Plosienrs parties des murs étaient même démolies jusqu'à la dernière assise, les autres n'ont plus que O^'iO à 0*50 de hauteur et, dans ce culbutis prolongé, la plupart des objets enfouis, médailles et autres, avaient été enlevés ou dispersés. Malgré cette pénurie cependant quelques épaves permettent d'affirmer que ce sol, tout dépouillé qu'il soit, renfermait les mêmes renseignements que les parties plus riches du voisinage.
Sous le grand compartiment P et P', une ligne de trous de poutres antérieurs à la construction en pierre se prolongeait jusqu'au bord de la grande voie et sous les compartiments adjacents. On y découvrit une petite hachette en pierre verte polie, la moitié d'une autre hache qui devait avoir 15 centimètres de long, divers éclats de silex, plusieurs médailles gauloises, une charnière en bronze avec des rivets, une petite cuiller ronde en argent à long manche, un fragment de coupe en verre bleuclair de deux nuances tacheté de jaune, des poteries gauloises de toute nature, un objet de suspension en bronze pour une lampe peut-être, deux anses d'amphores estampillées M M et P. SI SI, un vase en terre noire à larges bords appelé aujourd'hui chapeau, servant de récipient an petit lait du fromage placé sur l'égouttoir.
Quoique les deux sections de la façade semblent égales en longueur, les boutiques de la première ^ diffèrent de celles de la seconde par une plus grande longueur, ayant 9 mètres en œuvre et, les autres, 5 à 6 seulement, bien que la dimension générale de la construction soit la même au total. Cette différence résulte de l'établissement d'un couloir ou portique intérieur dans le second corps, et qui n'existe pas dans le premier. Ce surcroit d'espace a favorisé dans les boutiques de ce groupe les divisions dont on remarque les traces dans chacune