Scène I. — Une Foret près de Mantone
Quelques Proscrits entrent.
Ie Proscrit. Confrères, tenez-vous fermes ; je vois un voyageur. II Proscrit. Si il y en a dix, ne vous retirez pas, mais à bas avec eux.
Entrent Valentin et Speed.
IIIe Proscrit. Halte-là, Monsieur, et jettez nous ce que vous possédez :
Si non, nous vous forcerons de vous asseoir, et nous vous pillerons.
Speed. Monsieur, nous sommes perdus; ceux-ci sont des scélérats
Dont tous les voyageurs ont si peur.
Val. Mes amis -
Ie Proscrit. Cela n’est pas vrai. Ce n’est pas ainsi, Monsieur - Nous sommes vos ennemis.
IIe Proscrit. Paix ! nous l’écouterons.
IIIe Proscrit. Oui, par ma barbe, nous l’écouterons ; car il est un homme convenable !
Val. Eh bien, sache que j’ai peu de fortune à perdre,
Je suis un homme bien battu par l’adversité :
Mes richesses ne sont que ces pauvres vêtements Desquels, si vous m’en dépouillez,
Vous prendrez tout ce que je possède.
IIe Proscrit. Où vas-tu ?
Val. A Vérone.
Ie Proscrit. D’où viens-tu ?
5o LES DEUX MESSIEURS DE VÉRONE [acte iv. Val. De Milan.
IIIe Proscrit . As-tu longtemps séjourné là ?
Val. Une quinzaine de mois, et j’aurais pu y séjourner plus longtemps
Si la mauvaise fortune ne m’eut pas contrarié.
Ie Proscrit. Quoi, y étiez-vous banni ?
Val. Je l’étais.
IIe Proscrit. Pour quelle crime ?
Val. Pour une chose dont le récit me tourmente ;
J’ai tué un homme, une action que je me reproche beaucoup. Mais cependant je le tuai honorablement dans la guerre, Sans l’avantage faux, ni la basse trahison.
Ie Proscrit. Alors, ne vous en repentez pas, si c’en était fait ainsi.
Mais étiez-vous banni pour une si petite faute ?
Val. Je le fus, et je me trouvai heureux d’un tel jugement.
Ie Proscrit. Connaissez-vous les langues ?
Val. Mes voyages de jeunesse m’en ont rendu accompli,
Ou souvent j’aurais été misérable.
IIIe Proscrit. Par la tête nu du gras moine de Robin Hood, Ce gaillard aurait dû être le roi de notre faction sauvage !
Ie Proscrit. Nous l’aurons. Messieurs, un mot.
Speed. Mon maître, faites-vous un d’eux ;
C’est une espèce honorable de vol.
Val. Paix, coquin !
IIe Proscrit. Dîtes-nous donc : avez-vous quelque profession ? Val. Rien que ma fortune.
IIIe Proscrit. Sache, alors, que quelqu’uns parmi nous sont gentilshommes,
Tel que la furie d’une jeunesse déréglée
Ont banni de la compagnie des hommes dignes.
Moi-même je fus banni de Vérone Pour avoir taché d’enlever une dame,
Une héritière, et intimement alliée au Duc.
IP Proscrit. Et moi je fus banni de Mantoue, car dans une passion
J’ai ainsi frappé au cœur un gentilhomme.
P Proscrit. Et moi, pour de telles petites fautes comme celles-ci. Mais venons au fait, car nous citons nos fautes,
Qu’elles peuvent excuser nos vies sans loi ;
Et en partie, te voyant doué
D’un bel extérieure, et par ton récit même un linguiste,
Et un homme possédant les dons Dont nous avons beaucoup besoin ; —
IP Proscrit. Vraiment nous conférons avec toi plutôt qu’avec les autres,
Parceque tu es un homme banni.
Etes-vous content d’être notre général ?
De faire de nécessité une vertue,
Et vivre comme nous dans ce désert ?
IIP Proscrit. Qu’en dis-tu ? seras-tu un des nôtres ?
Dis oui, et sois notre chef.
Nous te rendrons hommage, et nous serons gouverné par toi} Et nous t’aimerons comme notre commandant et notre roi.
Ie Proscrit. Mais si tu dédaignes notre courtoisie tu meurs.
IIe Proscrit. Tu ne viveras pas pour te vanter de notre offre. Val. J’accepte votre offre, et je vivrai avec vous,
Pourvu que vous n’outragiez pas
Des faibles femmes ni des pauvres voyageurs.
IIP Proscrit. Non, nous détestons de telles pratiques viles. Viens, va avec nous, nous t’amenerons à nos confrères,
Et te montrerons tout le trésor que nous avons amassé, Lequel, avec notre personne, resteront à ta disposition
[ Tous sortent.