‹ Four plays of ShakespeareChapitre 35 sur 69 · Scène II. — Un autre côté du Parc. La modson ^’Armado · texte numérisé non relu

Scène II. — Un autre côté du Parc. La modson ^’Armado

Armado et Moth entre?it.

Arm. Garçon, quel signe est ce quand un homme d’un grand esprit devient mélancolique ?

Moth. Un grand signe, monsieur, qu’il aura l’air triste.

Arm. Eh bien donc, la tristesse est la même chose que la mélancolie, mon cher.

Moth. Non, non ; par Dieu, monsieur, non.

Arm. Comment sépares-tu la mélancolie de la tristesse, mon tendre jeune homme ?

Moth. Par une démonstration facile de son opération, mon dur seigneur.

Arm. Pourquoi, dur seigneur ? pourquoi, dur seigneur ?

Moth. Pourquoi tendre jeune homme ? pourquoi tendre jeune homme ?

Arm. Je le dis, tendre jeune homme, comme un épithète congruente appartenant à tes jeunes ans, que nous pouvons appeler tendre.

Moth. Et moi, dur seigneur, comme un titre appartenant à votre vieux temps, que nous pouvons appeler dur.

Ar?n. Bien beau, et juste.

Moth. Comment, monsieur ; moi juste, et mes paroles belles ?

Arm. Toi beau, car tu es petit.

Moth. Petit et beau, car petit. Pourquoi juste ?

Arm. Et donc juste, car tu es vif.

Moth. Dis-tu ceci à ma louange, mon maître ?

Arm. À ta juste louange.

Moth . Je louerai une anguille avec la même louange.

Arm. Quoi, qu’une anguille est ingénieuse?

Moth. Qu’une anguille est vive.

SC. il] LES PEINES PERDUES DE L’AMOUR 143

Arm. Vraiment je dis que tu es vif dans les réponses : tu échauffes mon sang.

Moth. Je suis satisfait, monsieur.

Arm. Je n’aime pas être contrarié.

Moth. Vraiment il dit le contraire.

Arm. J’ai promis d’étudier trois ans avec le Duc.

Moth. Vous pouvez le faire dans une heure, monsieur.

Arm. C’est impossible.

Moth. Combien est un trois fois compté ?

Ar?n. Je n’ai pas le talent pour compter; il convient bien avec l’esprit d’un garçon de comptoir.

Moth. Vous êtes un gentilhomme et un joueur, monsieur.

Arm. Je me confesse tous les deux ; ils sont tous deux le vernis d’un parfait homme.

Moth. Alors, je suis sûr, vous savez à combien la somme de deux as monte.

Ann. Il monte à un de plus que deux.

Moth . Que le petit peuple nomme trois.

Arm. C’est vrai.

Moth. Eh bien, monsieur, celle-ci est-elle une si grande étude ? Maintenant, en voilà trois étudiés,

Avant que vous clignotiez trois ans, le cheval dansant* vous dira.

Arm. Une figure très belle.

Moth. Pour vous prouver un zéro. [A part.

Arm. Là-dessus je confesserai que je suis amoureux, et comme c’est bas pour un soldat d’aimer, ainsi je suis amoureux d’une fille basse. Si, en tirant mon épée contre l’humeur de cette affection me délivrait d’y penser, je ferai un prisonnier de mon désir et le rachèterai d’aucun courtisan Français pour une nouvelle courtoisie. Je tiens les soupirs en mépris : je pense que je pourrais jurer mieux que Cupidon. Console-moi, garçon : quels grands hommes ont aimé ?

Moth. Hercule, mon maître.

* Ce fameux cheval et ses exploits furent souvent loués par les vieux

écrivains. Il était appelé Marocco, et appartenait à un Mr. Bankes, et était

exhibité en 1604 et exécutait toutes sortes d’artifices.

144 LES PEINES PERDUES DE L’AMOUR [acte i.

Arm. Hercule le plus cher! Plus d’autorité, cher garçon, nomme quelques-uns de plus, mon charmant enfant, qu’ils soient hommes de réputation et de maintiens bons.

Moth. Sanson, maître, il était homme de bon maintien, car il a maintenu les portes de la ville sur ses épaules, comme un porteur : et il était amoureux.

Arm. Oh Sanson d’un tissu ferme? Sanson bien jointé ! Je t’excelle dans ma rapière, autant que tu m’excelles en enlevant les portes. Je suis aussi amoureux. Qui fut la bien-aimée de Sanson, mon cher Moth?

Moth. Une femme, maître.

Arm. De quel teint?

Moth. De tous les quatre, ou les trois, ou les deux, ou un des quatre.

Arm. Dis moi précisément de quel teint?

Moth. Du vert de l’eau de mer, monsieur.

Arm. Celui-là est-ce un des quatre teints?

Moth. J’ai ainsi lu, monsieur : et il est le meilleur d’eux aussi.

Arm. Vraiment, le vert est la couleur des amants ; mais posséder un amour de cette couleur, je pense que Sanson en eut peu de raison. Il l’aimait assurément pour son esprit.

Moth. Ce fut ainsi, monsieur ; car elle avait l’esprit vert.

Arm. Mon amour est de la couleur blanche et rose la plus immaculée.

Moth. Les pensées les plus impures, maître, sont cachées sous de telles couleurs.

Arm. Explique-toi, explique-toi, enfant bien élevé.

Moth. L’esprit de mon père, et la langue de ma mère, aidezmoi.

Arm. L’invocation charmante d’un enfant bien joli et bien pathétique !

Moth . Si elle est fait de blanc et de rouge On ne saura jamais ses fautes

Car les joues rougissantes sont produites par des fautes Et les craintes se montrent par la pâleur :

Alors, quand elle craint, ou est blâmable,

Vous ne saurez la distinguer par sa physionomie,

MS

sc. il] LES PEINES PERDUES DE L’AMOUR

Car toujours ses joues sont ainsi colorées Comme la nature les a formées.

Un vers dangereux contre la raison de blanc et de rouge.

Arm. N’y a-t-il pas, garçon, une ballade du Roi et du Mendiant ?

Moth. Le monde était bien coupable d’une telle ballade il y a trois siècles ; mais maintenant je pense on ne peut la trouver, ou si cela était possible elle ne servirait ni pour la composition ni pour l’air.

Arm. J’écrirai de nouveau ce sujet, que je puisse faire exemple dans ma digression par quelque grand précédent. Garçon, j’aime cette paysanne que je surpris dans le parc avec le rustre raisonnable Costard ; elle a de grand mérite.

Moth. D’être fouettée; elle possède un meilleur amour que mon maître. [A part .

Arm. Chante, garçon ; mon esprit, quand il est pris d’amour, devient lourd.

Moth. Cela m’étonne beaucoup, quand tu aimes une fille légère.

Arm. Je dis, chante.

Moth. Abstiens-toi jusqu’à ce que cette compagnie soit partie.

Dull, Costard, et Jaquenette entrent .

Diill. Monsieur, le désir du Duc est que vous gardiez bien Costard, et vous ne lui permettiez pas prendre aucune délice, ni faire aucune pénitence. Mais il faut jeûner trois fois par semaine. Quant à cette demoiselle, je la garderai au parc ; elle est engagée pour aider la femme de laiterie. Adieu.

Arm. Je me trahis par mes rougeurs. Fille !

Jaq. Homme !

Arm. Je vous visiterai à la loge.

Jaq. C’est près d’ici.

Arm. Je sais où elle est située.

Jaq. Mon Dieu, comme vous êtes sage !

Ann. Je te racontrerai des merveilles.

Jaq. Avec un tel visage ?

Arm. Je t’aime.

I46 LES PEINES PERDUES DE L’AMOUR [acte i.

Jaq . C’est ainsi que je t’ai entendu dire.

Arm. Et maintenant adieu.

Jaq. Je te souhaite le bon temps !

Dull. Viens, Jacquenette, en avant.

[Dull et Jaquenette sortent.

Arm. Vilain, tu jeûneras pour tes offenses avant d’être pardonné.

Cost. Eh bien, monsieur, j’espère, quand je le fasse, je le ferai sur un estomac plein.

Arm. Tu seras fortement puni.

Je suis plus lié à toi que tes camarades,

Car il ne sont que légèrement récompensés.

Ôte ce scélérat ; enferme-le.

Moth. Viens, toi mauvais esclave ; va donc !

Cost. Ne me laisse pas être enfermé, monsieur ;

Je jeûnerai, étant mis en liberté.

Moth. Non, monsieur (that were fast and loose),* tu iras en prison.

Cost. Eh bien, si jamais je rencontrerais les jours heureux de la désolation que j’ai vue, quelques-uns verront.

Moth. Qu’est-ce que quelques-uns verront ?

Cost. Non, rien, Maître Moth, que ce qu’ils regardent. Ce n’est pas pour les prisonniers d’être trop silencieux dans leurs mots ; et ainsi je ne dirai rien : Je remerçie Dieu, j’ai aussi peu de patience qu’un autre homme, et ainsi je puis être tranquil.

[Moth et Costard sortent.

Arm. J’aime la terre même qui est basse, où son soulier, qui est encore plus bas, conduit par son pied, qui est le plus bas, presse. Je serais parjuré (que est un grand argument pour le mensonge) si j’aime, et comment ce peut-il être un vrai amour qui est faussement attenté ? L’amour c’est un génie familier, l’amour c’est un diable ; il n’y a pas d’ange déchu que l’amour. Cependant, Sanson était ainsi tenté ; et il possédait une force extraordinaire : cependant Salomon était

* Une allusion à un jeu bien connu dans ce temps, maintenant appelé

“ piquant dans la jartière.”

sc. II.] LES PEINES PERDUES DE L’AMOUR

ainsi séduit, et il avait un esprit très fin. Le dard de Cupidon est trop dur pour le bâton d’Hercules, et ainsi beaucoup trop pour la rapière d’un Espagnol. La première et la seconde cause ne m’en serviront pas (the first and second cause will not serve my turn), la passe il ne respecte pas, il ne se soucie pas du duel. C’est son honte d’être appelé garçon ; c’est sa gloire que de subjuguer les hommes. Adieu, valeur ! rouille, rapière ! soie tranquil, tambour ! car ton chef est amoureux ; vraiment il aime. Aide moi, quelque Dieu, improviser des vers, car, je suis sûr, je ferai des sonnets. Dévise, esprit ; écrit, plume ; car je puis écrire des volumes. [// sort .

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