‹ Four plays of ShakespeareChapitre 45 sur 69 · Scène I. — Une Place publique · texte numérisé non relu

Scène I. — Une Place publique

Sampson et Grégoire entrent , armés d'épees et de boucliers.

Sam. Grégoire, sur ma parole, nous ne porterons pas du charbon.

Gre. Non, car alors nous serons des houilleurs.

Sam. Je veux dire, si nous sommes en choler, nous tirons.

Gré. Aye, pendant ta vie tirez votre cou hors du collar.*

Sam. Je frappe vite, étant irrité.

Gré. Mais tu n’es pas vite irrité à frapper.

* En anglais, choler veut dire colère, et collar veux dire collier; ains vient un jeu de mots.

222 ROMÉO ET JULIETTE [acte i.

Sam. Un chien de la maison de Montague m’irritai à me mouvoir.

Gré. Mouvoir, est — de bouger ; d’être vaillant, c’est de se tenir debout ; alors, si tu es irrité, tu t’enfouis.

Sam. Un chien de cette maison m’irritai à me tenir debout : Je prendrai le haut du pavé d’aucun homme ou femme de la maison du Montague.

Gré. Cela te montre un faible esclave ; car le plus faible succombe.

Sam. C’est vrai, et ainsi les femmes succombent toujours : pour cela je pousserai les hommes de Montague au mur, et forcerai ses filles au mur.

Grè. La querelle est entre nos maîtres, et non leurs hommes.

Sam. C’est tout le même, je me montrerai un tyrant ; quand j’ai combattu avec les hommes, je serai cruel avec les filles ; je couperai leurs têtes.

Gré. Les têtes des filles ?

Sam. Oui, les têtes des filles (maiden-heads) ou leur virginité ! prends-le en aucun sens que tu veux.

(Ay, the heads of the maids, or their maidenheads ; take it in what sense thou wilt. Ici il y a un jeu de mots qui est intraduisable en Français.)

Gré. Il faut que ceux qui le sentent le prennent en sens.

Sam. Elles me sentiront pendant que je puis me tenir debout ; et c’est bien connu que je suis un joli morceau de chair.

Gré. C’est bien que tu n’es pas poisson ; si tu le fasses, tu aurais été merlus. Tire ton outil ; voici que vient un de la maison de Montague.

Abram et 7i7i autre Domestique de Montague entrent.

Sam. Mon épée nue est tirée ; querelle, je te soutiendrai.

Gré. Comment ! tourner ton dos et t’enfuyer ?

Sam. Ne me crains pas.

Gr'e. Non, certainement; moi te craindre !

Sam. Laissons-nous avoir la loi de notre côté; laissons-les

commencer.

SC. i.] ROMÉO ET JULIETTE 223

Gré. Je froncerai le sourcil comme je passe, et laissons-les le prendre comme ils veulent.

Sa?n. Non, comme ils osent. Je mordrai mon pouce devant eux ; qui leur est une disgrâce s’ils le souffrent.

Abr. Mors-tu ton pouce devant nous, Monsieur ?

Sam. Je mors mon pouce, Monsieur.

Abr. Mors-tu ton pouce devant nous, Monsieur?

Sam. La loi est-elle de notre côté si je dis oui?

\A part à Grégoire.

Gre. Non.

Sam. Non, Monsieur, je ne mors pas mon pouce à toi, mais je mors mon pouce, Monsieur.

Gré. Querelles-tu, Monsieur ?

Abr. Querelle, Monsieur ? Non, Monsieur.

Sam. Mais si vous le faites, Monsieur, je suis pour vous; je sers un aussi bon homme que vous.

Abr. Pas meilleur.

Sam. Eh bien, Monsieur.

Benvolio entre , dans la distance.

Gré. Dis “ meilleur ” ; voici que vient un des parents de mon maître. [A part à Sampson.

Sam. Oui, meilleur, Monsieur.

Abr. Tu mens.

Sam. Tirez, si vous êtes hommes. Grégoire, souvenez-vous de votre coup rodomontade ? [Ils s'engagent.

Ben. Séparez-vous, fous ! rentrez vos épées ; vous ne savez pas ce que vous faites. [Ils mettent bas leurs épées.

Tybalt entre.

Quoi, as-tu tiré avec ces lâches paysans ?

Tourne, Benvolio, regarde ta mort.

Ben. Je ne fait que garder la paix : remets ton épée,

Ou ménage la pour séparer ces hommes avec moi.

Tyb. Quoi, tirer, et parler de la paix ? Je déteste le mot Comme je déteste l’enfer, tous les Montagues et toi.

Je tire sur toi, lâche. [Ils s’engagent.

[acte I.

Plusieurs suivants des deux Maisons entrent , qui joignent la querelle ; alors des Citoyens entrent avec des massues.

ie Citoyen. Massues, affiches, partisans ! frappez, rabattezles !

A bas les Capulets! A bas les Montagues !

Capulet entre , dans sa chemise de nuit , et Madame Capulet.

Cap. Quel est ce bruit ? Donnez-moi mon épée longue, ho !

Mad. Cap. Une béguille ! une béguille, pourquoi demandes-tu une épée ?

Cap. Mon épée, je dis ! Le vieux Montague est venu,

Et brandit son épée en dépit de moi.

Montague et Madame Montague e?itrent.

Mon. Toi, vilain, Capulet, ne me tiens pas ; laissez-moi aller.

Mad. Mon . Je ne te laisserai pas bouger d’un pied pour chercher un ennemi.

Le Prince entre avec les Attendants.

Prin. Sujets, rebelles, ennemis à la paix,

Profaneurs de cet acier souillé du sang des voisins, — N’entendront-ils pas ? Quoi, ha ! vous hommes, vous bêtes, Qui éteignez le feu de votre rage pernicieuse Avec des fontaines pourpres sortant de vos veines,

Sous peine de torture, jettez en bas

Vos armes mal tempérées de vos mains sanglantes,

Et entendez la sentence de votre prince ému.

Trois tumultes civiles nées d’un mot léger,

De toi, vieux Capulet, et Montague,

Ont trois fois troublé la paix de nos rues,

Et ont causé les citoyens anciens de Vérone De rejeter leurs parures graves et convenables Pour porter de vieux partisans en des mains aussi vieilles. Rouges par la paix, pour séparer votre haine rougée :

Si jamais vous troublez encore nos rues,

SC. i.] ROMÉO ET JULIETTE 225,

Vos vies payeront l’amende de la paix.

Pour cette fois, tous les autres allez vous en.

Vous, Capulet, viendrez avec moi ;

Et, Montague, venez-vous cet après-midi,

Pour savoir encore notre plaisir en ce cas,

À la vieille ville libre, notre tribunal commun.

Encore une fois, sous peine de mort, séparez-vous tous.

Le Prince et les Attendants sortent ; Capulet, Mdme. Capulet, Tybalt, les Citoyens et les Domestiques.

Mon. Qui allumait encore cette ancienne querelle ?

Parle, neveu ; fus-tu ici quand elle commença ?

Ben. Ici furent les domestiques de votre adversaire,

Et les vôtres, querellant furieusement avant que j’approchaisse :

Je tirai : pour les séparer à l’instant vint Ardent Tybalt, avec son épée préparée ;

Que, comme il souffla le défi dans mes oreilles,

Il secoua la tête, et coupa les vents,

Qui, en nul part blessés, le sifflaient en dépit :

Pendant que nous échangions des coups et des assauts, Venaient plus et plus de monde, et combattaient en des parties différentes.

Jusqu’à ce que le prince vint, qui partait chaque partie ; Mad. Mon. Oh, où est Roméo ; l’as-tu vu aujourd’hui ?

Bien heureuse suis-je qu’il ne fut pas dans cette querelle ici.. Ben. Madame, il y a une heure avant que le soleil adoré, Poindra de la fenêtre dorée de l’est,

Qu’un esprit troublé me força d’errer dehors ;

Où, sous le bosquet de sycamores

Qui croissent vers le côté ouest de la ville,

Marchant de si bonne heure je voyais votre fils :

J’allais vers lui ; mais il m’aperçut,

Et se glissa dans le couvert du bois :

Moi, mésurant ses affections par les miennes,

Poursuivant mon humeur, en ne poursuivant pas la sienne.. Et évita volontiers, qui volontiers s’enfuya de moi.

Mon. Maint matin, l’a-t-on vu là,

226 ROMÉO ET JULIETTE [acte i.

Avec des larmes augmentant la rosée fraîche du matin, Ajoutant aux nuages encore de nuages par ses soupirs profonds,

Mais tout aussitôt que le soleil consolant,

Commencerait tirer du plus loin orient Ues rideaux sombres du lit d’ Aurore,

Loin de la lumière va chez lui mon triste fils,

Et se retire seul dans sa chambre,

Ferme ses fenêtres, serre le jour Et se forme une lumière artificielle :

Cette humeur prouvera donc sinistre et noir Si le bon conseil n’usera pas son pouvoir.

Ben. Mon noble oncle, savez-vous la cause ?

Mon. Je ne le sais pas, ne puis-je l’apprendre de lui.

Ben. L’avez-vous importuné par tous les moyens ?

Mon. Et par lui-même, et par plusieurs autres amis :

Mais lui, le conseiller de sa propre affection Est à lui-même, je ne dirais pas combien vrai,

Mais si secret et si réservé,

Si loin d’être proclamé ou découvert.

Qu’est le bouton rongé du ver envieux,

Avant qu’il peut étendre ses feuilles douces dans l’air,

Ou sousacrer sa beauté au soleil.

Pourrions-nous que savoir d’où vient son malheur,

Nous pourrions alors prescrire pour son bonheur.

Roméo entre dans la distance.

Ben. Vois où il vient : tenez vous à côté,

Je saurai son chagrin, ou je serai bien nié.

Mon. Je voudrais que tu fusses aussi heureux de ton séjour. D’entendre la vraie cause, viens Madame à notre tour. Montague et Mdme. Montague sortent.

Be?i. Bonjour, cousin.

Rom. Le jour est-il si jeune ?

Ben. Il vient de sonner neuf heures.

Rom. Hélàs, pauvre moi ! les heures tristes paraissent longues. Fut-ce mon père qui partait si vite d’ici?

Ben . Ce fut. — Quelle tristesse allonge les heures pour Roméo ?

Rom. Ne possédant pas cela lequel possédant les rend courtes. Ben. En amour?

Rom. Hors.

Ben. D’amour?

Rom. Hors de sa faveur, où je suis amouraché.

Ben. Hélàs ! que l’amour, si gentil en apparence,

Serait en vérité si âpre et tyrannique !

Rom. Où dînerons-nous ? Ah moi ! — Quelle querelle fut-ce ici?

Cependant ne me dîtes pas, car je l’ai tout entendue.

Voici beaucoup qui a rapport à la haine,

Mais encore plus à l’amour : —

Quoi donc, O amour braillard ? Oh haîne amante !

Oh aucune chose premièrement créée de nulle chose !

Oh légèreté lourde ! vanité sérieuse !

Chaos difforme des figures bien semblantes !

Des plumes de plomb, fumée brillante, feu froid, santé malade, Sommeil éveillé qui n’est pas ce qu’il est !

Je sens cet amour.

Ne ries-tu pas ?

Ben. Mon cousin, j’ai plus envie de pleurer.

Rom. Bon cœur, à quoi ?

Ben. A l’oppression de ton bon cœur.

Rom. Pourquoi opprimes-tu tant mon malheur ?

Mes propres misères pèsent lourdement sur ma vie,

Que tu propageras en l’ajoutant, cher ami,

Avec encore du tien : cet amour que tu as montré,

Ajoute encore au malheur que j’ai rencontré.

L’amour c’est une fumée faite de la vapeur d’un soupir ; Étant purgé, un feu qui peut les yeux des amants embellir ; Étant fâché, une mer nourrie des tendres larmes :

Qu’est-il autrement ? une folie bien prudente,

Un fiel étouffant, et une douceur conservante.

Adieu, mon cousin. [ Allant .

Ben. Doucement ! j’irai avec toi ;

228 ROMÉO ET JULIETTE [acte i.

Et si vous me quittiez, ainsi vous faites tort à moi.

Rom . Chut, je me suis perdu ; je ne suis pas ici ;

Celui n’est pas Roméo, mais il est autrui.

Be?i. Dîtes-moi dans votre tristesse qui est-ce que tu aimes ? Rom. Gémirai-je et te dirai -je ?

Ben . Gémirai ; oh non, mais dites-moi qui ?

Rom. Dire à un malade de faire son testament :

Un mot mal avancé à ce moment !

En tristesse, cousin, j’aime une femme.

Ben. Je visai si juste, quand je supposai que tu aimas.

Rom. Un bien bon tireur ! Et elle est belle que j’aime.

Ben. Une bien belle marque, est le plutôt frappée.

Rom. Bien, vous vous trompez là : elle ne serait pas tappée Par la flèche de Cupidon ; elle a l’esprit de Diane ;

Et elle est bien armée dans l’armure forte de la chasteté ; Elle vit intacte de la flèche de Cupidon dans la pudicité ; Elle ne veut pas attendre le siège des termes aimables,

Ni souffrir la rencontre des yeux assaillants,

Ni ouvrir son sein à l’or qui séduit les saints :

Oh, elle est riche en beauté, seulement pauvre,

Que, quand elle meurt, avec elle meurt la beauté.

Ben. Alors, elle a juré qu’elle vivra toujours pure.

Rom. Elle l’a, et en cela elle cause grande perte pour sûr,

Car la beauté, affamée par sa sévérité,

Découpe la beauté de toute la postérité.

Elle est trop belle, trop sage, sagement trop belle,

Mériter la joie en me causant mourir de désespoir pour elle : Elle a juré contre l’amour, et dans ce serment Je vis dans la mort, que vis le dire maintenant.

Ben. Soie gouverné par moi, et oublie de penser à elle En donnant la liberté à vos yeux ;

Examine des autres beautés.

Rom. C’est la façon

De nommer la sienne exquise, encore en question ;

Ces masques heureux qui baisent les fronts des belles dames Étant noires, nous rappellent qu’ils cachent leur beauté. Celui ne peut pas oublier qui est frappé de cécité

Le trésor précieux de sa vue perdue !

Montre moi une maîtresse qui surpasse en beauté ?

A quoi bon sa beauté excepté comme marquant Où je puis lire, qui surpassa cette beauté éclatante.

Adieu, tu ne pense pas m’apprendre à l’oublier. [Ils sortent.

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