Mécanique industrielle
Accords distributifs. | § 1 6. — administrative.
g. f 7. — domestique.
Pivot. Unité universelle.
f Le génie civilisé ne 8*est exercé que sur trois branches on touches de cette gamme. Il a réussi sur deux , les 1*^ et 5^. II a échoué sur la 6*^ , et n a pas touché aux quatre autres , encore moins à la théorie du Pivot , ou Unité.
> IVfous avons pleinement réussi suir le n» i : nos géomètres , Kepler , Newton , compliquent magnifiquement les lois du mouv^ ment matériel.
« Même louange sur la 5^ étude , la mécanique industrielle : nous sommes des colosses de perfection ; quand on voit une montre à répétition , un vaisseau de haut bord , une filature à coton et à drap , on ne saurait nier nos succès gigantesques.
« Mais que nous sommes pygmées surtout le reste de la tâche! Nos succès ne s^étendent sur les 7 touches qu'aux 2 matérielles. Nous avons essayé force calculs sur la 6«, force chartes, éqni» libres et contre-poids de pouvoirs. Nos théoriciens ont même ea quelque idée confuse du principe des trois -unités en administra» tlon ; mois ils n*ont abouti qu'à une caricature politique , Findîgence, la fourberie, l'oppression et le carnage. Leur tort est d'avoir pris pour boussole le régime du mensonge , le libre exercice du commerce , la concurrence anarchique ou mensongère. Ils n'ont pas vu que le commerce est le troTir de l'arbre administratif, et qu'en le faussant on fausse tout le système. L's ont isolé le commerce de l'administration : croyant assurer la liberté , ils
^ Le luot industriel est ici emplofë dans un seni plai r^ftreint qne celai lequel Foorier l'a employé depuis et qa'on donne en général , dans le langage do l'École sociétaire, au mot industrit et à tes compoaéi.
en ont sapé la base ; elle ne penf régner que par la vérité des relations indastrieltes. Ils ont manqué le secret de garantie de cette vérité commerciale. C'est le détail le pins intéressant de la ^ période ou Garantisme. Son introduction double le revenu r«/ff^ et neutralise Tlmpôt. Ç'est-à-dîre que si la France perçoit en temps ordinaire 800 millions d'impAt ^ , la concurrence véridique en rendra 400 de plus, en épargnera 200, et réduira par conséquent les charges à 600 pour 1,800 millions de rentrées. En outre , elle rendra à Tagriculture ladite somme de 1,200 mil* lions en sus du produit actuel , ce qui neutralisera Fimpôt.
I Faute d'avoir fait cette invention ( la concurrence véridique et rédnctive) , nos politiques sont tombés administraUverneni dans la duplicité méthodique par Tisolement du commerce et do gouvernement , qui sont deux rouages associés , deux éléments inséparables en mécanisme véridique. Ce sera une théorie trèscurieuse et trés-agréable aux gouvernements civilisés, qui verront que tous les énormes bénéfices des banquiers et agioteurs doivent retourner au fisc par rétablissement du régime de vérité garantie , hors duquel on tombe dans le monopole ou dans l'anarchie mercantile et mensongère.
» J'ai rendu justice aux Civilisés sur les deux études 1 et 5. Je viens de leur montrer le secret de l'étude n" 6 , où ils échouent depuis vingt-^inq siècles. Voici une autre bévue sur le même sujet.
> Le mouvement passionnel ne peut s'équilibrer sans ses trois supports 5,6:7. Il fallait donc réussir sur la découverte du mécanisme administratif n<^ 6, et de plus sur celle du mécanisme domestique n^ 7, qui est l'association , dont on n'a jamais daigné s'occuper. Sans s'élever aux dispositions transcendantes de l'Harmonie, on aurait pu former des liens de moindre étendue. On n'a rien découvert sur ce sujet. Le système domestique reste boraé à des familles de 5 à 6 personnes. Ainsi des trois branches de la mécanique passionnelle, une a réussi, une a avorté , une est oubliée. Toutes trois pourtant sont également nécessaires à l'équilibre, et quand nos politiques veulent établir l'équilibre sur deux mécanismes , l'industriel et l'administratif, ils ressemblent à des
1 Qu'où n'oublie pas qae FouHer écrivait ceci ea 1818. On en ett bien, il est vrai, aujourd'hui aax badgets de 1,200 millions et plus, mais sans les corn* pensations que procurerait le régime social dit Garantisme.
ku faim»
ffifaoto qpî roiiilraifiot Cwre tanir debout nne mvmile prÎFée d'op de «es troi» pieds ; iU h relèveraient miVle fbi«, et mille foh elle let^mbewt. Tel est le sort de nos société» • qui privées de l'oa des tr^iis pivote I rjuwoei^tion damesMque, retombeni «MS cesse «poime um mermite à deo* pieds, et p*erriveot, eoos toutes les oooititotioqi, qu aoz sept ré«i»lt»t» jiiibversife, i
(Vote «, pago 305t) Sur la Solidarité,
(Jettd poQsidératipo si puissante et si rsi^icisuse de la SOLU DABITÉ HUMIfX^f: 9 été dév^pppéep^^ Fauteur dans an discours prononqé le 7 ftvrU iH^% ;
t Solidarité !••! c est la loi de mpi^re. Quelle devienne aussi Urémie des r^^pport? poeiau^ ! C'est ce que Fourier a vpplu; c'est cp qu il a donné l^s moyen? de réaliser snr notre Globe, pour le bonheur dg rffHmftoité entière*
» Solidarité pptre tous les iodividus, entre toutes les classes , entre tppis |ep peuples ! Solidarité qjême entre les générations qui se succèdent sur la terre! voilà, en effet, le grand principe sur lo<|ue| sVppyie |a Théorie de Fourier, et qui reçoit à son tour de pette Tb^orio Févidence d'un fti^iome.
« Oui, les hommes , en réalité, sont et demeurent , quoi qu'ils fassent , solidaires pour les biens et pour les maux ici-bas. C'est là une haute vérité morale, qui ressort éclatante à la vive Iqmière répandue sur les destinées humaines par le génie de notre Maître, vérité dont, grâce à lui, nous apercevons partout la preuve, aussi bien dans les faits journaliers de la vie que dans les solennels enseignements dç rhistoire. Vainement l'esprit d'égoïsme, en isolant les divers groupes sociaux , en séparant l'intérêt de l'individu de l'iptérêt de la masse, a prétendu rompre, à son proGt, la chaîne de la solidarité sociale : U Nature, de sa main piûssante, la rétablit toujours. Le feu des révolutions, les miasmes meurtriers de l'épidémie, tels sont ses agents mystérieux et terribles.. S'élançant da fond des sombres den^eures où le pauvre est entassé, le fléau deatroctepr (épidémie ou révolution, peu importe) va s'abattre sur les palais et frapper à leur tour ces riches, ces grands, jusque-là HUMaiblea «hic MmiïrMioM de leurs Irèfies ^
* Quelques lignei de P^woet^ (|i)| viennent i*èln piUes dani h Phnltm^ (a»*
i 9ênt étoqaet le fttitiirèflif âë êeê ^tûnAëê ttAââirophéÉ^ flOM poorrions, dans la sphère même des évéhëtnéhiê de ehaqtte Jetif, et par Teteitiple de de qol se passe ittceftsammetit sous Hot feux, tnohtttt ctflflment toute dominatiou opp^e«sHe, tout déni de jui* iice, tout lâche Abandon eutret^ uhé portioii qoeteouque de la Société, porté âtec soi sa peine. Vous délaissez i*ludigence, trOtfà ne lui assurez ni Téducation ni le travail ; f indigence, ne prenaut coiiseil que du désespoir où Ta réduite tofre coupable indifférence, s* arme contre vous et devient le Crime... PoiUt de jouissances paisibles pour les uns , taut que les autres , tant que le gnind nombre reste vooé««u dënûment et aux privations : ainsi le teut la Solidarité.
« SI. maintenant nos regarda se tournent ters Fatëller industriel, où s*ils pénétretit jusque dans le sanctuaire dé la famille, paHoUt nous verrons la contrainte, cette raison dernière et pour ainsi âifè unique, ce ressort géiiéfal do mécanisme civilisé ; paftotil nbns verrons la contrainte engendrer la désafTectiOn , la duplicité , fi révolté secrète ou patente. C'est ainsi que partout, dfltis tous ses modes, à tous ses degrés, la tyraunié, dé «{uélque KOra qu'elle H décbi'e, se troutre dupe et victime d'elle-^itiémei
« Et c'est justice !... citr Dieu a foit rHdffiAnIté pouf èitë hbtë. in lui donnant les àttt^ctions qui ta cafaètérisent ^ il ft edtéftdu qu'elle marcherait, dégagée d'eutraves , dans les voies mesiffées où ces attractious ra[jpelletit, puisque c'était la condition podr t^â-
mërodo 26 mars 1843), eipriment, avec one admirable énergie, cett« méma pénale de la solidarité de toutes les classes :
« Tonte cette multitude qui souffre, ce sont, comme on paHe, dês 0eiti de aêiiti. • Ainsi chaque riche ne compte que soi, et, tenant tout le reste dans i'indiffdr, rence , on tiche de vivre k son aise , dans une souveraine tranquillité des » fléaux qui affligent le genre humain. Cependant , riches impitoyables , vous » poorres y venir, aux Jours de besoin et d'angoisse. >
L'autear do l'artiele dans lequel so trouve eetlo titatlon, M. Prudent Forest, ajoute :
« Ce reproche et cette menace adressés par Bossnctaox riches de son é|>ot|trê, Irfnt restés saris effet sur leurs ccfcurs endurcie. Aussi , qu'est*!! arfÎTé? if eft arrivé, un siècle plus tard, une révolution terrible qui a !>Ottleverié les existenees de la plupart de ces grandes familles qui florissaient du temps de Bossnet.
> Biches de notre temps , nous pouvons vous le prédire , si vous cOtttlJines à rester dans riddifférfence iat lé sOrt des classel souffrantes, ri pO«f tenir à !elr secours vous n'emplof ei pas d'autre moyen que l'insuffisant moyen de l'aumône, tèt ou tard il éclatera nne révolution nouvelle plus terrible que la précéafente , et vous y viendres alors , vous ou ios descendants , aux jouH dd hciùln ei d'ftâgoisse. K
un NOTES
User sur la terre Tordre conçu de toute éternité dans la pensée du suprâme ordonnateur des mondes.
1 A ce point de vue élevé, les données de l'Attraction apparaissent identiques à celles de l'Ordre même. — Mais si , d'après la trop commune opinion qui s'est accréditée dans les esprits, an triste et lionteux spectacle de nos sociétés subversives, le principe de F At* traction semblait en lui-mêraè peu susceptible de se concilier avec les exigences de l'Ordre ; si ce principe avait besoin d'un contrepoids, il le trouverait dans le dogme de la Solidarité . tel qu'il résuite de la conception de Fourier sur les destinées humaines. D'après cette conception, en effet, dans quelque condition de la vie que nous nous trouvions, nous ne pouvons porter aucune atteinte aux droits d'une autre classe, d'un autre sexe, d'un autre âge, sans nous condamner à en recevoir nous-mêmes l'inévitable contrecoup.
• Puisse cette vérité éminemment religieuse pénétrer bientôt dans toutes les convictions! Il n'en est pas de plus propre à exercer une beureuse et féconde influence sur les efforts de chacun pour améliorer l'état social ! Puisse le sentiment de la Solidarité universelle passer à l'état de conscience intime chez tons nos semblables! Que, sans cesse présent à nos cœurs^ ce sentiment nous anime d'un dévouement sans bornes et toujours actif pour la sainte cause de l'Humanité, qui est, en définitive, la cause de chacun de nous ! A l'œuvre donc, et de toutes nos forces et sans relâche ! A l'oeuvre aussi, vous tous qui avez en main, soit la puissance du talent, soit celle de la fortune et de la position sociale ! A l'œuvre tous ensemble, sous l'inspiration généreuse de cette pensée : Solidarité! (Extrait de la Phalange, n» du 8 avril 1842. )
L'une des idées qui se trouvent ici émises fait allusion à la Vie future , telle que la Théorie de l'Unité universelle nous la fait concevoir. C'est en vue du retour de l'homme à l'existence actuelle qu'on peut avancer cette proposition, que nous ne saurions porter aucune atteinte aux droits dune classe, dun sexe, dun âge quelconque, sans nous exposer, sans nous condamner, qui plus est, à en recevoir inèvitablemetit nous-^mémes le contre-coup. Daus le système de Fourier, en effet, sur la psychologie et la cosmogonie composées (note 4), la mort n'est pas le terme définitif de nos rapports avec cetle terre : tout ne s'arrête pas U entre la Mère
commune et chacun de ses enfants ; nos comptes avec elle ne sont pas réglés par une seule existence.
D*après cette manière de voir, qui a en sa faveur une foule d'analogies dans la nature , nous renaîtrons ici-bas , après un certain laps de temps passé dans une vie d'un monde différent et plus élevé ; nous reviendrons en ce monde-ci pour y prendre encore notre part, soit des chances de malheur que nous y aurons laissées à la vie humaine, soit des félicités qu'un meilleur ordre social aura préparées aux générations futures. Qui, je ne crains pas d'exprimer cette croyance, fondée sur le principe i^netoutest lié dansVunivers et régi selon la justice ^ oui, c'est ma conviction profonde, nous revivrons sur terre , et nous sommes par conséquent destinés à subir nous-mêmes les lots d'iniquité et d'oppression que nous aurons faites ou que nous aurons laissé subsister, comme à jouir des biens dont, grâce à nos efforts, la race humaine aura été mise en possession. Non-seulement nous revivrons, mais nous revivrons en alternant de sexe d'une existence terrestre à une autre ; nous revivrons, sans qu'il nous soit possible de savoir dans laquelle des Sociétés incohérentes qui se partagent le Globe tant que l'Unité sociale n'y est pas encore établie, ni à quelle place de ces Sociétés qui en ont un si grand nombre de mauvaises pour une seule passable. Vous voyez donc bien que nous sommes directement , personnellement intéressés, tous tant que nous sommes, à affranchir de la souffrance et de la contrainte toutes les conditions de la vie sans en excepter aucune. Nihil humani a me aUenutn,
Tel qui se voit aujourd'hui millionnaire pourra se trouver indigent dans sa prochaine existence, si à cette époque la misère règne encore ici-bas. Le sage Platon, qui rendait grâce aux Dieux de l'avoir fait naître homme et non pas femmCf homme libre et non pas esclave , Grec et non pas Barbare , Platon a pu renaître bien des fois, depuis, dans chacune des situations fâcheuses auxquelles il se bornait , dans son égoïsme , à se féliciter d'avoir échappé pour son compte, au lieu d'aviser aux moyens de les améliorer, ces situations justement redoutées : tâche autrement digne de son génie que les subtilités et les controverses souvent ridicules sur lesquelles il s'est consumé, non sans jeter, beaucoup d'éclat si l'on veut, mais un éclat inutile pour le bonheur des hommes. In vantnn laboraverunt^ voilà ce qu'on peut dire de lui et de tous ceux qui ont dogmatise et moralisé en vue d'un état de sociélc
prix QUE /avais bien gagné ; c'était aoe raigon de ne pas Tobteoir. Sî les vrais philanthropes veulent aller au but, réaliser quelque bien, ils doivent s'adresser aux inventeurs et non aux académiciens, dont le métier est d'exploiter le mal. i h\ Ind,^ 1. 1, p. cm, 448, 449.
Faut-'il regarder comme une sanction donnée au jugement de Fourier sur les académies, celui par lequel le premier corps académique de France a décerné le prix Montyon à l'ouvrage de if. Louis Reybaud sur les Réformateurs contemporains? L'auteur de cet ouvrage, dont le principal mérite consiste dans une certaine élégance de style , a été l'objet d'une semblable distinction , non point parce qu'il aurait donné une idée fidèle des trois systèmes de réforme sociale dont il a prétendu tracer l'histoire, mais (les rapports lus à l'Académie française en font foi) parce qu'il aurait montré la fausseté de ces théories *, et que son livre exercerait une salutaire influence en détruisant des illusions regardées comme dangereuses ^.
Nous n'entrerons point ici dans l'examen du livre de M» Reybaud. Nous allons seulement signaler quelques-unes des assertions émises par les organes de l'Académie française, pour motiver sa décision en faveur de l'auteur des Etudes sur les Socialistes.
« Les trois réformateurs les plus audacieux de l'époque acs tuelle, • dit M. A. Jay dans son rapport ; « ceux qui , par leurs
* doctrines, ont le plus contribué au relikliement des premiers n principes de morale et d'ordre public, sont, en Angleterre, t Robert Owen, le précurseur du radicalisme; en France, Sainf-
• Simon et Fourier, rêveurs enthousiastes, dont il faut attribuer « l'influence anx séductions de la nouveauté, an désir naturel 1 d'améliorations immédiates, surtout à Taunonce empirique des m moyens propres à établir entre tous les membres de la cité une 1 égale répartition de jouissances matérielles. «
Et voilà comme on juge au nom du corps littéraire le plus illustre de l'Europe!!!... Saint-Simon, dont la devise était : A chacun selon sa capacité; Fourier, qui dans tous ses ouvrages présente l'inégalité comme la condition même de la sociabilité
^v ^ Expreft>iona du rapport In par M. Villemain, gecrélaîre perpétuel , dans U
> lëance pnbliqae da 17 jnin 1841.
* Bapport préianttf à rAcad^mie françaiie. par M. A. Jftf, la 17 «irril 1841.
hamaine ; Fourier, Thomme de la série, lui dont la Théorie tout entière n est qu'un vaste et rationnel système d'inégalités graduées ; Saint-Simon et Fourier signalés tous deux comme des apôtres du régime égalitaire! Une assemblée qui laisse porter en son nom de pareils jugements, s'exposerait à perdre, si elle en avait jamais eu, toute autorité en matière sociale.
Et cette imputation si malencontreuse touchant l'égalité, n'est point une de ces assertions légèrement avancées, qui auraient pu échapper à l'attention distraite des collègues de M. Jay. La même idée se trouve reproduite dans le rapport de M. le secré- * taire perpétuel. En parlant de deux ouvrages i qui ont paru à l'Académie dignes de partager le prix fondé par un philosophe bienfaisant du dernier siècle , * M. Villemain dit de son côté :
c L'un de ces ouvrages rappelle énergiquement les esprits à
• la modération et an bon sens, en leur montrant la fausseté de 1 quelques théories sociales annoncées de nos jours, au nom du 9 perfectionnement indéfini et de la complète égalité. >
Le perfectionnement indéfini et la complète égalité, comme cela répond bien à la conception de Fourier !• Volontaire on non, l'aveuglement des juges académiques ne dépasse-t-il pas tout ce qu'on pourrait imaginer?
Revenons à M. Jay. Cet honorable membre de l'Académie défend If. Reybaud du reproche d'avoir usé de trop de ménagements envers les Réformateurs, ou plutôt il cite à ce sujet l'apologie de M. Reybaod lui-même : or, le candidat anprixMontyon, pour se disculper d'un tort qui pouvait lui être si préjudiciable, n'a eu garde d'épargner le blâme aux doctrines novatrices. Parmi les raisons que fait valoir Thistorien des Socialistes contre les tentatives de ceux-ci, il y en a une assez étrange, quoiqu'elle se trouve donnée , comme les autres , avec la pleine approbation de l'Académie.
c II est si délicat, • dit M. Reybaod cité par M. Jay, « de
* toucher à la loi morale d'un peuple, qu'il importe d'y regarder « à deux fois avant d'attaquer un aussi fragile édifice, »
Si cette fragilité, avouée par des gens dont le témoignage à cet égard ne saurait être suspect, tenait au vice même des fondations, n'importerait-il pas beaucoup de signaler ce vice, puisque, lui subsistant, tous les efforts que l'on ferait pour consolider l'édifice ne serviraient évidemment h. rien?
490 KfOtÈS
Ce mèitié M. Rejfbtad, qtû ëki an tttôcflé parfois ith-tàmpto^ idettaof ptfùf les ôaases qo'H ptéiettd âétenâre, allègatf eùcùte ce qui siiit, dâfls l'iùtérét des Idées vofgaîrês siir la moralité : < A
> part qaelqtfes grands seritirhents dont Yinnéit^ est frappante, « la mesure dés actes humains Varie de peuple à ped|ile, de tàûë
> à zone (Pascal l'avdit remarqué), t
Oui sans doiite, Paseal VûvAli remarqué, mais dans nhë intention tout autre qtie eelle qui est affiebéê iei p&t M. Rejrbaadi Pascal avait trop de sëHs et de logique pour voir datt» tjfltlé va** 'riation, suivant les lieui et les temps, dèi fèglëè du i/fkî èî dtà faux, du ju&te et de Tinjuste, un ai*gUflieiit en ftvetif de tèê toétties règles.
M. Ref baud, toujours dan» la ciiâiidn pféSI!iltée aV#« éltfge k FAcadémie par M. Ja|, s'élève éii vtki ptirltiiltf eoiftre Tidée d arriver au bonheur par là laftsfActiott des pàMiofts.
K Quant au bonheur, s'écrie-t-ll^ quoi de pins relatif 7 oit p«rie
> de le fonder par nne satisfàctioti illlffiltéè : mais ebttqne jtmr i ëëiiè eifiérience se fait en détail, et tdttt hoiomè peut dire si 1 la passion pleinement assouvie est le boohettri »l la privatloii » niétrie^ la privation réfléebie et volontaire, ne renfenne pBÊ plai 1 de joies réelles quune satisfaction sanÉ bomet. Le bonhMr sar 1 la teffe aaralt tin autre écneil, eelni de aii|iprltner taote a«pi- « ration vers on état meilleur, et d'entoorer aotfe dépâi-t dé éettê « vie des eonditioits les plu» donlooretiies. *
Sans doute ee qu'on appelle bonbeàr varie sohrafit \(H goAta, suivant le» disposition» de» lodividas ; mai» »e fotider là^deasM pour embrouiller la question, poOr chercher k persnàder qo'il s'y a aucune èondltiod gétiérale, sine que non, do bonheiir, c'etl lé procédé d'un sophiste, non d'un ami sincère de la vérité; Qael bonheur est possible à qui n'a pa» de qnol satisfaire se» piouiicri besoins ?
Quant à dette expérience qui, selon M. Reybatid| se ferait en détail chaque Jour, on peut lui répliquer qu'elle île Ée fail jamais au contraire. Tel individu poorra trè»-bien, àaO» doute, poa^ em* ployer l'expression de M. Reybaud, assouvir quelqoefoii wu de ses passion». Mai» est-^oe donc là la »atisfaction paasiomtelle tiflë^ grale^ comme l'entend Fotirier? On peut parler à M. ReybMid le langage de la Théorie sociétaire , puisqu'il »'e»t domé poa^ l'interprète de cette Théorie. Rh bien ! où tronvera-t-^il, je le hli
demande, âfms les cooditioDs sociales actoellesi où trouvera^-ii Vemploï^ la satisfacMon des trois passions dUtribiUives, qui sont iqcompatibles avet le mécanisme civilisé ?
Malgré ce qoe dit M, Reyb^ud des Joies de la privation réfléchie et volontaire (qnalité que p ont point, en général, les pri* Citions de9 Civilisés, qni sont des privations ybrceef et point du tout libres) ^ nous doutons fort que cet écrivain, même avec Faide d^ U réflexion et d*un peu de bonne volonté, se fût senti Iput anssi joyenx d'être privé du prix Montyon que de le recevoir. Pour ce qui est de la sollicitude que témoigne M. Reybaud , au sujet du regret qne nous aurions de quitter cette vie si Ton trouvait moyen de nonit 1& fel^e un peu meilleure , si nous parvenions à y être passablement heureux , une telle sollicitude est tout à fait grMu jte t (Jn jfSkQVM ppnr ceux qui admettent l'ensemble de la conception de Fouriefr L auteur du Traité de l'Association^ en effet, dans un des passages que rapporte M. Reybaud lui-même, à la fin de spn volume , ne dit-il pas, après avoir exposé ses vues sur la vie future : « C'est è présent que l'homme pourra quitter la vie 1 sans regret, puisqu u aura la certitude de l'immortalité de l'âme, > dont on ne pouvait s'assurer que par l'invention des lois du mou- 1 vement socia)? > Et puis celte sorte d'appréhension quil ne se rencontre un jovr trop de bonheur sur la terre f n'est-elle pas un sou(;i bien prématuré, une précantion superflue, dérisoire, une plaisanterie ironique et tout à fait déplacée, eu égard au sort actuel du peuple ?
Après avoir loué, comme il convenait, le candidjit au prix Uontyon de ses protestations en. faveur des bons principes^ M. Jay continue ainsi :
« En considérant ces trois sectaires dont M. Louis Reybaud a exposé les systèmes, on est frappé d'un trait qui leur est commun : c'est une obs^nation invincible, une opiniâtreté d'apostolat, un dévouement à leurs principes qui résiste à toutes les épreuves, même à celles du dénûment et de la pauvreté, qui accepté tous les sacrifices et ne s'éteint qu'avec la dernière étincelle de vie. Cette existence de lutte perpétuelle, cette abnégation de soi-même au profit de convictions qui paraissen sincères, éveilleront toujours dans les âmes généreuses de réelles sympathies, v Oui sans doute ; mais non pas, il paraît , dans les âmes de
MM. les académiciens , car ceux-ci , bien évidemment , de leur aveu mém'ë, ont eu pour but de récompenser, en couronnant les Etudes sur les Réformateurs contemporains* non pas une appréciation éclairée de ces hommes au dévouement si étrange, mais le dénigrement de leur œuvre, maiâ la négation dé tonte valeur pratique qu*on pourrait être tenté d'attribuer à leurs théories de réforme sociale. On veut bien accorder quelques mots d'éloge à ces individualités si nobles qui ne sont ' plus là pour en jouir ; mais ce qui reste d'eux, leurs doctrines, voilà ce qui ne trouvera ni grâce ni justice à TAcadémie, voilà ce qu'il faut arrêter, étouITer, flétrir à tout prix. Les fondations philanthropiques des Montyon et autres peuvent-elles recevoir une destination plus conforme aux vues des généreux testateurs?...
Sachons gré toutefois à M. Jay d'avoir osé rendre hommage à la conduite dé l'homme, en dépit des préventions contre l'audace de sa pensée.
c Fourier, dit-il, d'une vertu austère, d'un caractère moral
> plus élevé que Saint-Simon, dont le cynisme n'était pas seule- « ment une théorie, Fourier a lutté sans dégradation personnelle
V contre la mauvaise fortune ; mais il y avait pour lui une source
> intarissable de bonheur, et les illusions de l'orgueil charmaient
> cette existence livrée à elle-même. — Il se promenait glorieux,
• dit M. L. Reybaud, au milieu de populations libres et enthoa*^
V siastes qui le saluaient comme un bienfaiteur. •
Ce qui fait conclure à M. Jay qu'il y a là, outre Xincincible opiniâtreté qu'il a déjà signalée, un amour-propre exalté jusqu'au délire, c Ce n'est pas, ajoute-t-il , avec de telles disposi-
* tions qu'on travaille efflcacement au bonheur de l'humanité, i Proposition souverainement fausse. Il n'y a pas une des grandes
inventions du génie qui n'ait été accompagnée, plus ou moins, de ce même sentiment d'enthousiasme, de cette ivresse quasi divine que produit la conscience d'une haute découverte. Disposition iuGniraent heureuse, car sans elle où trouveraient-ils la force, ces hommes de glorieuse exception, où puiseraient-ils la force nécessaire pour féconder leur idée, pour accomplir jusqu'au bout leur tâche sainte, malgré tout ce qui s'y joint pour eux de dégoûts, d'avanies, de souffrances de toute sorte à essuyer? Quoi! vous prétendez interdire aux Gutenberg, aux Watt, aux Fulton , de se complaire dans la perspective des immenses avantages dont
leur découverte oovre la carrière à rHumanité ? Mais l'expérieDcc prouve qu'ils sont restes dans leurs prévisions, tous ces grands inventeurs, bien en deçà de la réalité déjà obtenue. Et cette sublime jouissance du génie, seul dédommagement de tant d'amertumes, de quel droit voulez-vous la lui enlever? Elle est un don de la Providence et une nouvelle preuve de sa judicieuse sagesse dans la distributioh des attractions. — C'est être aussi par trop moraliste, que d'aller jusqu'à réprouver la plus noble de toutes les jouissances qu'il soit donné à l'homme de connaître , et la pins utile à ses semblables dans les résultats qu'elle engendre !
Il me reste (et c'est la partie la pins pénible de ma tâche) a signaler on dernier trait des deux rapports lus à l'Académie française sur l'ouvrage de M. Reybaud : trait vraiment caractéristique et qu'il n'est pas étonnant dès lors de rencontrer, dans l'une et l'antre de ces pièces, formulé, pour ainsi dire, dans les mêmes termes. Je veux parler de la justiflcation de l'emploi du legs Montyon en faveur du livre sur les Socialistes.
C'est surtout comme inexorable réfutation des systèmes qui sont censés y être exposés, que l'ouvrage de M. L. Reybaud a été recommandé à l'Académie française et qu'il a obtenu les suffrage de l'illustre compagnie.
c II serait bon, « dit M. Jay en parlant de ce livre, c que de -^ pareilles idées pussent arriver aux plus humbles intelligences. « Elles détruiraient de funestes illusions et calmeraient de vio- » lents désirs ç'ut ne peuvent jamais être accomplis.
B C'est assurément des productions littéraires de ce genre que « le vertueux Montyon avait en vue, lorsque, dans l'intérêt de « la morale et de l'humanité, il instituait d'éclatantes et solen- « nelles récompenses. «
Ainsi donc, c'est pour tuer l'espérance, c'est pour étouffer dans le cœur des hommes malheureux l'aspiration vers une destinée meilleure , que les amis de l'humanité ont légué aux corps savants la disposition d'une partie de leur héritage ! II y a là, j'ose le dire, il y a dans un pareil langage, dans une pareille conduite, une profanation et une prévarication tout à la fois. L'Académie française aura à en rendre compte un jour devant la postérité.