‹ Fourier, sa vie et sa théorie (volume 2)Chapitre 38 sur 39 · U\ MOT SUR L'HYPOCRISIE. — L'IMFAXTICIDE · texte numérisé non relu

U\ MOT SUR L'HYPOCRISIE. — L'IMFAXTICIDE

1.' hypocrisie . soit envers Dieu , eut en le» hommes ou envers la nature , est cause de ions les maux que nous avona.

l-A Rkikr pi Navarrb, not. 34.

A l'occasion de ce qui s'est passé à l'Académie française au sujet du livre de M. Louis Reybaud, il me revient un regret que d'autres circonstances avaient aussi fait naître en moi. Ce regret, «'est dans le tableau des vices de la Civilisation, de n avoir pas assez insisté sur l'un d'eux, qui joue un rôle immense dans ce mécanisme social, et qui a la plus grande part peut-être aux résultats subversifs qu'il produit. Je veux parler de Y hypocrisie.

Non pas seulement de ce genre d'hypocrisie dont Molière nous a tracé un type hideux dans le Tartufe; mais de cette hypocrisie à l'usage des honnêtes gens, qui consiste à affecter, sur les questions de mœurs, des sentiments et des opinions que Ton n*a pas. C'est là le plus grand obstacle à la manifestation de la vérité en cette matière ; et hors de la vérité, point de justice, point de salut pour le monde social.

Qui me démentira si j'avance qu'il n'y a presque pas de Civilisé qui , comme mari , comme père, comme homme public, magistrat, administrateur, voire académicien, n'ait censuré, condamné, flétri une conduite qu'il avait tenue souvent lui-mêoie, des actes qu'il avait commis et qu'il serait encore tout disposé à commettre de nouveau , n'était le manque d'occasions et de moyens? Combien de ces Catons d'apparence et par nécessité de

^usttion, qui sont des Faublas au fond du cœur et en intention jnsqu à leur dernier jour ! Mais tous ces «{ens qui font de la morale par politique ressemblent à ces habitants d*uoe ville d'Italie au xv^ siècle, qui, À ce qu*on rapporte, avaient toujours chez eux deux balances, Tune pour le voisin, l'autre pour eux-mêmes. C'est ainsi que, soit dit sans offenser personne, lorsque l'Académie française décernait un prix de vertu de six mille francs à M. Louis Reybaud, pour avoir fait justice des immoralités de la Théorie de Fourier, Tillustrc compagnie était présidée par l'honorable M. de Jouy, de qui sont, si je ne me trompe, certains couplets passablement lestes, intitulés La loge grillée. Mais où TAcadémie irait-elle se recruter, si elle devait fermer ses portes À quiconque aurait sur la conscience quelques peccadilles de cette ^pèce ?

Revenons à quelques points plus sérieux du chapitre de l'hypocrisie. Un docteur dont les odieuses maximes, pour a\ oir été mainte fois anathématisées à grand renfort d'indignation vertueuse, n'en sont pas moins suivies à la lettre dans la conduite de beaucoup de gens, car elles sont le code de U politique du succès en Civilisation, Machiavel, avertit c qu'il ne faut pas beaucoup se soucier de la vertu pour elle-même, mais seulement de la partie de notre visage qui est tournée vers le public, attendu que, si la réputation d'homme vertueux est utile, la vertu même n'est au fond qu'un obstacle. ■

Ke. dirait-on pas que cette pensée de Fauteur du livre du Prince est la boussole du monde ofGciel? Et j'appelle ainsi, non pas seulement la classe des fonctionnaires et des personnages^ politiques, mais encore tout ce qui est en représentation , les membres d'une académie ou d'un corps municipal, par exemple,, tout aussi bien que les ministres et les députés, sans omettre les candidats à ces diverses places ni les aspirants aux prix Montyon, plus intéressés encore ces derniers, vu leur position de candidats, à mettre habilement en pratique le précepte de Machiavel.

Oh ! si l'on voulait avouer jusqu'où s'étrnd cette spéculation sur les apparences de la vertu?... Mais ou arriverait à constater que tout n'est que fard et mensonge. Omnis homo mendax : voilà le résultat du régime social sous lequel nous vivons. Un

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Civilisé, comme le disait Fourier, est menteur par bienséance, quand ce n*est pas par calcul intéressé. Allait-il trop loin lorsqu'il déûnissait la Civilisation, le jeu des dupes et des fripons? Non , sans doute, et il aurait pu ajouter que les dupes ne le sont, la plupart du temps, que faute d* assez d'habileté pour jouer l'autre rôle ; mais Tintention de duper aussi n'est pas communément ce qui leur manque.

N'insistons pas davantage sur la peinture d*un état social dont on ne serait que trop fondé à dire ce qu'Augustin disait de la société romaine, « qu'il n'y avait jamais eu là de société, parce que la vraie justice n'y était pas, vX qu'on ne doit point regarder comme des droits les iniques conventions des hommes^, i Appliquons à cet état social la maxime de Jésus : Jugeons V arbre à ses fruits.

Il en est un , celui de tous qui condamne le plus hautement , à mon avis, notre société ; il en est un qui crie incessamment vengeance contre un ordre de choses susceptible de donner lieu à une violation si monstrueuse du plus puissant des instincts affectueux de la nature humaine : je veux parler de TINFANTI- CIDE. Qui ne sent pas que, pour qu'une mère puisse être amenée à étouffer elle-même le fruit de ses entrailles ; à répondre aux premiers vagissements de son enfant par nne sentence inexorable de mort; à donner à ce jeune être formé de son sang, conçu, développé dans son sein, au lieo des caresses enivrantes de l'amour maternel , une étreinte homicide ; k ne porter les mains sur ce corps frêle et délicat que pour le déchirer, le briser sans pitié, que pour y arrêter violemment les ressorts de la vie ; oh ! qui ne sent que pour produire un tel renversement du sentiment le plus saint, le plus profond, le plus intime, il faut qu'il y ait là quelque fatalité infernale, quelques combinaisons vraiment sataniqnes dans la législation des hommes? N'y eût-il par siècle qu'un seul infanticide dans l'ensemble des pays civilisés, qu'on devrait encore se hflter de rechercher les causes d'où peut provenir un fait tellement contre nature, et de reviser les dispositions sociales capables d'en suggérer l'idée.

11 y avait chez les Athéniens une coutume fort sage par rap-

* S.uxT AtcisTiK. De ta Cité de Diev, Ilv. II. c 21 , liv. XÏX. c. 21.

port à ces lois contradictoires qu ils qnaliBaieoC d'antinomies ; c'était de les faire examiner chaque année par des commissaires nommés à cet effet, et lorsqu'on ne pouvait parvenir à les concilier entre elles , de les soumettre au peuple pour qu'il statuât à leur égard quelque chose de fixe et de concordant. Xe serait-il pas à propos que, par rapport à l'ensemble des dispositions et des opinions qui régissent la Société, on imitât de loin en loin cet exemple? Et alor», si les lois de l'honneur, telles qu'on les a faites , se trouvaient sur quelques points en désaccord avec les lois éternelles et immuables de la nature, ne serait-il pas expédient et urgent d'aviser aux moyens de faire cesser une antino^ mie dont il ne peut manquer de résulter des violations déplorables, soit des unes, soit des autres de ces lois, et de toutes deux à la fois bien souvent?

J'ai parlé de l'infanticide à propos de l'hypocrisie ; c'est qu'en effet l'hypocrisie, ou le besoin de paraître ce qu'on n'est pas, est ce qui donne lieu, d'ordinaire, à cet horrible, et pour ainsi dire, inconcevable forfait. Quand ce n'est pas la honte, c'est la misère qui pousse à le commettre. On voit donc qu*jci, comme partout, le seul remède efficace, c'est l' ASSOCIATION.

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