‹ Fourier, sa vie et sa théorie (volume 3)Chapitre 33 sur 36 · Uranus , Adolescence : Amour. Jd, Trinisexe · texte numérisé non relu

Uranus , Adolescence : Amour. Jd, Trinisexe

3. Saturne , Maturité : Ambition. Id. Trinisexe. 4. Jupiter, Vieillesse : Paternité. Planète-Binisexe.

Ainsi les planètes Jupiter et la Terre^ qui représentent lep 2 âges extrêmes, n'ont pas le 3« sexe, l'Androgyne, qui exista dans Saturne et Uranus, mâme en vie terrebtre. Les 2 autres ne l'ont qu'en vie céleste, selon le tableau.

L'âme doit effectuer au moins trois fois ce parcours des 4 plt* nètes lunigères, avant d'être apte à résider dans le Soleil et les Lactéennes, d'où elle passera dans d'autres soleils, puis dans d'antres univers, binivers, trinivers, etc., variant à Fbifim set JQWSS»nQ«i en «Mtériel eomme en apiritiMl, pendant rétenité.

En passant de Tune à Fautre lanigère, notre âme fait une station de vie , entre terre et ciel , dans i'étoile ambiguë

de la Terre, Vénus, d*Uranus, Sapho ) ^ .

de Jopiter, Mars. .-^de âatnrne, Protée

.* rf.

Observation sur les extraits qu'on vient de lire.

Je ne me dissimule pas qu'il pourra bien s'élever, une difficulté dans Fesprit de ceux qui auront lu les deux citations de Fourier qui font Tobjet de cette note. Dans la première de ces citations, en effet, il est dit que, lors du décès corporel de la planète, nos petites âmes se réuniront à la grande âme planétaire ; et dans la a«conde Fourier prétend quaprès un certain nombre d'existences sur la Terre en état dUarmonie, nos âmes pourront aller habiter d'autres planètes plus favorisées, puis des astres d'un ordre pins élevé.

Ces deux opinions ne sont pas contradictoires : il n'y aura probablement qu'un certain nombre d'âmes, plus raffinées que la masse, qui seront devenues aptes à l'émigration progressive dont parle Fourier. Les autres suivront la destinée de notre Globe, dont le séjour suffira pour l'œuvre de perfectionnement qu'elles auront encore à éprouver. Voilà une explication qui concilie, ce me semble, les deux assertions de Fourier : il y a , au surplus, des questions au sujet desquelles nous aurions mauvaise grâce d'exiger tant de précision, vu que ni la philosophie, ni même la religion, ne nous ont habitués jusqu'ici aux détails circonslancics à leur égard.

Qu'on rapproche de ces aperçus sur Timmortalilé tout ce qu'enseignent sur le même sujet les théologiens et les philosophes ! On pourra juger, d'après la grandeur et la clarté des notions, qui d'eux tous ou de Fourier a le mieux interprété les desseins de Dieu.

L'idée qu'on nous donne généralement de la vie future, est si peu satisfaisante pour l'esprit, qu'elle se trouve critiquée par les apologistes même des croyances religieuses où nous les puisons. Témoin le passage suivant du Génie du christianisme :

« Pour éviter, i dit M. de Chateaubriand, « la froideur qui ré" t suite de l'étemelle et toujours semblable félicité des justes, on t pourrait essayer d'établir dans le ciel une espérance, une attente

1 quelconque de plus de bonheur, ou d'une époque inconnue dans 1 la révolution des êtres ; on pourrait rappeler davantage les choses » humaines , soit en en tirant des comparaisons , soit en don- 1 nant des affections et même des pasiions aux élus : FEcriture

> nous parle des espérances et des sémUes tristesses du ciel..,,, 1 Par ces divers moyens on ferait naître des harmonies entre no<^

> tre nature bornée ti une constitution plus sublime, entre nos 1 fins rapides et les choses étemelles : nous serions moins portés 1 à regarder comme une fiction un bonheur qui, semblable ta « nôtre, serait mêlé de changement et de larmes, i Génie du christ, 2^ part., liv. IV, chap. 16.

Nous dirions en langage phalanstérien : Il faut des essors de Papillonne et de Cabaliste même en Paradis ; car voilà ce que demande Tillustre écrivain, et il est en cela bien inspiré. Un paradis qni a donné lieu à ce proverbe : Bâiller comme tin Bienheureux, semble avoir besoin , en effet, qu on y retouche un peu pour le perfectionner et le rendre bien désirable. Tel qu on nous le représente, il tire son principal mérite de la comparaison avec le Purgatoire et FEnfer, où rien, en revanche, ne se trouve épargné de ce qui peut exciter là tendeur et Teffroi.

Contrairement à l'opinion de Fourier sur Taltemat d'un sexe à l'autre, saint Augustin dit, dans la Cité de Dieu^ que les femmes ressusciteront av«c leur sexe.

Quant aux philosophes, tel» que Pythagore, qui ont admis la métempsycose, ils croyaient que nos âmes peuvent revenir dans des corps d'animaux. Platon, ce Dieu des philosophes, comme Cicéron l'appelle, mais qui était plein de préventions contre les femmes, Platon, dans le Tintée, professe les idées suivantes sur la vie future :

tt Celui, dit-il, qui passera honnêtement le temps qni lui a été donné à vivre, retournera après sa niort vers Tastre qni lui est échu et partagera sa félicité ; celui qui aura failli sen changé en femmey à la deuxième naissance ; s*il ne s'améliore pas dans cet état, il sera changé successivement, suivant le caractère de ses vices, en l'animal auquel ses mœurs l'auront fait ressembler, f (Trad. de M. Cousin. ) ^

(Note 5, page 899.)

Sur la Chute, et^ à ce propos, sur la création de [homme et des

autres espèces organiques.

La Chnle, oe fait dont le Movenir est resté dans la tradition de tons les peuples et qui a reçu du génie de Fonrier une interpré* talion si lumineose, la Chute ne saurait Atre rejetée sans que l'on soit forcé d'admettre, sur les premiers temps de l'existence hu'* manitaire, des choses rationnellement ineiplicables et dont Texpérience de chaque jour démontre l'iropossihilité. Comment ooa-» cevoir, en effet, que THumanité, si elle avait été placée, an moment de sa création, dans des conditions terrestres telles qae oelles qui existent aujourd'hui , eût pu survivre et se conserver, dépourvue qu'elle était de toute industrie, de tout moyen de dé« fense. Qu'on en juge par ce qui arrive de nos jours aux émigrants qui vont chercher à s'établir dans les régions encore incultes da Globe : quoiqu'ils emportent des notions de tous les arts les plus utiles et un certain approYisionnement des choses nécessaires k la vie et à leurs travaux d'installation, quoiqu'ils arrivent munis d'une foule de ressources, tant matérielles qu'intellectuelles, qui manquaient à la première génération humaine, ces colons succombent pour la plupart dans leur tentative. Que.seraient donc devenus les premiers humains, s'ils n'avaient pas trouvé, à leur apparition sur la terre, une nature plus clémente et plus facile* ment prodigue de ses largesses? Ils n'auraient pu , selon toute probabilité, résister aux causes de destruction qu'ils y auraient ainsi rencontrées k leurs premiers pas. Il faut par conséquent admettre, conformément aux traditions, qu'il exista dans le premier âge dn monde un état de choses pins on moins semblable à celui que Fourier décrit sous le nom d'Edénisme, (Voy. Théorie des quatre mouoements, 9fi éd., p. 76 et suiv.)

Les causes de la désorganisation de l'état primitif (Société à Séries confuses), ainsi que la raison providentielle et nécessaire de oe changement, survenu dans le scurt des hommes, et de leur passage par des périodes d'initiation pénible, Fourier les ex-« plique d'une manière pleinement satisfaisante, et sa version s'accorde avec celle qui a été transmise jusqu'à nous par le verbe inspiré des poètes. Lisez à ce sujet, au premier livre des Géor^

DE LA SECONDE PARTIE. Ml

ffiqnes, l'épisode Anté Jt^^em, etc. , dans le^el Virgile â décrit 1a transition de Fâge d^or aux ftges |>énibles de rHttmanité ; sur les circontances et snr le but de cet événetnent, il règne entre hi poète et le socialiste un remarquable accord. Il n'y a pas jai* qu'aux mythes religieux dont le sens obscur ne te trouve admi* rablement éolaîrci par la ct>neep(ion de Fourier. C'est ainsi qu'avec son interprétation de la Chute d'une part^ et avec lée données de l'analyse passionnelle d'autre part, on se rend très» bien compte du rôle attribué à la femme dans l'acte, ou plutôt dans la série d'actes qui amenèrent la fin du bonheur primitir, l'expulsion du Paradis terrestre, comme dit l'Ecriture.

Cet état de bonheur avait tenu, suivant l'opinion de Fourier, à ce que l'abondance relative des aliments, l'absence des préjugés ainsi que des diverses influencés malfaisanles qui se produi^^ sirent plus tard dans les phénomènes de la nature, avaient permis aux premiers hommes de fermer par instinct des Sociétés d'ordre sériaire, Sociétés qui ont la propriété d'harmoniser les passions et de prévenir ainsi la discorde et la guerre. Mais il arriva un moment où, par suite de l'accroissement de la population, inéx* perte encore dans l'agriculture et dans les autres industries, dont le besoin s'était peu fait sentir jusque-là, grâce à la libéralité de la nature; il arriva un moment, disons-nous, où l'abondatlee nécessaire au mécanisme des Séries cessa graduellement pour faire place k la détresse. L'esprit de prudence égoïste naquit alors. On commença à se préoccuper exclusivement de ses pr»« près besoins et de ceux de ses proches. La femme, chei laquelle domine, ainsi que Fourier l'a fait observer, l'affection de famille^ dut être la première à s'inquiéter pour ses enfants, à vouloir leur ménager des ressources particulières en dehors de l'association générale. L'ascendant que l'amour lui donnait sur l'homme permit aisément à la femme d'entraîner celuinri dans ses projets. C'est ainsi que les couples se détachèrent successivement de la masse { les Séries furent rompues, et avec elles l'Unité et la Solidarité, gages de force et de bonheun

Qui n'aperçoit maintenant le sens allégorique du récit de Moîse^ relativement à la Chute ? Le serpent (l'esprit de prudence égoîEste et de ruse) vient d'abord tenter la femme, et la femme à s6n tour séduit l'homme et lui persuade de mordre au fruit défendu, c'està-dire au travail morcelé^ qui est contraire aUx vues de Dieu.

kît * NOTES

Il est évident, d'après les termes mêmes de la Genèse, qu il dut y avoir dans le principe on mode d'exercice da travail, ne présentant point le caractère pénible du travail qui fut imposé à Adam en pitnition de sa faute. Avant celle-ci en effet, et an moment où le premier homme fut placé dans le Paradis terrestre , ce fut , suivant Fexpression de la Bible, pour qu'il le cultivât et qu'il le gardai. Tulitergo Daminus Deushominem, etposuit eum in paradiso vohiptatis, ut operarbtur et custodiret illum, Gen. , II, 15.

L'homme, avant sa faute et dès l'instant de sa création, fut donc destiné par Dieu au travail, et le travail ne pouvait avoir alors le caractère d'une peine, puisque l'homme ne s'était pas encore rendu coupable.

De même en ce qui concerne particulièrement la femme, que Dieu avait faite d'abord X associée de Ihommey sa compagne égale en droits (mulier quam dedisH mihi sociam. Gen., III, 12), ce n'est qu'après la faute de rébellion commise, qu'elle est placée sous la puissance et la domination de l'homme. « Je multiplierai, f dit Dieu à la femme, a vos chagrins et vos conceptions : vous eur 1 fauterez dans la douleur; vous serez sous la puissance^ de * l'homme et il sera votre maître, t MulUplicaho œrumnas tuas et conceptus tuos : in dolore paries filios, et sub viri potestate eris^ etipse dominabitur iui. Gen., 111,16.

Toutes les expressions de ce texte se prêtent admirablement à l'explication que Fourier a donnée de la Société édénienne. Ainsi, suivant lui, la fécondité des femmes y était moindre qu'elle ne le devint une fois que la division par couples conjugaux eut été adoptée, et nous voyons qu'un des châtiments que Dieu dénonce à la femme, pour prix de l'infraction dont elle fut l'instigatrice, c'est qu'il multipliera à l'avenir ses conceptions.

Les paroles que Dieu adresse à Adam ne sont pas moins favorables à l'interprétation de Fourier : « Parce que vous avez « écouté le conseil de votre femme et mangé de l'arbre dont je 1 vous avais défendu de manger, la terre sera maudite à l'endroit 1 de votre œuvre, et ce n'est qu'à force de travaux pénibles que « vous vous nourrirez d'elle tous les jours de votre vie. Elle vous > produira des épines et des ronces.. . i Maledicta terra in opère tuo, spinas et tribulos gemûnabit Uhi. Gen., III, 17, 18.

Enfin Dieu chasse Adam du paradis de volupté , dn séjour du bonheur, et place devant l'entrée dé ce lieu de délices des Ghé-

riibins agitant des glaives de feu pour garder la route de l'arbre de vie. V. 23, 24. Ne peut-on pas dire encore, dans le sens de Texplication de Fourier, que les Gbérubins qui gardent, avec des épées de feu , la route de l'arbre de vie, sont les préjugés moraux et religieux qui, sous la meiuice des plus terribles ciiâr* timents, et au nom du ciel même, ont longtemps écarté l'bomme de la recberche et de la réalisation des conditions naturelles de sa vie sociale ?

Il ne faut pas, d'ailleurs, voir dans Adam un seul individu, ce qui se concilie mal avec le texte même de la Genèse, où il est dU, dans un passage antérieur aux précédents et avant qu'il soit encore question d'Adam et d'Eve comme individus :

c Dieu créa l'homme à son image, et il les créa mâle et femelle. Dieu les bénit et leur dit : Croissez et multipliez-vous , remplissez la terre et vous l'assujettissez, et dominez sur les poissons de la mer , sur les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui se meuvent sur la terre. « Ch. I, v. 27 et 28.

Il faut donc, avec plusieurs savants commentateurs, reconnaître daiis Adam l'homme universel , le genre humain pris abstractivement, la collection des premiers types humains, qui durent êli*e créés en assez grand nombre pour satisfaire aux conditions de sociabilité et pour expliquer la variété, toujours subsistante, des races. Voir sur ce sujet les Transactions sociales de Virtomnius ( Just Muiron).

Suivant l'opinion de Fourier, l'espèce humaine fut créée en échelle ou série de 32 races et les pivotales (2 ou 4) ; total 34 ou 36 races. F, Ind, , t. II, p. 806, j. 9.

Ces races, dont quelques-unes ont péri, auraient été ainsi réparties : 20 en ancien continent, 14 ou 16 en nouveau continent. Il dut être créé, toujours d'après Fourier, dans chacune des races primitives 36 à 40 couples, afin qu'elles eussent , en divers travaux , des Séries de Groupes complètes. Ces premiers couples furent créés en âge de pleine puberté.

Sur le mode même suivant lequel s'est opérée la création des espèces végétales et animales, l'explication de Fourier cadre assez bien avec les termes du récit de Moïse. D'après l'auteur de la Théorie de l'Unité universelle, les astres sont des créateurs intermédiaires auxquels le créateur premier, Dieu, confie le soin de produire les espèces organiques qui doivent habiter leurs surfaces;

tMtfi ainsi que Fa dit fetcen t Dieu ne fait rien que par lee caiàem secondes, Of » on lit ditii la Qenèie, au cliapitrè pNiniër :

c Dieu dil eneare î que la terre produise d< Therbe verte qdi porte de là graine i et de» arbres fruitiers qui portent dn Attft ehacun selon sbn espèee, et qui renferment leur semence en en»mémes. Et eela le fit ainsi. — Dieu dit aussi ! Que la terre produise des aaimauk vivants cbaenn selon son espèce, i etc. V. ii et 24.

Platon, de son côté, dans iè Timée^ exprime une opinidd qaî a du rapport avee celle de Fourich • Quaiid tous ees Dieun (ditil en pariant des dieut secondaires), et ceux qui brillent dans le ciel, eurent reçii la naissance, Fauteur de o*t univers leur parla ainsi : Dieux issus d*un dieu...^ écoutes mes ordresi II reste encore 4 naître trois races. Afin qu'ils soient mortels. Appliqué!vous, selon votre nature^ à former ces animaux, t (Traduction de M. Cousin.)

«Dieu (dit encore PlatOU Au iiléme endhiit) donna Une âme à chaeun des astres, i

Hais arrêtons - nous ; car plus d'un lecteur nous accuserait peut-être de le retenir trop longtemps dans le domaine des hfpothèses.»..

(Note 6, page 331. ) Quels sont les vrais éléments du progrès social f

Il importe beaucoup d'être filé sur ce point et d'apprécier avec justesse le degré relatif d'influence des faits que Fon considère comme les causes du progrès des Sociétés. Car suivant l'idée qu'on se fera de ces causes, on dirigera ses efforts sur tel ou tel élément de la vie sociale, efforts infructueux s'ils ne s'attaquent pas à Félément essentiel.

Or nous soutenons , nous , que cet élément est Findustrie, que la réforme industrielle est Findispensable Acheminement à toute salutaire réforme d'un autre genre. Et nous croyons^ en professant une telle opinion « être plus d'accord avec les faits passés du développement humanitaire, que les gens qui s'obstinent à vouloir ré^ générer le monde par des constitutions politiques, par des morales et dés religions 4 ou restaurées ou nouvelles. On a beaueoup tenu compte des influences de cette nature Sur la marébe dei Sociétés,

et Ton a trop négligé , pour ne pas dire omis complètement « la part moin's apparente , mais pins réelle et plus positive , suivant nouS| qu'y eut de tout temps l'industrie en créant aux hommes de nouvelles ressources. L'on a fait, en jugeant de la sorte i comme celui qui ferait dépendre toute la vigueur d'un arbre de la main qui en taille et en dirige les rameaux, au lieu de rapporter principalement cette brillante végétation que l'arbre déploie, à la riche nature du sol où il s'implante et à l'engraii qu'on a soin d'entretenir à son pied.

L'ascension d'un peuple, soit à une période sociale supérieure, soit à une phase plus élevée de la période dans laquelle il se trouve, est toujours marquée par des circonstances qui augmentent la quantité des produits et en procurent une meilleure , une plus générale distribution. Il est vrai qu'à chaque période correspcMldent des croyances religieuses qui lui sont appropriées : chei les hordf s sauvages règne le fétichisme, chei les populations barbares le fatalisme, ches les nations civilisées les dogmes de la résignation et de l'enfer. Mais ce sont là des conséquences de la forme sociale , plutôt que des causes déterminantes de celle-ci

On fait tous les jours honneur à telles et telles croyances dé résultats qui non-seulement n'en découlent pas d'une manière directe, mais encore ont été obtenus quelquefois en contradiction formelle à ces mêmes croyances. Le christianisme , par exemple , tel que l'ont fait des esprits sombres qui n'avaient rien de l'univei*selle bienveillance et de la divine charité du doux Sauveur, ce christianisme issu de la défiance et de la peur, non de l'amour, — qui condamnait le monde comme domaine de Satan , qui ne voyait dans cette terre qu'une vallée de larmes, peat-il être à bon droit regardé comme le promoteur du développement des arts et de l'industrie auquel les peuples modernes doivent les moyens de jouissance et de luxe qu'ils possèdent ? La religion leur prêchait le renoncement aux biens temporels; cependant, poussés par leurs irrésistibles tendances vers les trois foyers d'Attraction *, les hommes ont poursuivi la conquête de ces biens avec une ardeur croissante. Qu'on voie là un sujet d'éloge ou de blâme, le principe et les fruits d'une telle conduite peuvent-ils , sans une inconséquence inouïe , être rapportés à une doctrine d*abnégation , en

* Luxe, Groupes, Sériet de Groupes, page 288.

verta de It mauvaise logiqoe do Post hoc , ergo propter hoc ' ? Sapposez uq chasseur qui, ayant visé une perdrix au vol, tuerait, au lieu du volatile, un lièvre gîté à ses pieds : aurait-il après cela bonne grâce à se faire un mérite du succès de son tir ? Ce chasseur ne serait pas aussi ridicule, à mon avis, que les gens qui prétendent que le christianisme, en préchant les privations et la pauvreté, a stimulé les hommes à la recherche des moyens de bien-être et de plaisir, à l'emploi des ressources industrielles, et qu'il a contribué ainsi au développement deja richesse. Il a eu toutefois, sous ce rapport, une influence favorable, mais simplement négative : c'est comme agent de concorde sociale, en prévenant quelques conflits entre les convoitises rivales qu'il a désarmées ou amorties.

Je reviens au principe général de ma thèse , et je dis que le Progrès, qui, à en croire certains auteurs, n'aurait jamais marché qu'un code de morale et de religion, ou bien encore un glaive de conquérant à la main, je prétends que le progrès s'est beaucoup mieux et plus souvent frayé la route avec les outils obscurs de l'industrie. La charrue, la scie, le rabot, la brouette, les ciseaux, Taiguille à coudre elle-même, voilà des agents de Progrès, aux services desquels on n'a pas , il s'en faut , assez rendu justice. L'action incessante de ces instruments vulgaires, en procurant aux hommes réunis en société des moyens abondants et faciles de satisfaire leurs besoins d'alimentation , de logement , de vêtement , a décidé plus qu'on ne pense généralement de l'essor qu'ont pris les Sociétés humaines, et des formes mêmes que celles-ci revêtirent jusque dans leurs sommités religieuses et politiques. Aujourd'hui , les grandes inventions de la mécanique et de la chimie , la navigation à la vapeur, les chemins de fer, le télégraphe électrique , etc. nous emportent évidemment vers de nouvelles formes de sociétés.

Les animaux, ces utiles compagnons et serviteurs de l'homme, voilà encore de précieux, d'indispensables auxiliaires pour lui dans l'œuvre du Progrès social. Le retard qu'éprouve sous ce rapport l'Humanité de notre Globe, Fourier n'hésite pas à l'attribuer en grande partie, à l'absence de quelques termes de la série animale, certains types d'animaux du genre le plus utile ayant avorté,

' Après cela, donc à caast de cela.

Boivant lui, lors de la création qui a fourni à la Terre son mobilier actuel ^ Quelque opinion qu'on se fasse de ces hardies conjectures de Fourier, sa remarque au sujet de Tinfluence des animaux sur la sociabilité humaine, n'en subsiste pas moins, remarque fondée en fait comme en raisonnement, et qui trouve sa confirmation dans l'état comparatif des peuples de l'ancien et du nouveau continent.

c Une observation importante à faire,» dit M. de Chateaubriand, » sur la lenteur avec laquelle les Américains se civilisent , c'est > que la nature leur a refusé les troupeaux, ces premiers légis- » lateurs des honmies. Il est très-remarquable qu'on a trouvé ces » Sauvages policés là précisément où il y avait une espèce d'ani- » mal domestique. » (Essai sur les révolutions,)

Le même écrivain dit avec beaucoup de raison, dans un antre endroit du même ouvrage :

c Si la philosophie a jamais rien présenté de grand , c'est sans » doute lorsqu'elle nous montre les Anglais semant de graines » nutritives les îles inhabitées des mers du Sud. >

Dans le même ordre d'idées, je citerai ici quelques lignes de M. Désiré Laverdant, extraites du journal la Phalange, n<* du 20 janvier 1843.

c M. Dupetit-Thouars a introduit aux Marquises des juments et des ânesses pleines, et des étalons. Il faut, en effet, que le Civilisé donne aux pays sauvages tous les animaux qu'il a domestiqués conformément aux vues de Dieu. On songera sans doute à porter des graines et des plants, pour créer des potagers et des vergers dans le creux des fraîches ravines. Les Marquises ont en abondance des porcs, des chiens et des chats. Le chat y a été laissé par Gook ; c'est une trace précieuse du passage de l'illustre navigateur. Certaines gens trouveront bien trivial qu'on attache de l'importance à une introduction de chats ; ils. aimeraient mieux une cargaison de livres philosophants et prédicants. En vérité , pour notre part, nous serions plus ûers d'avoir introduit les chats à Noukahiva, que les méthodistes aux Sandwich. 11 y a cette différence entre ces deux espèces importées , que les chats détruisent les rats, animaux malfaisants, tandis que les méthodistes

' Les naturalistes reconnaissent pareillement des lacunes dans l'échelle animale , ce qui est un des obstacles qu'ils éprouvent à établir des classifications régulièrement graduées. ( Voyei i ce sujet les travaux de M. Is. Geoffroy-Saint- Hilaire.)

défrulBent les homtnes. Dêt dodlm^ts qu'on noM donne poilir certains , établissent que depuis ces derniers temps , une moHft» lité eflrayante décime la population des Sandwich, et c'eat 1« froit de Faction des Européens, et particulièrement des métho* distes. Le régime puritain, rigoureusement imposé, a attristé ces pauvres sauvages ; le bouleversement apporté brusquement déni lenrt habitudes, a porté atteinte à la santé générale. An moment où les matelots chrétiens versaient dans lenr sang le vimi vénérien , les missionnaires chrétiens lenr défendaient ekpre«sément le bain, et affbblaient lenr nadité d'habits lourds et génantSi pour motif dé pudidté. Ainsi emprisonnés dans des haillons, et éloignés de Teau où ils se plongeaient chaque jour en souriant, la malpropreté a développé , entretenn et exaspéré chei aux des maladies de peau terribles. Ces pauvMi gens^ autrefois Joyeux, qui apparaissaient tout ruisselants et lustrés, dans lenr nudité naïve et saine, à FEuropéen charmé , et le saluaient de si doax sourires, aujourd'hui passent tremblants et honteux , dégttenillét et puants, flétris, corrompus et pourris, sous le regard do missionnaire qui, pouir Un tel succès, élève stupidement vers Dieu set actions de grâces. Allez ! Dieu détourne sa face de votre œuvre maudite, et il prend en pitié vos misérables folies ! t

Afin de résumer, en finissant, la discussion établie dans cette note, je reproduis ici les termes d'une définition que je donnais, il y à dix ans, dans le premier journal de l'École sociétaire :

t Convergente de plus en plus grande des forces humaines vers la ptttduction , en même temps qu'essof de plus en plus libre des facultés Individuelles , Voilà ce qui pourrait , il me semble , être considéré comme la formule la plus générale du progrès , de ce progrès véritable dont aucun siècle ne répudie l'héritage. Il n'a jamais été rien enti^pris, ni proposé, qui répondit aussi bien à ces deux termes à la fols, que les combinaisons d'ordre purement industriel que nous travaillons à faire comprendre et à faire essayer» f Réforme induHrieltet n» du 17 mai 1833.

(Noter, page 345.) Le gouvernement et le commerce,

tl y a tant de pages instroôlives et curieuses dans là cohres-> pondance de Fourier, qu'il nous vient incessamment des rtgftti

lui tiyet de iNMiiioQup d'entre ellet que nens avonv forcément omit de citer» pour ne pas greulr entre meanre ee volume. Pami ees païaages d*un haut intérêt, il s'en trouve un dans une lettre en date du 6 décembre 181 S, qm qflre dea eonaidérations trop importantes sur la méprise du génie politique à l'égard du commerce, pour que nous puissions nous résigner à en priver nos lecteurs.

Nous sommes forcé de prendre la citation un peu haut , mais le préan^bule lui*même ne manquera pas, croyons-nous, d'intérêt

Fourier, qui insistait alors auprès de son disciple, Just Muiron, pour que celui-ci, dans ses tentatives de propagande, voulût bien s'en tenir aux arguments négatifs, à la critique de la Civilisation, la Théorie atfractionnelle n'étant pas encore publiée, — vient de lui traoer ï cet effet un programme, dans lequel il énumère et commente lea 7 fléaux limbiquee (voye»*eB le taUeaa, p. 250 de cet ouvrage). Fuit il continue ainai :

c Le résultat collectif est la nvPUCiTé n'âCTiON. On la trouve en tout sens, dans le matériel et le spirituel.

c Duplicité dans les fonctions : deux Sociétés exercent Vinduatrie ; une autre, la Sauvage, refuse Tindostrie et occupe l'ample moitié du Globe. Duplicité parmi les peuples industrieux (Civilisés et Barbares) qui forodent deux sociétés incompatibles. Et |Mrmi lea Civilisés , duplicité de peuple à peuple , de prevmee k previaee , de famille 4 famille. Duplicité dans l'administratioQ, toujonrs elaa* séeen deux partis : hier le nobiliaire «t le sacerdotal, av^îeurd'hui le propriétaire et le mercantile. Duplicité dans l'ordre domestique par le mariage qui ente le lien de famille sur une alliance d'ambition , et qui n'offre que perfidie dans les relations conjugales* Eofin, duplicité radicale dans le mécanisme social qui , avec ses illusions de contre-poids, garanties, équilibrées, n'est qu'une violence fardée, à tel point que si on supprime les tribunaux , sbires et gibeta, le peuple soulevé renversera le lendemain l'édifice*

c Nos sciences n'ont produit que la gamme régulière du mal , et si on donnait le monde à gouverner à Béelxébuth, on pourrait le défier d'organiser plus savamment le règne du mal parsemé de quelques lueurs de bien.

f Raisonnons sur le remède , et toujours en sens abstrait, sans recourir à aucun des dogmes de T Attraction, et comme si sa théorie n'était pas découverte*

f Si le Canevas do mal est la daplicité universelle, le canewas do bien doit être l'unité universelle. La connaissance de ses lois doit naître de Tensemble des études qui composent le système de la nature. Classons-les en gamme régulière.

i. Mouvement matériel.

% — aromal.

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