‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 92 sur 139 · TE 6 TE · texte numérisé non relu

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La M. sulcinodis est une forme assez exclusivement alpine, vivant sous les pierres. Son babitus et ses mœurs sont assez intermédiaires entre l'habitus et les mœurs des M. ruginodis - d'un côté et scabrinodis de l'autre,

La race rugulosa est une forme plutôt rare et mal définie, vivant dans les prairies, et ï F2 ressemblant énormément aux petites scabrinodis ; les pattes sont un peu plus longues.

Les espèces scabrinodis et lobicornis sont bien distinctes des laevinodis et des rugi- F4 nodis. Elles sont plus coriaces, mais beaucoup moins belliqueuses ; leur aiguillon est plus 90 faible, leurs sociétés sont moins nombreuses ; elles aiment les lieux arides, maïs aussi ceux qui ne sont ni secs ni humides, Leurs jambes sont plus courtes que celles des précédentes ; les fourmilières différentes de même race se livrent des combats fréquents, maïs peu meurtriers,

Les nids de la M. scabrinodis sont presque toujours sans dômes et situés dans les ci lieux secs et arides (aussi dans les prés et, sous les pierres des bois), jamais dans les troncs 5 d'arbres. Elle n'est pas très belliqueuse, mais par contre extrêmement voleuse, Elle va Fri dérober la proie des autres fourmis jusque dans leur nid. J'en ai vu entrer individuellement | dans des nids de L. flavus, en retirer une 8 de cette espèce, la tuer et l'emporter comme RES 4 proie, Lors des combats entre grosses fourmis, les M. scabrinodis se disputent leurs cadavres avec les T. caespitum et les T, erraticum. J'ai vu une © scabrinodis arracher un cadavre d'insecte à une À rufibarbis sur le dôme même de son nid, et malgré tous les efforts de cette dernière pour le retenir. Elle faisait la morte, puis entrainaït vite le cadavre lorsque la … rufibarbis lâchait prise, se laissant mordre, mais ne perdant pas un instant pour gagner du terrain, J'en vis une autre attraper un cocon que des rufibarbis emportaient, fuyant devant Fe des F. sanguinea. En vain plus de douze ® rufibarbis cherchèrent à le lui arracher, à lui faire lâcher prise, à lui couper la tête ; elle resta immobile, les mandibules cramponnées à la coque. Fe Sa patience surpassa celle des rufibarbis et elle finit par emporter ce cocon si hardiment ASS : …. dérobé, Je vis des scabrinodis venir en foule sur un morceau de sucre que j'avais mis sur le

dôme d'un nid de F. sanguinea. Des 8, serrées dix fois de suite sur le dos par les mandibules .

d'une grosse ® sanguinea qui se crispait de toutes ses forces, recommençaient invariablement

. à manger leur sucre dès qu'elles étaient relâchées. La M. de est en rixe continuelle

… avec le T. caespitum ; elle a ordinairement le dessus, mais pas toujours. Les fourmilières de

la M. scabrinodis sont ordinairement beaucoup plus petites que celles de la M. laevinodis.

- La race Schenki de la M. scabrinodis ressemble à une grosse lobicornis ; mais elle habite la plaine.

La lobicornis est une forme alpine, vivant sous les pierres. Ses mœurs sont du reste . identiques à celles de la précédente.

Les mœurs des formes transitoires sont intermédiaires entre celles des races typiques. La M. myrmicoxena, découverte à Anzeindaz par M. E. Bugnion, est sans aucun doute un hôte parasite de la M. lobicornis. Ses mœurs sont encore inconnues,

Espèces et genre Messor et Aphænogaster

Elles se distinguent des Myrmica par leurs longues pattes, leur corps mou, les Messor à grosse tête dure parmi les petites ©, leur faiblesse et leur petit aiguillon.

Genre Messor

1. espèce. M. (Messor) structor. On ne peut nier une certaine analogie entre elles

et les Camponotus, dans les rapports entre grosses 8 «et petites ©, puis dans leur manière de combattre. Les grosses 8 vont aussi en avant, donnant à tort et à travers des coups de dents violents, en imprimant à tout leur corps un mouvement analogue à celui des Camponotus. Elles se défendent aussi en plaçant leurs têtes devant chaque ouverture du nid, comme le font du reste la plupart des fourmis. ’

Les Messor sont très polymorphes et vivent de graines qu'ils vont ramasser ou même cueillir sur diverses plantes. Ils les entassent dans des greniers souterrains et savent empécher leur germination jusqu'au moment où ils veulent les consommer, Alors les grosses &

les triturent à l'aide dé leurs puissantes mandibules. Ces grosses # ont une tête énorme, ce

qui est dû aux puissants muscles des mandibules, Les nids sont minés et s'ouvrent en cratère, Le son des graines mangées est rejeté au dehors où il forme des amas. 1. Le M. structor aime les endroits secs et chauds, les lieux fréquentés, les routes,

les villes. Il attrape tous les débris provenant des maisons (miettes de pain, etc.), pour les …

potter dans son nid avec ses graines, Il met les graines en tas dans ses cases, mais il y mêle de petites pierres rondes et de petites coquilles de mollusques qui ne peuvent le

nourrir comme le sucre des graines près de germer ; c'est du moins ce que j'ai observé: 2. Je mis, en septembre 1867, un tas de T. caespitum devant une fourmilière de

M. structor. C'est à peine si ces derniers purent défendre leur nid. Ils avaient beau menacer de leurs pinces ; c'est à peine s'ils arrivaient quelquefois à couper en deux un T. caespitum.

Plusieurs d'entre eux se laissèrent entraîner hors de leur nid, malgré leur taille, et furent

tués par leurs petits ennemis. Les T'eframorium se retirèrent ensuite tranquillement, volontairement, sans être poursuivis.

3. Je vis une fois, dans les ruines d'un château, un combat entre deux fourmilières

de M. structor. Ce combat était peu vif.

4, Des M. structor mis par moi dans un appareil ne purent malhereue 0 Y être gardés que peu de temps. Je les vis tourner et retourner leurs graines entre leurs mandibules en les léchant, mais sans jamais les briser ni les ronger.

Genre Aphænogaster

2. espèce, À. Subterranea. C'est une des fourmis les moins intéressantes. que je connaisse, Elle ressemble extérieurement beaucoup à la Myrmica laevinodis, maïs la tête de ses grands individus, peu dimorphes du reste, est plus grosse, sans être démesurée

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nassière.

comme chez le M. structor. Elle est faible et lâche : sa vie est très souterraine, J'en ai gardé une fourmilière du 28 avril au 18 juillet 1871 dans une arène de gypse, sans rien y voir d'intéressant, Les ? se suivirent à la file sans se porter, pour s'établir dans leur nid. Elles ne voulurent rien manger d'animal, seulement du miel. Lorsque je les lâchai sur le gazon, elles se firent toutes tuer par les T. caespitum des environs.

Cette espèce aime avant tout l'ombre, tout en ayant besoin de chaleur. On la trouve surtout dans les décombres, entre les rochers, sous les pierres entourées de débris végétaux.

2" espèce Aphaenogaster gibbosa Trouvée à Genève sur les bords de l'Arve, par M. Tournier. Chasseresse et car-

Pheidole pallidula

Tout en ayant l'habitus du genre précédent, et en étant tout aussi délicate, si ce n'est plus, cette fourmi est douée d'un grand courage, Ses fourmilières très considérables se distinguent par la présence d'un soldat et d'une &, distincts l'un de l'autre dans leur

forme comme dans leurs fonctions. L'aiguillon est très faible chez tous les deux.

Heer {Hausameise Madeira’s) a montré une partie des fonctions du soldat des P. megacephala. Tandis que les $ venaient en masse se jeter sur la viande et sur les insectes

- placés sur une table, les soldats faisaient l'office de bouchers : ils coupaient la proie en

petits morceaux, tandis que les © seules portaient ensuite ces parcelles dans le nid, Ce rôle est très important ; il explique pourquoi l'on voit les soldats sortir du nid avec les £. La P. pallidula vit au grand jour ; on la voit courir le long des maisons, dans les lieux arides, par le soleil le plus ardent ; elle préfère cependant marcher à l'ombre ou le soir. Elle ne cultive pas de pucerons, paraît-il, et n'amasse pas de graines, mais elle va à la chasse des insectes et de tous les débris possibles. Les $ et les 9% vont toujours ensemble, mêlés, jamais en troupes séparées, et savent fort bien se suivre à la file, Ces insectes ont beaucoup d'ensemble dans leurs mouvements ; le moindre signal se communique avec grande rapidité des uns aux autres, et toute une armée est bientôt transportée en un lieu voulu. L'allure rapide et la grande union de ces petites $, qui se dévouent, par centaines au bien commun et les unes pour les autres, leur donnent le même avantage qu'aux F. exsecta. Lorsqu'on démolit un de leurs nids, on est bientôt couvert des pieds à la tête de Ÿ qui vous mordent avec fureur et restent presque toutes mortes à vos habits, le plus petit frottement suffisant pour les tuer. On voit donc que le courage n'est point l'apanage exclusif du ?! qui est même beaucoup plus prudent que la £, et ne se dévoue qu'à bon escient, comme s'il avait conscience que sa taille plus grande fait de lui un être plus précieux pour la communauté,

Le rôle du scldat n'est pas seulement de couper les proies des ouvrières : cet être curieux et difforme est de toute nécessité pour protéger le nid contre d'autres fourmis qu'il coupe en deux avec ses mandibules tranchantes, Il sert surtout à défendre les portes du

nid avec sa tête en s'y prenant exactement comme les grosses & des Camponotus et des

M. structor, mais avec plus de courage que ces dernières, Le soldat ne prend aucune part

aux travaux domestiques. J'élevai une fourmilière de Pheidole pendant quelque temps dans

un appareil. Elles aimaient beaucoup le sucre et le miel, malgré leurs instincts carnassiers.

Elles ne mangeaient du reste point à proprement parler la viande ni les insectes, mais elles en léchaient seulement les parties liquides ou solubles, Les © travaillaient seules à soigner les larves et les nymphes. Les soldats se promenaient dans une inaction complète, comme des Ÿ de Polyergus. Il ne m'est pas possible d'admettre comme Heer que ces fourmis mangent les cadavres de leurs compagnes, ou qu'elles tuent même celles-ci à l'occasion ; j'ai remarqué, au contraire, qu'elles rejetaient tous les morts en un tas, dans la mangeoïire, comme le font les autres fourmis. Heer enferma des © et des soldats dans un verre où une petite ouverture seule étaït laissée, capable de prêter passage à des £ seulement. Les & de la

maison y firent irruption et tuèrent les soldats et les © en leur coupant les membres, Ce

résultat ne me surprend point. Les © et les soldats provenaient, je ne puis en douter, d'une

autre fourmilière (on ne peut guère se procurer de © dans les nids des maisons qu'on ne peut démolir), et cela ne prouve point un combat entre fourmis de la même fourmilière, fait qui, s'il avait lieu, renverserait toute l'économie des fourmis et rendrait leurs sociétés impossibles, Dé

. Le récit du combat suivant fera comprendre la manière dont les Pheidole se défendent :

En septembre 1867 je mis un gros tas de T. caespitum d'une variété de grande taille à un décimètre d'un des nids d'une colonie de Pheidole pallidula. En un clin d'œil l'alarme fut répandue, et des centaines de © Pheidole se jetèrent au devant de l'ennemi. Mais les Tetramorium, infiniment plus forts et plus robustes, n'en eurent pas moins le dessus, et: s'avancèrent résolument vers le nid en tuant une foule de Pheidole $ qui restaient accro-

chées à leurs pattes après avoir succombé à un seul coup de dent ou d'aiguillon. Les soldats arrivèrent alors peu à peu en assez grand nombre. Ils s'avancèrent en ouvrant leurs pinces ; chacun d'eux, menaçant ainsi à droïîte et à gauche, arrivait à intimider plusieurs & Tetramorium et à les faire reculer. Ces soldats tâchaient surtout d'éviter de se laisser prendre

les pattes ; ils cherchaient à saisir un adversaire sur le dos. S'ils y parvenaient, ils serraient aussitôt le cou du T'eframorium de toutes leurs forces, et ne tardaïent pas à le couper. Mais si un soldat était forcé de lutter corps à corps avec un! T'éframorium, la partie était indécise, et ce dernier l'emportait souvent, surtout si le soldat était pris par une mandibule, Si un Tetramorium voulait entrer dans le nid, un soldat posté à la porte lui donnait de violents coups de dents qui lui faisaient perdre l'équilibre, et permettaient aux © de l'entraîner dans le souterrain, Les 8 se retirèrent peu à peu toujours plus du combat, tandis que le nombre des scldats augmentait, et finalement les Teframorium, écrasés par le nombre et décapités en quantité, furent mis en déroute.

Lorsque l'agresseur est d'une taille plus forte, les soldats ne peuvent plus le couper en deux, et leur rôle dans le combat devient presque pareil à celui des ® ; il s'attachent aux pattes de l'ennemi. J'ai vu cependant quelques C, aefhiops $, mis au milieu d'une fourmilière de P. pallidula, avoir finalement le pédicule coupé par des soldats,

Quelques observations de Heer sur la manière dont une $ cherche à retrouver un

morceau de viande qu'on lui a enlevé, et qu'on place à une certaine distance d'elle, tendent à montrer qu'elle ne le voit (ou ne le sent ?) pas à plus de trois centimètres environ

date, mi CRU Mini bé

. d'éloignement. J'ai fait beaucoup d'observations analogues sur diverses fourmis, et je crois que c'est ici l'odorat qui les guide plus que la vue. En effet, le P. rufescens qui a les yeux et les ocelles beaucoup plus développés n'aperçoit pas à cette distance un cocon qu'il a perdu, tandis qu'un T. erraticum, un L. emarginatus savent se diriger sur un objet situé plus loin encore, grâce à leur cdorat. L'arrêt, avec la tête en l'air, que Heer voyait faire aux Pheidole qui cherchaient quelque chose à évidemment la même signification que ceux dont

É j'ai parlé à propos des deux espèces précitées (XI et XXIII). Je renvoie le lecteur aux excellentes observations de Heer sur les dégâts que causent

les Pheidole dans les maisons, et sur beaucoup de traits de leurs habitudes.

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