‹ Fous et bouffonsChapitre 31 sur 100 · A. Thierry, Histoire d'Alti/a, I, p. llo · texte numérisé non relu

A. Thierry, Histoire d'Alti/a, I, p. llo

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l)ancal, camus ou plutôt sans nez (naribus adco dcpi'cssis ut nasum inter cas vix apparctur)^ bègue et idiot, circulait depuis près de vingt ans <ruu bout à Tautrc du monde et d'un maître à l'autre comme l'objet le plus étrani^e ([u'on pût se procurer pour se divertir. Les Africains l'avaient donné au général romain Aspar, qui l'avait perdu en Thrace dans une campagne malheureuse contre les Huns ; conduit près d'Attila, qui refusa de le voir, Zercon avait trouvé un meilleur accueil chez Bléda. Bientôt le môme prince Ilun s'engoua tellement de son nain qu'il no pouvait plus s'en passer ; il l'avait à sa table, il l'avait à la guerre oiiil lui fit fabriquer une armure, et son bonheur était de le voir se pavaner, une grande épée au poing, et prendre grotesquement des attitudes de héros. Un jour pourtant Zercon s'enfuit sur le territoire Romain, et Bléda n'eut pas de repos qu'on ne l'eut repris ou racheté. La chasse fut heureuse et on le lui ramena chargé de fers. A l'aspect de son maître irrité, le Maure se met à fondre en larmes et confessa qu'il avait commis une faute en le quittant ; mais cette faute, disaitil, avait une bonne excuse: « Et laquelle donc? s'écria Bléda? — C'est, répondit le nain, que lu ne m'as pas donné de femme. »

L'idée de cet avorton réclamant une femme provoqua chez Bléda un rire inextinguible ; non

seulement il lui pardonna, mais il lui fît épouser une des suivantes de la reine, disgraciée pour quelque grave méfait. Après la mort de Bléda, Attila envoya Zercon au patrice Aétius qui s'en défît en faveur de son premier maître Aspar : Édécon l'ayant rencontré à Constanlinople lui avait persuadé de venir en Hunnie redemander sa femme. Profîtant donc de l'occasion de la fête, Zercon entra dans la salle et vint adresser sa requête à Attila, mêlant dans son verbiage la langue latine à celle des Huns et des Goths d'une façon si burlesque que nul ne put s'empêcher de rire, et les joyeux éclats se faisaient encore entendre lorsque les Romains, pensant qu'ils avaient assez bu, s'esquivèrent au milieu de la nuit, tandis que la compagnie fît bonne contenance jusqu'au jour.... »

Les Francs subirent la loi commune et nous n'avons qu'à parcourir nos légendes, ouvrir nos vieux romanciers pour trouver une preuve de l'existence des nains dans les temps reculés de la monarchie française. Mais, dans le principe, leur rôle n'était pas simplement celui de bouffon : ils avaient en quelque sorte une mission plus relevée et pour laquelle ils étaient rétribués. Ils sonnaient du cor sur le donjon du château, où ils se tenaient, afin de signaler l'arrivée des dames et des chevaliers d'importance. Ils remplissaient aussi

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leur rôle dans les joules et les tournois, et lorsque leurs bonnes manières le permettaient, ils étaient chargés de messages secrets.

Au moyen âge, en Italie il n'était pas do grand seigneur qui n'eut des nains atlachés à sa maison ; c'est ainsi qu'au banquet donné par le cardinal Yitule, en 1566, les invités, au nombre de 34, furent servis chacun par un de ces grotesques personnages : « Mais, dit Biaise de Vigenère ', qui rapporte ce fait, tous ces nains sans en excepter un seul, étaient contrefaits et difformes. » Kn d'autres termes les 34 nains du cardinal Yilule étaient un assortiment de rachitiques dissimulant sans doute leurs membres cagneux sous de riches accoutrements.

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