Garnier, ouvr. cité, p
avait une prédilection marquée pour les nains : en 1543, alors qu'elle n'était que Dauphine, elle donnait à la reine de Hongrie qui avait accompagné sa maîtresse en France « une robe de toile d'or doublée de taffetas blanc et bordée d'une tresse d'argent. »
En I006. il y avait à la cour trois nains au moins : Mervillc^ qui semble avoir appartenu plus spécialement à Henri H et auquel on donna un trousseau complet et les deux nains de Catherine Bezon et Augustin Romanesque ; ces deux derniers nous paraissent avoir été des personnages assez importants puisque l'un deux, Bezon, avait pour gouverneur un moine, de très petite taille lui-môme, que les comptes de l'argenterie nomment le petit nonneton^ et que le second, le petit Bojnanesque « eut, cette année même, un superbe habillement des couleurs grises et jaunes, d'un quart de velours gris et un liant bonnet à la turque dont le rebras (la partie retroussée), était deparme de soie jaune. » Merville qui vivait encore en I008, était passé au service de la reine et avait également un gouverneur, Richard Hubert, dit Noblesse. Il est fait mention de ce nain dans les comptes du mois de septembre 1oo8. « A Marville (sic) nain de la Royne pour faire sa despence au devant du Roy où la dicte dame l'envoya, oO sols tournois. En 1559, Romanesque
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;ivail pour lui tenir compagnie un jeune garçon noniiné Jlannibal et tous les doux étaient sous la direclion de jManguichore qui leur servait de gouverneur. Ce Romanesque était assez riche pour pouvoir prrler de l'argent, (74 livres tournois) à u celui qui avoit la charge du grand léopard du roi, à saint Germain. » lise les fit rembourser, du reste, en loôO et sut en même temps se faire donner par le Roi « 69 livres tournois pour avoir ung cheval pour suivre ordinairement le dict seigneur. » H mourut ou quitta la cour, dans le courant de cette même année^ 1560, puisque, au commencement de l.^J6l, on ne trouve plus qu'un nain dans les comptes de la maison du Roi, le petit La Roche ; lui aussi avait un cheval qui figure dans la nomenclature des chevaux de l'écurie de la reine mère en 1561. Il accompagna sa maîtresse dans le voyage qu'elle fit à Orléans après l'assassinat du duc de Guise en 1563 : La reine avait à sa suite dix pages, plus La Roche, « qui comptait comme onzième » et parmi les objets que ces onze serviteurs emportèrent en voyage, on voit figurer « onze paires d'heures » ce qui prouve que le nain, aussi bien que les pages, savaient lire.
Henri III, François II, Charles IX, paraissent avoir partagé le goût de leur mère pour les nains : « Dans un tournoi que Charles IX donna en 1S63, continue Garnier, il fit paraître son nain en com-
pagnie de Montarjne, nain de la reine d'Espagne, etllenri III, en lo77, entretenait Jean de Crésoqui dit Domine et don Diego de Portugal. Leur prédilection pources petits êtres étant tellement connue que les souverains étrangers leur en envoyaient en présents. En 1572, le roi de Pologne, Sigismond Auguste, donna à Charles IX quatre nains qui lui furent amenés et présentés par Grégoire le Bianc, « valet de chambre de la sœur du roi de Pologne ». Auquel on fît remettre comme récompense cent-vingt livres tournois. Un mois après, Claude la Loue vint en France accompagné de trois autres nains également polonais, qu'il offrit au roi de la part de l'Empereur d'Allemagne, Maximilien II. Ainsi dans cette seule année 1572, sept nains \inrent augmenter ce personnellilliputien de la Cour de France, et, ce qui est assez singulier, c'est que ces nains étaient tous d'origine polonaise. En 1556, du reste, Catherine de Médicis avait déjà reçu en présent du roi de Pologne, deux nains que les documents désignent sous les noms de grand PoUacre et du jJetit nain Pollacre om petit nain Pollacon. Il semble que la Pologne ait eu, à cette époque, le triste privilège de produire une assez grande quantité de nains et si nous en croyons Camerarius, ces nains étaient assez vigoureux et ne devaient pas manquer d'amour-propre. « Nous avons veu, dit-il, des nains
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anionez de Pologne en l''i'aiice, fort petits, mais couragenx et robustes à merveilles. J'ay entendu de gens dignes de foy, qu'rs dernières guerres de France se trouva im nain polonais, capitaine de gens de pied, homme merveilleusement adroit à tirer arquebuzades : lequel outre plus se vantait, si l'on voulait fournir aux frais nécessaires, d'avoir le moyen de faire levée et dresser une compagnie complette de nains polonais tous braves harqiiebuziers et de les amener en France.' » Il ne faudrait pas croire cependant, d'après les lignes précédenles, que tous les nains qui paraissaient à la cour de France fussent de nationalité étrangère. Il y en avait aussi de français : « Catherine de Médicis, dit Louis Guyon, de mon temps, avoit trois masles et trois femelles de ces nains que l'on avait mariez ensemble, mais il n'en sortit aucune lignée : je le ay veu sonnent danser en rond voltes et gaillardes : et les gens de ladite dame voyant beaucoup de personnes admirer la petitesse de ces créatures (car le plus grand d'iceux n'excédait la hauteur de deux pieds et demy) donnoyent à entendre qu'elle les avait recouvers à grands frais du pays des Pygmées, par le moyen d'aucuns Allemans ; mais j'ay bien sceu le contraire parce qu'il y avait un qui estoit de Sancerre, l'autre Breton, l'autre Normand, et