‹ Fous et bouffonsChapitre 68 sur 100 · D'après Clouet, coUect. Hervard · texte numérisé non relu

D'après Clouet, coUect. Hervard

BOUFFONS. SiniLOT 2()î>

plus humble que cet ôlre, rien de plusenc^lin à rivrot;neno et à la débauche, de plus porté à s(! souiller de blasphèmes, ce roi nionU-ait une joie bruyante, quand il h; voyait, le bâton à la main, Tccume à la bouche, à l'instar d'un chien enragé, tout couvert de sanie, hurlant comme un loup, assaillir soit dans le palais, soit sur la place publique, et mettre en fuite ceux qui se présentaient à sa rencontre , »

« Henri III, dit encore Gazeau, n'était pas homme à se contenter d'un seul bouffon: c'eût vraiment été trop peu pour un souverain qui avait, il est vrai des qualités réelles, mais qui, sans parler d'habitudes licencieuses ' fort à la mode de son temps, se distinguait dans la conduite ordinaire de la vie par une puérilité au moins singulière. Il passait des journées entières à fixer ses cheveux, à préparer des colliers pour la Reine, à découper et à coller aux murailles de ses chapelles des images dont on ornait les livres de prière, à jouer avec des petits chiens, des singes et des perroquets, à faire tourner une toupie, ou encore à se vêtir d'un costume de moine pour suivre à pied, le rosaire à la main, en psalmodiant des litanies, une longue procession de pénitents blancs ou noirs, un tel prince devait naturelle-

1. p. Moreau de Tours Aberrations du sens géndsiqiie, 3eédit. Asselin. Paris, 1883.

P. Moreau. 14

ment aimer les fous. Il avait eu Sibilot, il eut ensuite Chicot et avec Chicot Tillustre Mathuriiie, la première folle attachée à la doraeslicité d'un roi. Jusqu'ici, les reines seules et les princesses avaient eu des folles.

MATHLRINE

— On a peu ou point de détails sur celle femme, quanta son aspect, son caractère, sa famille. Cependant d'après quelques documents, il ressortirait quelle était femme d'esprit habile à la riposte.

Lorsqu'aprèsla journée des Barricades (I2mai 1588) Henri III avait dû quitter le Louvre, Ma- Ihurine resta au palais, et le bibliophile Jacob ^ raconte que lorsqu'Henri IV entra au palais, la première personne qui vint à sa rencontre fut Mathurine. A la suite d'un service éminenlque cette femme rendit au roi, dans une tentative d'assassinat, Henri la prit en grande affection et lui accorda souvent des faveurs qu'il avait refusés aux plus grands seigneurs.

« Le mardi, 27 de ce mois ^, (décembre 1594) comme le roi revenant de son voyage de Picardie fust entré tout botté dans la chambre de ma-

1 . Dissertations sur les fous des rois de France, i. P. del'Esloile. — Journal d'Henri IV.

HOUFFONS. MATIIURINE 21 i

(lame de Liancour, ((lal)i-it']lo d'Estrées) ayant autour de luy le comte de Soissons, le comte de Saint-Pol et autre seigneurs se présentèrent à sa majesté pour lui baiser les mains, MM. de Ilagiii et de Montigni. Ainsy qu'il les reccvoit, un j<;uno garçon nommé Jean Chastel, âgé de dix-neuf ans ou environ, fils d'un drapier de Paris, demeurant dans le Palais, lequel avec la troupe s'estoit glissé dans la chambre et avancé jusques auprès du roy, sans estre apperçu, tascha avec un couteau qu'il tenoit d'en donner dans la gorge de sa majesté ; mais pour ce que le roy s'inclina sur l'heure pour relever ces seigneurs qui lui baisoient les genoux, le coup porta au lieu de la gorge à la face sur la lèvre haute, du costé droit, et luy entama et coupa une dent. A l'instant, le roy qui se sentit blessé, regardant ceux qui estoient autour de luy et ayant adviséMathurine sa folle, commença à dire : « Au diable soit la folle ! Elle m'a blessée ! » Mais elle, le niant, courut tout aussy tost fermer la porte, et fat cause que ce petit assassin n'eschappast ; lequel ayant esté saisi, puis fouillé, jetta à terre son couteau encore tout sanglant ; dont il fut contraint de confesser le fait sans autre force. »

Après la mort de Henri IV, Mathurine resta à }a cour de Louis XIII, oii elle mourut en 1527.

Page 1