P. de l'Estoile, op. cit
BOUFFONS. r.HICOT 213
«Leroy aymoit (lliicot, (oui fol ([n'il cstoit, et MO li'ouvoil rien ni;iiiv;iis de. tout ce qu'il disoil qui estoit cause qu'ils s'égaroit en mille folies. Ouand le duc de Parme ', vinst en France pour la seconde fois, en lo92, Chicot dit au roy, devant tout le monde :
« Monsieur mon ami, je vois bien que tout ce que îu fais ne servira de rien à la fin, si tu ne te fais catholique. 11 faut que tu voises à Rome, et qu'estant là, tu bourgeronnes le pape, et que tout le monde le voie, car autrement ils ne croiront jamais que tu sois catholique. Puis tu prendras un peu d'eau bénite pour achever de laver tout le reste de tes péchés. » Il lui dit un autre jour : « Penses-tu pas, monsieur mon ami, que la charité que tu as à l'embrassement de ton royaume doit excéder toute charité chrétienne ? De moi, je tiens pour tout asseuré que tu donnerois à un besoin les Huguenots et Papistes aux prolonotaires de Lucifer, et que tu fusses paisible roy de France. Aussy bien dit-on que vous autres roys n'avez guère de rehgion qu'en apparence. » « Pour mon Dieu, monsieur mon ami, disait encore Chicot à son maître, gardez-vous de tomber
1. Alexandre Farnèse, gouverneur des Pays-Bas Espagnols venu une première fois en France en 1590, sur l'ordre de Philippe II, pour obliger Henri IV à lever le siège de Paris, était revenu en 1592, afin de le contraindre à lever le siège de Rouen.
entre les mains des ligueurs : car vous pourriez tomber entre les mains de tel qui vous pendroit comme une andouille, et puis feroit escrire sur votre potence : A rescu de France et de Navarre, céans a bon logis pour y demeurer à jamais. Cela est dangereux pour le passage des vivres ». Malgré, les fonctions qu'il remplissait à la cour, Chicot conserva toujours un goût particulier pour les combats : on le vit souvent couvert de sa cuirasse parcourir la campagne, et sa mort fut celle d'un soldat : en 1592 il se trouvait au siège de Rouen y fit prisonnier le comte de Chatigny, de la maison de Lorraine, et le présentant à Henri IV lui dit : « Tiens je te donne ce prisonnier qui est à moi. » Le comte désespéré de se voir pris par un homme tel que Chicot lui donna un coup d'épée dont il mourut quinze jours après.
(( Dans cette fin, le bouffon disparaît pour ne plus laisser place qu'au vaillant serviteur d'un maître dont c'est l'honneur d'avoir fait naître autour de lui de tels dévouements. En lisant les détails d'une telle mort, on ne se douterait pas qu'il s'agit du successeur de Sibilot. Ce n'est pas ainsi que finissaient en général les bouffons '. »