TRESSE, ÉDITEUR
GALERIE DU THEATRE - FRANÇAIS Palais-Royal
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Stack Anne*
PORTE SAINT -lAETIS
Ce n'estqu'en 1802 que ce théâtre prit
lé nom de Porto Saint-Martin. La salle n'avait été construite que pour remplacer provisoirement celle de l'Opéra, incendiée îc 8 juin 178! .
La direction des travaux fut confiée ù l'architecte Nicolas Lenoir, qui s'enga<jca à livrer la salle au public soixante-cinq jours après la pose de la première pierre.
Cette cérémonie eut lieu le 25 août 1781, jour de la Saint-Louis. Lenoir eut le choix dans toutes les forêts le l'Etat pour les bois qui lui étaient nécessaires. Le grandpère du comique Laurent fournit les plà-
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ti-cs: on travailla jour et nuit. Enfin, le 27 octobre, trois jours avant le délai fixé, la salle fut livrée au public. L'entrée fut gratuite. Pendant que la foule attendait à la porte d'entrée, on posait les marches en chêne du grand escalier; l'architecte et ses commis stimulaient l'ardeur des ouvriers, en posant un louis sur chaque marche achevée. Les chroniques parlent beaucoup de la loge infernale : cette loge à salon, au rez-de-chaussée, portant le n° 1, était occupée à presque toutes les représentations par Mirabeau et quelques membres futurs du futur Tiers-Etat.
La pièce d'ouverture, Adèle de Ponthieu, fut, parait-il, composée pour célébrer la naissance du Dauphin.
IjOpéra quitta cette salle le 27 juillet 179i, pour aller occuper le Théâtre des Arts, rue de Richelieu, place Louvois.
C'est en sortant de la salle de la place Louvois que le duc de Berry fut assassiné par Louvel.
Dulaure et plusieurs autres historiens se trompent en plaçant le changement de salle en 1793, puisque le Ballet de la Fête de 1 Etre-Suprême fut représenté a la Porte Saint-Martin le 8 juin 1794.
Après le départ de l'Opéra, la salle de la Porte Saint-Martin resta inoccupée pendant huit années, après lesquelles une nouvelle troupe, sous la direction de
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M. Dumaniant, vint y donner des représentations. C'est alors que le nouveau théâtre prit le titre de : Théâtre de la Porte Saint-Martin.
L'Ouverture eut lieu le 27 septembre 1802 par Pizarre, ou la conquête du Pérou, mélodrame en 3 actes. On y joua des pièces à grand spectacle, des pantomimes, des comédies et des ballets qui lui méritèrent le surnom tV Opéra du peuple.
Aucun historien n'a pu donner des détails exacts sur ces premières années d'exploitation ; ceux que nous donnons ont été puisés dans les Archives de la ville.
En 1805, le sceptre directorial échut à MM. Gobert et Dubois ; M. Dumaniant resta comme administrateur , et de nouveaux engagements furent faits, cntr'autres celui de Potier, le danseur Mérante, 12 figurants, 12 figurantes et 31 musiciens, sous la direction d'Alexandre Piccini.
En 1806, la direction resla entre les mains de M. Dubois seul, qui augmenta encore le nombre de ses artistes. L'administration avait adopté le genre qui se rapprochait le plus de l'opéra. — Outre les créations, on reprit beaucoup d'ouvrages joués déjà sur d'autres théâtres.
Voici, du reste, le répertoire de ces pièces, depuis le jour d'ouverture:
Pizarre, — Tulipano, — Ruse et Folie, — le Danser des liaisons, — Point de bruit, — le
Calcul delà vie, — Ecberl, — le Sourd et l'Aveugle,— les Jeux d'Eglee, — Annettc et Lubin, — l'Avocat Patelin, — Cécilia, — le Contrariant, — Claudine, — Clodomirc, — Crispin rival do son maître, — le Déserteur, — le Désastre de Lisbonne, — les -2 frères Girard, — Diderot, — le Dragon de Thionville, — les Etourdis, — la Fille mal gardée, — les Français à Alger, — Guerre ouverte, — l'Ermite de Saverae, — l'Honnête Criminel, — les Huissiers, ou j'ai perdu mon procès, — les Intrigants, — le Mariage de Figaro. — le Mari instituteur, — Paméla mariée, — Misanthropie et Repentir. — Pauline, — le Pessimiste, — Ricco, — les Ruses déjouées, — le Soldat prussien,— ■ Soyez plutôt maçon, — Tippoo-Saïb, — l'Adroite ingénue, — l'Amant bourru, — l'Auteur soi-disant, — le Bourru bienfaisant, — la Brouette du vinaigrier, — les Bûcherons de Nizzinck, — Caroline de Rosenthal, — Caroline et Dorville, — Clémence et Waldemar, — Crispin médecin, — Christophe Lcrond, — le Dénouement imprévu. — les Deux Créoles, — Deux filles pour une, — Elisabeth, — la Fausse Marquise,— la Femme jalouse, — les Folies amoureuses,— la Forteresse du Danube, — Frédéric à Spandau, — les Frères à l'épreuve, — les Gondoliers, — Gonzalve de Cordoue, — Jenny, — les Illustres Fugitifs. — la Joute, — Laure e( Fernando. — Nanine, — les Noces hussardes. — le Page inconstant, — la Prise de spandau, — Ramire, — Robinson Crusoé, — Romulus, — les Ruses déjouées, — les Serfs de la Scandinavie,— le Solitaire de la roche noire, — Stanislas,— Storbet Werner, — les Vendangeurs, — Jean de Paris. — Montbars l'exterminateur, —
les Sauvages de la Floride, — Frédegonde, — la Cause célèbre, — les deux petits Savoyards, — la Fête de Saint-Cloud.
Cette dernière pièce fut jouée en août 1807, et le théâtre ferma le 13 du même mois; M. Dubois était seul directeur depuis un au.
La troupe d'alors, une des plus remarquables de l'époque, inspira des craintes aux grands théâtres qui, pour se débarrasser d'un rival qu'ils croyaient dangereux pour eux, intriguèrent auprès du ministre qui, pour mettre un terme à leurs cabales, fit comprendre le théâtre de la Porte Saint-Martin dans ceux qu'abolissait le décret impérial de 1807, décret si fatal aux théâtres secondaires. — Le théâtre de la Porte Saint-Martin ne rouvrit ses portes qu'en 1809. Une autre administration sollicita et obtint un nouveau privilège de ce théâtre, qui changea alors son titre contre celui de:
Salle des Jeux Gymniques.
L'inauguration eut lieu le 1er janvier 1810 par un prologue intitulé : U Espérance et l'Armateur, par M. Hapdé; Un an de Périclès , puis la France et l'Italie au pied des Alpes. Ce spectacle, d'un genre assez singulier, consistait en tableaux, pantomimes militaires et historiques. Ce fut à cette époque que se donna la fameuse
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pièce: Le passage du Mont Saint-Bcvnard, représentée le 18 janvier 1810, et dans laquelle on mit Napoléon en scène. L'acteur chargé de ce rôle, Gobert, si je ne me trompe, le jouait fort bien et la ressemblance était, paraît-il, frappante. L'Empereur alla le voir en compagnie de Duroc.
Malgré les efforts de l'administration, malgré le zèle et le talent des artistes et des auteurs, l'entreprise croula au bout d'un an. La dernière pièce fut jouée le 11 décembre 1810.
Outre les pièces déjà citées, on avait joué, entre autres:
La Mort de Bayard, — la Chaumière au pied des Alpes, — le Marin provençal, — la Pctile guerre, — l'Auberge allemande, — Oromaze el Arimane, — Arlequin-Cendrillon, — les Fêtes d'Eleuzis, — le Siège de Dantzig, — la Chassomanie, — le Pont d'Arcole, — l'Union de Mars et de Flore, — l'Arsenal d'Inspruck, — Lapeyrouse, — l'Apothéose du duc de Montcbello, — l'Homme du Destin, — la Journée de Marathon, — les Pyramides d'Egypte, — la Colonne de Rosbaoh, — l'Enfant et" le Grenadier, — la Reine de Persépolis.
Après plusieurs années de fermeture, le théâtre de la porté Saint-Martin, sous la direction de M. Saint-Romain, ouvrit de nouveau ses portes le lundi 26 décembre 1811 par: Xous y voilà, ou le Boulevard Saint-Martin. Ce prologue, deDésaugiers
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et Brazier, fut suivi de : le Vieux de la Montagne, mélodrame de M. Guvelier. La nouvelle troupe, formée de sujets déjà connus, inspira de la confiance au public, qui s'habitue toujours difficilement aux nouvelles figures. Ces artistes étaient : Philippe, Defrène , Livaros , ïhibouville, Théodore, Hippolyte, Moessard ; MrneS Jenny Vertprè, Vanhove aînée, Florval, D'Auteuil, Jenny Clairville, Saint- Aman d, et plus tard Vissot, qui resta près de 40 ans. Comme danseurs : Blache, Maître, Clairançon , Chatillon, La Bottière, et Mmea Pierson. Aline Uorlé, Juliette, Pivert, Begrand, Zélie Mollard.
En 1819, Potier revint à ce théâtre: il débuta dans les Originaux au café.
En 1819, changement de direction.
M. Lefeuve, nouveau titulaire, conserve la troupe.
A partir du 1er mars 1822, direction de MM. de Serre et Merle, Solomé régisseur, mais M. Lefeuve toujours titulaire dn privilège.
En 1*23, le théâtre engage Dorval, mais laisse partir Potier.
1826 et 1*27. — MM. Le Baron et de Montgeneten prenant à leur tour la direction de la Porte-Saint-Martin s'attachèrent Jouslin de la Salle comme directeur de la scène.
Sous leur direction débuta Frederick Lemaître.
Monsieur de Mont genêt, s'il n'était fou était tout au moins un remarquable excentrique, témoin les deux aneedotes suivantes :
M. de Montgenet, ennemi acharné du parti avancé de l'époque, avait un jour invité à dîner plusieurs de ses amis parmi lesquels plusieurs avocats. Au dessert on parla politique, chacun donnait son avis, le directeur était à peu prés seul du sien, quand tout à coup il fit taire ses invités en leur annonçant une surprise des plus remarquables. On s'interroge, personne ne devinait, quand tout à coup les portes s'ouvrent et les opposants terrifiés voient apparaître plusieurs gendarmes qui les arrêtent bel et bien.
Pour la seconde excentricité M. de Montgenet n'eut pa^ le mérite de l'invention. Avant lui un directeur de l'Opéra avait été obligé de se retirer pour avoir donné plusieurs bals où le corps de ballet de son théâtre figurait dans le costume de nos premiers parents. M. de Montgenet trouva plaisant de renouveler le haut fait de son ancêtre.