M. LAROCHELLE
(Henri- Julien Boullanger, dit Larochelle), est né à Paris en 1827. Il est petit-fils, par sa mère, de Larochelle de la Comédie-Française, dont il a pris le nom lorsqu'il s'est fait comédien. Apprenti chez un batteur d'or, il faisait, à 15 ans, partie d'une petite troupe d'ouvriers amateurs qui jouaient la comédie dans un atelier du passage d'Harcourt. Sentant naître en lui la passion du théâtre, le jeune ouvrier se rendit chez Mlie Mars, qui avait connu son grand-père, et grâce à la recommandation de l'éminente actrice, Samson consentit à l'admettre au nombre de ses élèves du Conservatoire. Tout en suivant les cours de cet établissement, Larochelle continuait , pour vivre, sa profession manuelle qui lui rapportait 2 francs par jour, et saisissait avec empressement toutes les occasions de jouer sur les théâtres de la banlieue, à Montmartre, Belleville, etc. Grâce à un labeur opiniâtre il obtint le second prix, puis le premier prix de Comédie au Conservatoire. 11 entra alors à l'Odéon (1847), ou il débuta dans les Fourberies de Scapin, les Pri— denses ridieules et Y Avocat Patelin. M. Buloz, qui administrait à cette époque la Comédie-Française, l'engagea sur parole pour 3 ans à partir du 1er avril 1848. Mais
l'UKTE SAINT-MARTIN Ol
après la révolution de Février, M. Buloz ayant quitté le Théâtre-Français, M. Larochelle vit cet engagement verbal mis à néant et resta à l'Odéon. Là, il créa successivement des rôles dans le Collier du Roi, le Chariot d'enfants, Planète et Satellite, etc. Vers 1850 il entra au théâtre de la Porte-Saint-Martin, où il se fit remarquer, puis il se forma une troupe avec laquelle il parcourut la province pendante années. DeretouràParis,ilfutchargé par Seveste d'administrer le théâtre Montparnasse. Après une année d'exploitation4 le nouveau directeur, comprenant tout le parti qu'on pouvait tirer de cette petite scène, acheta le théâtre et y joignit successivement ceux de Grenelle, St-Cloud, Saint-Marcel (dont il paya en 18G0 le privilège 15,000 fr. à Bocage), Saint-Denis, Sèvres, Ôourbevoie, Sceaux, Levallois- Perret et Meudon. Enfin le théâtre Saint- Germain, aujourd'hui Cluny, fut mis en vente (188fi); Laroohelle l'acheta et dota Paris d'uno scène véritable, s'eiToivaul non pas de faire concurrence à l'Odéon, son voisin subventionné, mais de créer le Gymnase de la rive gauche. Il monta la Fille du Millionnaire de Girardin, et par ce coup d'audace attira dans sa salle toute la haute société parisienne. Dès lors les succès se suivent: les Sceptiques. les Inutiles, le Juif polonais, la reprise de
Claudio, de George Sand, de la Closeric dos Genêts, de Soulié, etc. Comédien remarquable, directeur habile et intelligent, auteur même à ses heures, M. Larochelle est la véritable incarnation du travail et de la persévérance.