ET LES PROGRÈS DE L’ORNEMENT
Le goût, pour la décoration ou l’ornement, semble être inné clie2 tous les hommes. Le sauvage l’exerce sur sa cabane, ses armes, ses meubles, ses ustensiles domestiques. S’il se nomme un chef: des bijoux ou des peintures adaptés à ses membres nuds, aident à le lui faire reconnaître j s’il se crée une religion , l’ornement de ses Dieux, de ses temples, devient son premier soin, et son goût pour ce qui parle aux yeux, suit, dans sa direction et son développement , les progrès de sa civilisation. Les monumens des Egyptiens, des Indiens , des Grecs, des Romains et de tous les peuples anciens nous prouvent que telle fut, chez eux, la marche progressive de cet art. Avant qu’ils eussent appris à figurer l’homme et les animaux, ils n’employèrent, dans la composition de leurs ornemens , que des arbres , des fleurs, des fruits, des coquillages et des minéraux i plus tard, leur image qu’ils allièrent à celles d’animaux réels ou imaginaires , leuroffrit de nouveaux emblèmes, car, comme nous le verrons bientôt, toutes les sculptures et les peintures qu’ils appliquaient sur leurs monumens, étaient symboliques et se rapportaient à quelques-uns de leurs mystères religieux.
Leurs temples furent d’abord majestueux par leur grandeur et leur noble simplicité; ensuite, les parties accessoires reçurent, à l’extérieur seulement, des signes hiéroglyphiques; puis, cédant à leur amour pour la décoration, ou, pour mieux dire, au besoin d’exprimer un plus grand nombre d’idées, peu-à-peu les parois intérieures du sanctuaire de la Divinité furent à leur tour couvertes d’emblèmes et perdirent ainsi pour Jamais cette simplicité première qui en faisait le plus noble ornement. C’est sur-tout chez les Grecs et les Romains , où tout ce qui parlait aux sens ou à l’esprit avait un charme irrésistible , que le goût de la décoration fut porté à l’excès. Leurs ornemens, il est vrai, furent d’un plus beau choix, mieux distribués, d’une meilleure forme que ceux de leurs prédécesseurs , mais ils ne se bornèrent pas, comme eux, à embellir le temiMe de leurs Dieux : tous leurs édifices publics et principalement ceux destinés aux délassemens du peuple, tels que les cirques, les gymnases, les théâtres, furent surchargés de peintures et de sculptures. Ce luxe gagna insensiblement les palais des Tome II. I
rois J des princes , les habîfalions des grands de l’Etat, enfin des riches particuliers. Dès-lors, il neut plus de borne et devint un besoin.
Quoi qu il en soit, le besoin de décorer , de varier tout ce qui frappe notre vue, et principalement 1 intérieur de nos habitations , semble avoir sa source en nousmême. Il vient de plusieurs causes. Les principales sont: l’ennui qui naît de l’uniformité , et I imperfection de ce qui sort de la main des hommes. L’une conduit notre ame à une sorte d’inertie dont elle a peine à se défendre; Vautre nous empêche dêtre long-temps satisfaits de l’objet que nous avons créé. Le riche habitant des cités, fatigué dune oisiveté qui le condamne à un ennui perpétuel, et privé de ce bonheur ineffable que procure la contemplation de cette .sublime nature vers laquelle nos regards sont sans cesse tournés, est le premier d ressentir le besoin de la variété. Ce besoin, il le satisfait sur tout ce qui l’environne. D’abord les parois de sa demeure, ses étoffes, ses meubles , etc. , sont revêtues des couleurs les plus brillantes. Il y représente des fleurs, des fruits, des arbrisseaux, des feuillages, des animaux, et mille autres objets, choisis dans les règnes végétal, animal ou minéral, et qu’il groupe suivant ses affections diverses. Tantôt ces fleurs, ces fruits, ces feuillages sont placés çà et là avec cet aimable négligence que présente la nature; tantôt il les assujétit à une sorte de symétrie et de balancement qui leur donne un intérêt différent et présente une grâce nouvelle. Ces imitations, d’abord imparfaites, peu-à-peu se perfectionnent, et cette marche progressive vers la vérité de l’objet imité , devient pour lui une nouvelle source de jouissances, par la variété d’exécution qu’elle amène avec elle. Après avoir changé l’aspect des lambris de son habitation , il s’occupe à varier la forme comme les accessoires de tous les objets qui composent son ameublement. Mais pour cette opération , qui exige plus de réflexion , d’attenlion , de talent que la première , puisque toutes les parties qui doivent en composer 1 ensemble, dcmandeuL à vuîr entre elles accord, correspondance, analogie et harmonie ; le peintre , le sculpteur , l’architecte , le doreur, le ciseleur,
1 ébéniste, etc., etc., sont mis simultanément en œuvre, d’après des données certaines, combinées et arrêtées d’avance, eu égard aux localités et au genre particulier de la tenture de l’appartement auquel cet ameublement est destiné.
Si la marche que nous venons d’indiquer n’est pas la plus généralement suivie , elle nous semble être , du moins , la seule qui puisse amener des résultats qu approuve le bon goût , ce goût qui ne connaît pour guide que le sentiment des convenances approprié aux temps, aux lieux, aux sexes, aux choses, aux climats, aux mœurs, aux besoins et aux habitudes.
C est sur-tout dans la confection de nos meubles, que ce sentiment des convenances doit exercer son empire. Un lit, un secrétaire, une chaise, ont une forme consacrée par le besoin , et à laquelle il n’est permis de toucher que pour la rendre plus commode ou plus convenable à l’objet de sa destination. Toute amélioration qui n’est pas dictée par ce principe, doit être sévèrement rejetée.
Vainement nous objecterait-on qu’il faut savoir quelquefois sacrifier à l’élégance de la forme? Nous répéterions qu’un meuble, avant tout, doit être utile 5 que lorsqu’il ne remplit pas complètement cette première condition , il n’est qu’un vain simulacre. Jamais, non plus, l’ornement, qui n’est que l’accessoire, ne doit dicter des formes à l’objet qu’il est appelé à décorer. La véritable science étant de savoir concilier l’utile et l’agréable , toute innovation qui ne remplira pas ce double but n’aura qu’un succès éphémère. C’est ainsi qu’il a été fait justice de ces chaises, de ces fauteuils, et autres meubles, soidisant imités de l’antique , lorsqu’ils n’en présentaient que des charges grossières , où les montans étaient tellement cambrés , et leurs extrémités jetées loin de leur centre, qu’on ne pouvait en approcher sans s’y heurter.
D’après ce que nous venons de dire, on ne s’étonnera pas de nous entendra blâmer ces tables, ces guéridons, ces toilettes et autres objets de ce genre, exécutés en cristal et surchargés de bronzes magnifiquement ciselés et dorés, qu’on n’a pas craint d’exposer parmi les produits remarquables de notre industrie. Puisse cet exemple ne pas trouver d’imitateurs! Les anciens, dont toutes les productions sont des modèles de convenances et de goût, ne se permirent jamais , sans doute , de tels écarts. Du moins , ceux de leurs meubles découverts à Herculanum, nous prouvent que l’usage seul en déterminait la forme, qu’ils furent toujours simples et commodes ; leurs ornemens de bon goût et distribués avec autant de discrétion que de dicernement. Les traces de ce sentiment du beau qui ne cessa de diriger leurs artistes , se retrouvent jusque dans les peintures dont il décoraient l’intérieur des habitations particulières , el les fragmens de ces peintures qui sont parvenus jusqu’à nous, ont été et seront encore long-temps des modèles eicellens dans ce genre. Il ne faut pas croire cependant que, pour égaler les peintres grecs , il sufiBse de copier servilement la forme ou les molifs de leurs ajustemens, de leurs ornemens ; on doit encore chercher à connaître la signification de chacun d’eux, car il n’est pas une seule partie de leurs monumens qui n’ait la sienne: sans cela, nos conceptions ne présenteraient qu’un assemblage d’idées incohérentes et vides de sens.
Afin d’aider l’artiste intelligent à saisir la première intention qui donna naissance à ces divers ornemens, à les appliquer judicieusement, à les restaurer ou même à en créer de nouveaux, nous allons tâcher de lever le voile qui couvre leur origine. Nos recherches laisseront sans doute beaucoup «désirer, mais si elles sont suffisantes pour prouver que les anciens n’admettaient rien dans la construction comme dans la décoration de leurs monumens, de leurs meubles, etc., qui n’ait son but d’utilité ou sa signification particulière; si nous pouvons persuader aux artistes que cette marche peut les conduire à des résultats neufs et heureux; si les exemples que nous allons rapporter à l’appui de ce que nous avançons, leur apprend à être conséquens dans l’emploi de leurs ornemens, nous croirons avoir rendu à l’art un véritable service.
Kous admellons d’abord, comme première vérité, que tout ce que, chez les anciens , nous considérons le plus souvent comme pur ornement, tels que les membres accessoires de leur architecture, de leurs trépieds, de leurs vases, et même leurs sphynx , leurs griffons, et tous ces animaux monstrueux, moitié humainsou moitié productions de la terre,etc.,avaient une signification symboliquej que ces espèces d’hiéroglyphes étaient pour eux une langue écrite, au moyen de laquelle ils conservaient le souvenir de leurs découvertes agricoles ou astronomiques, des révolutions du monde-, des événemens remarquables de leur histoire; perpétuaient la connaissance des plantes utiles et nuisibles; expliquaient les causes de la nature, du renouvellement des saisons, de la reproduction des êtres et des plantes, l'influence des astres sur la végétation; enfin, offraient sans cesse aux regards des peuples, les signes de l’immuable Divinité qui régit l’univers.
€’est d’après -ce prîixipe , toutefois , que nous allons passer en revue ceux des principaux objets admis dans la décoraliondenos édifices, de nos meubles, de nos appartemens, etc., dont les motifs sont puisés chez les anciens.
La colonne, suivant l’opinion le plus généralement reçue, remplaça, dans les constructions en pierre, le pilier en bois qui servit de support à la première cabane. Cette origine n’est pas exacte. Pour trouver la véritable, il faut remonter jusqu’aux premiers temps de la civilisation des hommes, k l’époque où, uniquement occupés de l’agricmllure, ils éprouvèrent le besoin de marquer les limites de leurs champs. Ce ne fut d’abord qu’une pierre informe, qui peuà-peu s’allongea , s’arrondit , reçut ensuite des caractères hiéroglyphiques. Elle fut considérée même souvent comme un objet de végétation. C’est du moins ce que font penser le piédestal et la colonne trouvés dans les ruines d’Herculanum, dont l’Lin s’élève de terre couvert de feuilles et de caulicoles, semblables à celles du chapiteau corinthien, et l’autre sort d’une espèce de vase. Ces colonnes isolées étaient quelquefois peintes* de foutes couleurs comme la robe d’Isis, qui désignait la nature. On en voyait qui, pour répondre aux trois saisons de l’année orientale , étaient divisées en trois parties, par des calices de productions dont la tige de celui qui formait le bas de chaque colonne produisait une ramification qui entortillait le fût. Les unes étaient couronnées par des pommes de pin ou de grenade, d autres par des hémisphères , comme celle que fit élever Moïse. Celles du Mexique portaient la figure du soleil ou de la lune. Les colonnes de Cypre étaient surmontées de lions, celles de Persépolis de sphinx ailés, ayant sur leur fête la couronne de Cybèle. Lorsque la colonne fut posée sur une base ou un piédestal, ces parties ressemblèrent assez, comme celles qui se voient à Persépolis, à des vases renversés. Ces bases étaient formées par des serpens entortillés, sculptés en façon d’osier, de pomme de pin, et ornées de plantes sacrées, ou entièrement cannelées, comme celles que l’on voit dans la Carie. Ces cannelures, qui faisaient allusion aux sillons de la terre, ainsi que tous
îes autres emblèmes appliqués sur la colonne et sur sa base» nous semblent prouver jusqu’à l’évidence qu’elle fut un objet de vénération, un signe symbolique de la fécondité de la terre, ou un ejc vota k la divinité. On peut même dire que la colonne ne dut la faveur dont elle a joui long-temps, qu’à l’espèce de culte que les Egyptiens, les Indiens, les Celtes, etc., rendaient aux pierres, considérées, non comme Divinités , ainsi qu’on leur a fait l’injure de le croire, mais comme symbole de l’agriculture. Ce Jupiter Casius, repi-ésenté sons la figure d’une pierre informe, jusques sur les monnaies des Séleuciens de la Piérie ; ces pierres tournantes, branlantes et debout , isolées ou réunies en forme de temple, n’ayant pour voûte que le ciel, ainsi que les monumens celtiques, nous en offrent de nombreux exemples; Thistoire de Rhéa , la Terre, mère de tous les dieux des Grecs, confondue par suite avec celle de Cybèle, mère de Jupiter, premier des dieux, offert à la voracité de Saturne, le Temps, sous la forme d’une pierre emniaillottée; enfin, ces immenses pyramides d’Egypte que les siècles accumulés n’ont pu détruire, nous paraissent autant de preuves à l’appui de notre assertion.
Le cliapiteau, que les auteurs modernes font dériver de l’extrémité de la poutre qui, dans les premières constructions, portait sur le pilier principal, nous semble avoir une origine aussi ancien ne que celle de la colonne. Nous avons cité des colonnes isolées couronnées de divers objets : on en voit, en Egypte, dont la tête d’Isis, ou la Nature, fait les fonctions de chapiteau. Il eu est d’autres qui, à l’instar des trépieds si célèbres dans l’autiquilé, parce qu’ils étaient remblême de l’Eternité, sont formés par trois têtes réunies. Souvent ce chapiteau n’est orné que de plantes salutaires et consacrées au Soleil; tantôt c’est un vase ou une corbeille imitant le boisseau de Sérapisou Ser-apùs j souvent les productions les plus nécessaires à notre conservation ou à notre subsistance, terminent la colonne et décorent le chapiteau; quelquefois ce sont des cornes d’abondance et une étoile entre deux qui le composent; ou, à la place des- étoiles, c’est uii croissant, une flamme ou la figure de Pan; enfin, dans sa construction comme dans sa décoration, le chapiteau est constamment l’expression des bienfaits da la nature ou du génie de l’agriculture.
Il en est de même de l’entablement, cette partie saillante qui couronne un ordre d’architecture, et comprend l’architrave, la frise et la corniche. Si les auteurs modernes ne se sont pas trompés en voyant l’architrave dans la poutre transversale destinée a recevoir les solives du plafond de la primitive habitation; la frise, dans les bouts sortant de ces mêmes solives; enfin, la corniche, dans la partie saillante des combles en bois et recouverts de planches : ils ne devinèrent point la signification des divers emblèmes dont les anciens revêtirent ces mêmes parties de leurs premiers temples. Leur connaissance est d’autant plus nécessaire à acquérir, que les modernes n’ont le plus souvent considéré ces emblèmes que comme des ornemens sans conséquence, malgré qu’il paraisse prouvé, parleur continuelle reproduction sur tous les temples que ces mêmes peuples construisirent Tonie II» 3
•en d’autres temps et d’autres lieux , qu’ils étaient autant de représentations symboliques de mystères religieux. Ordinairement le bandeau qui liait les colonnes entre elles, entourait le monument et représentait ainsi le zodiaque qui entoure le ciel, li’on y retraçait les observations astronomiques, les révolutions célestes, les équinoxes , etc. , que les agriculteurs ont tant d’intérêt à connaître. Plusieurs temples de Banians, la pagode de Verda-Pellia, au cap Commorin , les mosquées de la Perse et de rXndoustan, nous présentent les mêmes symboles. D’ailleurs, le nom 2’oophore, que les Grecs donnaient à cette partie de leurs édifices, suffirait pour le prouver, si nous n’en avions un exemple irrécusable dans le temple d’Osiris- Mendues, dont le bandeau formait un cercle d’or de trois cents soixante cou- ■dées, qui représentait les jours de l’année et indiquait les principales étoiles qui se lèvent ou se couchent chaque jour.
Sur la partie appelée frise, aux signes du zodiaque succédaient le caducée, projection de l’écliptique; la lyre, formée originairement d’une tortue et des cornes d’un bouquin, pour rappeler l’agriculture ; et les trépieds , emblèmes de l’Eternité. On voit des lyres au temple d’Apollon ou du Soleil. Le petit temple <i’Hercule, ou du Jour, connu sous le nom impropre de Lanterne deDémosthène, nous offre des trépieds couronnés de ces gouttes ou larmes nommées triglyphes , qui répondent aux larmes d’Isis, ou à ces rosées célestes sur lesquelles les anciens s’émerveillaient, ou enfin à ces constellations pluvieuses, nourrices de Bacchus. La frise de ce même temple représente les travaux du dieu auquel il était consacré ; emblèmes ingénieux du soleil parcourant les douze signes -du zodiaque et de son influence sur la nature à chacune de ces époques. On voit des temples dont la frise renferme des globes portés sur les ailes du Temps ou de l’Eternité; d’autres, comme dans la Carie, sont ouvragés de cannelures; d’autres , enfin , contiennent des Hermès soutenant des festons et des guirlandes ; tous symboles relatifs à l’agriculture.
Ce qu’on appelle corniche dans les monumens anciens, n’est pas moins symbolique. L’allique de la superbe colonnade que l’on voit à Tessalonique , présente, par ses bas-reliefs , des simulacres allégoriques des astres du jour et de la nuit. Il ne serait peut-être pas déraisonnable de croire que le nom de ce membre d’architecture vînt du mot corne : du moins les têtes de taureaux dont cette partie était ornée, dans un grand nombre de temples anciens , la corne d’abondance , qui terminent le faîte de plusieurs monumens découverts à Herculanum, et les grandes cornes de taureaux que les Banians des grandes Indes placent sur leurs temples, appuient notre conjecture. Il est des temples dont la corniebe présente un membre d’architecture taillé en façon d’osier, par allusion k CCS corbeilles mystérieuses dTsis, de Cérès et d’Hélène. Ce que nos architectes nomment denticules, n’est autre chose que cet osier si bien représenté. Enfin, ce qu’ils ont pris pour un râtelier de dents, nous paraît n’êlre au^tre chose que la couronne de Cybèle.
I,es ovaires enfremêlés de traits, qu’on voit sur les corniches et quelques autres parties de l’arcbitedure , pourraient seuls indiquer le génie qui dirigea toute la décoration des moniunens de l’antiquité; car ces œufs emblématiques ont été considérés, dès les temps les plus reculés, comme symbole de l’Etre- Suprême, qui s’est procréé lui-même, et 'comme une allusion à la fécondité de la nature. Les traits ou dards, qui sont mêlés parmi, n’expriment rien autre que les rayons du soleil, principe de toute végétation. Le simulacre de cet astre est souvent représenté, sur les anciens temples, tenant une pique renversée, par analogie avec ces mêmes rayons qui dardent conlinuelleraent vers la terre.
Le fronton, dans lequel nos artistes ne voient que le triangle formé par le bout du toit de la première chaumière , était chez les anciens l’emblème de l’Eternité. C’est ce que confirme la forme triangulaire donn^éeà toutes les villes, les ports, les bassins consacrés à l’Efre-Suprême. On voit sur les médailles les plus anciennes, des péristiles qui semblent couronnés par un triangle, quoique adossés contre un temple do forme pyramidale. La plupart de leurs frontons sont d’ailleurs couverts de sculptures symboliques relatives à l’agriculture et à la cosmogonie. Ceux de forme mixte ou circulaire ne s’écartent même pas dece principe, puisqu’ils répondaient au Irianglesphérique. Si l’antiquité eut eu en vue de conserver au fronton le type de ce bout de toit que les modernes supposent lui avoir donné naissance, elle n’aurait pas placé ce membre d’architecture au-dessus des croisées , des tabernacles et sur les quatre faces d’un même temple.
Nous pensons en avoir dit assez pour prouver que tout ce que les modernes ont généralement considéré comme pur ornement ou objet de fantaisie, avait, chez les anciens, une signification raisonnée.
Il en était de même des objets renfermés dans l’intérieur de leurs temples,’ On s’obstinerait vainement à ne pas vouloir reconnaître, dans leur forme, leur usage ainsi que dans ces simulacres singuliers de l’Isis des Egyptiens, de la Cybèle, de la Diane d’Ephèse, couverts de bœufs, de griffons, de sphinx, d’aigles, de lions, de crustacées, d’insectes et de mamelles sans nombre, les symboles de quelques séries hiéroglyphiques des temps primitifs, dans lesquels le génie dii feu ne pouvait être dépeint que par des formes terribles; l’Eternité, par des serpens qui se renouvellent d’eux-mêmes ; les épidémies, les fléaux du besoin , par des monstres affreux.
Dans le premier âge du monde, où l’homme, essentiellement agriculteur, dut éprouver le besoin de perpétuer le souvenir de ses découvertes dans cet art, et celles relatives è l’influence ou à la marche des astres, de retracer la forme et la propriété des plantes utiles et nuisibles, etc., il lui fallut, à défaut d’une langue écrite, exprimer ses idées par des figures symboliques. Alors le chêne, dont le fruit fut sa première nourriture, les épis, les raisins, les pommes, désignèrent les richesses-
Les leurs donl Gérés est couronnée furent l’emblème des villes qu’elle nourrit; les cornes du bœuf, celui du lubourage; les figures moitié liumaines, moitié production de la terre, signifièrent que le sort de l’iiomme est inhérent à celui de cet élément ; et la tête de Méduse , qui avait la vertu de changer en pierre tout ce qu’on lui opposait , n’était qu’un emblème ingénieux des monumens agricoles dont nous avons parlé. Les douze signes du zodiaque, connus de la plus haute antiquité, et qui répondirent ensuite aux douze grandes divinités des Grecs, ainsi qu’on le voit sur un autel rond conservé au musée du Louvre; le plafond de la Pagode de Verda-Pela, au cap Conimorin, au centre duquel une divinité sur lin trône est entourée de ces mêmes signes ; les autels triangulaires qui désignèrent d’abord les trois saisons de l’année orientale, et ensuite le passé, le présent et l’avenir, quand l’oracle d’Apollon fut devenu célèbre; ceux à quatre faces, élevés quand l’année fut divisée en quatre parties; la courbe des coupoles et cent autres objets encore, sont, on n’en peut douter, relatifs àla marche annuelle du soleil. Enfin , si l’on examine les diflérens attributs des divinités révérées par ces mêmes peuples, on verra qu’ils se rattachent aux mêmes principes. C’est ainsique l’aigle fut consacré à Jupiter, parce qu’il passait pour être le seul oiseau de proie qui puisse fixer le soleil; la foudre désigna l’atmosphère, comme l’attestent les sophites de plusieurs temples anciens; le griffon fut donné à Apollon, parce que cet oiseau a la même supériorité sur les oiseaux de proie, que le soleil sur les autres planètes; le lion, chez les Perses, fut le symbole du soleil d’été, et la vache celui de la lune; le serpent Python enfin, qu’Apollon tua de ses flèches, n’est autre chose que le dessèchement des marais fangeux, qui engendre ce reptile, opéré par les rayons de l’astre qui vivifie la nature.
'Gardons-nous donc de porter un jugement précipité sur les productions des anciens, et pénétrons-nous, avant, des principes qui les dirigèrent constamment. Eludions pour cela leurs monumens, car les écrits des modernes pourraient nous égarer, et gardons-nous de croire que les Grecs elles Romains, ces peuples si sages, et nos maîtres dans tout ce qui tient au goût, à la profondeur, à la justesse des pensées, comme à la science du dessin, aient pu s’assujétir, sans motifs raisonnables, à reproduire sur leurs monumens, et pendant plusieurs siècles, les erreurs dans lesquelles nous supposons que sont tombés les Egyptiens,leurs maîtres. Saebonsnevoir, aussi, clans' le culte apparent de ces derniers peuples pour tout ce qui est sur la surface de la terre, que leur vénération pour les œuvres de la divinité; et approuvons-les sur-tout de n’avoir pas voulu, comme l’ont fait leurs successeurs, représenter à leur image, ce Dieu tout-puissant dont ils ne méconnurent jamais l’existence.
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