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CONJECTURES

SUR L ORIGINE ET SUR LA FORME PRIMITIVE DES MONUMENS DE L'ART STATUAIRE, SUIVIES DE QUELQUES RECHERCHES SUR LES USAGES ET LES INVENTIONS DONT CES MONUMENS FURENT LA CAUSE.

JLj'obscurité la plus profonde semble cacher pour jamais l'origine des beaux arts, et celle de la plupart des inventions et des usages de l'antiquité. Les recherches des savans sur ces différens sujets, ont enrichi l'archéologie de plusieurs ouvrages où l'érudition est prodi-

( .84 ) guée , pour faire valoir des conjectures souvent ingénieuses , mais qui, plus souvent encore , n'étant basées que sur des paradoxes philosophiques, susceptibles d'être facilement combat lus, ne nous mènent à rien de positif.

Ces recherches ne peuvent sur- tout servir à expliquer , d'une manière satisfaisante , pourquoi les premiers monumens de l'art statuaire eurent chez tous les peuples anciens la forme de piliers, de simples bornes ou pierres dressées, de colonnes équarries, nommées Stèles (i).

Mille témoignages, qu'il est inutile de citer , puisqu'ils le sont tous dans ces mêmes ouvrages , prouvent cependant le choix de cette forme singulière; par elle, le nom grec qui désigne une colonne, désigne une statue. La même chose a lieu dans l'hébreu , dans l'arabe (2).

Dire, comme l'auteur de l'ouvrage sur les

(1) ctTikn , cippe , colonne propre à recevoir une inscription,

(1) « En grec , le mot KION , une colonne , signi- » fiait encore une statue , dit Winkelmann ? dans les » plus beaux siècles de la Grèce ».

Chez les Hébreux , rDÏÛ MiTZBE , et chez les Ara- «^ û-$«C tes , AMUD , ont les mêmes significations.

cultes qui ont précédé l'idolâtrie , que ces bornes y ces colonnes ne furent révérées , que parcequ' elles étaient le signe mémoratif de quelque pacte relatif aux limites, c'est, je crois, méconnaître la cause de leur invention , et prendre pour la valeur primitive du signe , ce qui n'est qu'une signification dérivée de l'emploi du signe. Les stèles ou colonnes hermétiques n'eurent, dans le principe et longtemps après y rien de relatif aux limites. On gravait sur elles les instructions soit morales , soit relatives à l'agriculture, qu'il fallait rendre publiques, répandre dans les villes et les campagnes; on y gravait aussi les lois, les décrets, les traités d'alliance, les condamnations et les proscriptions dont il fallait instruire latîapitale et les provinces environnantes. On ne pouvait les rendre publiques qu'en les plaçant ainsi gravées sur des cippes , le long des chemins les plus fréquentés, et sur les limites territo-

THO-S en copte, une borne, une colonne , est le U OUI même mot que in THO , indiquant en hébreu une borne , une marque , et l'imitation d'un objet, une figure.

Le nom THO-R, Gotop, que les Egyptiens donnaient a Mercure , représenté par une borne , une colonne , signifie statue , figure , dessin d'une figure , "iKjH , "TO TZOR.

THO-R est le même mot que THO-S.

(i86) ç-rik-n riales des peuples voisins. Le mot stèle , pour désigner une limite, a une signification tellement éloignée de sa valeur radicale , qu'elle ç-vAi&iov ne se trouve que sous le dérivé Stélidion.

Prétendre, comme Winkelmann, que ces monumens étaient les premiers essais de la sculpture chez des hommes grossiers et presque sauvages , c'est démentir l'expérience ; puisque ce n'est pas en traçant ou dressant des bornes et des colonnes que l'homme sauvage et l'homme sans éducation cherchent à imiter la figure de leurs semblables. Les Mexicains qui se servaient de hiéroglyphes , comme les anciens peuples, n'avaient point débuté de cette manière dans les arts d'imitation ; le style seul de leurs hiéroglyphes en est la preuve. Les pierres dressées qu'on a pu trouver chez eux; celles qu'on a remarquées chez d'autres peuples ou sauvages ou barbares , n'ont pas été érigées avec l'intention de représenter la figure de l'homme.

Ne serait il pas plus naturel d'attribuer le choix de cette forme extraordinaire à une cause qui provient de quelques usages primitifs , communs à tous les anciens peuples , parcequ'ils existaient antérieurement à la dispersion de laquelle date , suivant nos li-

C >87 ) vres sacrés, l'origine de ces mêmes peuples ? A la vérité, il faudrait admettre, comme certain ou du moins comme très probable, le fait de cette dispersion , ceux relatifs à Babel, au déluge, et c'est peut-être demander beaucoup. Mais, sans m'occuper ici des doutes que le philosopliisme a propagés , je pense qu'en admettant ces faits que d'autres faits confirment, qui ne répugnent point à la saine philosophie et que tant de savans ont admis; qu'en approfondissant l'idée que j'émets sur l'influence des usages primitifs , on aperceverait , dans la forme hermétique des premiers monumens de l'art , un symbole , un signe , un hiéroglyphe , dont la signification ramènerait vers l'époque où ces monumens furent , pour la première fois , employés , et qui même révélerait le nom de leur inventeur. C'est du moins ce que des recherches m'ont laissé entrevoir. Mon intention n'est pas d'entrer dans tous les détails de ces recherches ; mais de soumettre aux lumières des savans l'examen d'un fait inconnu, et qui se lie à plusieurs usages primitifs, à plusieurs inventions ou institutions dont la cause est également inconnue.

Ce sujet présente deux questions distinctes :

La première. À quelle époque peut - on faire remonter l'invention des colonnes hermétiques? Le nom de leur inventeur est-il parvenu jusqu'à nous?

La seconde. Quelle influence l'emploi de ces colonnes, leur consécration et les changemens qu'elles subirent , exercèrent-ils sur les usages, sur le génie, et sur le langage des peuples ?

Une dissertation qui répondrait à ces deux questions , résoudrait bien des difficultés ; mais ce travail n'étant pas de ceux que peut entreprendre un artiste, quoique le sujet ne soit pas étranger à l'histoire de l'art, je me bornerai à établir;

i.° Quelques conjectures sur l'origine et sur la forme primitive des monumens de l'art statuaire ;

2.° A exposer le résultat de quelques recherches sur les usages et les inventions dont ces monumens paraissent avoir été la cause.

Dans la première partie, je répondrai succintement à quelques difficultés tirées de l'antiquité supposée de certains monumens et de l'état primitif de l'homme. Je remonterai ensuite vers l'époque où les colonnes hermétiques furent pour la première fois

('89) employées. Enfin, je rechercherai la cause

du choix de ces monumens.

Dans la seconde partie, je me bornerai à

un simple aperçu.

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