Contin, de GuilL de Tyr, p
nom, à forme française, désigne probablement un Italien et peutêtre ua Génois ; Ton sait en effet^ d*antre part que les marchands de la commune de Gènes, alors en Orient, firent un prêt considéraie au roi Guy de Lusignan, lors de Tachât de l'Ile de Chypre * .
Les dernières mesures du roi Richard au sujet de la royauté de Jérusalem, et l'abandon de ses conquêtes, annonçaient assez son intention de quitter prochainement la Palestine. Les nouvelles qu'il avait reçues en diverses occasions d'Angleterre sur les relations de son frère Jean sans Terre avec Philippe-Auguste, l'engageaient à ne pas prolonger davantage son aJ)sence ^. Il voulut cependant tenter encore une fois l'expédition de Judée. La concorde semblant rétablie entre les partis , au commence* ment du mois de juin 1192, il dirige de nouveau l'armée vers Jérusalem, et vient camper au château de Beïtnouba, ou Betenoble, dans les environs d'Emmaûs, à une journée de la ville sainte ' . Quelques succès l'encouragèrent d abord dans sa résolution.
Depuis que Saladin avait détruit les positions chrétiennes de la Syrie Sobal, à l'est de la mer Morte, les caravanes de Damas évitaient le long détour que l'occupation de Jérusalem les avait obligées de faire j usque-là, et gagnaient les routes intérieures de la Palestine, pour arriver plus directement en Egypte. Instruit par ses éclaireurs de l'approche d'un immense convoi en deçà de la mer Morte, Richard le surprend aux environs d'Hébron, délait les deux mille soldats qui l'escortaient, et rentre à Betenoble avec plus de quatre mille chameaux chargés de vivres et de marchandises^. Ce brillant avantage ne put cependant dissimuler aux hommes expérimentés les difficultés de l'entreprise où l'on s'était engagé. Un conseil de guerre de vingt personnes, où l'on vit figurer, sous forme d'arbitrage et en nombre égal, les délégués des seigneurs d'Orient, de l'ordre du Temple, de l'ordre de l'Hôpital et de l'armée des croisés, reconnut qu'on ne pouvait commencer en ce moment avec chance de succès le siège d'une ville
1. Chrtmiqve de Dkmtdt Strambaldi^ «9. de Rome, fol. 7. Hi»t, de Chypre, t. II, p. 21, n. 3. Preuves.
î. ViDisaiir, Itifier,<, p. 394, 395. Bfomptoii , Chron,, col. Iï4>. Raoul lie Coggeshale, Chronic. AngUc,^ ap. Martône, Amplia. eolUcî., t. V, col. 829.
3. Raoul de Coggeeliale, Chnmic. anglic., col. 82i. Vlniaaiif, ftiner., p. 399. Jacques de Vitry, Hist. meroiol. ap. BoDgars, Getta DH, p. 1123. M. Reinaud, Chron. arabes, p» 341.
4. Raoul de Coggesliate, Chron. angl. , col. 821 , 822. Viuisauf , lUner,, p. 40&. Broinptou, Chron., col. 1245. M. Reioaud, Chron, arabes, p. 341.
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^' aossi bien fortifiée qne Jérnsalem, en position d*étre seconme à
^^ la fois par les corps d'armée de TE^pte et de Damas. Il fat d'avis
^ qu'on derait quitter la Judée et attaquer le sultan dans l'Egypte
^" même, en marchant directement sur le Caire * .
Le roi, forcé par les circonstances de renoncer définitivement à l'espoir qui avait été le mobile et le soutien de sa croisade, ne songea plus dès lors qu'aux mojens de foire la paix avec Saladin et A préparer son départ , déjà si retardé. On recourut encore à l'expé- ^^^^ rience de Balian d'ibelin, estimé du sultan autant que des chrétiens
•J^ depuis sa défense et sa belle capitulation de Jérusalem ^. Le frère
dée. de Saladin, nommé Seijt-Ëddin, le Saphadin de nos chroniques, le
^^ MàleC'Àdel des romans, lié d'une amitié particulière avec le roi
^^^ Bichard, suivit aussi les négociations, et les facilita, car tout le
'DO- monde désirait alors la paii en Syrie. Enfin, le 10 du mois d'août
te'- 1 192, on conclut une trêve de trois ans, trois mois, trois semai-
ioD. Qes et trois jours ' ; ce qui promettait le repos aux croisés jusqu'à
ela la fin de l'année 1 195. Saladin avait cousenti à laisser aux Francs
^vi' toutes les villes qu'ils avaient autrefois occupées sur la Méditer-
rait ranée avec leurs territoires, depuis et j compris Ântiocbe jusqu'à
eia I Jaffa ; mais il avait exigé la destruction totale des fortifications
p^c d'As(»lon , de Gaaa et du Daron *j trop voisines des frontières
' 1^ d'Egypte. Il avait garanti d'ailknrs tontes facilités aux chrétiens
'"ail pour le commerce avec ses États, et pris sous sa protection les
'^ pèlerinages au saint sépulcre '. Satisfait de ces conditions, bien
n- qu'elles n'offrissent pas les avantages que Balian avait pu espérer
n un moro^it au nom de Conrad de Montferrat , le roi d'Angleterre
lit partit de Saint-Jean d'Acre le jour de la fête de Saint-Denis ®,
it 9 octobre ; il était accompagné des deux reines et de la fille de
es l'ancien empereur de Chypre, à laquelle de nouvelles aventures
^ étaient réservées. Indépendamment de ses possessions territoriales
en Palestine , il avait attribué à son neveu Henri de Champagne,
1. BromptoD, CAron.» col. 1345. Roger de Hoveden» AnnaLt p. 7ie. M. Reinand, Chran. arabes, p. 345. Vinisaof, Itiner., p. 403, 404.
2. Contin, de GnilL de Tffr, p. 199, extraits du nis. D; cf. p. 88 et soiv. M. leioatid , Chron. arabes, p. 208.
3. Bromptoiiy Chron,, col. 1249. M. Reinaud, Chron. arabes, p. 3â6.
I 4. Contin. de Guill. de Tyr, p. i99, extraits du ms. D. Jacques de Vitry, Hisl.
BUrosoL, p. 1123.
5. BromptoD, CAron., col. 1249. M. Reinaud, CAron. araJfes, p. 346-347, 355-357. ^ 6. Brompton, Chron., ap. Twisden et Selden, Script. Angl, 1. 1, col. 1249.
Roger de Hoveden, Annal, ap. Savile, Script. Angl., p. 717.
auprès de qui restèrent quelques-unes de ses troupes, les soixante mille besants dus encore sur le prix d acquisition de i'ile de Chypre, par le roi Guy de Lusignan ' , rendu depuis plusieurs mois dans sa nouYclle seigneurie.
Ainsi se termina la guerre préparée et soutenue durant cinq années par les efforts réuuis de T Allemagne, de la France et de r Angleterre. Si cette expédition , formidable dans ses corn* mencements, n'atteiguit pas le but annoncé et tant espéré d abord, elle eut néanmoins, plus qu'aucune de celles qui parvinrent en Terre Sainte après la conquête, des avantages étendus et durables. La Syrie chrétienne lui dut évidemment son salut. Quand les premiers volontaires de la troisième croisade partirent de leur pays , le royaume de Jérusalem élait de tous côtés envahi par des forces supérieures devant lesquelles il lui était impossible de ne pas succomber : il n'avait plus ni armée, ni roi, ni capitale; on pouvait en réalité compter les derniers jours de sa résistance. A la fin de la croisade, le royaume était reconstitué et raffermi ; ses limites reconnues et respectées , son chef obéi ; un port et une place forte de premier ordre, devenue sa nouvelle capitale , abritait son gouvernement et assurait ses communica* tions avec TEurope ; le saint sépulcre était au moins accessible à la dévotion des pèlerins , on avait même recouvré Tespéranœ de le reconquérir un jour ; enfin dans une lie voisine se fondait un État qui allait donner une vie nouvelle à la chrétienté d'Orient.
1. Continuation de Guill, de 7)fr, dans le recueil des Historiens occident, des croisades, t. II, p. 198. Eitraits du ma. D. de la Tille de Lyoo. Hist. de Chypre, 1. 11, p. 10 et 31. Preuves.
Paris -^ Typographie de Firmin Didot Irërcs, rue Jacob, âs
Extrait de la Bibliothèque de l'École des chartes.
4"" série, volume II.
Parla- — Typographie de Plrmln mdotfirèrea. rue Jaeob, m.