‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 61 sur 295 · LES QUATRE VÉRITÉS. - LA ROTATION DE LA ROUE DE LA LOI · texte numérisé non relu

LES QUATRE VÉRITÉS. - LA ROTATION DE LA ROUE DE LA LOI

L'enseignement des quatre vérités est considéré comme la portion la plus ancienne, la plus authentique de la doctrine bouddhique. C'est le sujet que le Buddha aurait traité à Bénarès dans sa première prédication. Il y expose les quatre vérités de trois manières différentes et arrive ainsi à formuler douze propositions ; on a donné à cet exposé célèbre le nom de « Mise en mouvement de la roue de la loi » (Dharraa-cakra-pravartanam). LeDharmacakra-pravartanam est donc le sutra par excellence i .

Il se trouve dans le XXVIe volume du M do : mais le môme texte se trouve dans le volume VI0 du Dulva et dans rAbhiniskra mana-sûtra; il n'y a entre les trois versions que de légères différences provenant de variantes ou de coupures, on peut les considérer comme représentant un seul et même texte. Le Lalitavistara, placé dans le IIe volume du Mdo, renferme une version véritablement différente de ce sûtra. La version du Mahâ-vastu dont nous ne connaissons que le texte sanscrit est une troisième forme de cet exposé. Il en existe une quatrième, la version pâli que les Tibétains ont empruntée et dont ils ont mis la traduction à la fin de la section Mdo du Kandjour.

Pour faire connaître complètement le Dharma -cakra-pravartanam, il faudrait donc donner quatre versions, celle du Dulva tibétain (répétée dans

* La place de ce texte est dans le paragraphe 6 de l'article II de la section Histoire ; elle y est indiquée (voir ci-dessus p. 20).

rAbhiniskramana et le XXVI0 volume Mdo), celle du Lalitavistara, celle du Mahâvastu, celle du canon pâli. Mais, outre que ce serait d'une exécution difficile, nous pouvons fort bien laisser de côté le Lalitavistara connu par la traduction de M. Foucaux, le Mahâvastu dont la version s'écarte peu des autres textes et retenir les deux autres versions qui sont les véritales représentants des deux traditions, celle du Nord et celle du Sud*.

Je vais donc donner parallèlement deux traductions : d'une part, le Dharma-cakra tibétain du XXVIe volume du Mdo, de l'Abliiniskramana-sûtra, du Dulva, et, d'autre part, le Dharma-cakra-pravartanam pâli et tibétain. Pour le premier, j'indiquerai en note ou entre parenthèses les très rares variantes qui s'y trouvent, et je mettrai également en parenthèse, au bas de chaque section, le titre de l'ouvrage ou des ouvrages dont elle est tirée : ainsi Dharma-cakra signifie qu'un ou plusieurs paragraphes se trouvent dans le Dharma-cakra seulement; Dulva, Abhiniskramana-sûtra, qu'ils se trouvent dans ces deux ouvrages seulement ; Dharma-cakra, Dulva, Abhiniskramanasûtra, qu'ils se trouvent à la fois dans les trois ouvrages. Pour le Dharmacakra-pravartanam, je suis obligé d'indiquer les différences entre le pâli et le tibétain. Je le ferai, soit en notes, soit en parenthèse, dans la traduction même, selon qu'il y aura avantage à adopter l'un ou l'autre mode. Je mets entre crochets [ ] ce qui se trouve dans le tibétain et non dans le pâli, entre astérisques * * ce qui se trouve dans le pâli et manque dans le tibétain. Toujours en vue de faciliter la lecture des traductions, je divise le sûtra en sections et en paragraphes, auxquels je donne quelques titres écrits en italiques. Rien de cela ne se trouve dans les textes ; mais les divisions sont tellement indiquées par la nature du sujet et par le mouvement même du style, qu'on peut bien prendre cette liberté.

Dharma cakra sutra Dharma-cakra-pravartana-sutra

d'après le Kandjour, savoir :

1. Dulva, IV, fol. 64-67. 1. D'après le texte pâli du Sanyutta-ni-

2. Afdo, XXVI, fol. 88- 91 ( Àbhiniskra- kâya (section V, Sacca-sanyuttam). mana- sûtra).

3. Mdo, XXVI, fol. 431-4 (Dharma- 2. D'après le texte tibétain du Kandcakra-sûtra). jour (section Aido, XXX, fol. 427-430).

* Tout ce qui suit est extrait du Journal asiatique (mai-juin 1310).

En langue de l'Inde : Dharma-cakrasûtra.

En langue de Bod : Chos kyïkhor~loi mdo.

« Sûtra de la roue de la loi. »

Adoration à celui qui sait tout.

Voici ce que j'ai entendu dire une fois. Le bienheureux Buddha (Buddha Bhagavat) résidait à Bénarès (Vârânasî) dans le bois des gazelles (Mrgadàva), à sRivadana (Drang srong-$mra-va) , (Dharma-cakra).

Alors Bhagavat parla ainsi au groupe des cinq Bhixus :

En langue de l'Inde : Dharma-cakra^ pravartana sûtra.

En langue de Bod : Chos kyi 'khor-lo rab~tubskor-vai mdo.

« Sûtra de la mise en mouvement de la roue de la loi. »

Adoration respectueuse aux trois joyaux sublimes.

[Voici ce que j'ai entendu dire] une fois. Bhagavat résidait dans le pays de Bénarès (Bârânasi), à Rsipatana (Isipatana), dans le bois [où errent] des gazelles « (l'hé ritage des gazelles » migadâya, d'après le pâli).

Alors Bhagavat, s'adressant au groupe des cinq Bhixus, leur dit :

§1 Les deux extrêmes et la voie du milieu.

Bhixus, lorsqu'on est novice (rab lubyung-nas), il faut se garder de tomber dans les deux extrêmes, de s'y accoutumer, d'y attacher du prix.

Quels sont ces deux extrêmes?

D'une part, quiconque recherche la félicité qui consiste dans la poursuite des plaisirs (ou des désirs l ) (et est) bas, pervers, vulgaire, sans noblesse (ou race), celui -là (tombe dans l'un de ces extrêmes) ; d'autre part, quiconque, s'appliquant à s'exténuer soi-même, et souffrant, n'est pas respectable, est voué à un régime nuisible (tombe dans l'autre extrême).

SI Les deux extrêmes et la voie du miU<:u.

Bhixus, voici les deux extrêmes auxquels un novice (pravrajita) ne doit pas se livrer ( — d'après le tibétain : Bhixus et novices (rab-tu-byung-va-dag), voici les deux extrêmes auxquels il ne faut pas se livrer).

* Quels sont ces deux extrêmes ? *

D'une part, quiconque, au sein des dt'sirs, s'attache au bien-être qui vient des désira, est bas, grossier, vulgaire, sans considération, voué à un genre de vie nuisible (et tombe dans l'un des extrêmes) ; et d'autre part , quiconque s'applique à se tourmenter soi-même, souffre, (est) sans considération, voué à un genre de vie nui sible (et tombe dans l'autre extrême) (pâli).

D'après le tibétain : ceux qui, dans ce monde aspirent à la satisfaction des désirs

i Selon une yarianle : « Quiconque recherche l'aumône pour la satisfaction du désir. (Dulva.)

Pour tous, ne tombez pas dans ces deux extrêmes, attendu que la voie du milieu (ou la voie moyenne), qui produit la vue, qui produit la connaissance, aboutit au calme absolu, à la connaissance supérieure (ou surnaturelle), à la Bôdhi parfaite, au Nirvana.

Cette voie moyenne, quelle est -elle, dira-t-on?

C'est la voie sublime à huit branches, savoir : la vue parfaite; — le raisonnement parfait ; — la parole parfaite ; — la fin de l'œuvre parfaite ; — la vie parfaite ; l'effort parfait ; — la mémoire parfaite ; — la cou* templation parfaite.

Ami. G. — B

et au bien-être, sont sans dignité (ou sans noblesse) et bas ; ce sont des gens vulgaires, parce qu'ils s'adonnent à un genre de vie nuisible ( — sans utilité) ; (ils tombent dans un des extrêmes) : ceux qui tourmentent leurs corps et souffrent de privations, s'adonnent à un genre de vie nuisible par des pratiques qui ne sont pas louables ; (ils tombent dans l'autre extrême), — ou encore, pour cette dernière partie : ceux qui s'adonnent à un genre de vie nuisible par les pratiques peu recommandâmes de tourments infligés à leur propre corps et de privations douloureuses (tombent dans l'autre extrême).

Tels sont, Bhixus, ces deux extrêmes ; il faut prendre garde d'y tomber (tibétain), ou si l'on évite d'y tomber (pâli), la voie moyenne, perçue à l'aide de la Bôdhi par le Tathâgata (selon le tibétain : proclamée parleTathâgata,devenuunparfaitBuddha), et qui produit l'œil (ou la vue), qui produit la connaissance, aboutit au calme absolu ( — à la cessation), à la connaissance supérieure (ou surnaturelle), à la Bôdhi parfaite (selon le tibétain : à la compréhension parfaite), au Nirvana.

Et quelle est elle, Bhixus, cette voie moyenne perçue par le Tathâgata au moyen de la Bôdhi, et qui, produisant l'œil, produisant la connaissance, aboutit au calme absolu, à la connaissance supérieure, à la Bôdhi parfaite, au Nirvana?

C'est précisément la voie sublime à huit branches, telles que : la vue parfaite ; — le raisonnement parfait ; — la parole parfaite; — la fin de l'œuvre parfaite; — la vie parfaite ; — l'effort parfait ; la mémoire parfaite; — la contemplation (samàdhi) parfaite.

C'est là, Bhixus, la voie moyenne, perçue par le Tathâgata au moyen de la Bôdhi, et

fthPRISK DU RÉCIT

En vertu du système que Bhagavat adopta pour instruire, par cette doctrine, le groupe des cinq Bhixus, il communiquait avant midi la parole de l'enseignement à deux des Bhixus de ce groupe, et en envoyait trois mendier en ville ; ils vivaient ensuite tous les six de ce que ces trois avaient recueilli. Après midi, Bhagavat communiquait à trois des cinq Bhixus la parole de renseignement, et en envoyait deux mendier en ville ; les cinq vivaient alors de ce que ces deux avaient recueilli. Le Tathâgala ne mange qu'avant midi.

(Dul-va; Abhiniskramana-sûtra).

qui, produisant la vue, produisant la connaissance, aboutit au calme absolu, à la connaissance supérieure, à la Bôdhi par* faite, au Nirvana.

Énumération et définition des vérités.

1. Voici donc, Bhixus, ce que c'est que la vérité sublime de la douleur.

La naissance est douleur, la maladie est douleur, la mort est douleur *, le chagrin, Ja lamentation, la souffrance, la tristesse, l'affliction, tout cela est douleur * ', — l'union avec l'objet haï est douleur; la séparation d'avec l'objet aimé est douleur ; — ne pas obtenir ce qu'on désire est douleur ; — en somme les cinq aggrégats do la perception, voilà la douleur.

2. Voici donc aussi, Bhixus, ce qu'est la sublime vérité de I'origine de la douleur.

C'est la soif de revenir à l'existence, c'est la joie unie à l'attachement (ou à la passion) qui se livre au plaisir à tout propos j

* Phrase manquant dans la traduction tibétaine, quelquefois même supprimée dans les textes pâlis de la prédication de Bënarès, mais très fréquemment répétée dans d'autres textes palis, sanskrits, tibélainf.

c'esl-à-dire, la soif des désirs, la soif de l'existence, la soif de l'agrandissement de l'existence * .

3. Voici -donc aussi, Bhixus, ce que c'est que la sublime vérité de la destruction de la douleur.

C'est précisément la destruction de cette même soif par la suppression absolue des attachements ; (c'est) le renoncement, le rejet complet, la délivrance, ledétachement (par rapport à cette soif*).

4. Voici donc aussi, Bhixus, ce que c'est que la vérité sublime (appelée) la voie qui tendàladestruction de la douleur.

C'est précisément ce chemin à huit branches (ou sections), à savoir : la vue parfaite... la contemplation parfaite.

Page 1