Prodige de V Enseignement suivi (Aditta-paryâya
Voici maintenant le prodige de l'Enseignement suivi1 de Bhagavat: Bhixus, ce tout n'est qu'embrasement.
Qu'est-ce, direz-vous, Bhixus, que ce tout qui n'est qu'embrasement? Bhixus, l'œil et la forme, la faculté de distinguer que l'œil possède, les perceptions réunies de l'œil, tout cela n'est qu'embrasement ; en sorte que les sensations intimes résultant des perceptions réunies, qu'elles soient agréables ou douloureuses, ou bien qu'elles soient sans agrément ni douleur, ne sont aussi qu'embrasement.
Bhixus, l'oreille... le nez... la langue... le corps... le cœur et la loi, la connaissance distincte que le cœur possède, les perceptions réunies du cœur, tout cela n'est qu'embrasement, de sorte que les sensations intimes résultant des perceptions réunies du cœur, qu'elles soient agréables ou douloureuses, ou bien qu'elles soient sans agrément ni douleur, ne sont aussi qu'embrasement 8.
Et quelle est, demanderez- vous, la cause de cet embrasement? C'est le
feu de la convoitise, le feu de la passion haineuse, le feu de l'égarement
d'esprit qui produit cet embrasement; (d'où) la naissance, la vieillesse, la
maladie, la mort, le chagrin, la lamentation, la souffrance, le méconten -
[ tement, le trouble (de l'Esprit) qui sont ce qu'on appelle l'embrasement de
la douleur.
Tel est le prodige de l'Enseignement suivi3 de Bhagavat.
1 € Prodige de renseignement suivi » ou « second enseignement » (anuçdsana) est le titre officiel de ce discours. Aditta paryâya, « énumération de la combustion ou des choses en combustion, » n'est que le titre populaire bien justifié par les termes mêmes de la harangue.
* Le texte procédant comme dans le Sûtra précédent, énumère les six organes des sens, donnant tout au long, pour le premier et pour le dernier, le développement qui est sous-entendu pour les termes intermédiaires, et que le lecteur peut suppléer. — C'est la pratique habituelle.
3 Ou du second enseignement de Bhagava*. L'analogie de ce discours avec celui qui amena la conversion de quatre compagnons d'Ajfiâta Kaundinya semble faire de celui-ci la suite de l'autre, un sous-enseignement (ce qui s'adapte bien à l'emploi du terme tibétain rj es-su (sk. a nu). Ce discours est réputé la troisième prédication duBuddha. La première, qui est renseignement des quatre vérités, est hors ligne. La seconde (le non-moi) est le commencement d'une instruction dont la troisième prédication (YAdittaparydya) serait le complément.
Pendant que Bhagavat faisait entendre cette énumération de la loi, les esprits de ces Bhixus qui étaient tous d'anciens Jatilas, furent délivrés de leurs misères; ils n'avaient plus rien à recevoir.
Ensuite, pendant que Bhagavat était au Gaitya de la Tète-de-Gayâ, les Bhixus qui avaient été autrefois Jatilas (devinrent) Arhats; la corruption avait cessé pour eux ; ils avaient fait ce qu'ils avaient à faire ; ce qu'ils faisaient était achevé; ils avaient déposé le fardeau, atteint le but, complètement épuisé la trame de l'existence. Leur esprit, complètement délivré, grâce à une connaissance parfaitement pure, était seul et renfermé en luimême