EXTRAIT DE L'INDÉPENDANT
(août 1819.)
Observations sur la Relation de la campagne de 1815, publiée par le général Gourgaud , et Re'futation de quelques-unes des assertions d'autres écrits relatifs à la bataille de Waterloo ; par le comte de Grouchy.
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Beaucoup d'écrits contradictoires avaient détaillé les événements de la campagne de i8i5,et distribué, suivant les passions, les lumières ou la conscience de leurs auteurs , le blâme ou les éloges aux acteurs de ce drame mémorable. L'opinion du public flottait encore incertaine, lorsqu'elle vit paraître, en 1818, une relation annoncée comme écrite à Sainte-Hélène et publiée par le général Gourgaud. Il était difficile que la source où cet historien avait puisé n'eût pas conservé quelque amertume , et que tous les effets du narrateur n'eussent pas pour but de faire retomber la responsabilité d'une grande catastrophe sur d'autres que sur l'ordonnateur suprême de toutes les opérations de cette campagne. Mais plusieurs des assertions de cette relation tardive et regardée comme officielle , recevaient une nouvelle force de diverses dissertations précédemment publiées par des hommes du métier, et avec lesquelles elles coïncidaient.
Cependant ceux qui se font un devoir de l'impartialité, regrettaient de voir des reproches graves adressés à deux généraux des plus distingués de l'armée française, dont le nom, les premiers exploits et les premières blessures se rattachaient à nos premiers succès , dont le sang versé sur d'innombrables champs de bataille garantissait le dévouement, et dont les talents étaient attestés par de hauts faits militaires, par l'estime de tous les braves et par la confiance du chef de l'armée. Les circonstances rendaient ce regret encore plus pénible ; car les traits étaient lancés sur des hommes hors d'état de se justifier. L'un, succombant sous le poids de sa propre gloire , holocauste désigné par des vainqueurs peu familiarisés avec la victoire et oublieux de ce noble respect dont il est si doux d'honorer le malheur , avait vu les restes de sa vie soumis aux chances d'une procédure, et des formes inusitées présider à son trépas. Sa grande ombre, qui probablement se repentait d'avoir pris l'initiative des récriminations, les 11 et 26 juin t8i5, ne pouvait plus répondre. On croyait la voir assise et silencieuse dans un Elysée, à l'ombre des lauriers d'Altenkirchen , de Salsbach , de Dierdoff , de Manheim , de l'Helvétie , de la Nidda , du Mein , de Moeskirch, de Hohenlinden , d'Elchingen , d'Ulm , du Tyrol, d'Iéna , d'Eylau , de Friedland , de la Péninsule, de Smolensk , de la Moscowa , de la Bérézina , de Lutzen et de la campagne de France, en 181 4- Si
(65) tant de glorieux souvenirs ne pouvaient l'absoudre des manœuvres du iG juin, du moins aucun Français n'avait la barbarie de vouloir juger ce général avec une coupable précipitation, et de refuser à sa mémoire toute la latitude nécessaire pour se défendre. L'histoire sévère, mais impartiale, marche plus lentement que les passions, et elle ne hasarde pas ses jugements, comme la politique, à la fois craintive et téméraire, hasarde ses proscriptions et ses coups d'état.
L'autre général, jeté par le malheur des temps loin d'une patrie qu'il a constamment honorée par son courage et par ses vertus, couvert de nombreuses cicatrices dont sa belle ame avait imaginé de faire un noble commerce en faveur de plusieurs proscrits, traîné aussi , mais avec des formalités moins solennelles, devant les tribunaux, et défendu, comme un autre Manlius, par la piété filiale, n'a pu connaître que très-tard, et sur un autre hémisphère , la critique dirigée contre ses opérations du 17 et du 18 juin 1 81 5. Il se hâte aujourd'hui d'y répondre; et quelle que soit l'opinion qu'on a déjà pu se former sur la manière dont la colonne de droite a rempli , après la victoire de Ligny-Fleurus , sa mission de poursuivre les Prussiens, de ne les point perdre de vue, et de conserver ses communications avec le centre de l'armée française, on ne peut se refuser de lire avec le plus grand intérêt les nouveaux rensei-
gnements que fournit à cet égard M. le comte de Grouchy. Une poitrine sillonnée de tant de blessures reçues pendant vingt-cinq années de combats, donne à ce général le droit de s'expliquer, et impose aux amis de la patrie le devoir de l'entendre.
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