AU NOM DE LA SECTION DE PHILOSOPHIE
le 14 novenlïkbre 184â.
Oui, la mort a des rigueurs particulières pour la section de philosophie. Qui nous eût dit que celte année, avant d'être terminée, lui enlèverait trois de ses membres, et que je serais condamné à venir ici, dans un intervalle de quelques mois, adi-esser un dernier adieu à un disciple si cher et à un maitrc vénéré? La tombe de M. JouflFroy, celle de M.Edwards sont à peine fermées, et nous voilà autour du cercueil de M. de Gérando. Nous perdons aujourd'hui notre doyen et notre guide, toute la compagnie une de ses lumières, une de ses plus vieilles et de ses plus pures renommées.
Membre déjà célèbre de ranciénne Académie, M. de Gérando était un des pères de la nouvelle. Il y donnait la main à deux générations, à deux époques, comme dans la science il était le hen de
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deax grande» philosophies, îmnMHtelles dams leurs yfin€Aipe%f ineompatibles seulement pair leurs ex* eés : Tune qui s^appelle la phUosophie de Texpérience, Tautre celle de la raison, toutes deux se rdevant de noms diversement glorieux : celle-ci d^Aristote^ de Bacon et de Ipcke; celle-là de Platon et 4p notre Pescartes. M. de Qérando^dst à la première les brillants succès de sa jeunesse ^; et sans la dësavouer jamais, à mesure qu il ayança dans la vie, il se rapprocha de la seconde.
VUiêUrire comparée des systèmes de philosqpkiej dans les deux éditions qui en parurent à vingt ans d'intervalle ^, marque excellemment le progrès
* M. (le Ccrando fe fit connaître d'abord paf un mémpire aiCîl composa étan| simple soldat (grenadier à cheval) dans Parmée de Masséna, sur la question proposée pour la seconde fois, en Tan VI, par PAcadéinie des sciences morales et politiques : Dilerminmr fM^. /luencB dei iign9» mr la formation du idéet. M. de Geraodo reçut \à nouvelle qu'il avait remporté le prix quelques jours après la bataille de Xuricli , à laquelle il avait pris part. Ce mémoire est le fond dé l'ouvrage : Du i{gn$i et de l'âft de pemer^ oomiàéréi dans hure rap^ ports mutuelt. (Paris, 1800, 4 vol. in-8".)-— H remporta un autrf prix à rAcadémiti de Horlin sur In question de la Génération des eonnaiêsnnffs. I.e mémoire couronne est devenu VHistoire comparée dsi tystèmps de phihtophiêt relativement aux principes des connaii" irtMCM humaines, ( P.uis, IHOA, 3 vol, iii-8".) Cet ouvrage a élé traduit en tillfiiund par Tenncinnnn (Mirh., 1806-7).
• iiiftnin» comparée des systèmes de philosophie^ deuxième édition, \h\U, \^^i e( 18^3» d vol. itiH». Crtle ëdilion n'est point'terminée; clic devait cuutpreiidre encore cpiatre volumes. Le manuscrit da olnquihuc VL M sous nos yeux il y o dt^jà bien des anne'es. Lcf
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toujours mesuré de l'esprit de M. de Gérando. C'était, en 1804, une idée heureuse et nouvelle d'appeler l'histoire au secoi^rs de la iscience, d'interroger les deux grandes écoles rivales au profit de la vérité, et de dresser l'inventaire impàitial de l'iiéritage qu*clles lèguent au dix-neuvîèmç siècle. Jje temps emportera peut-être quelques^; parties de ce bel ouvrage, mais la pensée première en , demeurera , et conservera le nom de M. aè Gfarâncro.. ., ' :
N'oublions pas ici .un autre livre d'un cà)ractèrè différent, d uà nilrîte au moins éffàl, ce hvre du Perfectionnement moral et de l éducation de soi-même ^ où parvenu au ?euil de la vieillesse, M. de Gérando reporte ses regards sur la route qu^il a suivie, et nous enseigne aveô ime autorité pleine de charme le grand art de la veftu, car c'est un art aussi, qui a 3es règles et ses pratiques, qui demande sans doute une nature heureuse, m^is surtout de généreux efforts, un exercice modéré mais soutenu. Le dessein et toute la coj!;iduite de cet écrit est vraiment admirable. Resserrez un peu ces riches développements, donnez à ce style élégant et facile
quatre premiers volupics embrassent ranli(|ui|.ti et le jtio^^n âgp| le cinquième élait consacré à la philosopîiie de la renaissance. — On dit (jue M. de Gérando, entre autres manuscrits, laisse un traité inachevé de \ Existence de Dieu,
* Paris, 1805, t vol. ia-8° ; traduit en allemand par Schellé, Halle, 1 823-29.
un peu plus de sobriété et de force, et cet ouvrage, digne de Socrate ou de FrankUn, sera Tun des meilleurs et des plus bienfaisants de notre siècle. La bienfaisance^ Messieurs la'bienfaisance sous toutes ses formes , dans ses applications les plus hautes ou les plus bumbles^tel était Tobjet constant de M, de Gérando. Il le poursuivait avec une ardeur infatigable. C'était la seule passion que sa sagesse eût peine à contenir et à gouverner. Elle se répandait par toutes les voies, trouvant en elle, comme le véritable amour, des ressources infinies, se prodiguant sans jamais s'épuiser, et, à mesure qu'elle donnait, aspirantà donner davantage. Quel est l'auteur de ce touchant écrit^ où une expérience consommée enseigne aux maîtres des plus petites écoles la dignité et aussi les devoirs pénibles de leur utile profession? Est-ce un homme dont la vie ait été exclusivement vouée au saint ministère de l'éducation du peuple? Est-ce Pestalozzi? Est-ce le Père Girard? Quel est encore celui qui, servant de guide à la Charité, l'a conduite dans la demeure du pauvre, et l'a faite ingénieuse à surprendre toutes les misères pour la rendre habile à les soulager *? Qui, parmi nous, avec
^ Court normal dei inêtituteurt primaires, ou Direclioni relativei A Védueation physique^ morale et inMlectuelle dam les ieolet primaires,
* U Viêiteur du ptmre, 1820, trobième édition, 1826.
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une énergie plus persuasîve, a demande à la charité publique et privée de mesurer les heures de travail des enfants^ employés dans nos manufacturesy sur leur .âge et sur leurs forces, et d'accorder au moins à la culture de leur âme quelques instants d'une journée jusqu'alors dévorée par un laibeur sans relâche ?
Mais je m'arrête, dans l'impuissance d'indiquer même tous les côtés de la vie de M. de Gâ^ndo par lesquels il nous appartient. J'ai écarté en lui le secrétaire ou le président de tant de société utiles^ l'administrateur de plusieurs grands étahUssements, le professeur ^ui a fondé l'enseignement du droit administratif en France, l'ancien secrétaire général du ministère de l'intérieur, l'un des viceprésidents du conseil d'Etat,. le pair de France; jje n'^i dû' opnsid^rer dans M. de Gérando que le membre de notre Académie, et il m'échappe encoi^e de toutes parts par la multitude de ses écrits et de ses services. En voyant ces députations des plus grands corps, ce concours de tant de personnes de toute condition,^ je me demande si les funérailles de plusieurs citoyens Illustres se sont donné rendezvous dans cette enceinte. Non, ce sont les funérailles d'un seul homme, mais d'un homme à qui rien d'humain n'était étranger. O vous qui ne voulez voir dans la philosophie que le mal qu'elle peut faire en s'égarant, venez apprendre ici quel