‹ Fragments philosophiquesChapitre 29 sur 41 · Moataiene · texte numérisé non relu

Moataiene

2, Voir Montaigne, t. III, 8, page 439 : «Voicy nn aultre advertissey> ment, daquel le tire grand usage : c'est qu'aux disputes et confe- » rences, touts les mots qui nous semblent bons ne doivent pas incon- » tinent estre acceptes... Il peult bien advenir à tel de dire un beau 9 traict, une bonne response et sentence, et la mettre en avant, sans

» en cognoistre la force Il n'y fault point tousiours céder, quelque

» vérité ou beauté qu'elle ayt : ou il la fault combattre à escient, ou se » tirer arrière soubs couleur de ne l'entendre pas, ^^r taster de toutes » paru comment elle est logée en son auctewr, »

sont en effet les mômes dans l'esprit de Descartes et dans Fesprit de saint Augustin, qui a dit la même chose douze cents ans auparavant * .

En vérité, je suis bien éloigné de dire que Descartes n'en soit pas le véritable auteur, quand même il ne l'aurait appris que dans la lecture de ce grand saint; car je sais combien il y a de différence entre écrire un mot à l'aventure, sans y faire une réflexion plus longue et plus étendue, et apercevoir dans ce mot une suite admirable de conséquences, qui prouve la distinction des natures matérielle et spirituelle, et en faire un principe ferme et soutenu d'une physique entière, comme Descartes a prétendu faire. Car, sans examiner s'il a réussi efflcacemeut dans sa prétention, je suppose qu'il Fait fait, et c'est dans cette supposition que je dis que ce mot est aussi différent dans ses écrits d'avec le môme mot dans les autres qui l'ont dit en passant, qu'un homme plein de vie et de force d'avec un homme mort.

Tel dira une chose de soi-même sans en comprendre l'excellence, où un autre comprendra une suite merveilleuse de conséquences qui nous font dire hardiment que ce n'est plus le même mot, et qu'il ne le doit non plus à celui d'où il l'a appris, qu'un arbre admirable n'appartiendra pas à celui qui en aurait jeté la semence, sans y penser et sans la connaître, dans une terre abondante, qui en aurait profité de la sorte par sa propre fertilité.

i. Yok saiat ÂugusiiB, j>s cii>. Bei, 1. X, ch. 10 : « Mais te fût taèrne » de la vie» de la mémoire» de rintellijsence, de la volonté, de la pen- » sée, de la connaissance, au jugemsnt, qui peut en douter? Car si on » doute, c'est qu'on vit; si on doute, c'est qu'on se souvient des raisons » qu'on a de douter; si on doute, c'est qu'on comprend qo'oo doute } si » en dente, c'est qu'on veut s*assurer; si on doute, c'est qu'on pense; 9 n on dovte, e*est qu^on sait qu'on ne sait pas ; si on doute, c'est qii*on » ju§€ qn^on ne doit pas croire légèrement. Ainsi, celui même qui doute » de tout le reste ne peut douter de ces choses; car, sa us ces cboses, » i) ne lui serait pas possible de douter. » Cf. De Civ. M, 11, 26 : • in ne crains pas ici les arguments des académiciens disant : Mais si » vous TOUS trompes? Car si je me trompe, j*existe. Éa effet, celui j» qui n'existe pas ne peut pas se tromper. » Voir aussi SoUîoq,, II, 1, 3 ; De lib. arb,, II, 3, etc.

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