‹ Fragments philosophiquesChapitre 35 sur 41 · Après l'aocideot de Neuilly · texte numérisé non relu

Après l'aocideot de Neuilly

3. Âmauld était en effet d'une science universelle : théologien, philosophe, mathématicien, etc.

SNTRETIBN DE PAECAL AYBO M. DB SACI. 67

Saoi loi apprendrait les méprisera H vînt donc demeu> rer à Port Royal.

M. de Saci ne put pas se dispenser de le voir par bon* nêteté^ surtout en ayant été prié par M. Singlin; mais les lumières saintes qu'il trouvait dans l'Écriture et les Pères lui firent espérer qu'il ne serait point ébloui de tout le brillant de M. Pascal, qui charmait néanmoins et enlevait tout le monde. Il trouvait en effet tout ce qu'il disait fort juste. Il avouait avec plaisir la force de son esprit et de ses discours. Tout ce que M. Pascal lui disait de grand, il l'avait vu avant lui dans saint Augustin ', et, faisant justice à tout le monde, il disait : «M. Pascal est extrêmement estimable en ce que, n'ayant point Iules Pères de l'Eglise, il a de lui-même, par la pénétration de son esprit, trouvé les mêmes vérités qu'ils avaient trouvées. H les trouve surprenantes, disait-il, parce qu'il ne les a vues en aucun endroit; mais poumons, nous sommes accoutumés à les voir de tous côtés dans nos livres.» Ainsi, ce sage ecclésiastique trouvant que les anciens n'avaient pas moins de lumière que les nouveaux, il s'y tenait, et estimait beau* coup M. Pascal de ce qu'il se rencontrait en toutes choses avec saint Augustin.

La conduite ordinaire de^M. de Saci, en entretenant les gens, était de proportionner ses entretiens à ceux à qui il parlait. S'il voyait, par exemple, M. Champagne, il parlait avec lui de la peinture. S'il voyait M. Hamon, il l'entretenait de la médecine. S'il voyait le chirurgien du lieu, il le questionnait sur la chirurgie. Ceux qui cultivaient ou la vigne, ou les arbres, ou les grains, lui disaient tout ce qu'il y fallait observer. Tout lui servait pour passer aussitôt à Dieu, et pour y faire passer les autres. n crut donc devoir mettre M. Pascal sur son fonds, et lui

1. M. de Saci a surtout un esprit l'eli^eux : c'est la foi dédaignant ia •cicDce.

2. M. de Saci retrouvait ioni dans saint Augustin, et en effet ce père résume en lui tontes les doctrines des anciens philosophes, princi* paleneot des Platoniciens et Alexandrins, dont il avait d'abord partagé les idées : M. de Saci ne connaissait du reste point asies l'antiquité pour s'apercevoir des emprunts faits par saint Augustin «a phi» loBophes du paganisme.

68 FRÀGJfENTS PHILOSOPHIQUES DE PASCAL.

parler des lectures de philosophie dont il s'occupait le plus, n le mit sur ce sujet aux premiers entretiens qu'ils eurent ensemble. M. Pascal lui dit que ses deux livres les plus ordinaires avaient été Épictète et Montaigne, et il lui fit de grands éloges de ces deux esprits. M. de Saci, qui avait toujours cru devoir peu lire ces auteurs, pria M. Pascal de lui en parler à fond.

« Épictète, lui dit-il, est un des philosophes du monde qui ait le mieux connu les devoirs de l'homme ^ Il veut, avant toutes choses, qu'il regarde Dieu comme son principal objet'; qu'il soit persuadé qu'il gouverne tout avec justice ; qu'il se soumette à lui de bon cœur, et qu'il le suive volontairement en tout, comme ne faisant rien qu'avec une très-grande sagesse : qu'ainsi cette disposition arrêtera toutes les plaintes et tous les murmures, et préparera son esprit à souffrir paisiblement les événements les plus fâcheux ". Ne dites jamais, dit-il, J'ai perdu cela; dites plutôt, Je l'ai rendu. Mon fils est mort, je l'ai rendu. Ma femme est morte, je l'ai rendue. Ainsi des biens et de tout le reste. Mais celui qui me l'ôte est un méchant homme, dites-vous. De quoi vous mettez-vous en peine, par qui celui qui vous l'a prêté vous le redemande? Pendant qu'il vous en permet l'usage, ayez-

1. Eloge mérité y à la condition qu'on ne prenne point le mot de devoir exactement dans le même sens que Pascal lui donne. Epictète n'entendait point le devoir au sens chrétien comme une obéissance à uoe règle qui nous serait supérieure: il l'entendait plutôt, avec tous les Stoïciens, comme une convenance a l'égard de soi-même, de sa raison, de sa volonté. La raison étant d'ailleurs universelle^ il suffit de se trouver d'accord avec soi pour être d'accord avec le Tout.

2. Ce n'est pas là une interprétation exacte d'Epictète. Sans doute ce dernier, dans les Entretiens, parle plusieurs fois de Dieu à la manière de Socrate, dont il est alors simplement l'imitateur et le disciple ; mais

'y est pas présenté comme le resp( lonté divine, mais comme le respect de notre propre liberté. C'est, comme la morale de Kant, une ooctrine d'autonomie. Ce mot même, comme on l'a remarqué, se trouve déjà dans Epictète : i^uOsp^ aÔTdvo|AO<.

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