COMMENTAIRE SUR LE SECOND ALCIBIADE
Le catalogue imprimé des manuscrits grecs de la bibliothèque royale de Paris porte, au nom d'Olympiodore, sous le n° 2016, l'indication d'un commentaire inédit de ce philosophe platonicien sur le second Alùihiade (4). L'importance de cette indication est manifeste. En effet, Olympiodore représentant à peu près l'opinion de ses prédécesseurs, c'est-à-dire de toute l'école d'Alexandrie, s'il avait commenté le second Alcihiade^ on pourrait en conclure, juscju'à un certain point, que l'école à laquelle il appartient regardait comme authentique le second Alcihiadey que la critique moderne a relégué parmi ces dialogues ingénieux, mais sans importance philosophique , écrits par des
(1) « Codex chùrtaceus, olim Balusianus, quo conîinentun
1® Olympiodori in Platonis Alcibiadem secundum. Finis desideratur,
2® Capita quœdam ascetica, Initium et auctoris nomen desiderantur.
Is cod» sœculo xvii exaratus videtur. »
320 OLYMPIODORE ,
moralistes appelés socratiques , et plus tard attribués faussement à Platon. Ce serait là déjà une donnée précieuse , sans parler des idées philosophiques , des détails historiques, ou même des curiosités grammaticales qu'un pareil ouvrage pourrait contenir. Il est donc aisé de comprendre l'intérêt avec lequel l'annonce du catalogue imprimé des manuscrits grecs de Paris a été accueillie et répétée par les historiens et les amis de la philosophie ancienne, entre autres par M. Creuzer, qui, dans la préface de son édition du Commentaire d'Olympiodore (1 ) sur le premier Mcibiadcy répète, relativement au second, l'annonce du catalogue de Paris.
Cette annonce est d'autant plus frappante , que nul autre catalogue imprimé de manuscrits grecs ne parle d'un commentaire d'OJympiodore sur le second jélcibiade ; et quant aux bibliothèques qui n'ont pas de catalogues imprimés , nous pouvons assurer que, dans un séjour assez long auprès de la bibliothèque ambroisienne de Milan, où M. Mai a fait de si précieuses découvertes, nos recherches nous ont convaincus qu'il n'existait aucun commentaire sur le second Àlcihiade; et un de nos amis (2), ayant eu la complaisance de chercher pour nous ce manuscrit au Vatican et à la bibliothèque
(1) Oljmpiodor. inPlatonis Alcibiad. Francofurt. ad Mœnum, 1821 j praefat. p. xvii.
(2) M. Larauza , maître de conférences à l'ancienne école normale, auteur d'un savant mémoire sur la vraie route d'An-
d'un prétendu GOMM. sur le 2" ALGIBIADE. 321
Barberîni^ n'a pas été plus heureux à Rome que nous l'avions été à Milan. Reste donc la bibliothèque de Parisy qui, sur la foi de son catalogue, passe pour posséder un ouvrage dont on ne trouve ailleurs aucune mention.
Or nous nous faisons un devoir de déclarer que le manuscrit 201 6 ne contient, malgré le catalogue imprimé, aucun commentaire sur le second Alci-^ hiade ; et pour qu'il ne reste aucun doute à cet égard, nous donnerons ici une description de ce manuscrit un peu plus étendue que celle du catalogue.
Ce manuscrit est un in-h'' assez grand, de 178 feuilles; l'écriture est; de plusieurs mains ^ toutes très-modernes et très-mauvaises. Quant au contenu, on lit sur la première feuille : Codex papjrreus recens quo continentur Olympiodori scholia in Platonis Alcibiadem hactenus inedita; incipùmt : ô iiiv ÀftiffToriknf^... et en effet, à la feuille suivante,
on trouve ; 2;^oMa giV rh IlKàirt&ttof AhanCiHiiv i/jri ^»vif OhvfiTtoJ^tipov rov (À^ydAov ^/Aocro^ot/... O (aIv Api^- TArihms Ap^ifjLtvoi rn^ «autoS ^îoKoytAfF (1) ^nt^î* Ilivrtf ivBpeù'^ot tiHvtti ofiyovTAi ^vVti y ^nfitï^v Si n tSv «tî^flir- ^idùV àyATrn^if* iyà Si rif tou TïKÂrcùVOf ^lAo^o^î*? «p;^of*ijfor çainv av touto (Aet^ivt^f Iri 'jrÂjfrtf AvOpwJrot Tfif Hxirtùva^ ff^o^iAf IpiyovTAiy ;^p«^tok 7r«tp' AÙrSf
nibal à travers les Alpes, mort, en 1825 à Paris, à la fleur de rage et du talent.
(1) Sur le nom de théologie donné à la métaphysique d'Aristote parOlympiodore^ voyez la note de M. Greuzer, p. i.
322 OLYMPIODORB ,
iTuvrif ifva-AeFOàit iSotfAo/beero/... Ce début est bien incontestablement celui d'un commentaire d'Olympiodoi^ sur YAlcibiade de Platon^ mais sur le premier^ non sur le second ^ commentaire publié en 4821 par M. Creuzer, et dont nous avons rendu compte plus haut. Ce commentaire sur \e premier Alcibiade continue^ dans le manuscrit 2016^ jusqu'à la feuille 407. Les derniers mots du verso de la feuille lOÇsont : M hi'tttrKtihovf iv etùroyç iT&vofjLtt^ov i^t^ào'MfrAfi lesquels mots correspondent à la. page 459 de l'édition de M. Creuzer. La feuille 107 du manuscrit 201 6 a l'air de faire suite à la feuille précédente ; l'écriture en est la même ; et de peur ^ à et qu'il semble , qu'on pût ne pas s'y tromper, en tête de la feuitle on a écrit ces mots : Olfmpiodori sckolia in Alcibiadem Platonis. Or voici la première ligne de ces prétendues scholies sur VAtcibiétdei ^«T(> owjr divriv i KîCfif^' w&f tovto héyufy » 2««paT«<...9 ce qui est évidemment une phrase du Phédon, et la suite est un morceau du commentaire médit d'Olympîodore sur ce dialogue ; ce fragment va jusqu'à la feuille 1 21 . Nous rapporterons les dernières lignes du verso \ 20 : aa-Tgp yÀ^ ro lî^grcpor ifA^LA ^pirtfov i^h feàri^ôfjLivov vtto rov nhtetKaZ ^aroc «TfpoK i^Tt To5 ^tari^ovroff »f i^KAfcTofjLîvovy v^rîpoy «Tè ifovTiA "Jfdùf KAi ^vva/jrrîTAi Kai o7oy iy kaè ihionS^ç yivtTAi* ouT« KAi i iixiripA 4*'/^'' **^' *PX^^ ^^^ ^^"^ /^AfiTiTAt.... Ici^ feuille 121 , sans changement apparent , commence un. tout autre ouvrée. Cet ouvrage me porte aucun titra; mais; le sujet en est
))^UN PRÉTENDU COMM. SUR LE î"" ÀLCIBIADE. 323
évidemment la prière. En voici les premières li^ gnes : ATTAViTTov ï^^^ ( dcux mots qui se rapportent à une phrase précédente que nous n'avons pas ) av ydip TOTf fJLh ivyjff^Ai J^tïy TOT€ S'i fjLtiy Tovf riiv iAvrZv ffATptAv àfjroCÂhtïv i9ixovTtbf„.i, SftTpi ctK indique déjà un auteur ecclésiastique. Le reste de la page est consacré à une comparaison du feu qui amollit le fer, et de la prière qui amollit l'âme. Au verso de cette feuille il est question du feu de la grâce, tov TV pif T«r ^AptTOfy puis de notre Sauveur, ô &(arip n(JiSvi enfin, en continuant, on voit que c'est un morceau d'une homélie sur la prière, terminé par AvrS i H^A iU TQVf AÎmvAç^ i(Àjiv. Viennent ensuite d'autres homélies -srip/ 4*^iw^<^'«^> ^tf' Myio^fjAvy -tépî ÛTa^oKWf , jusqu'à la feuille 178, la dernière du manuscrit, terminée également par la formule ordinaire : T^ «Tè ^î$ ifjLcSf i'é^A iiç AtSvAfy ifJLnv* De qui sont ces homélies? c'est ce qu'il serait aisé de vérifier ; mais il est certain que^ dans tout ce manuscrit , îl n'y a rien qui se rapporte au second Ald-^ biade.
Nous avons donc cru devoir avertir ici les amia de la philosophie ancienne de ne point se livr^ à de fausses espérances, et de ne pas compta sur un commentaire inédit du second Àlcibicuie de Platon, au moins dans le manuscrit 2016 de la bibliothè-que royale de Paris.
OLYMPIODORE, COMMENTAIRE SUR LE PHILËBE,
Platon is PHilebus. Recensuit , prolegometiis et commentatih illuslrayit Godofrkdus Stalbauh ; accesserunt Ofy-mpiodori schoUa in Philebum, nunc primùm édita. Lipsiae, 1821^ 4n-8y dOOpsiges.
Le commentaire d'Olympîodore sur le Philèbe, publié par M. Stalbaûm à la suite de son édition du Philèbe^ se trouve dans lia plupart des bibliothèques de TEurope. Le manuscrit dont s'est servi M. Stalbaûm, est celui de la bibliothèque de Seitz, près Naumbourg, que l'éditeur déclare tenir de M. Millier, le directeur de cette bibliothèque, à l'opinion duquel il renvoie pour tout ce qui regarde ce manuscrit. Or, voici l'opinion de M. Mûl- 1er; nous citerons ses propres paroles (1) :
CommentaritÂS constat foliis 59, nallis ft^i^iin distinctus y et incipit verbîsj irt crgp? nS'ovnf o o-kù^ttIç (pA^tv^ et desinity if kaÏ h rSrov ^tethiyov <rKOT$ «T/opifojugflct. Cùm vero neque scholia^ neque verba contextûs Platonici, ut priores dialogi, nobis €xhibeat, nihil quoque horum reddere et cum lec-^
(1) Notitia coda, Ciz9nsium, iz, p. 13, 1807.
OLYMPIODORE y SUR LEPHILEBE. 325
toribùs comtnunicare possumus. Disputai auctor modo in universum de rébus quœ in dialogo tra^ dwitury atque ea quœ sihi vel aliorum philoso^ phorum placitis videntur repugnare illustrât ^ eomponit, et dubia, quœ putantur, argumenih vel è naturâ rei vel ex aliis philosophis , Théophrasto imprimis et Aristotele, petiiis firmat. Hœc autemfaciunt, utcredamusy ea quœ codex nosier exhibeat modo esse prolegomena , quœ Oljrmpio^ dorus prœmiserit scholiis, hœc vero à Ubrario esse prceteimissa. QuodJiied'CredibiliuSj quocer" tius constat P^indobonœ in bibU Cœsareâ servari eclogas scholiorum in Philebum ex ore Olympiù' doriexcerptorum.Cf.YahriciiBibL Grœc. yol. m, p. 80, ëdit. Harl. — ffœc quàm vera sintj ajoute M. àtalbaûm, iis quœrèndum relinquimus, quibus alios Olympiodori codices contparandi occasia est oblata. '
Il nous semble que, même sans avoir consulte d'autres manuscrits que celui de Seitz, M. Stal-^ baûm aurait pu aperccToir aisément Fînexactitude de toutes les assertions de M. Mûller. D'abord il est faux que Théophraste et Âristote y soient plus cités qu'aucun autre philosophe; ils le sont infiniment moins; Théophraste même n'y est cité qu'une fois, page 269 de l'édition; ce qu'il est bon de remarquer, pour ne pas donner à Olympiodore une apparence de péripatétisme, et augmenter k confusion déjà trop grande des divers Olympio* dores péripatéticiens et platoniciens ; et M. Stdl-*
326 OLYMFIODOUS^
baum aurait mis tous les koteurs k portée de juger l'assertion de M* MuUer, s'il eût joiirt aux scholies qu'iipubliait un index des auteurs et des ouyrages qui s'y trouvent mentionnés. Ensuite il n'y a qii'k lire attentivement ces scholies pour s'assurer que ce ne sont pas seulement des prolégomènes ^ mais un commeutaire entier ; car si le texte de Platon n'y est pas rapporté , le dialogue n'y est pas moina suivi pas à pas dans toutes ses parties; nul endroit important n'est oublié ; l'ordre du Philèhe est fidèlement suivi : et^ par e3;emple^ le Ptùlèbe finissant un peu brusquement^ le commentaire d^Olym* piodore s'arrête au même point , et l'autem* alexandrin s'imagine que le dialogue de Platon n'est pas fini ^ ÀreKfff S'^a^oytn; , qu'il est même interrompu a dessein et pour des raisons métaphysiques toutà-fait chimériques. Enfin, de ce qu'il y a des scholies d'Olympiodore sur le Philèbe dans labibliothèqifôde Vienne, s'ensuitr-il que ces scholies sont différentes de ceU0s que contient le manuscrit de Seit^? Le titre est exactaoœnt le même : 2;)^oAifit tU tok rïA*-
^^Ao^o^ou : le ooBQunencement est le même; et Lambécius ne donne aueun renseignement qui puisse faire soupçonner la moindre différence.
Mous n'avons pas vu le manuscrit de la bibliothèque de Vienne ; mais nous pouvons assurer que U>m ceux de Paris, de Saint-Marc et de l' Ambroisienne ne vont point au delà de celui de la bibliothèque de Seite; et non^eulement tous ces ma-
niiscrits sont confonnes les uns aux autres quant à l'étendue^ mais malheureusemmt ils le sont aussi quant aux lacunes. Nous avons comparé le manuscrit de Paris , n" 1 822 , avec ceux de T Amliroisienne et de Saint^'Marc; et les mêmes lacunes que nous avions trouvées dans l'un se sont r^ro* duites dans les autres avec une identité parfaite; le manuscrit.de Seitss les renferme aussi^ et M. Stal^ baûm les a figurées dans son édition comme elles se rencontrent dans le manuscrit. Ainsi il âut supposer qu'à moins d'une bonne fortune sur la* quelle il est bien difficile de compter, nous possé^ dons le commentaire d'Olympiodore dans l'état où il nous est permis de l'avoir.
D'ailleurs ces lacunes sont loin d'être oonsidé-*râbles : ce sont quelques mots à la page 287 de l'édition de M. Stalbaûm, article 248 (i); une ou deux lignes à l'article 217, page 280; deux ou trois à l'articlp 213, page 279, et rien de plus ; car page 273, art. 181, la lacune du manuscrit de Seitz, reproduite et acceptée comme réelle par M. Stalbaûm, n'existe pas dans le manuscrit de Paris, n** 1822, et est tout-à^fait artificielle; la phrase telle que la donne le manuscrit de Seitz > savoir, oV/ o/ (aèv rptlf ^pirot rpoTo/ rtif iTOcTfi^eû»/ Iti ^'VX^^ i^oLfjiCajifovro 9 ne suppose jms nécessairement
(1) Nous avons cru devoir citer, outre les pages de l'édition de M. Stalbaum,le numéro des articles distincts du commentaire, selon le manuscrit de la bibliothèque royale de Paris^ n° 1822.
328 ûtYMPicHxmEy
de lacune , comme le prouve ce qui suit : i iri
rSf onifety où yÀf hpêtpoTpKtï ro ^3(âûl* i i'Jri rSv i*.AVi»r' tv y if iittiviTai ro 0'âjjUct-^ ô «ro t5k fAATeue^i^ ihitiS'mir SKto'Ta yÀpiK'ri^u ri ^myiet^ AKKÀ kaI o ÎKrofrfivrof 4*'"
Xticif «^Ti. Il «1 est de méme^ page 284, art. 220 :
EÎTflt if vf rS ^yV«fl»< iTnCanyovrt y uta iv t? 4''Jc?
ifjLoiû»^ ri rotetvrnt Ktti tcao^^ iv nS ipu^ocf KOO'fjtij^ kaB* vvctp^tv. La lacune entre r^ et (pucne^f n'existe pas dans le manuscrit de Paris, n? 1822, et nous nous sommes aspirés <pt'elle n'existe pas plus que la précédente dans les manuscrits de l'Ambroisienne et de Saînt-Març, que nous avons coUationnés. Le sens ne réclame rien ; et dans un écrivain comme Olympiodore, on ne peut pas dire que riir avant çvVf»^ soit rigoureusement nécessaire.
Nous ne nous arrêterons pas à quelques fautes de copiste ou à d'autres un peu moins insignifiantes, que M. Stalbaûm a relevées dans le manuscrit de Seitz, pas plus qu'à celles qui lui sont échappées à lui-même, comme, page 266, ar-* ticle 451, J^ietCahova-A ùf rnv '4'^X^^* lisez cf/ctCaivov7et (ri Tàiin), pge 284, article 235, r»v tU TptSv, lisez tèç avec le manuscrit de Paris, page 250, article 62, rm overSy, lisez où «r/Si^, et peut-être un peu trop de fautes de ponctuation ; et nous terminerons la partie philologique de cet article, en citant les mots rares et tout-à-fait inusités, selon M. Stalbaûm, que fournit la publication de ces scholies. Ce sont hoyiKiViO-ôùLty page239 'y i7rivppctivi<rûa.h ibid.j ivihhiv^Ai^ P^g^ 242; To ffTot^itiùTovf page 246;
SUR LB PHILàOE. 329
7trAVtK»f et i»dLvri6îrofy p. 247; vTffuS'tov y p. 248; vîàL^TptTîf f page 249. Excepté to ^roi^uarhy qui est plus rare et un peu barbare^ tous les antres mots y et particulièrement riTAvtjcSf y û^i psicTeor » vîApoTpiwu, se trouyent à chaque pas dans les Alexandrins, et surtout dans ProcluSé
Ces scholiesy qui forment en tout, dans le manuscrit de Paris , n*' 1 822, deux cent cinquantenm articles, ne constituent pas un commentaire. régulier composé par Olympiodore lui-même; ce sont, comme le titre l'indique, des dictées ou peut-être des résumés de ses leçons Êiits par quelqu'un de ses élèves , puisque souvent l'opinion d'Olympiodore y est citée à côté de celle d'autres philosophes, et lui-même désigné sous le titre de noire professeur j notre maître, orf/werepor KArnytiim. Quant à la grécité de ces scholies, c'est tout-à-fait celle du commentaire sur le premier Alcihiade; les expressions des anciens écrivains s'y rencontrent encore de loin en loin , mais les tours et le génie delà bonne langue n'y sont plus. Il n'y a pas encore uii trop grand nombre d'incorrections; mais on sent déjà de toute part l'approche de la barbarie , qui se glisse peu à peu sous les anciennes traditions et flétrit déjà la phrase en attendant qu'elle ]a corrompe. Olympiodore lui-même, autant qu'on peut juger un professeur par les rédactions d'un élève, n'y parait pas un homme d'un esprit trèsremarquable. Successeur de grands hommes, il les répète; héritier d'un grand ensemble d'idées et
330 OLYMMODORB^
d'une ërudition accumulée depuis des siècles ^ if transmet d'une manière faible et un peu décousue un enseignement qui lut grand , mais qui dépérit* Le corps de l'ancienne philosophie se soutient ^ omis l'âme et l'esprit ont disparu.
Malgré ces considérations , ou peut-«tre même à cause d'elles^ il est intéressant de rechercher dans ces scholies les idées d*01ymplodore sur les points les {dus importants du Philèbe; car ces idées sont ^celles de l'école entière , et^ dans leur décadence, même , elles nous représentent l'état des esprits à cette époque , et celui du paganisme dans ses plus dignes représentants et ses derniers défenseurs. Ajoutée que ces scholies demi-barbares contiennent un certain nombre de données nouyelles sur des hommes dont le nom seul a surnagé, et sur d^ ou« vrages qui <mt péri. C'est sous ces deux points de vue philosophique et historique que nous considérerons successiyement ce commentaire du sixième siècle.
Les six premiers articles sont consacrés à l'exa-* men et à la réfutation de plusieurs opinions des devanciers immédiats d'Olympiodore sur le but spécial du Philèbe ^ et à l'exposition de l'opinion du maître^ savoir^ que le but de Platon n'est de cher- ' cher ni le bien en soi , ni le bien tel qu'il est et doit être pour les dieux, les animaux, les plantes et tous les êtres, mais pour cette classe particulière d'êtres qui ont reçu en partage le connaissance et le désir, et qui par conséquent réclament, dans
l'échelle infinie du bien , le degré du bien mixte ^ double et mélfiiigéy composé d'intelligence et de plaisir (1),
L'article 7 contient une division du Philèbe en trois parties : la première, où Platon exposera les méthodes dont il fera usage ; la seconde, où il montrera de la manière la plus simple que la vie la meilleure pour l'homme est la vie composée, o ^juk- 7êf (tiùf • la troisième,.où il le prouvera par les méthodes indiquées.
Mais il ne &ut pas croire qu'Olympiodore suive l'ordre qu'il s'est tracé lui-même : après avoir déterminé , selon l'usage de tous lesf commentateurs alexandrins, ce qu'on appelle le caractère moral des personnages, et montré dans Socrate le représentant et le type de la science , dans Protarque celui de l'opinion , dans Philèbe celui de la partie inférieure de l'existence , il parcourt irrégulièrement et sans aucun plan tous les points de quelque importance qui se rencontrent dans le dialogue de Platon. Nous extrairons ce qui se rapporte aui^ quatre endroits les plus dignes d'attention, savoir, la méthode analytique et synthétique, les quatre glandes classes sous lesquelles Platon renferme tous les êtres, la théorie du plaisir et de la peine, et les trois caractères fondamentaux du bien, savoir, la
(1) Tltft et T«» ix yov xec) i^ov^Çy ttvîf ôpclr^i tf tc7ç wt^uxort ytyvtitncuv té ku) ôpiyt<r6»t, p. 238. C'est aussi ropinîou que nous avons adoptée dans noire argument du Philèbe, trad. de Platon, t. II.
332 OLYM^IODOREy
yérité^ la beauté et la mesure. Tout le reste peut se grouper autour de ces points essentiels.
I. C'est une chose assez étrange que la méthode qu'Olympiodore et les Alexandrins appellent analyse^ soit précisément ce qu'on entend aujourd'hui par synthèse^ ou du moins cette seconde opération de l'analyse qui est la recomposition. La première opération 9 la décomposition, s'appelle chez les Alexandrins httipirtKni le passage suivant le prouve incontestablement.
Article 38 , page 246. Selon Olympiodore^ on peut considérer l'existence universelle , ou dans sa sortie de l'unité et sa marche vers la pluralité et tous les phénomènes du monde visible, ou dans la i^ecomposition de la pluralité retournant à l'unité ; ou on peut la considérer en elle-même ou bien en^ core la rattacher à son principe et à sa cause. Or^ ces divers points de vue sur le monde sont merveilleusement représentés par les diverses méthodes philosophiques, lesquelles, après tout, ne sont et ne peuvent être que diverses manières de considérer les choses. L'analyse ou la décomposition, i J'tetipgT/jtii, dit Olympiodore , ressemble rit crpooJ^^ rSv ovrm, à la génération progressive des êtres ; la recomposition ou synthèse, n ivAhvrtKii à leur retour àj'unité, T? i^ta-rpopSy la définition, » ôpio-nmi à leur existence actuelle prise en elle-même , tS h* iAvrHf iiTTeia-vi'y la démonstration à l'existence rattachée à sa cause, t? àtto AÎrletf i^nprtifJLivyi (1). Et il
(1) Un point de vue semblable se trouve dans les scholies
SUR LE PHILEBË. 333
ajoute^ art. 39, que ces quatre méthodes sont toutes renfermées dans deux , savoir, rS S'tctifênKS , et tw o-vvAyaySy et il met ici tÎ ^vj^àLyûdyovpourYivAKvriK^ du passage précédent, ne laissant plus aucun doute sur la valeur de ce dernier mot, qui désigne évidemment la synthèse, ou recollection et recomposition de parties. Les quatre méthodes se réduisent à deux, car la définition est synthétique, en ce sens qu'elle compose et rassemble, trwÂyuy les divers caractères d'une chose pour en faire une totalité qui est la définition ; et la démonstration est analytique, en ce sens qu'elle engendre et tire l'effet de la cause, ^Tr^iy^h et en général déduit une chose d'une autre. Ailleurs, article 59, p. 249, il identifie AVethvuy et a-vvdyuv: kaï ^àp *T€p ttùrii AVA^vît KAÏ (rvvAyu.,.9 Ailleurs encore, pag. 251 , article 66, il dit que la recomposition, n àvAhvrtKfiy est inférieure à l'analyse, rSf S'fAipiTtKnf; car, (c l'une voit « d'en haut dans la vallée (c'est-à-dire, va du géné- (c rai au particulier ) , lorsque l'autre ne voit les « hauteurs que d'en bas ( c'est-à-dire , n'arrive au « général qu'à travers tous les cas particuliers et « les lents procédés de la généralisation collective a et comparative ). » Sur ce point important, on peut voir encore les articles 40, 58, 62 et 63.
II. C'est dans ce commentaire même qu'il faut lire les scholies sur les quatre principes : ces scholies sont très-courtes ; mais chacune d'elles , dans
dé Proclus sur le Cratyle, édition de M. Boissonade, p. % art. 3.
334 OLYMFIODORE,
sa brièveté , est substantielle et pleine de sens^ et particulièrement les scholies 97^ 106^ 112 et 128. Cette dernière renferme une réfutation de Popinion de Porphyre sur le principe du mélange et de la combinaison des deux éléments, le fini et Tinfini ; combinaison qui est l'univers lui-même. Platoti établit que l'intelligence est le principe de cette combinaison, et c'est à cette occasion que se trouTe dans le Philèbe la phrase' célèbre cp!^ ^intelligence a de V affinité avec la cause ^ c'est-à-dire que la notion de cause est précisément celle d'intelligence. L'identité de la cause et de l'intelligence est vraie à tous les degrés de l'être. Elle est vraie en ce qui concerne la cause intellectuelle qui est en nous, et à plus forte raison pour la cause première, foyer primitif de toute intelligence. Platon avait en vue la cause première et l'intelligence première ; mais Porphyre, à ce qu'il paraît, avait particulièrement considéré le principe de l'îdentité'de l'intelligence et de la cause sous un point de vue psycfaolc^ique et moral, w PorjAyre, dit Olympiodore, article 128, fr p. 262,. prétend que le but de Pkton est de nous « enseigner que notre intelligence, notre esprit est « supérieur au plaisir, vtJiSfrA riv »>f rt pw vwr, puisce qu'il est de la même iamille que l'esprit qui gott* (t veme le monde ; et c'est poOT escrimer plus ibr- « tement ce rapport, que Platon se sert de l'expres- « sion ytvovimivy au lieu de (fvyytvn (1). » Mais
(1) Cette remarque d'Oljmpiodore cotifirme la vulgate y6»#errrijr et la maintient contre toutes les corrections. C'est le seul
Olympiodore objecte à Poi^hyre qu'il ne s'agit point ici de l'intelligence en rapport avec le monde et par conséquent déjà tombée dans une sorte de division avec elle-même, ce que les Alexandrins appellent i fjLspio-rif vovfy ô (aiktI^ vovf 9 c'est-à-dire 0A<7/A/xor> régnant sur le monde avec lequel elle est en rapport, mais de l'intelligence dans son unité absolue, i^Kooç foC^, encore à l'état d'identité, et avec le caractère de pensée en soi, d'autant plus qu'il n'est pas besoin rigoureusement de prouver que notre intelligence est du même genre que l'intelligence uniTcrselle , pour prouver que l'intelligence est supérieure au plaisir,
IH. Pour la psychologie, nous invitons à lire l'article 1 53, page 266, où Olympiodore établit que la mémoîte n'est pas seulement la simple persistance d'une impression reçue, une sensation continuée, mais qu'elle contient un élément actif et intellectuel,^ yvaTie yàip Ktti n lAvvfJtn kcÙ ov a-ét^ofiéi^ ms^htrtfi Tartide i99, page 276, sur les plaisirs passionnés^ loiqoiu*s accompagnés de douleur, et sur les loisirs . purs qui appartiennent au développe^ ment naturel de l'existence; ainsi que l'article 150 acur les passions et^ lemrs divisions. Nous nous contenterons^ d'arrêter un instant le lectaur sur les scbolies quÀ se rapportent à la discussion, assez longue dan^'PIaiton, relativement aux plaisirs feux et
passage d*01jmpiodore qtiî serve à rétablissement du vrai texte ; et encore ytvûitrrfiv est-il déjà cité par le scholiaste ordinaire..
3d6 OLYMPIODORE^
aax plaisirs Trais. Protarque^ dans Platon , avait déjà soutenu qu'il ne peut y avoir de plaisirs feux y puisque tout plaisir ne peut pas ne pas être vrai en tant que plaisir; et cette opinion de Protarque, qui était celle de beaucoup de philosophes contemporains de Platon , avait été plus tard reprise et soutenue avec avantage par Aristote et Théophraste. Olympiodore cite l'opinion des adversaires de Platon , avec leurs principaux arguments^ et essaie d'y répondre. Toute cette discussion n'est pas très-importante : mais comme elle est claire , que les scholies en se succédant forment un certain ensemble, et que ce morceau donne une idée de la manière d'Olympiodore , nous le traduirons ici presque en entier.
Article 1 61 , page 269. a Théophraste soutient (r contre Platon qu'il n'y a pas àes plaisirs vrais et (c des plaisirs faux , mais que tous les plaisirs sont (c vrais : car^ dit-il, s'il y a un plaisir faux, il y aura cr un plaisir qui ne sera pas du plaisir, ce qui est « impossible; la fausse croyance même est une ce croyance.*.. Théophraste dît encore : la fausseté ce peut être envisagée sous trois rapports, ou comme « habitude morale, ou comme discours^ ou comme <c une chose qui existe d'une certaine manière. Corn- « ment donc, dit^il, le plaisir sera-t-il faux? Le plaîfc sir n'est pas une habitude morale; ce n'est pas un « discours; ce n'est pas non plus une chose dont la w manière d'exister soit de n'exister pas, oi^ qvk oy. Or, « la fausseté est une chose qui n'existe que de cette
« manière. — Article 1 62. Quekjues-uns, frappés « de l'énergie apparente (tw^ S'oKova-tiç mpyu<if),de (( la réalité propre du plaisir^ el^ ne voulant pour- « tant pas abandonner Platon , se tirent d'affaire (( en disant que les faux plaisirs sont ceux qui sont « mêlés de contradiction^ et par contradiction ils « entendent le mal, le démesuré, Finfini; et que (c c'est par la règle et la mesure, que la raison leur «applique, qu'ils deviennent.vrais, de sorte que (( tous les plaisirs des gens de bien sont vrais, et « tous ceux des vicieux sont faux. — Article 263. a Platon l'entend autrement. Gomme l'opinion est c( fau^e quand elle porte sur ce qui n'est pas , de « même, selon lui, le plaisir est faux quand il porte « sur ce qui n'est pas agréable. Si quelqu'un a du c< plaisir en prenant un breuvage amer, pour un « breuvage doux, ou en se croyant heureux quand « il ne l'est pas, il est dans le faux; il en est ainsi a de celui qui croit avoir du plaisir quand il n'est « en rapport avec rien. qui soit agréable. De plus, (( le plaisir est une impression. Nulle impression « n'est absolue, mais se rapporte à un objet qui en « est la cause. Le plaisir aussi se rapporte à une « cause qui le fait être. D'où peut-il donc venir, « quand toute cause lui manque? Il faut qu'il vienne c( de l'imagination et d'une croyance fausse.... En- (( fin, la sensation €ist la condition de tout plaisir (( et de toute douleur; or, il y a des sensations « vraies et des sensations fausses, et il faut en dire i( autant des plaisirs qui en dépendent, • — Arti-
338 OLYNPIODORE^
« cle 164.Platon enseigne dedÎTersesmanièresqu'îl « y a des plaisirs faux; par les plaisirs qui ont lieu <i dans ks rêves.. ..^ par ceux du délire....^ par « ceux des vaines espérances.. ..^ par ceux que a donne le contraste de douleurs plus grandes , ou (( la cessation dé la dpuleur^ ou l'illusion des fausses u opinions* -^ Article 165. Produs seul a bien réu solu le problème, en admettant tantôt la fausseté, u tantôt. la réalité du plaisir, de sorte qu'il n'est pas CY nécessaire de condamner ceux qui soutiennent H que tout plaisir est vrai, s'ils le prennent bien, H ni ceux qui soutiennent qu'il y a des plaisirs qui H sont faux. En effet, l'agréable est douUe; on (( peut l'envisager, ou dans l'objet agréable en tant « qu'agréable, comme la douceur dans le miel, ou (c dans l'impres^n faite sur les sens, impression (c correspondante à l'objet qui la cause.... Ainsi, « relativement à rim{»*e»ion faite sur les sens , c( toute sensation est vraie, comme le veut Prota- (( goras, mais non pas relativement à l'objet ex- <v t«ne« Il an est de même du plaisir : tout plaisir « est vrai quant a la sensation; tout plaisir ne l'est «r pas quant à son objet. »
ly. Nous tâininerons cette analyse philosophique du commentaire d'Olympiodore , en faisant connaître ce qui se rapporte aux trois caractères essentiels du bien, la vérité, la beauté, la mesure, qu'en style alexandrin on appelle des monades. L'article 231 , page 284, est consacré à faire voir que ces trois caractères se retrouvent dans le tout
et dans chaque partie du tout ; leur unité est le bien lui-même^ principe éternel de toutes choses : a Ce (c principe^ dit Olympiodore, par sa liunière est la (c vérité; en tant qu'objet de désir pour tous les a étres^ il est la beauté; et comme il préside aux « rapports harmoniques des êtres ^ on le célèbre (C comme la mesure. En soi il est sans diTision; « mais les trois monades qui en dérivent Tex;»!a ment chacune à sa manière. — Et il ne faut pas tf croire^ ajoute Olympiodore y article 232^ que ce H principe ne soit qu'une simple collection des trois « monades : non ^ c'est une unité intégrante ; car il « est cause, et cause de tout. » Olympiodore ajoute, article 235 : ce lamblique dit que ces trois a monades sortent du bien pour orner Finbelli- « gence; mais on ne sait trop de quelle intelligence « il veut parler, ou celle qui est attachée à un ap- « pareil sensible et vivant, ou l'intelligence essen- « tielle que l'on célèbre sous le nom de père ff Ç'TTArptKov ùfAvov^sfoy). En général, on entend cette (( dernière intelligence; et ^i efiet, dans les Orphi- H ques, on voit les trois mpnades apparaître dans u l'oeuf symbolique. »
Par ces divers extraits, on peut juger du caractère de ce commentaire et des idées que la philosophie spéculative peut en tirer. Il est encore un autre point de vue de l'école d'Alexandrie sous lequel ce commentaire mérite d'être étudié avec attention, et qui se rattache au précédent; nous voulons parler du point de vue mythologique, c'està-
340 OLYMPIODORE ^
dire, des idées que les nouveaux platoniciens avaient reconnues ou qu'ils avaient mises sous les formes du paganisme y devenu par eux^ ou pour eux, comme un symbolisme de leur propre philosophie. La publication de ce commentaire intéresse le mythologue j et il ne lira pas sans fruit les articles 1 29 , 236, 242, 260, 222 j et particulièrement, sur le sens philosophique du Prométhée et de l'Epiméthée, les articles 40, 41 , 42, 43 et 44 j et sur Aphro* dite, comme déesse du plaisir, les articles 17, 18, 19, 20, 21 et 22. Nous nous contentons de Içs signaler et d'y ^envoyer les amis des recherches mythologiques, pour arriver à ce qui nous intéresse plus spécialement 9 savoir, l'utilité que l'historien de la: philosophie peut tirer de la publication de ces scholies.
Pour la première époque, à ddaut d'oracles chaldaïques, Olympiodore a quelques citations orphiques qai ne sont pas sans intérêt. Outre le morceau que nous a^ons déjà cité sur les trois monades qui sortent de l'œuf mystique, selon la doctrine orphique, on trouve, page 268, au milieu d'un article sur les différentes espèces de mémoire, comme la mémoire sensible, la mémoire imaginative, etc., une allusion à la mémoire supérieure dont parle Orphée, n w<tpÀ t$ ôp^gT /ui^it/xif. Hermann qui cite cet article d'Olympiodore (page 510) lit à tort Uwiyii'y c'est évidemment une allusion à l'hymne à Mnémosyne (1), MK«/uofuV»i^ Ktt^ia, Il est tout simple
(I) Hymne 76 ; éd. Hermann, p. 345.
qu'un oommènlateur du Philèbe ait rapporté, page 286, le vers célèbre que Platon cite dans ce dialogue :
A la sixième génération mettez fin à vos chants.
Je ne crois pas que Ton trouve ailleurs le demivers suivant , dont le sens est assez obscur : .
Quant aux pythagoriciens , on ne trouve ici presque rien qui ne soit connu. Platon, dans le Protagorasy avait mis Prométhée au-dessus d'Épiméthéè. Les pythagoriciens faisaient tout le contraire, dit Olympiodore, page 247, sans doute, parce que Prométhée indique le mouvement de l'intelligence qui se porte pom* ainsi dire en avant, et sort d'elle-même pour entrer dans les choses, MwTif-^po, TfoohKOfy tandis que Épiméthée marque le retour de l'intelligence sur elle-même, Mîrif- My iTi^TpgcTTi^oV, et qu'en effet il vaut mieux pour une âme revenir sur soi que d'en sortir. Pag. 282, le miel était pour les pythagoriciens le symbole du plaisir; de là la maxime : C'est le miel qui fait tomber les âmes dans le monde des apparences et des phénomènes : S'tÀ ftgA/To^ tIttuv iU yivitnv rif 4^;)^*^. Il faut lire aussi > pag. 280> un article sur la différence du système musical d'Aristoxène et de celui des pythagoriciens. En- Ci) P. 261. Voyez Hermann, p. 510.
342 OLYKPIODORB ,
fin , en parlant des philosophes qui maltraitaient le plaispr^ fvrxipAifirr»v rwv nJ^nify et recommandaient l'insensibilité ^ Olympiodore désigne , page 276, les pythagoriciens comme faisantpartie de ces philosophes chagrins^ tlrt ïlvOa.yoftûoi tirs *xaoi Ttvif'y mais il est évident qu'il ne peut s'agir ici des pythagoriciens, qui, au rapport d'Olympiôdore lui-même dans son commentaire sur le premier Mcibiadey n'étaient point d'une rigidité si mal entendue : Platon pensait évidemment à Antisthène, et à l'école cynique qui déjà frayait la voie au stoïcisme. On ne trouve absolument rien dans ce commentaire sur l'école ionienne^ ni sur l'école éléatique. Démocrite y est mentionné une seule fois (page 242) sans aucune citation précise.
Ces schi^ies ne répandent guère plus de lumière sur la seconde époque de la philosophie grecque. Les dial(^es de Platon c[ue cite Olympiodore sont : le Phèdre, p. 256; le Proiagoras, p. 247; \tPar^ ménide, p. 237 bis^ 248, 256, 257; le CraJtyle, p. 242; la République, p. 239, 248, 286; le 7ïmée^ p. 275. Remarquons qu'il cite deux fois, p. 245 et 264^ le second Jlcibiade déjà cité dans le commentaire sur le premier. Aristote est assez souvent mentionné, p. 250, 254, 269, 271, 276 bis, 283, mais sur des points peu importans ; Théophraste, une seule fois, dans l'endroit que nous avons traduit. Il est étrange que dans le commentaire d'un dialogue sur les plaisirs, Ëpicure ne soit pas cité plus souvent. Il n'est indiqué que deux fois. Pag. 274, Êpicuredit
SUR LE VHILèBB. 343
que le plabir naturel e^t plein de retenue , kata^ ffrntJuiLTuuiv, La vertu^ qui est le plaisir le plus pariait, ne se soustrait point à l'action des clioses extérieures, mais retranche l'excès en tout genre, soit l'eniTrement, soit Tahstinence. Page 275, ËfMcure pense que tout plaisir n'est pas nécessairement mêlé de peine. Nul philosophe stoïcien n'est ici indiqué , même une seule (bis. Les noms d'Archimède et de Ptolémée se rencontrent sans aucune citation précise, pag; 280, 283, ainsi que ceux d' Aristoxène , pag. 280, et du mathématicien Théodose, ibid.^ qui vivait du temps de Nerva et de Trajan. C'est à mesure qu'on entre dans la troisième époque de la philosophie grecque et dans l'école néoplato* nici^ine, que cesscholies d'Olympiodoie prennent de la valeur*
Il faut d'abord nous féliciter d'y trouver men- . tionnés trois noms peu connus, ceux de Proclus de Laodicée, de Boëthe, et d'un philosophe nommé Peisithée, n«/<ri9gor. Proclus de Laodicée aurait parlé du plaisir comme d'une divinité. Voicii la phrase, pag. 242, art. 20 : xyLvuTAi i iS'ovii ir^f
hA^hKti. C'était probablement dans sa théologie^ ou son traité du mythe de Pandore (1). Pour Boëthe, BonSor, Olympiodore cite son opinion, pag. 264, sur l'espérance et ses divers caractères, en contradiction avec Platon ; et il ne faut pas prendre ce Boëthe pour le philosophe romain , qui n'a guère (1) Voyez Suidas, UfiicX,
344 OLYMPIODORE^
pu écrire avant Olympiodore , de manière à pou^ voir être cité par ce dernier : il faut entendre^ à ce qu'il nous semble, un autre philosophe , péripatéticien, comme le philosophe romain, mais plus ancien, et qu'Ammonius, sur les catégories* d'Aristote, et Ânitius Boëce lui-même, citent comme un interprète distingué d'Aristote (1). Il en reste si peu de chose, que son fragment sur l'espérance, que nous a conservé Olympiodore, n'est pas sans prix. Quant à Peisithée, nous avouons que son nom même nous était inconnu. Olympio-» dore le donne, pag. 237, pour un ami de Théodore d'Asinée, ce qui le place après Porphyre; et il parait que ce Peisithée s'était occupé du Philèbe y et avait une certaine réputation, puisque Olympiodore cite son opinion sur le but du Philèbe et la réfiite avec soin.
Parmi les disciples de Plotîn, que Porphyre cite avec distinction dans la vie de son maître, Amélius parait avoir joué un rôle important. Ses opinions sont plus d'une fois mentionnées par les Alexandrins avec le plus grand respect, mais aucun de ses ouvrages n'est parvenu jusqu'à nous. La tradition alexandrine ne nous a conservé que son nom entouré de la plus haute considération, avec quelques opinions éparses qu'il serait intéressant de recueillir et de disposer avec ordre, de sorte qu'on
(1) Voyez, en léte des œuvres de Boëce, la lettre de Mar-. tian. Rota, les dernières lignes , et Boëce, p. 56 du !•' livre sur Porphyre.
pût refla^ouver quelque chose du système de cet illustre platonicien ^ comme on l'a fait pour plusieurs philoisophes^ tels que Posidonius^ Anaxagore, Heraclite et d'autres. Nous désignons à celui qui voudrait s'occuper d'un pareil travail l'art. 30 de la pag. 243, sur l'opposition des plaisirs entre eux, et l'article 148 de la pag. 265, contre le plaisir agité, rnv iv Ktvn<rît nhviv. Amélius, dit Olyropiodore, développe ce point a^ecla plus grande force , AfjLéKto^ iKTfAytjfJ'îY, et comme le morceau qui 'suit immédiatement a en effet une sorte d'énergie tragique, il né serait pas impossible qu'il appartint à ce disciple célèbre de Plotin.
Après Amélius , les plus célèbres platoniciens , jusqu'à Olympiodore, sont, dans l'ordre des temps. Porphyre, lamblique. Syrien et Proclus. Or ce qui résulte à peu près incontestablement de ce commentaire d'Olympiodore pour tous les quatre, excepté peut-être Porphyre, c'est que, dans des ouvrages qui ont péri et dont il ne reste ailleurs aucune trace, ils avaient commenté le Philèbe. On l'avait déjà dit de Proclus; mais on ne l'avait pas même encore soupçonné d'aucun des autres ; et pourtant ce qui n'était pas même un soupçon, est ici converti en certitude. Nous n'exceptons que Porphyre, qui, s'il n'avait pas écrit un commentaire spécial sur le Philèbe, a dû au moins en avoir traité assez longuement, puisque Olympiodore cite son opinion sur trois passages de Platon assez éloignés les uns des autres, pages 239, 261 , 263, en
346 OLYMPIOlXHKfi y
oppoâition avec celle dlamblique. Quant à celui«ei^ il est difficile de douter qu'il eût écrit un commentaire ftur le Philèbe. En effets supposons que l'on démontre d'un critique qu'il a examiné soîgneunement le but d'un ouTrage, et qu'il en a discuté tous les points importants, dans l'ordre même suivi par l'auteur, n'est-ce pas là démontrer suffisamment que ce critique a composé un Téritable commentaire sur l'ouTrage en question ? Or, Olympiodore, sans dire expressément qu'Iamblique avait fait un commentaire du Philèbe^ cite et discute perpétuellement son opinion, et non pas sur des points pfailo^ sophiques, analogues à ceux qui sont traités dans le Philèbe, mats sur des passages spéciaux de ce dialogue, d'abord sur son but, page 238, puis, page 239, sur la question de savoir si le souverain bien est exclusivement dans la vie de Fintelligence ou dans le mélange de la vie intellectuelle et de la vie sensible, question où, en opposition avec Porphyre, lamblique place le souverain bien dans la vie mélangée. Le passage du Philèbe sur Prométhée fournit encore un texte à des réflexions d'Iamblique, page 246. Pour la partie ontologique du PAi^ lèbe, celle qui est relative aux quatre principes, et particulièrement à l'intelligence, lamblique, pages 257 et 261 , nous présente encore une opinion importante ; et page 285 , sur les trois caractères du bien, Olympiodore rapporte la {^rase mémed'Iamblique en la commentant ; enfin il n'y a guère une seule partie du Philèbe sur laquelle lamblique ne
jette qnelqne Inmière. Nous avons vu, par Froclus et par ce même Olympiodore, dans leurs commentaires sur \d premier Alcibi ode f qu'Iamblicpie avait ëcrit un commentaire sur ce dialogue. Nous ne croyons pas trop hasarder en tirant de ces scholies nouvelles l'induction qu'il en avait fait autant pour le Philèbe^ ou tout au moins qu'il en avait traite , non pas occasionnellement, mais, comme on dit, ex professa, et avec l'étendue d'un vrai commentaire.
Il en est à peu près de même de Syrien. Olympiodore rapporte son opinion avec les plus grands détails, et sur le but du dialogue, page 238, et sur les trois monades du bien, pages 285 et 287, en des termes qu'on n'emploierait guère envers un homme qui aurait laissé tomber accidentellement quelques mots sur le Philèbe. Au reste, si le doute est plus permis pour Syrien que pour lamblique, il l'est encore moins pour Proclus que pour ce dernier.
Déjà Fabricius avait placé, sur quelques indica-* ' tions (1), parmi les ouvrages de Proclus qui ont péri , un commentaire sur le Philkbe; maintenant cette conjecture est mise hors de doute : les scho* lies d'Olympiodore déposent de toutes parts , non d'une dissertation épisodique de Proclus sur le Philèbe dans quelque autre ouvrage, mais d'un traité régulier, d'un véritable commentaire deProclussur ce dialogue; aucune des conditions de démonstra*
(1) Biblioth, grœc, éd. Harl., tom. viii.
tion en ce genre ne manque ici. Non-seulement: il n'y a pas un seul point important du Philèbe sur lequel Olympiddore ne cite Topinion de Proclus;mais, dans une foule de choses d'un moindre intérêt, il se met à l'abri derrière cette autorité, au point que les citations de Proclus embrassent le dialogue de Platon dans toute son étendue, corréspon- . dent à toutes ses parties, et qu'en les arrangeant entre elles et les tirant des scholies d'Olympiodore, on en composerait aisément un ouvrage à part régulier et complet. En effet, page 238, vous voyez ce qu'avait pensé Proclus sur le but du Philèbe. Plus bas, quelques articles après, on trouve sa division des parties du dialogue tout-à-fait dans lé genre de ses divisions déjà connues d'autres dialo-^ gués de Platon* Il parait qu'après avoir placé le but du Philèbe dans la recherche du souverain bien pour tous les êtres, ce qui embrasse, comme le remarque fort bien Olympiodôre, l'univers entier, tandis que dans le Philèbe il s'agit spécialement de l'homme et du bien qui convient* à sa nature; après, dis-je, avoir déterminé' le but du Philèbe^ Proclus le divisait en vingt-cinq points. Plus loin, page 241 , nous rett^ouvons l'opinion de Proclus également combattue par Olympiodôre sur les diverses espèces de nécessités; et page 242, sur cette question mythologique : Pourquoi les anciens n'avaient pas fait un dieu du plaisir; plus loin encore, page 246, sur les différents Prométhées; dans cette même page, article 40, sur la méthode analytique.
SUR LE PHILËBE. 349
page 247, sur l'unité et la pluralité comme contenues dans toutes choses particulières, ou sinon l'unité, au moins sa forme, îm<n^i Tunion, la force d'unir, et non pas to h y qui est l'unité en soi. « L'in&ni, dit Proclùs, est l'élément de pluralité, le fini l'élément d'union; mais au-dessus des deux, il faut placer l'unité, to h^ et toutefois cette unité-là a encore devant elle la pluralité, car elle €JSt en rapport d'opposition avec la dualité du fini et de l'infini, dualité qui est un multiple; de sorte qu'il faut élever encore au-dessus de cette unité une unité absolue, un principe qui n'admet plus dans sa nature aucune relation avec le multiple, fût-ce même une relation d'opposition, uia à^x^ AvetvriBîroç. » Ainsi quatre éléments, savoir, l'unité absolue, puis l'unité en face du multiple, unité qui est l'un et plur sieurSy h Ktù woWeiy enfin le fini et l'infini. Aillem's, page 258 , toujours sur la même question : « La, cause suprême, dit Proclus, fait le monde sur elle-même et en vue d'elle-même, pour que toute chose soit semblable a elle, de sorte que Dieu est de sa nature la trinité de l'être, w<rTg AÙrof tà rptA (c'est-à-dire, comme nous avons vu plus haut, le fini, l'infini et leur union). Il est cette trinité dans son unité centrale et primordiale; mais il ne faut pas moins dire qu'il est triple, quoique cette trinité se résolve dans l'unité, i^KùL pnréov «r ovS'èvi Httov rpU ù Kcû trvvTpi^ony rZ hi. » Page 261^ son Opinion est mise à côté de celles de Porphyre et d'Iamblique; et, page 262, dans l'article 1 30 que nous avons cité
350 OLYMPIODORE, SUR LB PHILÈBB.
sur l'affinité de la cause et de l'intelligence, on le retrouve encore avec Pori^yre ; nous avons tradoit sa théorie des faux plaisirs , page 270; enfin, page 287 , article 248 , on peut voir conunent il poui^ suit dans toutes choses la dualité, qui constitue la réalité.
Tant de citations ne peuvent laisser aucun doute sur l'existence d'un commentaire du Philèbe par Proclus , qui a péri avec d'autres ouvrages de ce grand homme, et que ces scholies d'Olympiodore révèlent et reconstruisent en grande partie. Ce résultat indubitable suffirait seul pour donner du prix à la publication de cet ouvrage d'Olympiodore et au travail de M. Stalbaûm» Déjà nous avons trouvé dans le commentaire sur le premier Alcibiadcy d'importantes indications qui ont beaucoup ajouté à nos connaissances sur l'école d'Alexandrie. Peut-être, dans les autres ouvrages encore inédits de ce dernier des nouveaux platoniciens, trouverait-on des résultats du même genre qui dédomimageraient abondamment celui qui aurait le courage de s'y engager, d'étudier ces monuments délaissés, de les publier, ou du moins d'en faire connaître ce qu'ils peuvent renfermer de précieux pour la philosophie en elle-même ou pour l'histoire de la j^ilosophie.
OLYMPIODORE,
COMMSlfTÂIRB IiriDIT
Le Commentaire inédit d'Olympiodore sur le Gorgias de Platon, se trouve dans la plupart des bibliothèques de l'Europe. Nous Tavons tu dans la bibliothèque de Turin , dans la bibliothèque Ambroisienne de Milan, et dans celle de Saint-Marc à Venise. La bibliothèque royale de Paris en possède deux manuscrits :
1 ®. Le manuscrit coté 1 822, qui contient en outre les Commentaires du mémeOlympiodore svœVÂlci" biade, le Phédon et le Philèbe. Il a été copié à Venise, en 1 535, par Ange Vergèce de Crète, T^epi Ayyiht^ hipyi)ci(S9 r$ Kpnri. Il est probable que l'original est l'e^ccellent manuscrit de Venise, du x* siècle, qui contient également les quatre commentaires sur le Gorgias^ V Mcibiade , le Phédon et le Philèbe^ manuscrit coté 196, et dont Zanetti a donné la description, page 109.
2**. Un manuscrit très-récent de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, qui contient seulement
les deux commentaires sur le Gorgias et le Phédon • Montfaucon en parle , Biblioth. CoisL cod. 1 56 , page 219.
C'est sur ces deux manuscrits que Routh (1) a publié l'introduction, seul morceau qui fût connu avant nous, et qui a été réimprimé, avec plusieurs fautes, par Findeisen dans son édition du Gorgias. Nous nous proposons de faire connaître ici en totalité ce commentaire du VP siècle, aiSn que les amis de la philosophie ancienne sachent, une fois pour toutes, ce que contient ou ne contient pas ce vieux monument.
Nous prenons le manuscrit de Paris, n° 1 822 , pour base de notre travail. C'est toujours celui-là que nous citerons, sauf à recourir au manuscrit de Saint-Germain, dans ]es endroits douteux.
Le commentaire du Gorgias forme, dans le manuscrit 1822, 82 feuilles.
Il se compose , comme la plupart des commentaires alexandrins, d'une introduction dans laquelle l'auteur traite toutes les questions générales auxquelles peut donner lieu le Gorgias y et d'un commentaire spécial et détaillé sur toutes les parties de ce dialogue. Le philosophe alexandrin cite d'abord le texte de Platon , puis il le commente ; nouvelle citation , nouveau commentaire ; et toujours ainsi , jusqu'à la fin. Le commentaire entier
(1) Platonis Euthydemus et Gorgias , éà, Routh, Oxon. 1784, ad cale; p. 561-575.
est dWisé en cinquante points^ appelés Tfd^ufy chapitres ou leçons; on trouve, cr/>«|. onzième , le mot de iecàfia. pour celui de 'rpa^tç : iv «AAm 6te»fitf, fjLAOn^ifjLîBtt, (ci. 21 9 verso, lin. 9^10.
Nous commencerons par faire connaître l'introduction, qui n'est pas le morceau le moins intéressant de ce commentaire.
Olympiodore indique d'abord les points généraux qu'il veut toucher dans son introduction. Ce sont : l"". la disposition dramatique du dialogue ; 2"* son but ; 3*. sa division ; 4®. les personnages et les idées qu'ils représentent j 5**. enfin cette question : Pourquoi Platon, qui ordinairement introduit dans ses dialogues des contemporains, met-il en scène Gorgîas, qui lui est très-antérieur.
I"*. Il est fâcheux qu'Olympiodore ne nous donne pas plus de détails sur les personnages du Gorgias, à l'occasion de la disposition dramatique de ce dialogue. Il ne dit que ce qui était parfaitement connu, savoir (1), que Gorgias, né à Léontium en Sicile, était venu à Athènes chargé d'une mission relative à la guerre contre les Syracusains, et ayant avec lui le rhéteur Polus d'Agrigente. A Athènes, il logea chez l'orateur démagogue Calliclès. Gorgias fît plusieur^ fois montre de son talent, et ravit tellement le peuple athénien, que les jours où il parlait s'appelaient des fêtes, et ses phrases des flambeaux, ifJLtpAf lopTflèr» KaKA KAyL'^rÂi'Af^ fol. 1 verso, lin. 3
(1) Voyez sur Gorgias la note de Routh, p. 359-361.
354 OLYMPIODORE;
et 4 (1). Le Cheréphon dont il est ici question est celui de la comédie , où il est représenté comme tout-à-Ëiit livré aux spéculations philosophiques. La scène se passe dans la maison de Galliclès.
2% Les commentateurs^ dit Olympiodore, différent sur le but du Gorgias ; les uns disent que son but est la rhétorique, et voilà pourquoi ils intitulent ce dialogue Gorgias ou sur la Rhétorique (2). Mais ils ont tort ; car ils caractérisent le tout par une seule de ses parties» Leur seul motif est qu'avec Gorgias, Socrate parle de la rhétorique, et encore en parle-t-il assez peu de temps. D'autres prétendent que le sujet du dialogue est la justice et l'injustice, sur ce qu'il y est dit que l'homme juste est heureux et l'homme injuste misérable , et d'autant plus misérable qu'il est plus injuste, qu'il Test plus longtemps, et que l'immortalité dans l'injustice serait le comble de la misère ; ne s'apercevant pas que ce point de vue est partiel , et ne se rapporte qu'à la discussion avec Polus. D'autres enfin pré-
(1) Routh cite à l'appui de ce passage celui des Prolégomènes de Treille sur la rhétorique d'Hermogène : T«f ifii^ttç
(2) Puisque ces commentateurs donnaient au Gorgias ce second titre : sur la Rhétorique, il s'ensuit qu'il ne l'avait point avant eux. N'est-ce pas là une preuve qu'au temps d'Olympiodore , le second titre du Gorgias ne passait pas pour être de Platon? Ce passage, au moins en ce qui concerne le Gorgias, confirme l'opinion de Schleiermacher et d'Ast sur les seconds titres des Dialogues de Platon.
tendent que le but du Gorgias est thëologique, point de vue fonde seulement sur la partie mystique qui termine le Gorgias , et encore plus faux que les autres. Pour nous ( c'est toujours Olympiodore qui parle ), nous disons que le but du Gorgias est de traiter des principes qui conduisent les États à la félicité^ ^Afiiv roivw on o-ko^oç ttir^ ^«p? tSv
fvJ'AtfjLovUf (1). Il est fâcheux qu'Olympiodore, au lieu de développer cette proposition, se perde dans des subtilités scholastiques sur les principes en général ; il y a , selon lui , six principes , savoir : la matière, va»; la forme, iiS'ùfi l'agent, 'iroinriKov ai^tovy le modèle, TttpàUttyfjLa i l'instrument, opyAvovilsi fin,
TgAor.
3*. Le dialogue se divise en trois parties, l'une relative a Gorgias , l'autre à Polus, l'autre à Calliclés. Ici sont quelques mots intéressants sur l'ordre des dialogues de Platon. Dans VAlcibiade, dit Olympiodore , nous apprenons que l'homme c'est l'âme, et l'âme raisonnable. Reste à régler ses vertus politiques et morales, ToA/r/xif ctùrîf ipîTÀ^ kaÏ Ka,6a,prtKàif. Or, comme les vertus politiques sont d'un ordre inférieur aux autres, et doivent par conséquent les précéder dans l'enseignement, il
(1) Voyez sur le but du Gorgias, Schleiermachcr , Platon* s JVerke, 2« partie, tome i*' ; Ast, Platon! s Lehen und Schriften, p. 133 ; l'argument placé en tête de notre traduction (tome m, p. 129) ; la dissertation de M. Sibrandi , de Platonis Gorgia, Harlem, 1829.
356 OLYMPIODORE,
s'ensuit qu'après YAlcihiade, qui traite de la nature humaine y c'est-à-dire de l'àme^ doit venir le Gorgias qui traite des vertus politiques ; et après le GorgicLs le Phédon^ qui traite des vertus kolOûl^ TiKAf, des vertus qui élèvent l'âme de la sphère de ce monde à la sphère supérieure^ c'ést4i-dire^ les vertus religieuses (1).
W'^ Quant aux idées que représentent les personnages^ Socrate représente la science; Ghéréphon^ l'opinion et la vraisemblance; Gorgias^ la
(1) Je ne puis m'empécher de relever ici une étrange méprise de H. deSaînte-Croix. Ce savant académicien dît, dans sa Notice du commentaire manuscrit d'Olympiodore sur le Pkédon de Platon , Magasin encyclopédique, 3* année, 1. 1*', p. 195 :
« Le premier traité auquel Olympiodore paraît avoir
travaillé est celui snrVjilcibiade, puisqu'il renferme la vie de Platon et des détails préliminaires. Sans doute que le commentaire sur le Gorgias ne mérite pas moins d'attention ; l'auteur j débute par des réflexions sur le caractère des dialogues de Platon, qu'il regarde tous comme du genre dramatique, tenant également du comique et du tragique. Il y remarque quatre degrés d'enthousiasme ou d'inspiration ; le premier est, selon lui , dans le Timée; le second dans la République; le troisième dans le Phédon, et le quatrième dans le Théélète, SI Olympiodore a suivi l'ordre des matières en composant ses ouvrages, celui sur le Phédon a dû nécessairement précéder le traité sur le Gorgias , l'immortalité de l'âme étaiit le sujet du premier, et l'état des âmes après la séparation d'avec leurs corps se trouvant une question agitée dans le second »
Il n'y a que deux assertions dans ce passage , et toutes deux sont complètement fausses. D'abord le commentaire du Gor" gias ne débute pas par des réflexions sur le caractère général
SUR LE G0RGU8 lA PLATON. 357
faiblesse et la demi-corru^ion; Folus^ l'iniquité consommée et Torgueil; Calliclès^ la yolapté. Il parait que dans l'oisiveté et la subtilité de l'école , et selon Fesprit de ce temps , on était tombé dans des questions d'une minutie extrayagante sur le nombre des personn^ages du Gorgias , et qu'on avait institué la question de savoir pourquoi , sur
des dialogues de Platon, comme tenant à la fois du comique et du tragique , et sur les quatre degrés d'enthousiasme répandus dans le Tïmée, la République, le Phédon et le Théétèie. Il n'j a pas un seul mot de tout cela dans le début du commeu-* taire sur le Gorgias; les réfiexioBS dont parle M. «de Sainte- Croix sur le caractère à-la-fois comique et tragique des dialogues de Platon, ne sont nulle part dans aucun ouvrage d'Olympiodore ; et quant aux divers degrés d'enthousiasme et à leur répartition dans lés quatre dialogues ci-dessus elles , il en est question, non dans le début du commentaire sur le G4)r' gias, mais dans celui du commentaire uxxVAlcibiade, Voyez l'édition de Greuzer , p. 1 et 2. Voilà pour la première asseï^ tion; la seconde n'est pas plus heureuse. M. de Sainte-Croix dit que le commentaire sur le Phédon a dû précéder le commentaire sur le Gorgias, l'immortalité dé l'âme étant le sujet du premier , et l'état des âmes après la séparation d'avec leurs corps étant agité dans le second. Hais si l'état des âmes après leur séparation d'avec le corps n'est qu'une petite partie du Gorgias, et si le Gorgias roule sur un tout autre sujet, comme le remarque Oljmpiodore lui-même , que devient l'assertion de M. de Sainte-Croix? D'ailleurs Oljmpiodore lui-même assure que le Phédon doit venir après le Gorgias, l'un traitant de la vertu politique, et l'autre des vertus *«têAfrt%it^ après lesquelles il n'y a plus rien à désirer. Il fiiut que M. de Sainte-Croix n'ait pas même lu le début du commentaire sur le Gorgias dont il parle, et qui pourtant était déjà imprimé de son temps.
358 OLYMPIODORE)
cinq personnages , il y avait trois rhéteurs et deux philosophes ; question à laquelle on ayait répondu que le nombre des rhéteurs devait être impair ^ iS'tcii fêTOf , et celui des philosophes pair, J^neifiror* Olymplodore réfute cette réponse assez gravement. De cette réponse nous extrairons également le vers suivant tiré d'un hymne à Dieu dont Olympiodore ne nomme pas l'auteur ( o rg kaî SfjLvof hiytt uV avtov
Toi de qui viennent toutes choses ^ qui seul ne viens de rien; et qui, pour cette raison^ es seuL
5'. Quant à l'objection sur la non-contemporanéitédeGorgiasetde Platon , Olympiodore répond que d'abord il n'y a rien en soi d'absurde pour un auteur à introduire des personnages qu'il n'a pas connus, et à les faire converser ensemble; ensuite que Gorgias et Platon étaient réellement contemporains : car Socrate est de la 77** olympiade, troisième année; Ëmpédocle le pythagoricien, le maître de Gorgias, est élève de Parménide; et Gorgias a écrit son livre ingénieux Sur la Nature^ dans la 84*^ olympiade; de sorte que, d'après ce calcul, Socrate serait né vingt-huit ans, ou un peu plus,
(1) Routh : Hic versus an alibi exstet , nescio. Je ne le sais pas plus que Routh. Déjà, dans son édition du commentaire d'Oljmpiodore varV Akibiade, M. Greuzer a trouvé, page 19, un vers qu'il ne sait à qui rapporter. M. Boissonade {Procli scholiain Cratylum, page 62) rencontre aussi un vers qu'il croit appartenir à Proclus et qui n'est pas dans ses hymnes connus.
avant la publication du livre de Gorgias. D'autre part^ Platon dit dans le Théétèie^ que Socrate^ étant très-jeune I rencontra Parménidei très-flgé^ et le trouva un homme très^profond* Parménide avait été maître d'Empédocle ^.qui avait été maitre de Gorgias*^ Gorgias vécut très-longtemps ; on dit jusqu'à cent neuf ans. Gorgias et Socrate ont donc pu être contemporains.
Il y a sur ce passage plusieurs observations à faire. D'abord il est la preuve^ ou plutôt la base de la rectification de Corsini , qui rapporte à la troi* sième année de la 77*" olympiade la naissance de Socrate , que jusqu'alors on rapportait à la quatrième (1), erreur légère reproduite dans la plupart des tables chronologiques de l'histoire de la philosophie I et, par exemple, dans celle de Tenuemann, tome I*'. Il n'est pas moins facile de comprendre de cette manière la contemporanéité de Socrate et de Gorgias. Parménide est le maitre d'Empédocle, qui est le maître de Gorgias. Socrate peut donc avoir vu le premier et le dernier, à deux conditions, l'une qu'il aura vu Parménide dans une vieillesse très-avancée, lui étant trèsjeune ; l'autre, que Gorgias sera mort très-tard , or, ces deux conditions sont remplies par l'histoire.
Nous trouvons dans ce morceau une phrase si étrange, que nous croyons devoir la rapporter textuellement : 'O «Te É/UTrecTo/cA?^ i ïlvBAyipiùÇi o h» S'MKaKoç rop^iov, i^ùirm^i fr^f etùrâ.' k^iiKu kol) ypd^a
(1) G'estropinîond'ApoUodorc, dansDiogène,l]'b. ii,p.44.
360 OLYMPIODORE,
ô TùffiAfinfi çv^itif ^vyypAfÀfjLA ovKAKùfA'^ov rn 'Jrf^ hkvfjL-' 'jricU't. È^ofrno'B xfltp àLvrSi ce a été disciple de Socrate » , est totalement inadmissible* Routk dit à ce sujet : « Dùm autem discipulum Socratis noster Empedoclemfacitf nescio cujus fide nitatur. » En effet ^ personne ne parie d'un voyage d'Empédocle à Athènes; puis l'expression ipémvty qui désignerait une école positive^ un enseignement spécial; ne peut s'appliquer à Socrate. Enfin ^ cette hypothèse est presque contre le calcul que l'auteur veut établir; car si Socrate a été le maître d'Empédocle, qui a été le maître de Gorgias, la contemporanéité de Gorgias et de Socrate serait un peu compromise. On arrive ainsi à supposer quelque erreur de copiste dans Taf AÙr$ > et si l'on considère que le «ftc au de la phrase suivante , sans être vicieux > est bien insignifiant, on conçoit que la rectification peut tomber à-la-fois sur avt^ et sur ifAiKu. Nous proposons donc de lire : 7«p« rS TïAffJLîyiS^i ) leçon à laquelle se prête l'espace matériel occupé par -r^p' atuT^jï. k^ihu. Si cette correction était admise ; elle éclaircirait tout ce passage, et confirmerait ce que, plus tard, Olympiodore dit lui-même : ouror H ô U.ApfAiviS'nf hS'i^KAKùf iyivtro ÈiMT^S^Khiovç Tou J^iJ^A^KA^ùv Topytov. Lcs deux manuscrits portent^ il est vrai , '^Af> Air S. k^iiht^ ; Routh a lu ainsi ; et Findeîsen se garde bien de proposer ici aucune conjecture. Nous nous hasardons à proposer la nôtre, plutôt que de nous résigner à tous les inconvénients de la leçon des manuscrit*
Après cette introduction. Tiennent les cinquante 'srpti^itfy leçons OU chapitres particuliers, dont se compose le Commentaire.
Comme chacun de ces chapitres est précédé d'une citation du Gorgias plus ou moins étendue , on pouvait espérer qu'on trouverait dans ces citations des variantes intéressantes. Il n'en est rien. Seulement ce manuscrit confirme plusieurs leçons des anciennes éditions, récemment controversées, par exemple, la leçon «Ti' MicTiav r% kaî Kn^nviy ainsi expliquée : innariAv (Jihrf foiJ^'oxc*^
vetrBAi H (Tpd^. XXX, fol. 48); explication qui détruit la conjecture de Grou, «Ti. àTrKntrriAVy adoptée par Schleiermacher, contre l'autorité de tous les manuscrits. On n'y trouve guère d'autres remarques relatives à la langue que celle-ci sur les mots X^ipovpy!i(UL et Kvp»^if. « Les puristes, dit Olympio- « dore (7pa|. iv^ fol. 9 à 12), blâment ces deux (( mots connue n'étant pas usités ; mais il faut ob- « server qu'ils sont dans la bouche de Grorgias , et <c qu'ils appartiennent au dialecte parlé à Léontium, « comme, dans le Phédon, Cébès le Thébain em- « ploie un mot de son pays, itt« Ztvf. Au con-« i( traire, Socrate se sert constamment du mot atc< tique xvpof. » A cette remarque joignez encore cette autre (^p*?. xiv, fol. 25 à 27) : «Depuis ces H mots du texte de Platon : ov (Ah iyd. ^«/eai...., jusce qu'à ceux-ci i^iov (jiiv ovv Iftoî.... (Bekker, p. 41), «Platon, dit Olympiodore, emploie trois fois fJLiv
362 OLYMPIODMB ,
(c MDS un seul ^i; cett une figure atlique aj^lëe « ^;^S/Uflt ifiipt^r^. » Au lieu de i^ff fiir oiw •/»•{, Olympiodore nous apprend que quelques-uns lisaient ^lùf /EAfVroi;mais il condamne cette leçon.
Le scholiaste de Runkhen fait les mêmes remar* quesy et, en général, ce scholiaste n'est guère qu'un extrait du commentaire d'Olympiodore. Nous les avons soigneusement comparés, et il n'y a presque pas un seul point de quelque intérêt où le scholiaste ne reproduise, en l'abrégeant, le commentaire alexandrin • Non-seulement il reproduit les pensées, mais les mots de ce commentaire. Quelquefois, lorsqu'il s'agit d'une citation indiquée dans Olympiodore, le scholiaste la complète. Ainsi, à l'occasion du peintre Aristophon et de son frère, Olympiodore (^p«|» ii, fol. 7 verso) dit que ce frère était Polygnote , comme le porte une inscrip" lion , et le scholiaste donne cette inscription :
Tf «^C noXvyvMTOC f O«^»0C >lvef) X>XttOf«iVT0f
Tîe'c, ircpOe/u<v»v Ixiov ««péirexif,
inscription attribuée, ainsi que bien d'autres, à Simonide(l).
Pour le style de ce commentaire, il est le même que celui des deux commentaires déjà publiés d'Olympiodore sur VJlcibiade et sur le Philèbe* Il a perdu l'ancienne élégance , mais il n'est pas dépourvu de correction , conune on en jugera par
(I) Simonidis fragmenta lxxviii, éd. Gaisford, p. 383.
les divers passages que nous aiïrons occasion de citer.
Entrons maintenant dans le fond de ce commentaire, et recherchons en quoi il peut servir la philosophie et l'histoire de la philosophie.
Le Gorgias est un dialogue presque entièrement moral et politique^ qui offrait peu de prise à la métaphysique alexandrine. L'ouvrage d'Olympiodore {»*ésente le même caractère que celui qui lui sert de texte ; il s'arrête à des considérations morales et politiques^ et il est presque partout aussi accessible que le Gorgias lui-même. Le fond de cet admira^ ble dialogue peut se réduire aux maximes suivantes : 1 *". le plus grand bien pour les individus et pour les Etats même, est dans la vertu et la pratique de la justice ; 2*". l'injustice est à-la-fois un crime et un malheur^ une faute qui mérite et qui trouve toujours sa punition ; 3''« cette punition^ qui est juste en elle-même, est heureuse en même temps pour celui qui la subit dans des dispositions convenables^ parce qu'elle Facquitte envers la justice. Olympio-» dore paraphrase très-longuement ces maximes. De cette paraphrase nous tirerons un certain nombre de morceaux qui , sans ajouter à la doctrine de Platon, nous ont paru mériter d'être recueillis. Déjà le dialogue platonicien inclinait au mysticisme ; on pense bien que le commentaire alexandrin y tombe volontairement. Dans ce mysticisme, on reconnaît aisément de fortes teintes du christianisme et du stoïcisme , que la philosophie de Platon contenait
364 OLYMPIODORB,
en germe , et que les siècles suivants ont développes. Nous croyons pouvoir abréger un peu les morceaux que nous citerons.
n^ml XVII , fol. 2d à 31 veno.
« Le plus malheureux des hommes est celui qui M tue injustement ; car il est injuste envers sa viec( time , et surtout envers lui^néme. Il abaisse sa ft raison et il trouble son âme. Après lui , le plus a malheureux est celui qui est tué justement. Le c( premier, en échappant au supplice^ augmente son ce mal ; le second mérite, il est vrai, son supplice, « mais ce supplice même est une guérison, un re- K tour à ce qui est conforme à la nature. Après u eux, le plus malheureux est celui qui périt injus- <r tement. Remarquons qu'il n'y a pas de désordre <( dans l'univers. La Providence voit tout et gouce vente tout. Tel homme parait être injustement M mis à mort ; mais la Providence connaît ses mé- « rites : cet homme a commis quelque faute dans i< sa vie passée ; voilà pourquoi il en est puni à u cette heure. Son meurtrier fait mal , puisqu'il le « tue injustement ; mais lui , il avait mérité de « mourir : cependant , dans le rang du malheur il « ne vient que le troisième. Ignorant la fiiute dont u il est puni , nous trouvons sa mort injuste; mais fT si nous savions que chacun est récompensé selon H son mérite , nous ne dirions jamais cette parole « d'une traeédie :
SUR LE GORCIAê DE PLATON. 36 i
T9%ftm ymf «#jr0#f » /»4w^ t^» «j^# #«•#«
« Je ne crains fns dele dire, il n^j a point de dieux. « Le boobeor dei méchanrt me confond.
tf Celai qui ëpromre nne iv^va^ee, et la reçoit are ; ce courage eten la méprisant^ ne reçoit propremen : u ancnn mal ; car son âme n^a pas été troublée, e t (< il n^a nui a persooiie* n
Hféii XIX,firf.33â34.
tf L^ifijoâtice qu^mi tyran (ait soofirir est injosù! tf quanta lui, non quant à celui qui la souffre : ellt! tf expie une iante antérieure, connue de Dieu , u inconnue aux hommes; car rien n'est înjusU! a dans TuniTers. Mais pourquoi Dieu punit-il Tuii cr comme coupable antérieurement, et punit-il H aussi Tautre, comme ayant infligé un châtimenit <r injuste? N'est-ce pas Dieu qui a touIu qu'il irap u pât sa Tictime comme coupable d'un délit antéu rieur? Nous répondrons par le libre arbitir di! a l'homme, ri AiroTrfoaipiréf rt nii dJnt%9vvt9f. Dieci H, sarait que ce tyran emploierait an mal les pastf sions qui lui avaient été données pour le bien, eil tf il s'est serri de lui, instrument mauirais , pom: «^ guérir l'homme coupable d'une faute antérieure, H comme l'homme d'État a sous lui le bourreau, et
(1) Fragm. inccri. Euripidu, édition de Banéf ^ 6apn. xxr. Barnés lit dans le premier yren tutru'ruf an lien de yif tt^M^ tmw an lien d^W, et dans le second i^t^t^irwép^ an lien
366 OLYMPIODORB ,
« s'en sert comme d'un instrument, mais prêt à le « punir f s'il use cruellement de son ministère. w Cependant le tyran, loin d'éprouver rien de (à- « cheux , s'enrichit et arrive au comble des hon- « neurs ; c'est que Dieu attend le moment favorable. (( Dites-vous que, dans sa vie passée, il a peuf>étre (c fait qudque bien , et qu'il en est actuellement « récompensé y mais que son bonheur n'est pas le « vrai bonheur, et que le châtiment l'atteindra (c quand Dieu le jugera utile. »
Après ce morceau dont le caractère chrétien est manifeste, en voici un autre qui semble échappé à la plume d'Épictète :
np«|. XXIII, fol. 38 à 40.
a II est des moralistes qui nous exhortent à la (C vertu par la crainte du déshonneur, ou par celle « des lois ou parcelle des châtiments de l'autre vie. « Ils nous menacent du Phlégéton, de l' Achéron, du '< Cocyte. Mais on se cache, et l'on échappe au désce honneur et aux lois ; ouest incrédule, et l'on brave « un avenir incertain; ou, si l'on y croit, un peu « d'argent donné aux pauvres expie nos fautes et « désarme la Divinité. Platon, par une pensée di- « vine, désintéresse la vertu, et la rend indépen- « dante des récompenses , soit dans cette vie, soit « dans l'autre. Selon lui, la vertu doit être recher- (c chéepour elle-même, et parce qu'elle convient « à notre nature (1). »
(1) Fol. 39. Tifîç,,,. ûixofTtç iftZs cVi Tù iyu^ùjt ixUlf^ iwui^ii
Upul XXIV, fol. 40 à 41 verso.
Citons encore un passage du même genre :
« Les hommes qui ne commettent aucune faute (( sont comme des dieux. Ceux qui commettent des « fautes sans en avoir le sentiment, sont malheureux « au dernier degré. Ceux qui commettent des fau- « tes, qui le savent, et qui s'en affligent, sont au (c milieu. Ceux qui s'accusent de leurs fautes, sont c< moins coupables que ceux qui en accusent les au- « très et rejettent leur crime sur les dieux, comme « l'insensé qui s'écrie : Ce n'est pas moi ,
û C'est Jupiter, c'est la Parque, c'est l'aveugle Ërinnys.
ÀXX«ZtÛ(K«U MoTpfiC xcti lîtpo^ofTK ÈpiTfvc(l). ïoXtOIV ÙTI tÔftûXâtg CXi TO XtiKOV ftVOfttVy i^OTfl^OVOIf ifuiç ÛtTFO
t^ù i^^tiç, 'AAX« ^9» ;|^ civo rm vofcm •a-to^ouvraj Xtyovrtç ort ti xoitfntç xtfKtfy, 01 fcfcci KaXovart o% ^poç rifcatfittv ' «AA« fttjv nffji ttTFo rSf V9ro y^v ^iKttrrtipitiv' X$yovrt y«p ort irrt Tïopi^Xtytéeiv 9^'Axtf^f ^ K«xt>7o; «^ fttX?^itç c'y rcoTOig xoX»^to^eij, 'imov TolfovoTi Ttfiç Txvret àfttrfl^ùUTt xiyôfTtç on v«i ^ û^ixtlv^ otrrî 9^ yfetft%tTêcbi ^ iio^tlvy futKov* ^%t ûtt» ovre/ç i^ftSTaj »ç fctf »tir»y9àtaiS9^f <^^' ** tS voiipm ^oKtlv Zfl^* ^< i^ttfjefetma^a/f^ iirr% ùùi't voftétç h^owiyrrofttt fttrti ftnx^^i^ ôth^ùtimç, Smi sr^Air <Pûtn^ irt Vù0t9 ^X4f ùTt tiaiv owù y^f ^*»rrtipttti ris ttxnyytiXt, Tiçixétt iKt7Bt9i El ^i uf«t Kêà tiruut&^ûXfiétUvy âpyoft^tof fintpof vttfiz^fctif roïç i'tcftifoiç srpof <»f d9vW/y, f^ oùictTê TrtiûXàUtif wet^«6^ Tùu Btov' « Toifuv nXttTatt tt^ig riç rôtttvr^f fAmfttç ivriUo^tfy ^/ «AAtfy 9^ û9 ^t» Tùirm ^iTTêvraj 6tt9fttirr0ç ' Xtytl yttf on ^* uÙto ro ifùtTtfOf xym^ôv..,.
(1) Homère, Iliad, liv. xix, v. 87. Les manuscrits d'Olympiodore donnent tffp^o7rtç.
368 OLYMPIODORB ,
i< Non; c'est moi-même qu'il faut accuser, comme « le fait cet autre :
« Puisque je suis devenu coupable , égaré par la méchanceté de « Je veux avouer mon crime.... [mon cœur,
X4'f6ix«i «fttf^*»... (1)
(f Les peines ne peuvent être étemelles, puisque « Dieu veut nous ramener au bien. Les peines éter- « nelles sont contre nature : or ce qui est contre (c nature est mauvais.. •• Des peines éternelles sont « inutiles. Nous veiTons, quand il sera question du « mythe, dans quel sens le châtiment subi sous la w terre est appelé éternel : c'est qu'il doit durer w pendant des périodes que Platon appelle éter- « nité (2). »
n|i«|. XXXV,foL 65.
(c Si la vertu se suffit à elle-même, il semble que « celui qui possède la vertu n'a pas besoin de prier « Dieu. On peut répondre à cette objection contre « la prière, que la prudence est une des vertus les « plus importantes; qu'elle consiste à connaître le w bien et à le préférer. Or, la prière est un signe « que nous connaissons le bien et que nous le pré- Ci) Homère, Iliad. lîv. ix, v. 119.
(2) K«/ f€$if où» tiî»ntt i Kû?Mrtty uyt CsvAf r«ef • Btiç iwt ro
irrlyTâ i'i 9r«p«^c;0ty, »«»«i>..... Ei rotvvt uit tcoXûtl^ofitBtty fca^^v i Kt'kÊUtç' vmç Toh99 XtytTitj mlmtl» « ôiro yvf Ko>Mnç^ iv rS ftv^ât f€0^iinfiiéM art wtftêiot Ttvtf tmv mç xàku êùif
SUR LE GORGIAS DE PLATON. 3f
K ferons. La prière , et par conséquent la piët « font donc partie de la vertu, et sont compris « dans son idée même. »
np«J. XV , fol. 27 à 28 vetso.
« II, faut regarder comme convenu que la pui « sance est dans le bien, et la faiblesse dans le mi « On ne doit pas dire que Dieu a pu faire le mal (c qu*il ne l'a pas voulu; car il ne saurait avoir cel « -puissance, ou plutôt cette impuissance malfi « Sainte, puisque son essence e^t dans la bonté. ] M nous aussi, nous ne sommes puissants qu'auta « que nous sommes bons. Qu'un tyran malade (( permette point au médecin de le soigner, et qu « le fasse mettre à mort, c'est faiblesse plutôt q i< puissance. Donnez une lancette à un homi « étranger à la médecine, un luth d'or à qui ne sî « pas la musique, une épée aiguisée à un insensé, < « ne dira pas qu'ils ont de la puissance, mais de « faiblesse, car ils ne peuvent faire de ces instr « ments un bon usage. »
Tout le chapitre xvi ( fol. 27 verso à 28 vers est consacré au développement du principe, soci tique et platonicien, que le mal est involontaii et que ce que l'homme veut faire, c'est toujours bien. Olympiodore réduit le discours de Socrati ce syllogisme . Celui qui fait ce qu'il veut, atteint but de son action j or le but, c'est ce qui est biei donc celui qui fait ce qu'il veut, fait le bien. Vo
370 OLYMPIOlX)RE,
maintenant le déreloppement de ce syllogisme^ qui porte tout entier sur ce principe, cpie le but est nécessairement le bien.
(( Parmi les choses, dit Olympiodore, les unes ne (c sont que but j les autres ne sont que moyen ; les « autres sont a-la-fois moyen et but. La cause pre- (« mière n'est que but; car le moyen employé étant H inférieur à ce en vu&de quoi il est employé , la cause a première comme moyeu, serait inférieure à quel- (« que chose, ce qui est impossible ; elle n'est donc a pas un moyen. Si elle est à-la-fois moyen et but, <( il y aura deux causes premières ; or, ici la dualité (c ne se conçoit pas, car, même en supposant qu'elles « soient unies, il faudrait mettre au-dessus d'elles ce « qui les unit, ce qui détruit l'idée d'une eauseprei< mière. La cause première est donc seulement but. (t Au contraire, la matière est seulement moyen ; i( dile est au dernier degré des choses, et elle n'est « employée qu'à raison des formes qu'elle reçoit. (^ Toutes les choses intermédiaires entre la cause <T première et la matière sont à-la-fois moyen et « but. Ainsi, la vie est but par rapport à la ma- « tière, et elle n'est que moyen ,par rapport à « l'âme.
« Cette triple division (but, moyen, moyen et « but) s'applique aussi aux actes* de l'homme. La ir lancette, la médecine ne sont que des moyens; la « santé est à-la-fois moyen et but. Le bien n'est que a but. Tout ce que nous faisons , nous le faisons (c dans une fin dernière, qui est le bien. Le but gé-
àlTR LE ÛOR6IAS DE PLATON; 371
«f lierai des choses est aussi celui de toutes les dé-* ce marches de la volonté de riiomiiie^ et le but dera nier et premier tout ensemble, est le bien. Celui « qui fait ce qu'il veut, ne le fait qu'autant qu'il « atteint le but de sa volonté; donc celui qui fait ce ce qu'il veut, fait le bien-
ce Mais, dira-t-on, nous voulons aussi le mal? ce Non ; ce n'est pas proprement le mal cjue nous re voulons; mais, comme le bien est ou apparent ce ou réel, nous croyons quelquefois poursuivre le cr bien réel, quand nous sommes seulement sur la ce trace du bien apparent ; de sorte qu'alors làéaxe ce notre véritable but est encore le bien.
ce Autre preuve que le but est le bien. Le but est ce l'objet du désir ; ce qui est désirable est bon : donc ce le but est le bien. Que ce qui est désirable soit ce bon, la preuve en est que nous désirons le bien : ce aussi Aristote approuve-t-il ceux (|ui disent que ce le bien est ce que tous désirent.
ce On peut considérer les choses comme bonnes , ce comme mauvaises , et comme intermédiaires en-^ ce tre l'un et l'autre. Or, le mal ne se conçoit que ce dans les actions des êtres libres : ce qui n'est pas ce doué de la puissance d'agir, ne peut être apce pelé ni mauvais ni bon. Le bien est le but en « vue de quoi nous faisons toutes choses. Le mal ce n'est pas but, puisepie le seul but est le bien; it ff n'est pas non plus moyen, car le moyen s'emploie ce en vue du but, et non-seulement le mal ne con- «c duit pas au bien, mais il en éloigne : il n'est donc
372 OLYMPIODORE,
a ni moyen ni but. Les choses intermédiaires sont « ceUes que nous pouvons tourner à bien ou à maK « Donc lebut définitif est le bien ; donc, si nous vouer Ions toujours notre propre but, nous voulons « toujours le bien, et celui qui fait ce qu'il veut est « bon. »
De tout ceci Olympiodore conclut que les tyrans et les orateurs démagogues ne faisant pas le bien , ne font pas ce qu'ils veulent, et n'ont par conséquent aucun pouvoir. Il arrive à cette conclusion par cinq syllogismes «auxquels il réduit tout ce qu'il vient de dire.
Nous extrairons seulement du chapitre xxxvii , foL 58 , les trois phrases suivantes : « Le criiùe , M selon Platon, est involontaire, puisqu'il est la « suite de l'erreur et de l'ignorance, lesquelles sont « involontaires aussi ; car tout homme désire savoir, « et il y a dans l'homme un désir inné de connaître. « L'injuste, qui s'empare du champ d autrui, le « paie de la pureté de son âme ; il donne le bouclier i< d'or en échange du bouclier d'airain, et sacrifie K les choses du ciel aux choses de la terre. Mais ^< quel malheur, dit Calliclès, si l'honnête homme « est mis à mort ! Non , ce n'est point un malheur, (( car son âme est intacte.
« Il feut fuir les hommes injustes, et ne pas être «r leur ami. Le méchant n'est pas l'ami du méchant. « L'amitié n'existe qu'eqtre les êtres qui ont une w mesure commune, tà o-tifAixirpct. Les êtres sans <( mesure, ri AfAîT^ny ne peuvent ni s'aimer entre
cr euX| ni aimer les êtres soumis à une mesure ^ tà ce ifj,fjLîrpA. Ce qui ne reconnaît pas de mesure est « .étranger à l'amitié. >>
C'est du haut de ces vues morales^ quelquefois excessives, que Platon et après lui les Alexandrins, condamnant, dans les États comme dans les particuliers, tout ce qui ne conduit pas au bien véritable par la seule route véritable, qui est la vertu, ont combattu les formes de gouvernement qui ne semblent pas favorables à la vertu, parce qu'elles ouvrent aux passions une carrière sans bornes, comme la démocratie et la tyrannie, et par conséquent les hommes d'État qui ont favorisé la démocratie pour arriver à la tyrannie , et même ceux qui, sans mauvaise intention personnelle, ont plus songé à la grandeur extérieure de l'État qu'à sa grandeur véritable, laquelle est tout entière dans la vertu des citoyens. On se doute bien que l'éloquence ordinaire, qui consiste à exciter les passions du peuple, est réprouvée par Platon : aussi la réfutation de la rhétorique qui enseigne cette éloquence, est-elle le but au moins apparent du Gorgias. -Olympiodore défend Platon contre le rhéteur Aristide qui , sans entrer dans le fond des choses, Tavait accusé de dénigrer l'éloquence et les grands hommes d'État d'Athènes. Nous donnons ce qui se rapporte à cette discussion.
374 OLTMPIODORS^
np«|. II, fol. 5 verso à 7 verso.
« La rhétorique ordinaire n'est point un art vé- « ritable, mais une simple routine, un f»*océdé a purement empirique. On définit l'art de deux K manières : i ^. l'art est une méthode qui procède tr régulièrement^ et en connaissant son objet , en « se le représentant d'aTance, (itrà ^AvrAffittfy addi- (c tion nécessaire pour distinguer l'art de la nature u qui procède aussi régulièrement , mais auv ^eti^u T9i^iAf'y 2^. l'art relève de la science : c'est un « système formé pour atteindre un but utile. D'après « la première définition , la rhétorique ordinaire <r s^ait un art, car il e^t certain qu'elle emploie <c un certain ordre, qu'elle a ses règles et une mé*- (f thode. Et non-seulement la rhétorique ordinaire fc serait un art selon la première définition , mais « aussi la profession de cuisinier, et celle de parfti- « meur^ car elles supposent une certaine méthode «r La rhétorique ordinaire n'eçt point un art, (Y d'abord parcequ'elle ne rend pas raisondes choses, (€ ensuite parce qu'elle sert également le faux et le « vrai , tandis que c'est le propre d'un art véritable u d'avoir un but unique et bon. Le médecin et H l'empirique emploient aussi le même remède; H mai« le premier seul sait en expliquer les eifets. (( Ainsi , le véritable orateur connaît la raison des (( choses que le faux oratem* ignore.
(( Si l'art rend raison des choses, en quoi difière- « t-il de la science ? En ce que l'objet de la science
(c est immuable^ et celui de Tart variable. Gepen^ « dant^ dira-ton^ la physique est une science^ et «elle s'occupe de choses variables^ puisqu'elles <c sont matérielles. Non ; les objets matériels ne « sont pas le but des recherches de la irraie phy^i^ « que : ce qu'elle examine /ce sont leurs rappiorts « généraux (1 ), leurs lois et leur essence. «
np«|. III, fol. 7 verso à fol. 9 verso.
« Il y a , comme on l'a dit plusieurs fois (2) , « quatre méthodes : j°. celle de division, qui con- « siste à diviser les choses en genres, puis les genres « en espèces , et à continuer ainsi jusqu'à l'indi- « vidu; 2''. celle de définition, qui, réunissant les w caractères propres d'un objet, en pose, pour aînsi (c dire, les bornes, et reçoit pour cela le nom de « définition j 3". celle de démonstration, qui, s'ap- (C puyant sur la définition , part des idées géné- (( raies, et démontre; A"", enfin, l'analyse qui va « du composé au simple.
« L'art ne vient pas seulement de l'expérience , « mais aussi de la raison. L'expérience est, il est (C vrai , un degré pour parvenir à l'art , mais Fart « n'existe que lorsque est arrivée la raison , et que « nous l'employons comme instrument direct de
(1)'£7< reùKuéùXou tivTtt Û9eù(pifti.
(2) Voyez le commentaire d'CNjiDpiodofe »t»r le Philèàe, édition de Stalbaiim , p. 246.
ce la connaissance. J'écarte la cendre, et je dëcou- (r le feu qu'elle cachait. Celui qui dégage l'œil des « obstacles qui l'ayeuglaient, contribue à le faire « voir^ mais il ne lui donne pas la vue. La raison <c en nous a besoin d'être éveillée ; elle ressemble à w un géomètre endormi (1). »
nptf{. XI, fol. 20 verso à fol. 21 verso.
« La rhétorique se divise en rhétorique véritable « soumise aux r^les de l'art, et en rhétorique em- «. pirique.
^ a La première est l'instrument de l'homme d'É- «îtat, T^ rrohtTiK? Ito^éV»; l'autre a pour but le « plaisir.
ce L'âme a troisparties : la raisonnable, l'irascible, .(c la concupiscible ; la prépondérance de la raison « constitue l'aristocratie ; celle de la partie irascible « constitue la démocratie. La partie concupiscible (( peut avoir deux objets différents^ ouïe plaisir, ou cf la richesse. Dans ce dernier cas , elle produit l'olî- (c.garchie; car, dans l'oligarchie^ ce sont les riches w qui gouvernent. Dans le premier cas, il faut disw tînguer : quand l'amour du plaisir n'est pas con^ «traire à la justice, il engendre la démocratie; (c là en effet, chaque simple citoyen propose à son « gré les lois qu'il veut, quelquefois de mauvaises, rc quelquefois de bonnes, comme, par exemple,
(1) Oi ir ifct9?iiyotxfttavtx^voit Tûvàfa^tfifirKoifrcf' wnX^yùi
SUR LE GOR6IAS DE PLATON. 377
(( d'honorer les plus vertueux. Mais quand le goût (c du jdaisir est contraire à la justioe, il donne A< naissance à la tyrannie. De toutes ces formes po- « litiques, l'aristocratie seule mérite le nom de (f gouvernement.
. « A chacune de ces formes politiques oorres- « pond une rhétorique qui lui est propre. Celle de la « forme aristocratique est la véritable. Dans Taris- « tocratie, l'orateur est soumis à l'homme d'État; (f il est l'instrument dont celui-ci se sert pour « persuader, et par là pour accomplir ses desseins. « Le but de l'orateur est de persuader , comme « celui du médecin est de guérir. L'un varie ses « remèdes selon la maladie , l'autre ses discours i< selon ses auditeurs. Comme la forme politique « la plus mauvaise est celle qui est fondée sur le « plaisir, la rhétorique qui s'y rapporte est aussi la « pire. Celle qui a pour but la gloire et le salut « de l'État, sans être parfaite, est d'un degré suce périeur. Telle était celle de Démostfaène, de « Périclès, de Thémistocle , de Cimon et d'Aris- (c tide. Ils servaient l'État, et en cela ils faisaient (( bien ; mais ils préféraient ses intérêts matériels « à ses intérêts moraux : ils souffraient la démoce cratîe, et en cela ils faisaient mal. Platon ne les « appelle point des flatteurs, comme le. prétend K le rhéteur Aristide; des flatteurs n'auraient point « subi l'ostracisme.; mais il les appelle des ser- '(( viteurs, ov kôkakas à\kà J'tAKovovf. Thémistocle, à « la^ vérité, sauva la république, mais, en cela
378 OLYHPIODOKE ,
ce même, il Élisait l'ofiice d'mi serviteiur ; il n'était «c pas tacore mi homme «d'Étaty car il ne sauva f( point les âmes. Sans doute il était supérieur à ce ceux qui n'avaient pour oli^ que le plai«r du (c peuple et le perdaient par leurs flatteries; il H souffrait ses vices , mais du moins il cherchait à « en prévenir les ^ets. »
Uf^. XII , fol. 22 verso à fol. 24.
(c La rhétorique procure )e plaisir, mais non pas « le plaisir véritable, carie vrai plaisir est celui de « rintelligence. Notre être est composé de Tintelw ligence et de la faculté de jouir. L'intelligence Ci n'est pas sans charmes par elle-même, NoSr où* « ÀyhtvKvç jca9' ictvrovi et le plaisir n'existe pas sans H l'intelligence. N'éprouver aucun obstacle , to (c ÀvifjLirùhiniv > voilà le plaisir. Plus les obstacles « s'affaiblissent, plus le plaisir augmente. L'âme, « qui est immatérielle et essentiellement libre, « jouit donc elle-même d'un plaisir sans mélange,
np*|. IX; fol. 18.
« L'intelligence est capable de {Saisir. Le plaisir H en lui-même n'est pas un bien; au contraire, il « est hcmteux et tend vers le vice. Mais lorsqu'il « s'unit à. la raison , il est d'une nature excellente* w D'un autre côté , l'intelligence privée du plaisir tf est triste. La perfection pour elle est de goûter
(c des plaisirs divins ; or^ elle a de semblables plai- « sirs, lorsqu'elle découvre quelque vérité (1)* »
Plusieurs chapitres sont consacrés à la réfutation du rhéteur Aristide , et à l'explication de la vraie pensée de Platon sur les quatre célèbres Athéniens, Thémistocle , Mlltiade, Cimon et Aristide. Toute cette discussion est d'une prolixité extrême. « Il y (c a deux règles , dit-il ( Tpei^. xxxx , fol. 62 à 64 ) , (f pour reconnaître si les quatre Athéniens en ques- « tion ont été de vrais hommes d'État : la première, (c que l'homme d'État doit savoir la politique j la « seconde, que l'on reconnaît qu'il la sait ou non, (( 1**. par les antécédents, s'il a eu des maîtres et s'il « a étudié ; 2''. par les conséquents, s'il a produit de- « bons ouvrages ou formé de bons disciples. Or, (( l'application de ces règles est contre les quatre (( Athéniens. » Il revient aussi plusieurs fois sur la division des gouvernements, par rapport à la partie de l'âme qui y domine. La seule différence est qu Olympiodore rapporte ( Tp*|. xxxxiii, fol. 68 à 69)à la partie irascible la forme de gouvernement appelée nid-Apy^idi ce qui est un emprunt fait à la République de Platon. Partout il répète que l'aristocratie est le meilleur gouvernemient, puisque c'est le gouvernement où commande le meilleur , c'està-dire, la raison ( même chapitre xxxxiii ).
(1) Voyez passim le commenfaîre d'Olympîodore sur le Philèbe. ' ^
380 OLYMPIOiXMtfi y
Jlfki. XXXXII, fol. 67 verso à 68 verso.
. (f Voici la preuve que le gouvernement doit être « aristocratique , «t non démocratique. L'État se « compose d'hommes et non de maisons : l'Etat « est^ ainsi que l'homme^ un petit monde. Il faut « que les hommes imitent le monde. Or, dans le « monde il n'y a qu'un maître , Dieu j car la plu- (( ralité est une mauvaise chose. Il ne faut donc pas (< que l'autorité appartienne à la multitude, mais « à un seul homme, sage et politique. On dira que « c'est là la monarchie et non l'aristocratie. Mais w ces deux choses sont identiques, puisqu'il a été « dit dans la République : le prince, ô K^ûtrSvy doit « être un, soit par rapport au nombre, «tp/fl/u©, soit « par rapport à la manière d'être, ^««. Y eût-il plu- « sieurs chefs vertueux , ils ne sont qu'un par leur « manière d'être, car entre eux tout est commun. « Celui qui yit au sein de la démocratie , doit « avoir l'appui d'un dieu: aussi Socrate était-il « préservé par un dieu, et c'est ainsi qu'il mainte- « nait son divin caractère. »
np^l XXXV, fol. 65 à 67.
« Ce n'est pas la tyrannie qui est le modèle du (( politique , mais c'est le monde qu'il doit avoir « sans cesse devant les yeux, s'il veut conduire « l'État à la perfection qui lui est propre. »
Dans tout cela, on peut affirmer qu'Olympiodore
SUR LE dORGlAS DE i>LATON. 381
est dans l'esprit de la politique de Platon ; mai» dans le détail^ il subtilise souTent et prête à son maître des intentions qu'il n'a jamais eues. Par exemple^ dans un endroit du Gorgias, Platon , au lieu de répéter exactement les noms des quatre Athéniens^ si souvent nommés^ omet celui de M il^ tiade. Olympiodore prétend que Platon ne nomme pas ici M iltiade , parce que Mittiade fut plus sage que les autres , en ce qu'il ne développa point les forces maritimes des Athéniens^ et battit les Pefses, non sur mer, mais sur terre ; et c'est assurément une idée de Platon^ dans la République et les Lois^ que la puissance militaire de terre vaut mieux que la puissance militaire maritime ; mais il est plus que douteux que cette idée soit ici la cause d'une omission aussi iadifférente.
L'argument que développe le plus volontiers Olympiodore contre les quatre Athéniens^ étant le mauvais succès de leur entreprise, l'ingratitude de leurs concitoyens et leur triste fin, on pouvait avec cet argument attaquer et Thésée, le fondateur d'Athènes, et Lycurgue lui-même, dont le gouvernement aristocratique était si cher aux platoniciens. Le chapitre xxxxiv, fol. 69 verso à 71 , est employé à résoudre cette objection. Pour Thésée, Olympiodore répond que c'est un personnage à moitié fabuleux, et qu'il faut entendre dans un sens mythologique, et interpréter moralement une foule d'actions que les poètes et les historiens lui attribuent contre des adversaires qui n'ont jamais existé > et
3S2 OLYMPIODQRE ,
qui sont de pares allégories. Il prétend d'ailleurs qu'il ne fut pas mis à mort par les Athéniens^ mais qu'il fiit simplement diassé d'Athènes (1). La déduise de Lycurgue n'est guère qu'un abrégé de Plutarque. Olympiodore adopte l'opinion de Dioscoride^ que dans la sédition formée par les riches contre Lycurgue , non-seulement celui-ci ne fut pas tué^ ce que nul historien à nous connu n'avait avancé, mais qu'il n'eut pas même les yeux crevés, et que c'est pour cela qu'il éleva un temple à Minerve, sous le nom de Minerve ôtt/astiV, c'est-à dire préservatrice des yeux (2); « ce qui prouve, dit « Olympiodore , qu'il n'avait point perdu les yeux ( fî Si iv rv^h^dits^ ovk av tToin^uev hpiv )• »
Nous indiquerons encore sans les traduire les chapitres xxix, xxx et xxxi, où Olympiodore développe dans le plus grand détail la réfutation que fait Socrate du système de Galliclès, que le bien est dans le plaisir et dans la satisfaction des passions. Olympiodore décompose cette réfutation en six ai^ guments, trois qui appartiennent au domaine delà simple vraisemblance, U rSv èvSo^Zv, et trois qui ont plus de solidité, in rSv TpA'^fjt.ATUûfSi^^ripuy.
Premier argument vraisemblable contre le plaisir et les passions , tiré de l'opinion commune : La
(1) Plutarque, F'ie de Thésée, page 71 ; tome i*', édition de Beiske.
(2) Id. Fïe de Lycurgue, page 183; tome i*', édition de Reîske.
plupart de& hommes appellent heureux cehii qui » a besoin de rien.
Second argument tiré des poètes : Vivre c'est mourir, et mourir c'est vivre.
. Le troisième argument est l'argument pythago-^ ricien, tiré de certains symboles mythologiques employés dans les cérémonies religieuses, et qu'Olympiodore interprète à la manière alexandrine.
Arguments plus démonstratifs :
Premier argument, tiré de la nature même des choses extérieures qui, placées hors de nous et loin de nous, échappent souvent à tous nos efforts, tandis que la vertu est bkn plus &cile à acquérir, car elle est tout près de nous.
Second ai^jument, tiré de l'analogie : Le bon*heur n'est pas dans la satisfaction de nos désirs , pnisqu'en satisfaisant successivement des désirs différents on ne trouve point que leur satisfaction conduise au bonheur.
Le troisième argument est divisé en deux, l'un direct, l'autre indirect.
Voici l'argument direct : Galliclès identifie le plaisir et le bien ; or, d'une part, les contraires ne peuvent exister ensemble dans une même chose; et de l'autre, l'existence du plaisir suppose l'existence simultanée de la douleur ; d'où il suit que le bien et le mal s'eaccluant l'un l'autre comme con«traires, le plaisir, qui n'existe pas sans la douleur, ne peut être le bien, et que la douleur, qui n'existe pas sans le plaisir, ne peut être le maL Contre cet
384 OLYM PiaDORB y
argument Olympîodore se propose quatre objec-^ tions qu'il résout d'une manière plus ou moins satisfaisante.
Argument indirect , ab absurdo, Socrate suppose un lâche et un brave en présence'de l'ennemi. Si l'ennemi se retire^ le lâche éprouvera autant et plus de plaisir que le brave. Dans le premier cas^ ils seront égaux en plaisir/ c'est-à-dire égaux en biens, et par conséquent également botis; dans le second cas, l'absm^dité est encore plus grande. Celui qui a le plus de plaisir est aussi meilleur : donc le lâche est meilleur que le brave. EU; cependant il est certain que le lâche, en tant que lâche, est méchant : donc le méchant est meilleur que le bon, et le même homme est à la fois pire et meilleur.
Nous terminerons ces citations par quelques pen* sées que nous laisserons à regret ensevelies dans ce vieux monument.
Sur la contradiction apparente de l'ordre moral et de l'ordre naturel, Olympiodore s'exprime ainsi :
« L'intelligence et la nature dérivent de Dieu H Elles coexistent ; mais entre elles la supériorité est « à l'intelligence. » (^pot|. xxvi. )
Sur l'excellence de la géométrie :
« La géométrie est en rapport intime avec le « monde où rien n'est déréglé, et où toutes chpn a ses ont la mesure qui leur est propre. » (wpct^.