‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 65 sur 92 · ACTUEL · texte numérisé non relu

ACTUEL

De la méthode psychologique.

De l'instrument de la méthode , ou de la réflexion et de la conscience dans leur différence et dans leur rapport.

Des différents degrés à travers lesquels Tobservation arrive à l'absolu.

Premier degré.

Distinction des principes rationnels contingents et des principes nécessaires.

Que l'observation découvre, dans la sphère rationnelle , des principes auxquels il nous est impossible de refuser notre assentiment, et dont le contraire implique contradiction.

Exemples mathématiques , métaphysiques, moraux, etc.

L'absolu est à ce degré une loi de l'esprit humain, une croyance 9 une forme, une catégorie, un principe nécessaire.

Objection de Kant : la nécessité détruit l'absolu qu'elle prétend fonder, en lui imprimant un caractère de réflexivité, et par conséquent de subjectivité, de relativité et de personnalité, par le rapport qu'elle lui impose avec le moi, siège de la personnalité et de la réflexivité, de la subjectivité et de la relativité.

Deuxième degré.

. Non-seulement nous spmmes dans l'impossibilité de ne pas croire aux divers principes rationnels énoncés plus haut ; mais nous sommes dans l'impossibilité de ne pas croire qu'ils sont vrais en çuxmémes, indépendamment de l'impossibilité où nous sommes de ne pas croire à leur vérité.

Mais ici même nous ne sortons de la nécessité que par, la nécessité; l'absolu est encore réflexif, c'est-à-dire rapporté au moij c'est-à-dire subjectif, c'est-à-dire relatif.

Troisième degrés

Le relatif suppose l'absolu.

Mais cet axiome est subjectif lui-même, étant encore un principe nécessaire, une loi, une forme, une catégorie. Ce n^est encore qu'une démonstration subjective de l'absolu : cercle du subjectif..

Quatrième et déifier degré.

Point de vue de la raison pure ; ici enfin toute re-

SUR LES viRlTES ABSOLUES. 397

lativitéy t»ute subjectivité, toute réflexivîté expire dans l'intuition spontanée de la vérité absolue.^

Analyse du fait de Paperception pure.

Caractère distinctif de ce point de vue; qu'il est impossible de s'y placer à volonté : caractère contraire du point de vue réflexif.

Obscurité nécessaire du point de vue spontjané , non réfléchi , et par conséquent indistinct et obscur; clarté nécessaire du point de vue réflexif et distinctif.

Tout réflexif étant distinctif est négatif; tout spontané est positif; or, comme la clarté du négatif est une clarté négative, un simple reflet, une lumière dénaturée par la réflexion , il s'ensuit que la lumière réfléchie est fausse relativement à la lumière spontanée, qui est la vraie; de là obscurité nécessaire du point de vue négatif, distinctif, réflexif; clarté nécessaire et réelle de la vue pure et spontanée*

Que les deux termes du fait de l'aperception pure, termes immédiats et intimés l'un à l'autre, sont la raison et la vérité, placées évidemment hors du moi et hors du non-moi , qui peuvent bien concevoir ou contenir l'absolu, mais sans le constituer*

C'est précisément dans cette égale indépendance du moi et du non-moi, du sujet et de l'objet, des formes, des catégories , des croyances toutes nécesi^airement subjectives, que consiste l'absolu.

L'absolu plane sur l'humanité et sur la nature ,

les domine et les gouverne étemellem^it , avec oetCe seule différence quç l'une le sait et que l'autre l'ignore-

C'est là le plus haut point de vue d'où l'on puisse découvrir l'absolu en restant; dans les limites de l'actuel. Il s'agit maintenant , toujours dans l'actuel , de revenir de ce degré aux degrés inférieurs et antérieurs qui nous y ont conduits.

L'absolu dans son indépendance absolue , dans sa pureté absolue , n'a d'autre caractère , d'autre crUerium que lui-même, il contient en soi sa propre définition; mais aussitôt qu^il entre en rapport avec l'humanité et la nature, il prend un nouveau caractère, un critérium relatif, non à lui-même , mais à ce i quoi il se communique.

Premier degré. Le premier degré de l'absolu en rapport avec l'homme ou comme idée , est l'aperception pure ; l'absolu ne perd encore de sa pureté que ce que lui enlève l'idée même de rapport. Lumière et obscurité première de ce point de vue , le plus pur qui puisse être pour l'homme.

Deuxième degré. L'aperception pure se réfléchit, js'obscurcit comme aperception pur^ s'édaircit en se subjectivant, en entrant en rapport plus intime avec le mqi , siège de toute réflexion et de toute lumière.

Troisième degré. L'aperception pure passe de l'aperception réfléchie à la conception nécessaire, se subjectivant , s'éclaircissant et s'obscurcissant de plus en plus.

SUR LES VÉRITÉS ABSOLUES. agc)

Quatrième degré. L'aperception devient croyance; par rhabitude elle cesse d'être réfléchie, acquiert une fausse spontanéité d'application ^ et passe dans la logique sous le titre à la fois trompeur et véridique de lois inhérentes à l'intelligence, de principes constitutifs , de concepts nécessaires , de formes , de catégories intellectuelles : dernier degré de la subjectivité de l'absolu.

Tous ces degrés se rencontrent souvent dans le même fait , enveloppés les uns dans les autres ; ils sortent perpétuellement les uns des autres et y rentrent perpétuellement, se dégagent et se confondent sans cesse. C'est ce mouvement perpétuel qui constitue la vie intellectuelle.

Distinction du sens commun et de la science.

La science veut savoir jusqu'où l'on peut savoir , épuiser tous les degrés intellectuels, arriver jusqu'au premier , et de là dominer tous les autres et se dominer soi-même. Le sens commun s'arrête aux degrés subjectifs; sa borne est le nécessaire; c'est là le point de départ de la i^cience , mais non son terme.

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