OLYMPIODORB, SUR LB PHEDON
cune renferme une citatiou du texte de Platon avec des observations plus ou moins étendues ; dans l'autre, il n'y a plus de npd^%tf, de leçons dis* tinctèSy plus de citations de Platon, mais seulement une suite de paragraphes dont chacun commence par on» forme qui est évidemment celle d'un extrait. Chacun de ces or/ » s'il est permis de s'exprimer ainsi , est un petit tout distinct , et leur suite parcourt les diverses parties du Phédon. Une première série de deux cent trois paragra^Jies comprend la question du suicide et ce qui suit jusqu'au célèbre passage sur les contraires. Là se présente une nouvelle série de quarante-trois paragraphes, sous ce titre : Uipi roD i-ri rm ivAvriuv Aoj^ou J^tATA^i^ rov ifAtripou KA^itytfJLivofy ri ri ivJ'i^i' (jitvùv ri Tfe à^.ti^if rov kiyov J'ia.o'ei^ov^af c'est-à-dire :
Du passage sur les contraires; exposition de notre maître, qui fait voir ce quiljr a dans ce passage de possible et ce qu'il y a de vrai. Ce morceau est suivi d'un autre sur le passage de la réminiscence; son titre est : ntpi tou âto t«k ^eeftrjiV«»7 KfiyoM ' il comprend cent six paragraphes avec un certain nombre de sections plus générales dont les titres sont : 1^. Kt^^tAet/oi^ rov |jt rm AVAfiLvio'ttâf Koyùuy c'est4i-dire , Résumé du passage de la réminiscence; 2". É* rSf rov XAtpoôviafi extrait du Chéronéen (Plutarque). Vient ensuite un quatrième morceau sur l'endroit du Phédon où l'adversaii'e de l'immortalité de l'âme prétend que Tàme est un résultat de l'organisation qui se dis-
514 OLYMPIODOftE)
sipe avec elle ^ et où il la Gompare à rharmoTile d'une lyre* Ce morceau est intitule : o nre^i ipfjLovUf ?ioyofiil n'a pas de numérotage particulier, et reprend celui du morceau précédent sur la rémini^epce; il commence au numéro ou paragraphe 107 et va jusqu^au numéro 212, avec des sections plus générales qu'il est inutile de mention^ ner. Enfin arrive une dernière série de quatrevingt-dix-sept paragraphes sur le mythe qui termine le Phédon, ut tqv ijlv^ov. Ici finit notre commentaire. En effet il a parcouru , sinon le Phédon tout entier, au moins ses plus grandes parties, à savoir le suicide, les contraires, la réminiscence, l'harmonie de la lyre et le mythe; tandis que le premier commentaire s'arrêtait à la réminiscence, et ne comprenait ni l'harmonie, ni le mythe final. On peut donc considérer ce second commentaire comme véritablement complet en son genre.
Cependant nos manuscrits ne s'arrêtent point là , et tous contiennent en outre un long supplément qui s'étend jusqu'au commentaire sur le Philèbe. Ce supplément comprend les sections générales qui suivent : 1**, E/V tIv ^ttii'ùùVdy infi rov <tTo TCàv ivAvrieùv hiyov sur le Phédon^ du passage sur les contraires. Cette section a son numérotage particulier et renferme vingtr<{uatre paragraphes.
2". 'E'Ti^ttpfifjLÀTm hct^ppnv ^wettyvyii S^invyvriaf iwrtp^ou- coUectian de différents arguments qui dé-
munirent que les connaissances que Von acquiert sont des réminiscences, tirée de Plutarque le Chéronéen; quarante paragraphes. 3°. ÀTopi<t< Sxffi^
Tùdvo^ ^pof riv «p^Tor Koyoy riv ato riv ivéLVtittp*
objections de Stmton contre le premier passade sur les contraires; six paragraphes. Av<ruf, solu^ lions; six paragraphes. 4°. ÀTropiAt X,rpti,rm9f ^fiit Toy ATo rm ÀvAfjLvncrtm hiyov ' objejctions de StraÊixn contre le passage de la réminiscence; seulraient trois paragraphes. 5°. ngpi toD Tfy.îurajov KoyoVydu dernier passage ^ à savoir le myt/ie. Ce dernier morceau est très-ëtendu et commente , comme le titre l'indique, toute la dernière partie du Phédon. Ces cinq chapitres réunis forment en quelque manière les débris d'un commentaire nouveau ou du moins d'une rédaction nouvelle du même cohh mentaire , rédaction qui est aussi différente de la seconde que celle-ci est différente de la première. Voilà donc en réalité , au lieu d'un seul et même commentaire, selon l'opinion conunune, trois commentaires distincts. J'ai fait connaître le premier* Un jour peut-être j'aborderai le troisième'; mais ici je ne m'occuperai que du second, lequel s'étend, dans le manuscrit 1822, depuis le feuillet 1 80 recto jusqu'au feuillet 220 verso, et forzae par conséquent 40 feuillets^ c'est-à-dire 80 pages in-folio. Et encore , pour ne pas mettre à une éprjeiiTe trop forte là patience des lecteurs , nous nous con^ tenterons de donner une idée suffisante de ce com<mentaire en faisant connaître en détail les deux
516 OLVMPIÔDORE»
cent U*ois paragraphes qui en font la première et la plus importante partie, et qui remplissent 14 feuillets 9 28 pages in-folio , dépuis le feuillet 180 recto jusqu'au feuillet 194 verso. Enfin, ponrmettre un peu plus d'ordre dans notre analyse, au lieu de rendre compte successivement de chaque paragraphe, comme nous l'avons fait pour le premier colnmentaire, nous considérerons et reproduirons sommairement ce qui, dans la totalité de ces deux cent trois paragraphes , regarde, l*". la philosophie proprement dite ; 2'. la mythologie; 3". l'histoire de la philosophie.
Philosophie. L'école d'Alexandrie, héritière des travaux accumulés pendant plus de six siècles , de Thaïes à Ammonius , placée auprès du vaste dépôt des monuments écrits de tout genre, rassemblés par les Ptolémées, venue d'ailleurs à une époque de lassitude et de découragement universel, devait produire naturellement des érudits et des savants ingénieux plutôt que des penseurs originaux, et l'imitation est en général ce qui la caractérise. La seule idée profonde qui lui appartienne en philosophie est l'éclectisme, lequel par sa nature se ratta^ cke encore au caractère général que nous venons de signaler. Mais dans la combinaison des systèmes antérieurs qu'entreprit l'école d'Alexandrie, l'esprit du temps, qui dans chaque époque n'influe pas moins sur la philosophie que sur tout le reste, repoussait d'abord les systèmes sceptiques, lesquels survenus lès derniers , après avoir ruiné tous les
SUR LE PHBBON. 517
autres ) avaient fini par se perdre eux-mêmes dans Je dégoût philosophique qu'ils avaient produit et répandu. Le même esprit qui repoussait les systèmes sceptiques devait également proscrire le sensua«* lisme qui y dans la généalogie des systèmes, est le père du scepticisme; et c'est là ce qui explique le silence presque absolu de cette savante mais exclusive école y et le défaut de renseignements qu'on y déplore sur des personnages aussi intéressants à tous égards que Démocrite et Épicure dans l'école sensualisle, et Énésidème dans Técole sceptique. Et même y en se renfermant dans les limites des systèmes idéalistes, l'éclectisme alexandrin n'emprunta guère à Âristote que la forme ; de sorte qu'en dernière analyse, pour le fond des idées , il se trouva àpeu-près réduit au platonisme; de là le surnom de néoplatonisme qui lui a été donné justement. Or, une fois engagé dans une route exclusive ^ on ne s'y arrête plus. L'idéalisme de Platon inclinait d^à au mysticisme ; l'esprit du temps y précipita le néoplatonisme. En effet le mysticisme est le second caractère de l'école d'Alexandrie; c'est là même son trait le plus original, et ce qui lui donne une place à part dans l'histoire de la philosophie commie dans celle de l'humanité. Ce mysticisme, sincère et graçd, parce. qu'il était le fruit véritable et nécessaire de l'époque où il parut, se soutint assez longtemps par la puissance des mêmes causes qui l'avaient produit; il brille de tout l'éclat qu'il comporte et atteint son entier développement^ du ii' au iv*- siècle,
518 OLYMPIODORE,
de Plotin à Proclus. Mais peu à peu il s'affaîMit et s'épuise comme la civilisation antique^ et yèrs le temps d'Olympiodore ce n'est plus guère qu'une tradition sans force et sans vie* La pensée s'y trahie dans les lieux communs d'un idéalisme- impuissant et d'une érudition empruntée. Le style, qui suit toujours la pensée, a perdu tout coloris ; déjà même la correction l'abandonne. C'est l'antiquité à son lit de mort, flétrie et déjà décomposée. Ce n^est plus seulement la philosophie, c'est le commentaire luimême qui expil*e; car après Olympiodore il n'y a plus de commentateurs, au moins de Platon. Il faut donc s'attendre à ne trouver ici qu'un monmnent d'une époque de décadence. Le lecteur ainsi prévenu , nous allons tii^er des deux cent trois paral^raphes que nous examinons, sans y mêler presque aucune observation , les passages philosophiques les moins dépourvus d'intérêt en eux-mêmes et les plus caractéristiques du système et du temps auxquels ils appartiennent.
Sur la question du suicide ^ Olympiodore reproduit l'argument de Platon^ savoir, qu'il y a une divine providence , envers laquelle nous sommes responsables de toutes nos actions; ce que Platon exprime en ces termes : « Que les dieux prennent « soin de nous et que nous leur appartenons. » Or, si nous leur appartenons, ils peuvent punir toute infraction faite à leurs lois. Mais il est à craindre qu'ici on ne transporte à la divinité des idées et des sentiments empruntés a la nature humaine. « Il
SUR LB pfféDon. ' 519
u ikttt GonceToir dans les dieux , dit Olympiodore , « la colère et la vengeance toat autrement que dans « rhumanitë. Leur colène signifie qu'ils retirent fc leur lumière ; et leur vengeance est une seconde H providence qui s'exerœ par le châtiment k l'^rd « de Tâme qui a dëserté leurs lois (1 )* — S'il y a i< punition du suicide , il faut que Vkmt t^ubsiste u quelque part séparée du corps (2)» ♦— Si le suicide (c est une infraction à la volonté divine^ il s'ensuit a que l'&me est libre; car son acte lui appartient. « Et encore 9 si les dieux noua punissent, nous (c sommes libres ; car l'être livré à une nécessité if extérieure n'est pas responsaUe (3)w »
Voici y. ce nous semble, de nobles et profonde pensées sur la liberté et la nécessité , le bieil «t la providence, et les divers degrés de connaissance et d^intelligence : « Plus notre liberté obéit aux dieux, <( plus elle étend son empire ; plus elle s'éloigne des « dieux et s^'sole en elle-même , plus elle fait de « pas vers l'asservissement à un principe étranger,
(1) Ici le grec d'Oljmpiodore n'est pas dépourvu d'élégance : *H ^1 iyxftiitTiirtç f^ aùrSv fù, i rifACÊ^tct «bXX«iùf fùiitr^of r^o'xof'
(2) K«< S'iÀ rOUTO JCtÊflTTlKt) ff ^»Z1-
(3) ''Or< fi srtfpÀ yy«^9f êtm tJ^ttyôfAtVy alrcittfnT^ irrtf
ToxiftjT^î loftn* tTtpttêtf yttf tifttyicctÇûfttvéif (o-riv i iiririff^nirti. Avant f^t^y, n faut évidemment rétablir «vx, qui manque dans nos quatre manuscrits.
520 OLYMPIODOR E ,
ce comme s'étant ëcartée de l'être essentieUement (c libre et se rapprochant de l'être essentieUement a dépendant (1 )• »
(ï La plus grande nécessité est celle du bien ; car « nul ne peut méconnaître l'obligation qu'il nous (c impose. »
H La providence est inhérente à la divinité; car ic le bien est l'essence divine, et la providence est fc le bien en action (2). »
(C II ne (aut pas se laisser troubler par cette ques- « don : qui vaut mieux de la science ou de la vertu ? ce car l'une sans l'autre, est imparfaite.
(C L'âme n'est pas corps, car elle méprise le H corps; elle n'en vient pas, car elle lui résiste.
(C Le corps est de la même essence que l'igno* <c rance (3); car la connaissance unit, et le corps
(1) On T« «vTi^ouoiùf ifi£fy orûy fAtiXXof i^ovXtétt r«7f ételç,
ir^oç ittuTo, roTùôrat ftûZ^^foç «..., (les quatre manuscrits ont ici une petite lacune que l'on peut remplir par ùvi^^irut ou un verbe semblable. ) 'nrfcç rtiv éfratç irtpoKivfjrov êovXuajty un Ta S fil V xvptttf ttuTt^ouncv xÇfirru/tttfOfy r« ^e x.vfiaç v^-t^ovri»
(2) Ort vctuTU ftm v^ùvùÙ rm ^tvTtftofv Kura çia-nt^ âtX>C o\ ^io\ %^o s-«cvr«v Kùtt Ktcé* vifupitf ' ûyciêoTijç yup ikuotoç * i cTc irpoydftf Tijç uyetêùT^roç irrti tfi^ytt».
(3) On To fttf r£f4M eiytotu avvouaiatTat ' avvttyMyoç yttf if yfSnç' TO ^t ^uvTtj fitiftifirrùUy o ^i tovs «tvrôyvttrtÇy ort kut «00i«y tt^tpioToç TM9 Tf fy /^to-aty i /tciv a/tr^tiotç ff^OTttv^Tttr^ yvéio-tç , iTTttct} oÙk tcvtv roS (pvrti ùyfoouvroç * jJ ^l "^^Zl i
que division. L'intelligence est la connais-
ce par excellence , parce qae rintelligence est
•»entiellement indivisible. Entl*e ces deux extré-
aitÀ la sensibilité est le degré le plus obscur de
la connaissance 9 puisqu'elle s'exerce seulement
au moyen de ce qui est ignorant par sa nature. La
« raison est plus lumineuse et elle se connaît elle**
u méme^ parce qu'elle est plus indivisée. L^imagi-
i< nation tient en quelque sorte le milieu; c'est l'in-
K telligence soumise à la passion et à la division. La
« sensation , dit Aristote , ne pouvant atteindre les
H objets supériemrsy retombe et s'abaisse vers les
(c inférieurs; il en est tout le contraire de la science ;
^«fTMviW fêtrti wmç * /^# tuù ff«vf f m wmê^rêç km) ftt^ta^oç. Orr
mHtirSf miti rmt f^u^ûfOÊt fctritarf^ptl^mv , Tiff it iwtrrnf^l* TêvnLfrUf MMt r«« tXurTm yiyfttTxttf ««*« r«y fêu^tfttf * «îriirm et ro0 f/Lif Te et* rmfutTeç ivipyiiy, r«v ot tù ttftv o^fMtTàç. On oi /«M Têts ttMtirttç ttKfiÇuç tifOé Çicn irpeç «ix^èututy oi ^i ùrt^ fta^ûonv mt êVK «A^diif * ouTôt fctr IlttffCfyi^tify 'E^xf^oxA^;,
mf^iTi^at fciùu Aiyf/v * tUTff ^t •rt wcKkêuç fo«M TUrrcutfiaéftûvç Ttjç âtXiiêuttfy IxMTîf^ç fttf T^ç r«f yfmrrSiv^ xm\ Ttjt rSf yy«irc#y, ««c;r« r^y %f TioXiruêt y^it/Afit^f i'infnfAt^nf, THh irv^n -riyy ctiT^tfm Tifç i?niéu»ç ^ttrtt a nA«r«v^ 9 mç fitTtt Wêtéêus iu f y •ont f y To ynf vttéeg «û yv£ns' ifipyttt^ yttf i yvSoifi £i /Êitl 4tKft^^ç n ittrOtinsy %Ss mfx,i yinrcu t^ç tiv«^uJitmç ; ^y^- /L/HféifiiTKU fitf i ttirénftfy i.'^ffZI A «rp0C«cAAfT«M Tttç Àp^tiç,,..
Cod. reg. 1823, fol. 35 recto. . .
522 QLYMPIODORB ,
(c elle Gonnait l'inférieiir par le supérieur; et Aris-- M tote en donne cette raison, que Tune s'exerce par « le corps et l'autre sans le corps, lies uns, comme a Protagoras et ÉpicUre, attribuent la certitude aux a sensations; les autres, Parménide, Ëmpëdode^ (I Anaxagoras^ leur refusent toute iréritë; Platon (c seipble adopter les deux opinions, parce qu'il « admet plusieurs degrés de vérité, et qu'il oonsi-» « dère la vérité et par rapport aux objets de la « connaissance et par rapport à la connaissance elle« « même p selon la distinction établie dans la Répu^ ce blique. Mais^ comment, dit-il, les sens n'a^tlei^ « gnent-ils point ia vérité? est-ice parce que la « sensibilité est passive? car la passion n'est pas « connaissance ; la connaissance est action* D'autre <€ part si la sensation manque de certitude , corn- (C ment peut-elle devenir principe de connaissance ? (( La sensation excite la réminiscence, et c'est l'âme « qui suggère les principes.
« Le raisonnement (1) est rintelligence déduc- « tive; or, sous ce rapport il est inférieur à l'intel- (c ligence pure; mais en tant qu'intelligence, il est « supérieur à la sensibilité et à l'imagination. Il est
(l)''Ori 0 X6yi<rfAùç fûvç ia-rt ^t^oê^titoç^ rccvrvi ftiy rev ncu ùirù)[tiWù/tctf«Çy VI ^t voof Ttjç alorêijrtûtç rt tceti ^uvrarietç O'^i^ty^av* XMt iTTi '^ox^Ç ivipyitetXoyiK^ç' J/« ^peç/tttf rof fouv âvetTttvojttivoç ivi^itt^^f^fireu rS ^t»Ti rnç votpccç ecXtjêiiuç^ tlç ^t rr/w etXôyov
uîo-B)ja-tri •^io^ovç.
la raison en action ; d'un c6té il aspira à Tintelligenoe et réflëcliit la lumière de la Tëritë intelligible; de Tautre il s'abaisse Ters la oonnaissanoe •( déraisonnable et s'obscurcit des ténèbres de Ter** « reur^ inséparable de la sensibilité.
(c Le raisonnement (1 ) ne tient point du corps , (< dont la nature est de tout ignorer ; au oontraire, a la sensation tient au corps.^Le raisonnement tise tf à la oonnaissanoe des causes ; mais il n^apparu tient pias même à la sensation de les cberclier* « L'un est à la soite de Tétre , l'autre est la mesM-* « gère des passions; œlui-ci est de l'âme à l'âme « elle-même; celle-là est de l'âme aux ekoses étraou gères. Aussi la connaissance y est-elle inlerrona* ce pue par la di¥ision*
« La connaissance (2) est la beauté de Tâme^ a ce cause de sou éridenoe et de son dxwme* Fkis « elle se dégage de la matière et par oooséqoent de ce rigoorance, plus elle est bdle^ et sa beauté su* a pcême est de se oooibodre arec la lumière iotelu ligible. m
524 OLYMPIODORE ,
(c Si l'intelligence (4) a plus de certitude que la (( sensibilité, les choses intelligibles sont plus cer- « taines que les choses sensibles ; et si la vérité doit « être avant son image, il faut que l'immatériel (c soit avant le matériel. Si ce qui est 'parfait est « avant ce qui ne l'est pas , comment l'intelligible a ne serait-il pas avant le sensible? »
A cette théorie des facultés où le plus haut degré de l'intelligence est la confusion de rintelligence avec l'objet intelligible dans la recherche de Tabsolde unité , correspond une classification analc^ue des vertus, qui donne une idée parfaitement exacte de la morale mystique de l'école d'Alexandrie ^ et de la supériorité que l'esprit général de cette époque accordait aux facultés contemplatives et aux vertus, appelées depuis monacales j sur les facultés actives et les vertus pratiques.
« Première classe de vertus : vertus physiques « (^i/j^iittfi) , communes aux hommes et aux ani- (c maux ( comme la force , la sobriété , la douceur , c< l'intelligence, etc.) , en tant que ces qualités sont (c naturelles et viennent du tetnpérament (2). »
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1^1; Ori fi irrt ynuTti etK^t^ia^tftt rnç atTBna-ttiS, uv «v. «Ai ypâiarù ùXtiBiTTifu r«y uMtiTSif ' Ktt) il S"u rù â^^nin wf rm %ic^X»v ijfoiy ^11 srp« rSv sfuXâtf f/vM rù iiiX» * tucï ti r«» rfAci«
(2) Oti ^^mrâu^rm.tiftTSt tu ^uv^ibai, ttùttttt TfifdçTH 0iypi<s •■vfiiwtÇvffitivM Tttls KùHriQif.,.. Cod, reg. 1823, foh 39 recto.
(I Seconde classe de yertos : vertus moredes u (jidixcti)^ fruit de l'habitude et d'une saine dite rection de l'opinion, vertus d'enfants bien élevés « dont certains animaux sont susceptibles , et qui H naissent d'un accord facile de la partie raisonce nable et de la partie irraisonnable «de notre na- « ture (1). n
« Troisième classe de vertus : vertus politiques H ÇTùKiTiKAi) , qui ne dépendent que de la raison, (c puisqu'elles supposent la science; mais de la (c raison eu tant qu'elle pei^ectlonne les instrut< m.euts qui la mettent en rapport avec le monde, u la faculté de connaître par la sagesse, l'irascibilité (C par le courage, la concupiscence par là tempéu rance, et toutes en général par la justice (2). »
« Quatrième classe de vertus : les vertus purifi- €< ca/riér^j(i&<t<&flt/>Tfxcti); produites parla raison qui ti se sépare de tout le reste, et se retire en elle-même « et suspend toute action extérieure; vertus qui c( dégagent l'âme des liens du monde visible (3). »
<( Cinquième classe : les vertus contemplatiifes
(1) *'Ori ttï iUxitt vwtf TttvrttÇy céi9)K« ttêii ô^h^à^iec n*) tyyêyitofi$fÊÊ4 j %ttli'mf «v^hm Àpêreù «iyûfitv&f fv, ««i rSf êtifittv
(2) ^Ori TtiTM vwtf rttoTUç al frùXiTiKtt) ftovdv ovmé rtu Xpyûu* •«vr«tf, h» /tiif ^fêf9in00ç tù yv&ortKofy ^i« i't àfi^titbç t§
(3)''Or/ V9rf p Tttirttç ai »«l«pri««i ra? Xêyiv ftêfov êvo'êu , »«i àiri rSv a?iXm àfaz^fôvvrtç lif iaurov^,.,. Kai ràv ^i' ifyavct¥
526 OLYlf PiODORB y
u (^€A>/>irTii&4i), dans lesquellea Tâme^ au lîéu de « 96 retirer sur elle-même^ renonce à soi et tend (c à se rapprocher de ce qui lui est supérieur , non (c pas seulement par la connaissance, mais aussi « par la volonté. L'âme aspii^e alors en quelque (C sorte à devenir intelligence. Or , l'intelligence « suppose à-la-fois connaissance et volonté. Ces (C vertus sont opposées aux vertus politiques : (( celles-ci agissent selon la raison sur la nature in- (c férieure; celles-là s'élèvent jusqu'au monde supé- (f rieur (i). »
« Sixième classe de vertus : les vertus exemr> « plaires ÇTeLpAJ'ttyfjLATtKeti ). Ici l'âme ne contem- « pie plus Fintelligence comme dans les vertus <€ précédentes ; car la contemplation suppose dis- (C tance, intervalle; mais l'âme est alors l'intelli- (( gence elle-même , à laquelle elle participe. Or, a l'intelligence est l'exemplaire de toutes choses ; (( et c'est pour cela que ces vertus sont appelées a exemplaires (2) . »
y¥^rrtK£ç,„ «AA« ««/ ôftKTtKêiç' oltf» y«p vêuç ûvri ^v^Ss ivttytTM ytvtv^oiy ê ^f 9CVÇ ttfMt Tê ttfi^crtpêv^ «m0*rp«^«i ttvrm rtuç ^ùXnixMtÇy iç tKuvod^tp) TU ;k«''|»* ««tr«l A«V«v iu^yoS^uty ulrm
Ttft r« »pttTTûf XÊtTtt VOV¥,
(2) On ^ttftti'ttyfiuTtKittyetfiTci) ml fênKirt ^tctfimç Tii» uS rnç -^uzif • To yùf ^tmfuv nv ttTftrruTtt yinvêtty liAA* J/ij vrin
sut LB PHBDON. 527
« Âa-dessus de toutes ces vertus , dont Icf oarao- (c tère commun est d'appartenir à l'iiiteUlgence, u lamblique place les vertus qu'il appelle liiéra-' a tiques { UfATiKcti ) , lesquelles naissent de la nature « divine de l'âme. »
Olympiodore prétend que le but de Platon est de distinguer absolument les vertus qui purifient l'âme de toutes les vertus inférieures , non-seulement des fausses vertus , mais des demi-vertus, telles que celles de la première et de la deuxième classe et même de la troisième, à savoir les vertus politiques. Il est évident qu'ici le commentateur alexandrin détourne la morale de Platon vers un mysticisme outré, et qu'il l'expose alors à toutes les ol]jections des péripatéticiens, qui demandaient comment le contemplatif pouvait avoir besoin de la force, de la justice, de la tempérance, vertos bonnes seulement à soutenir les combats de h sensibilité, au-detfus desquelles le contemplatif est placé comme les dienx* Au lien de la répr/rite embarrassée qn^Ohinpiodore fait a ces obje#;iWfns nous aimoDs mieux rapporter b éiétUtiiUm m%^ vante qu'il donne des quatre f eHu» mtmS^ ; ^ \m cr caracicre propre de b force e»t de ne pr/int 4^ tf lais«r eotratfier aux s^uel«^/n4 At% i^ui^A $$4^'- « rienres; celui de b temp^r»fi^'^ r/ffHin^^ H «Vm « âofgner; ceirij de b jwûi'j^. ^M fff^ifn^fff^M IV « nerpe en nxK^prt -Vr /y/rif//rroit> ^t#y' #'if q^i ^#^ i
528 OLYMPIODORE .
€c et à la prudence appartient le discernement da (c bien et du mal. »
La division suivante des éléments de Tàme est àpeu-près la division moderne des facultés en sensibilité ^ volonté^ raison. (cDieu a formé Tâme <c de trois éléments ; par l'un elle tend vers les ob- « jets inférieurs , par l'autre elle est portée à se (( i*eplier sur elle-même , par le troisième elle peut «s'élever à son auteur. »
Les maximes suivantes sortent si naturellement du texte même de Platon y qu'elles se rencontrent déjà dans le premier commentaire : « Il y a de « prétendues vertus dénaturées par le mélange des (( vices contraires; celles-là Platon les appelle seri< {files , comme étant sans valeur et pouvant se « trouver chez les esclaves. Aussi nous ne les ad- (c mettrons pas dans le chœur des vertus. • (( La vertu n'est point l'échange , miais la défaite (c des passions ; et si c'est un échange, ce n'est ps (c celui des passions entre elles, des plus grandes (( pour les faibles; ni, comme le disent les £pi- (( curiens , des passions immodérées pour les pasce sions modérées ; ni , comme le veulent les Stoï- « ciéns, des plaisirs contraires à la nature pour les (C plaisirs conformes à la nature, mais bien un (C échange de toutes les passions pour la sagesse. c( C'est à l'acquisition de la sagesse que nous devons « les immoler toutes; c'est elle qui est leur juge, çt « qui, n'appartenant qu'à la raison, est naturellece ment faite pour commander.
SUK LE PHEDON. 529
passages que nous allons transcrire se rapportent plus directement à la question de l'im-* mortalité :
ce Socràte comprend dans une seule et même « notion la vie pure et la vie immortelle ; car ces « deux idées rentrent Tune dans l'autre. Pour pou** « Toir se séparer de la sensibilité , il faut bien que (( l'âme en soit originairement distincte : autre-* « ment cette séparation serait un mal et non un (c bien. De plus^ lorsque l'âme se perfectionne « qiiané à son action, elle se fortifie même quant « à l'essence. En se repliant sur elle-même, elle se t( substantifie en quelque manière (Ir/^'Tf t ^ercci crpor (c ietvriv oùatSa-A i^vriiv) : de sorte qu'étant mai** {( tresse de son existence, elle ne saurait être dé- (c truite que par elle-même; et naturellement il « n'est point d'espèces qui se détruisent elles- « mêmes ; seulement elles peuvent s'assimiler aux « espèces inférieures et se corrompre quant à leur (C action. C'est ainsi cpie Socrate a réuni deux vé- (C rites; Gébès les divise et demande qu'on lui « démontre encore l'immortalité de l'âme , regar- « dant l'hypothèse de la vie pure comme une simple « préparation à cette démonstration. — D'ailleurs {( l'existence de la vie pure, c'est4i-dire dégagée u de l'esclavage des sens , n'est pas une hypou thèse, comme le pense Cébès, mais une vérité u fondée sur l'essence même de l'âme; en effet si i< l'âme aspire à se séparer du corps et si elle s'en €< sépare réellement, c'est qu'elle tend à une exi-
530 OLYMPIOIXNKB^
H stence indépendante (cii^ai X^f'*^)i ^^ ^'^^ ^^ « l'explication da dësir ; autrement le désir de (€ l'âme serait vain^ et rien ne peut l'être. Car (f quelle est la fin du désir ? le désirable^ c'est-à-dire cr le bien. Or^ si le désir de l'âme était vain^ le ce bien serait donc impossible, partant inutile, (( c'est-à-dire qu'il ne serait pas le bien. On a tu dans fc le Gorgias que la puissance appartient au bien, « et que la faiblesse est essentielle au mal; donc (( tout bien est possible par sa nature ; donc tout (c désir a une fin possible, puisqu'il tend au bien. a Or, si le bjen même apparent est possible, que « faut-il penser du bien véritable? ne doit-on pas « croire qu'il a le plus de réalité (1 ) ? »
Quoique nous devions rencontrer plus bas une discussion spéciale sur les contraires, il y a déjà ici, sur ce passage important du Phédon, plusieurs pages qui renferment des raisonnements d'une extrême subtilité , à-peu-près du même genre que ceux dont nous avons donné une idée dans notre analyse du premier commentaire. Nous ne les reproduirons point , et nous nous contenterons d'en tirer ce qui peut jeter quelque lumière sur cette thèse si controversée dans l'antiquité, que les contraires naissent des contraires. Au premier abord , elle paraît absurde, le contraire excluant, ce semble, le contraire ; mais Olympiodore distingue deux
(1) 'Hf l'y tS TûfyU êUutruiy semble indiquer qu'Oljmnpiodore avait expliqué le Gorgias ayant le Phédon,
sortes de oontraires : les contraires absolus («TxSr j(^ KVfi»f AfTiKtifXiVA ) et les contraires relatifs ( tà Tfif Ti ) ; et, selon lui, Platon parle de ces derniers* Il distingue encore les contraires en deuit classes, tà ifÀfjLt^^ xgÀ tà ifi^vAy c'est^-dire les con* traires qui admettent entre eux un état intermédiaîre, et les oontraires qui n'en admettent pas. Or, Platon déclare dans le Parmérdde qu'il n'y a point; en (ait de grandeur , de contraires sans intermédiaire, qOx IffTt KAri ^^fltror «/ut o-ee bctrr/tf. Il ne s'agit dans le Phédon que des contraires admettant un passage de l'un à l'autre , ainsi que des contraires relatifs. En outre , sdon la distinction précise do Platon, les contraires qui ont une existence visible naissent seuls les uns des autres.
H K Tàme survit à sa séparation d'avec le corps, tv pourquoi le corps ne revit-il pas séparément « atiasi bien que l'âme? c'est que, le corps étant t< composé d'éléments, ces éléments une fois dis- « aoos ne peuvent plus se rassembler pour compo^ a ser un tout, identique à celui qu'ils ont formé. r< L'âme étant plus forte que le corps, il lui appar^ « tient de poursuivre seule le cercle de Pexistence. a Le même argument s'applique en sens contraire K aux animaux ; leurs âmes subsistent, si elles pente vent se séparer du corps ; mais elles ne le peu- « vent , parce qu'elles sont en lui comme en leur <f substance, et alors le corps, qui est supérieur en x< force, peut seul subsister comme corps et être «c animé de nouveau ; et si le corps lui-même est
532 OLYMPIODQRB ,
i< détruit, le cercle de l'existence s'accomplit aioi*s « au projet de l'espèce et non de l'individu.
c( Tous les raisonnements de Platon dans le « Phédon s'appuient sur trois axiomes : I y Toute (( chose accomplit un cercle , à l'imitation de Fin-^ (( telligerice ; II y l'âme est plus forte que le corps ,' (c III y tout être aspire au bien et veut durer tou^ (c jours, soit selon le nombre ( mt âptSiAivi exprès- €c sion pythagoricienne pour marquer l'individu ), (C soit selon l'espèce ( kat tîJ'oç ) , soit de l'une et (C de l'autre manière. Ainsi trois principes : l'intel- (( ligence , la force , le bien. — Enfin les résultats c< des raisonnements de Platon sont : l"". toute âme (( existe toujours là-haut et ici-bas ; elle descend (( et elle remonte ;.2®. si à cette vérité, que l'âme (C peut se séparer du corps, on ajoute celle-ci, qu'elle (C est incorporelle, il s'ensuit qu'elle est immor- (C telle ; car elle ne peut périr comme corporelle ; « puisqu'elle ne l'est pas , ni comme incoi^porelle, a puisque à ce titre elle a une existence indépen- (C dante (1)« »
fiê»?itréa4 ûù ^ttffttvut i kut fiftBfiêv 9 ttâtri' tï^ç i rtui (^»f*^ Tfivrovy ii9Tt KAt ««■• rm êtfx^KSf i^«9^urtttii y vêS ^ . i^vvofittfSt
«(y«0ov..,. Or/ irKiTM rm Aay« tv/titVy ro vtto-ttv etu ^/o^Vf ^trt
grepov ^1 tî TFforrtBtttj^ tù ttow/tturcv theu Xfàç rm ^^A^p/^rf rv' yv;^9y,«c8ii;y«roy thm «tu* ùur% y«p mç ermfturtKti Çêmfttti ttVy u^^f Àriftarêty •ir% ^ t^TctfMttùÇy uxtf z^ft^- Fol. 46 recto.
SUR LB PHÉDCHV. 533
Cependant on peut soutenir que le passage des <x>iitraires^ même ainsi entendu et développé , ne prouve pas absolument Timmortalité de l'ftme ; en effet, pour qu*il eût cette force , il faudrait que la production et reproduction fût perpétuelle ( ov^-ir^ âù rvr yififftmç ) , ce qui n'a pas été prouvé. Mais si l'argument des contraires ne démontre pas que l'âme soit immortelle^ il prouve du moins qu'elle n'a point une existence accidentelle , c'est-à-dire , comme Olympiodore l'a iait voir dans son premier commentaire^ que l'âme a en elle une puissance qui peut résister à plusieurs naissances et à plusieurs morts. Son immortalité intrinsèque dérive d'au«tres arguments dont quelques-uns ont été donnés dans le premier commentaire et reparaîtront fortifiés dans d'autres parties de celui-ci.
Mythologie.
Le principe avoué du système mythologique des Alexandrins est le symbolisme. Or^ le symbolisme repose sur cette supposition , que dans toute croyance religieuse il y a deux sens , l'un matériel et apparent^ l'autre supérieur et caché ^ qui est le vrai. Ce double sens de toute croyance religieuse est le fondement du système d'interprétation physique des Ioniens et des Stoïciens , qui fait des divinités populaires autant de symboles des phénomènes de la nature^ et du système d'interprétation historique d'Évhémère , qui concevait ces mêmes divinités comme des symboles d'êtres humains di^
534 OLYM PIOPORE ,
y inisës. Et il est évident en effet que la plupart des divinités anticpies sont explicables par la nature et par l'histoire. Mais plus d'une divinité échappe à ces deux modes d'interprétation. On ne voit pas, par exemple^ de quel phénomène naturel la Pallas athénienne est la représentation^ ou à quel fait hbtorique elle se rapporte. En supposant donc que cette divinité ne puisse être légitimemerit appliquée ni dans le système d'Évhémère , ni dans celai de l'interprétation physique^ il reste ou à chercher une autre explication , ou à déclarer que c'est ici une fable sans aucun sens , ce qui est absolument inadmissible, à moins d'admettre aussi que les Athéniens fussent des imbéciles. Or, l'explication cherchée se présente d'elle-même, si l'on songe qu'il y a encore d'autres objets offerts à l'admiration et au culte des hommes , que les phénomènes de la nature et les héros. Il y a telle qualité, telle vertu de l'âme, qui, considérée abstractivement et en elle-même, parait si utile et si admirable qu'on la rapporte à une crigine divine, qu'on la divinise; et la sagesse est de ce nombre. De là peut-être la Pallas athénienne. Ce symbolisme moral et métaphysique a sa vérité comme le symbolisme physique et historique, et, réuni aux deux autres , il forme avec eux un système complet d'interprétation mythologique. L6s Alexandrins avaient fait, et avec raison, de la reli" gion de leur temps ainsi interprétée , une partie essentielle de leur philosophie. Car, je vous prie, que peuvent faire les philosophes vis^-vis des cultes
sua LB PUDON. 535
ëtaUis? Rien que trois choses : ou y croire oosune le peuple et s'en tenir au sens apparent, c'est4i-dire abdiquer la philosophie ; ou mépriser les croyances populaires comme un amas de superstitions stupides et sans aucun sens, ce qui est peut-être moins philosophique encore ; ou bien j sans y croire naïye* ment comme le peuple et sans les mépriser, essayer de s'en rendre compte. Qu'esirce en effet que la philosophie, sinon la tentative de se rendre compte de toutes choses , soit des phénomènes et des lois de la nature , soit des phénomènes et des lois de l'humanité? Au lieu donc de rejeter les croyances populaires, les Alexandrins essayèrent de les expliquer par les trois modes d'interprétation que nous avons signalés et surtout par le dernier, le symbolisme moral et métaphysique. Par là ils idéalisaient en quelque sorte les cultes grossiers du paganisme, et donnaient un sens élevé et honnête à des croyances souvent en contradiction avec le sens commun et la morale naturelle. L'honneur, et en même temps le défaut de la haute philosophie avec ses générali-^ sations et ses abstractions, est de ne s'adresser qu'à une très-petite élite. Veiit-elle parler à la foule et influer sur les masses ? elle n'a qu'une seule res^ source : c'est d'emprunter le langage de la religion, et de faire du culte établi , en l'interprétant et en l'épurant, un moyen de propagation pour la vérité. C'est ce qu'entreprirent les Alexandrins* Mais pour cela il fallait souvent sacrifier la lettre à l'esprit, et faire violence au paganisme pour en tirer ou pour
536 OLYMPIODORE ,
lai imposer ane sigtiification philosophique. De là tant d'interprétations arbitraires et d'un ridicule extrême^ comme nous l'avons dit ailleurs^ si on les considère sous le point de vue archéologique ^ mais qui ont une haute importance si on les considère par rapport au desîsein général des^ Alexandrins et au but qu'ils se proposaient. Ce but était grand ; mais la route était périlleuse. Porphyre et Proclus y ont fait plus d'un faux pas. Qu'on juge ce qui à dû arriver à Olympiodore au vi* siècle ! Cependant , dans les subtilités des interprétations forcées dont ce commentaire abonde , luit encore de temps en temps un rayon du génie de la grande école métaphysique et morale qui s'éteint dans Olympiodore. C'est à cette lumière que nous allons parcourir les passages mythologiques qui se rencontrent dans les deux cent trois paragraphes dont nous nous sommes proposé de rendre compte.
Bacchus^ fils de Jupiter, mis en pièces par les Titans et rassemblé par Apollon, est une des fables les plus célèbres de la mythologie grecque. Le premier commentaire en offre une explication trèsarbitraire, il est vrai, mais dont l'intention manifeste est de donner à cette fable un sens moral. Ce second commentaire reproduit cette même explication, aivec des développements nouveaux assez importants. Ce passage est trop mutilé et trop corrompu dans le texte ( ms. 1 822, fol. i 80 recto) pour que nous puissions le traduire ; il suffira d'un simple extrait « Jupiter, selon Olympiodore, repré-
SUR LE PHÉDOIV. 537
€c sente le monde dans sa plus haute unité et dans u son principe. Bacchus, fils de Jupiter, est ce i< même monde considéré dans sa réalité actuelle i< et vivante , et par conséquent dans sa diversité. (( En effet, le monde est un par rappoi^t a son prince cipe, il est multiple et divers dans sa manifesta- «tion; voilà pourquoi il est dit que Bacchus est K indivisible sur le trône de Jupiter (1)« » Jupiter préside donc aux dieux supérieurs , appelés Olympiens, et Bacchus seulement aux Titans. « Bacchus t< est à- la-fois indivisible et divisé; indivisible dans « son essence, divisé dans sa manifestation, comme (c le tout qui réfléchit encore l'unité et qui pourtant « n'est qu'un assemblage , une juxta-position de (( parties. » — « Pourquoi les Titans conspirenti( ils contre Bacchus ? Parce que les Titans sont les (( puissances inférieures de ce monde, qui tendent « a le faire passer sans cesse à la plus grande divi- « sibilité des parties. » Les Titans sont punis par la répression de cette même tendance à diviser. « En « effet, tout châtiment a pour but et pour effet de (( réprimer les habitudes et les actions vicieuses. » — w Les Titans sont sujets à trois sortes de châtirw ment : <®. ils sont foudroyés ; 2**. ils sont enchai- « nés ; 3**. ils sont refoulés plus avant dans la terre. « Ce dernier châtiment détruit leur tendance à dî- K viser , et fait servir leurs débris a la création des « hommes et des autres êtres. Les chaînes servent
538 OLVMPIODORE ,
i< aussi à réprimer cette même puissance pertur- « batrice, et la foudre les purifie eu les rappelant « à l'unité (1 )• »
a La vie titanique est le symbole de la vie dérai- (c somiable ; les Titans sont en nous le désir aven- « gle d'indépendance et le goût insensé de n'ap- « partenir qu'à nous-mêmes et non pas aux êtres K supérieurs. Ainsi nous mettons en pièces Bacchns ce qui est en nous-mêmes. Bacchus préside aussi à i< l'existence par la régénération. Cette r^néra- « tion est figurée symboliquement par la délivrance « des Titans enchaînés; Bacchus est l'auteur de (( cette délivrance, c'est pourquoi on l'appelie Bacce chus libérateur (2). » Et à cette occasion Olympiodore cite cinq vers d'un hymne d'Orphée à Baochus, vers qui nous sont connus seulement par ce passage de notre commentaire :
« Les hommes enverront de précieuses hécatombes
<c Dans toutes les saisons de l'année; ils célébreront des orgies
« Pour obtenir la délivrance de leurs criminels ancêtres.
<« Pour toi; qui règnes sur eux, tu délivreras ceux que tu voudras
« De la peine amère et des agitations sans fin (3). »
(1) JHuéttfTtxti •Ai^«u0« «Jr«»f iutrù fciBt^tf, Les quatre manuscrits ont ixl^àoç-Hy qui n'est pas grec. 'OXl^^vnt ne ferait aucun sens; je lis ix/^êvamy réunissant, rassemblant.
(2) K«i • Atê909i»s ytvin&ç irrtii tÇéféç xmri T9rff'«A<yyfH«i«>
On 0 Atofvrùç XvrtMÇ 10-r/y mirtêg * /i« fà Aotrtti.
Cod. Reg. 1823, fol. 30 recto.
Av0'f»c fx Tt vif mi ;(^cixi9r»y ty <tTiipoye( ùiarfou.
Bans la Tariété des rôles que la mythologie ancienne faisait jouer à Bacchus , elle n'aTait pas onblié celui du soleil. Olympiodore s'explique ainsi à cet ^^afd : (c Le soleil, comme Jupiter, est le roi des u dieux ; comme Apollon , il secourt Jupiter dont i< il est immédiatement Toisin, et rassemble les parce celles éparses de Bacchus; et on peut le considé- « rer comme Bacchus en tant que dispersé autour « du monde (1). »
Olympiodore revient plusieurs fois à ce mythe de Bacchus et le développe par son rapport avec d'autres mythes, ce Bacchus se répand dans toutes les ce parties de l'univers cju'il anime. Mais Apollon , (c dieu cjui purifie, véritable sauveur de Bacchus, « réunissant les morceaux de ce dieu dispersé, (c l'élève au-dessus de ce monde ; et c'est pour cela (c qu'il est cîélébré sous le nom de Dion^sodote H (AtovuffùJ'ùrfif) (2). L'âme qui descend dans le <f monde, c'est Proserpine. Dans Bacchus, eUe se (C divise sous la loi du monde visible. Dans Promé* (C thée et les Titans , elle revêt les liens du corps ; (( dans Hercule, elle croit en force et brise ses liens;
(1) K«eAAi«y ^i r«y ti?ifv mç fitf Aitù fitirtXtM w/tlv^
ovvêiytfTtù fitf Ttif Atûv»trtMK9i9 i'ttùiftoify tS ^t An wtùftrrm-
(2) 'O y«p Atifvnç tU r« 9r£v if^if/o^n' i ^t 'Atr^AA^vv
çvvAyu^n Tf mvTûf «^ tivuytty x«d«pri»«s' if ùtcç^ 9^ tû» Atoviv^u
Reg. 1823, fol. 38 verso.
540 OLYMPIODORE ,
ce dans Apollon et dans Pallas libératrice ; elle raser semble ses parties dispersées. Épurée par la vraie « philosophie^ elle s'élève à son principe avec le f< secours deCérès (1). — Ceux-là seuls qui culti- « vent véritablement la philosophie^ c'est-à-dire u qui la cultivent avec persévérance et dans un este prit de purification , aspirât sans cesse à briser (c leurs liens. C'est à Prométhée qu'ils doivent cette « pensée d'avenir, et à Hercule la force nécessaire i( pour l'accomplir (2). — La férule est le symbole « du monde matériel et divisible , parce que c'est « une espèce bâtarde ; car cette plante est à-la-fois i( ligneuse et non ligneuse ; ou plutôt à cause de u son peu de densité. Voilà pourquoi c'est elle que (c les Titans présentent à Bacchus à la place du a sceptre de son père, et c'est par elle qu'ils Fattii< rent à la divisibilité. Les Titans portent eux- « mêmes des férules, et Prométhée dérobe le feu « dans une férule, c'est-à-dire qu'il fait descendre « la lumière dans le monde, ou qu'il introduit
(1) On Kû^ift»ç fitv tiç ytvîTtv fcûrtirtf i i^tu^i y AtovvaiiutSs ^i f^t^i^iTiu ùyfo Tiff ytviTtofÇy IJfofttiBttaç ^i xat TiTtimit iyKetret^UTiu r£ TmfietTr xitt ftfv ouf tuuriv* HftCK^twç loX'^^^ rovtttptl ^« ^1* ' Avo?i?ieiv«ç 9^ rfç o-ariipetç Aétivtcç ' xttéttfTiKSç h t£ ûvTi ^i?i99^^ouffxùy eifayti tiç rat oUtTct u/rtu i ttuTfj y fitrtt rliç i^iy^jjTpoff
(2) "Ori fcofôt 0t ÇtXûo-ô^tuvriç ôfêmçy • tartf etxXivSç Vf ij
v^ùfAnUtito'^tu vet^et Tûv UfCfAtiBiaç ij^ofTiÇy tù H ttù >^ fittXirr* 9r«p« Tou'HftùKXiovs* ri y«p m^teiXu^TOf t^ nlfTOfOv îdx^fc^m
SUR LB PHJBDOBT. 541
c( l'âme dans le corps , ou qu'il appelle dans la na- (( ture la clarté divine, laquelle est tout entière in^ ce créëe. Voilà encore pourquoi Socrate, dans le « Phédon, appelle les hommes vulgaires porteurs ce de férule j d'après Orphée, c'est-à-dire assujettis f< à la. vie des Titans (1). Bacchus est le symbole du (c philosophe qui cherche à se dégager des liens du « monde et qui ramène la diversité à l'iuiité (2)« (( Platon honore le philosophe par le nom de Bacce chus, comme l'itilelligence par celui de Dieu, d L'esprit de la mythologie alexandrine est visible dans tous les passages de ce commentaire que nous venons de citer sur le mythe de Bacchus. Tantôt elle part de la philosophie spéculative pour éclairer les mythes consacrés , tantôt elle part de ces mythes pour en tirer une philosophie sublime. Ce double procédé est expressément indiqué dans les lignes qui suivent. — ce II faut partir de mythes di-*
(l)^Ori « vtfpévi 0t;^C0A« y t^trSf ifuXou ê'ijj^tto fyUç 9^ fit ftrrfç^ iç ^ivimiifAùt tî^«ç ' ioXûv y«ep ^ «u {t;A«» * KtcXXttf ^t ^tu. Ttjv irt fiiXiTT» htnrttoftinif nû^i*»^' •^•»' »è ^I*""*"**" '« Çvriv • j^ yif tS At099TM wfiTtlfbvauv mùrm tifù roû ^ttrpiKoû a-K^^TftUy 9^ rmim irp«»«iA«tfyr«w miriv ûç riv ^ipi^^^y. Km) ^iWof Mpd^ico-' Çùfvoiv ût TtrmtÇy 9^ • UfOftiiBtiç tv fifé^Ki «AlVrii ri w-wp^ firf ri û»fim9 Ç£ç tU Tjy» yiftnt KtcrtùT^mfy urt rif ^zi* "V r« «r«i/te« vr^teiymfp firi rtiv BtUt tXXMft^i^ «Aiyv myifviiTûf ountif ils rjv yi»i0YV wptitttXûififfcç» Atâ i^n tûoto 9^ ô 2«»p«r9r rov^ 9r«M«tfff xuXii f*f69iKù^ifùtiç*Of^tKSçy àç ^Syraç TirtcvtKMç.
^tntSf 0 ^( rotcvrcç i xaùt^^fTixoç iru ÇtXonÇôç, Cad*
Reg. 1823, fol. 42 verso»
542 OLTMPIOiXlRË ,
cf vins (^iiif^ aifiyid.Ar»f) et dëvelopfper la vérité rr qu'ils renferment , oa bien il faut y ramener la « discussion philosophique comme dans un port ce (op/ui^f ^^Ai) et se reposer dans la lumière qu'ils lui « prêtent, ou encore il faut suivre cette double ft marche comme Socrate dans le Phédon. » — Je demande la permission de citer encore le morceaa suivant y où Olympiodore compare les divers degrés de vertu que nous avons fait connaître plus haut aux divers d^prés d'initiation dans les mystères :
i< Dans les cérémonies saintes on commençait pr rc les lustrations publiques (KAd^Ap^^tç TA^UffjLoi); u ensuite venaient des purifications plus secrètes u (iToppifTOTÉpaei); à celles-ci succédaient les rente nions (a-va'rA^uf^i puis les initiations elles-mêmes w (/[4ui»Vfir)j enfin les intuitions (l^ro^Tirai). Or, les i< vertus m(H*ales et politiques correspondent aux « lustrations publiques; les vertus purificatrices (( qui nous dégagent du monde extérieur^ aux puce rifications secrètes; les vertus contemplatives, ce aux réunions; les mêmes vertus dirigées vers ce l'unité y aux initiations; enfin l'intuition pure des ce idées à l'intuition mystique (3). »
ce Le but des mystères est de ramener les âmes à ce leur principe , à leur état primitif et final, c estce k-dire la vie en Jupiter, dont elles sont descenfc dues avec Bacchus qui les y ramène; ainsi l'initié « habite avec les dieux , selon la portée des divinités « qui président à l'initiation. »
SUR LB PHBDON. 5 A3
a II y a deux sortes d'initiations ; les initiations (( de oe monde, qui sont pour ainsi dire prëpa*^ a ratoires y et celles de l'autre qui achèvent les preu mières. »
c( La philosophie et la mythologie ont une entière a analogie. Celui qui s'applique sans ardeur à la H philosophie n'en recueille point les fruits; comme i< celui qui s'arrête au degré vulgaire de l'initiation, i< n'en obtient pas les avantages. » — u Quand So^ i< crate dit que l'âme est ensevelie dans la fange, te cela signifie qu'elle s'abandonne et cède aux choses ce extérieures, qu'Ole se fait corps, pour ainsi dire. <i Quand il dit qu'elle est reçue parmi les dieux , il « entend qu'elle vit de la même manière et sous la cr même loi que les dieux. » A cette occasion Olympodore cite ce vers des oracles : ^
« Us reposent au sein de Dieu, portant des flambeauTi resplën- (c dissants. »
Er Tf b%f nihrAi y yrv^vùvç ixitovTfc éUfAMUf,
Je termine par ce court mais important passage, sur la manière dont les différents philosophes alexan-* drins concevaient les rapports de la religion et de la philosophie : ce Les uns donnent le premier ce rang à la philosophie, comme Porphyre, Plotin ce et beaucoup d'autres; les autres à la religion, (c conmie lamblique, Syrien, Proclud^ et en géné- (c rai tous les Hiératiques. Platon, qui a compris les a arguments des deux partis , les ramène tous à une
(c vérité unique, m Si nous ne" nous abusons, ces différents extraits
44 OLYMPIODORE
nous font connaître intimement l'esprit de la mythologie alexandrine, et sous ce point de Tue nous n'hésitons pas à y attacher une assez grande impor^ tance. — Recherchons maintenant les renseignements que les deux cents trois paragraphes sur lesquels porte ce mémoire , peuvent nous fournir poui* l'histoire de la philosophie ancienne.
Histoire de la philosophie.
Le seul document nouveau qu'ils nous offrent sur les premiers temps de la philosophie grecque est le morceau orphique, authentique ou non, que nous avons cité. Nous répétons que les cinq vers dont ce morceau se compose ne se trouvent que dans notre commentaire (1 ). Il faut négliger quel* ques autres vers orphiques qui sont ailleurs, ainsi que plusieurs hiyitt de peu d'intérêt. Rien de fort curieux non plus sur les philosophes antérieurs à Platon. C'est sur ce dernier, et surtout sur ses interprètes, que ce commentaire pouvait renfermer quelque chose d'instructif. En effet, il contient çà et là des renseignements précieux sur l'histoire de l'interprétation de Platon dans l'antiquité; et ce sujet est si intéressant qu'il communique son importance aux moindres détails épars dans ces deux cent trois paragraphes. Nous nous faisons donc un devoir de les recueillir avec le plus grand soin.
La première chose que nous signalerons est l'ex*
(1) Cest de là qu'Hermann les a tirés pour la première fois, Orphica, p. 309.
IIEDON. 549
lotre être (rSf <lA9^f«t<),
peusippe parmi les anciens,
que parmi les modernes;
lent seulement' la partie rai-
Proclus et Porphyre; d'autres
tilt l'âme tout entière, absor-
dans le tout. » Paragr. potT' : ôri
ou- OJ /«, f^i^t TSf iKvyidLfiÂf rm /utt
A<t# nop^VplOf 01 /g fA€XP* /^«»'ou Toîf rot?' ^^ii- ^ T»F J^o'^AF, «^ TOAAO^ T»F TIspiXctTIf TlJtfr • oJ J'f
i7$- ùXfir 4'^x'l^' P^iipovo-i yÀf TÀf lAfptuÀç tîç rnv
A la rigueur ,^ Xënocrate et Speusippe pournt avoir,^ dans le traité cité par Diogène Ttpi xHfi exprimé l'opinion que l'immortalité de l'âme omprend jusqu'à sa partie irrationnelle , par exemple la sensibilité^ l'imagination, l'opinion, etc.; mais le jpassage qui suit indique un peu plus un commentaire spécial sur le Phédon.
Platon ayait dit : « Je n'ose alléguer ici cette maxime enseignée dans les mystères, que nous sommes ici-bas comme dans un poste, et qu'il nous est défendu de le quitter sans permission (1). » âr îv TiFi^poup^ est une métaphore, sur le sens de laquelle les interprètes n'étaient pas d'accord. Olympiodore adopte l'opinion de Xénocrate; or, à ce qu'il paraît,
(1) Voyez tom. i^ de notre traduction , p. 20.
550 OLYMFIODORE^
Xéoocrate interprétait la phrase de Platon par rexposilioû de oe qui se passais dans les mystères, c'est-à-dire du mythe de Bacchus où les Titans, qui attaquent ce dieu, représentent le monde et la Tie passionnée, qui tendent à entraîner l'âme ditine dans la divicdota et les troubles inhérents k la matière. La vie titanique est donc l'image mystique de la situation où nous sommes en ce monde, c'est le poste où nous avons été mis, et qu'il ne nous faut pas déserter« Paragr. « : H ^poupÀ.... if aîvcKpdmf
c'estnà-dire que notre poste , notre situation, notre vie ordinaire, selon les mystères que Platon cite lui-même, a pour symbole les Titans dont le résumé et le dieu est Bacchus. Et cette explication de Xénocrate ne devrait pas nous feire regarder le commentaire dont elle peut être un fragment, conïme étant déjà imbu du mysticisme aleixandrin. Puisque Platon parle lui-même de mystères dans la phrase en quesitipn, il était tout naturel que l'interprète , pour expliquer la pensée du maître , développât le sens vrai oti faux des mystères indiqués. Quoi qu'il en soit, ces eitations où plutôt cèisi allusions ne démontreraient point l'exisiencede commentaires sur. le Phédon, composés par Speusippe et par Xénocrate, sans cette expression générale de Qi Att/jioi i^ttytiTééi 9 laqueU6 dans son contraste avec celle de 01 Hoà^^p^iy appliquée aux oommentatêurs spéciaux venu^' plus tard, semble bien indiquer, non des philosophes qui ont expliqué incidemment
SUR LB PBElKXir. 561
ielks ou telles pensées de Platon , mais une classe de cooamenlateurs réguliers. Sans cloute on peut dire que œs données ^ iiikles en elies^aiémes , ont d'autant moins d'autorité qu'elles se trouvent seu^ lement dans un auteur du vi* siècle. Mais je retour drai que œt auteur avait jcertainement sous les yteux les oommentatres , encore subsistants a cette époque > de Prociiis» dlambliquey de Porphyre et d'autres philosophes antérieurs dont nous parlerons tout à l'heure y auxquels Olympiodore aura ti.^ vraisemblablement emprunté ses citations des interprètes attiques. Parce qu'un renseignement^ très-odmisstble eu lui-même, se trouve seulement dans un écmain peu considérable, ce n'est pas une raison suflbante pour le rejeter ; car oe renseignement peut venir des sources le$ plus pu»s et des écrivains les plus sûrs , par une suite non interrompue d'anprunts légitimes. Je suppose , par exemple, cpie nous ayons perdu l'excellent commentaire d'Alexandre d'Aphrodisée sur la méiaphjrsique d' Aristote , et que nous en fussions réduits au commentaire inédit d' Asclépius de Tralles , qui est du vi' siècle comme l'ouvrage d'Olympiodore : ce commentaire, d'une époque de décadence , nous fournit plus d'un document intéressant que nous rejetterions peut-être s'il n'était que là , et qui pourtant se trouve ausMdahs Alexandre d'Aphrodisée y auquel Asclépius Ta visiblement emprunté. De même, je ne consens point a rejeter comme dépourvus de toute valeur les renseignements qu'Olym-
552 OLYMPIODORE ,
piodore vient de nous donner sur l'ëoole primitive des commentateurs attiques de Platon ; et je ne trouve a ces renseignements qu'un seul défaut , à savoir leur brièveté qui excite la curiosité au lieu de la satisfaire.
J'en dis autant de deux commentateurs de Platoù , également cites par Olympiodore et dont les ouvrages et les noms mêmes ne sont pas une seule fois indiqués dans toute l'antiquité. Je veux parler d'Onétor et de Patérius.
Platon avait dit: a Les véritables philosophes doivent penser et se dire entre eux : il n'y a qu'un sentier détourné qui puisse guider la raison dans ses recherches (1).... » Quels sont ces philosophes? dit Olympiodore : « Si ce sont de vrais philosophes^ « comment sont>-ils sujets aux passions du corn* H mun des honmies? s'ils ne sont encore que no- « vices 9 pourquoi les appeler véritables philo- « sophes? La seconde question est d'Onétor et cf d'Atticus; la première de Patérius et de Plu-
«( -tarque n : Ei fiiv yÀp oî y viciai ^iAoVo^oi> tS^vtoiaÎyvntfiùi «nÂoupTeii; toDto yihf ùv¥ ^atci C piirefp kaI ÀttijcoV)
ikêïfet Ji TlûLriftùf kas iiâouta/);^»^.... Les quatre manuscrits donnent tous Onétor, qui^ je le répète, m'est entièrement inconnu, de sorte que je ne puis dire, d'après ce passage unique, quel était ce philosophe, ni même à quelle époque il a vécu«
(1) Pag, 204 de notre Iraductioa.
SUR LB PHBOON. 553
Je n'en sais pas davantage sur Patérius; mais comme il est cité plusieurs fois dans ce commentaire ^ j'en puis inférer au moins qu'il a fait un commentaire spécial sur le Phédon. Il en est question au paragraphe i> sur le sens de la 9povp«t. Il est cité deux fois au paragraphe f^i (135). Platon , en montrant que toutes les passions viennent du corps , avait dit a que celui qui aime son corps y aime aussi l'aident et le pouvoir (1)* » Harpocration^ d'après Olympiodore, dans ce second commentaire comme dans le premier y avait élevé làdessus cette difficulté ; pourquoi Platon ne rapporte-t-il pas aussi à l'amour du corps l'amour du plaisir, et n'ajoute-t-il pas aux mots ^lAori/Ao^ et 0thoy^fii(jLàLrof9 le mot ^lAifcToro^? Olympiodore daps le premier commentaire nous (ait connaître , sur cette petite et insignifiante question , la solution de Proclus et celle d'Ammonius. Ici il ne parle ni d'Anmionius ni de Proclus; il dit seulement que d'autres interprètes ont donné cette raison de l'omission du mot (ptKiiJ'ovofy que déjà plus haut Platon a insisté sur le danger du plaisir ; mais il déclare adopter la solution de Patérius , qui échappe, dit-il, à cette difficulté, en prétendant que les mots 0iAo;^pfff£eeTor KAi 0thifS^v$f ne se rapportent pas à 9i?ioa-ei(4,ATOfi mais bien au faux philosophe, et que, si le faux philosophe peut faire des dupes en cherchant l'honneur et l'argent, il ne le peut plus
(1) Trad. tom. i", p. 208.
554 OLYMPIODDRE ,
quaod il dierche }es plaisirs , qa'esohit évidemment la gravité philosophique. Cette înterpréta<tien y ajoute Olympiodore-^ sauve eneore une avtre difficulté; oomment celai qui. aime les honneurs peut-il aimer aussi son corps , qa^il est {Nrét a aacrifiet à son ambition? On a^ait mal thcAn cette difficulté, selon Olympiodoisej parce qu'on ne connaissait pas la solution de PatëriTi&. Paragraphe f as (i 35). O i^ TlAtiptDf ijc^tuy^ rtiv àtro^dtPr
rmi y if ri ^Sfia »NÀ ^Ti^mt^ ilf iitihé'rtMit (l))biit3iae4P<»^f^^ if iTtTiA^ifàivaf.r^^ç tlATipiou i^ykiftuf. Le mot plusieurs fois répété d'l|i/>i^/r. ne peut laisser Moan doute sur la natuare de l'oiiTvage dé -Panémps; oe devait être Un commentaire spécial du PhéJtoHy ou tout afi-moîn^ une epcplioatiofi'Smr- des qufiSliÀis platoniciennes. Toilà donc é&osi |fefrM«iiiagès à ajouter a*a catalogué 4ee Plateniciekis>' dipessé par Fabricius, et si fort epricht par^Harlès, d'âptiès lieiiipasnii {Bibliaêh^ t?;^^^.' ed/Hàviest. lib. ilt, cliap. iv)u
Il a iété question ]:d!UBiear$^ fois d'ilarpocration dans le prequev bbpunentaiivei et dans celui-ci il est cité «i sçuveiYt' a^ee tesexpt^fSBÎons i^nat^ ei
(1) ExiAtîfrccf (sic). Quel en est le sujet? Peut-être Harpocratîon, dont il va être question. En ce cas, Patérius serait antérieur à Harpocration.
Sun LB PHSiioN. 555
i^nynrai, qu'il est à-peu-^prcs impossible de se re«fuser à admettre que cet Harpocratîoii ait été un commentateur du Phédon. H est nommé deux ibis au paragraphe pAt (135) ci* dessus mentiomié) au paragraphe ^lU (145)> au paragraphe fj^i^ et au paragraphe fiiÇ* -— ô liiv ov¥ A^^roKpAri^v u^Af kaï i9T9v^A i expression qui semble bien indiquer que Harpocratîon aTait commenté toutes les parties de notre dialogue. Il est érident qu'il ne s'agit pas ici du rhéteur' Harpocratiop , mais bien de lHarpocration dont parle Suidas (V. Àf^TOKpttri^v) y phi»losophe platonicien d'Argos^ contemporain et mni de Lucius Yérns^ et qui ayait écrit un tmilé sur Platon, en 24 livres (v^ifcm/mt «iV nA^r^rçe iv^iCkon kS'')^ et un ouvrage intitulé : Locutions Plato^ mciennas (^h^iu ïlhArrmUf ).
\!Auicus mentiokmé plus haut, page 49^ est l'Atticus qui vivait sous Marc'-Aurèle, au témoignage du Syncelle , et qui avait composé un ou^ vrag0 en faveur de Platon contre. Aristote, dont ËuÂeb^ nous a conservé plusieurs morceaux remarquables au Hv» XV d* la Préparation-émngé»^ lique. Porphyre en parle dans la J^ie de Plotin^ chap. Xiy» et il est t\xé bien des fois dans le commentaire sur te Timée, où Produs, page 93^ l'appelle le maître d' If arpocration, ÀTrtKPs i tovtou/ i'iJ'eiaKaLhofi dc sorte qu'il est hors de doute que ces deux Platoniciens appartiennent à l'époque des Antoninis.
C'est Numénius qui dans ce commentaire ouvre
556 OLYMPIODORE ,
la série des commentateurs néoplatoniciens. Nous saTons par Porphyre, dans la f^ie de Plotiriy qu'il était le contemporain de Plotin et d' Amélius y et Ëusèbe, Préparation éifangélique, liv. XIV, qous a laissé des fragments de son ouvrage, Tfpi tî^ rSr
ÀxccJVr^ixSy Tipi TlKAreùva. i'taffrài^itùf. Olympiodore
cite deux fois Numénius , au paragraphe a sur la epovpâi et au paragraphe où il rapporte les différentes opinions des philosophes sur rimmortalité de Tàme. On y voit que Numénius étendait l'immortalité iyji rSf ifji4'^x^^ ïl^%ùàf. Mais ces deux endroits ne nous donnent pas le droit de conclure ^ que Numénius eût fait un commentaire régulier sur le Phédon ; et nos deux citations auront (été probablement empruntées au grand ouvrage qu'il avait consacré à la défense de Platon contre ses successeurs de la seconde académie.
Au paragraphe \ , Olympiodore nous apprend que Porphyre distinguait deux sortes de création : « Tune qui est indivisible ( et intellectuelle ), l'autre « qui est ce monde matériel où règne la division. « A la première préside Bacchus, à l'autre Jupiter ; « et chacun d'eux a sous lui un certain nombre de (c dieux , une pluralité dont il est l'unité. Bacchus « a sous lui les Titans , et Jupiter les dieux olym-
« piens. » OuT» W nop^tîpiof wpovTîvino'iv iv rS vt»fÀvni^^ri' OTi ovo'iif hrTSf Sii(À.iovpyittfy n «i/ugp/tf'Tot/ »
fÀ€(/.îpia-(JLfVflfy TetVTtlÇ fAîf 'TTpOîO'rAyAt ^tlO'i TOV ^lÙfVffOVi
oiKîloy, T$ fÀiv OKvfjL'ricùV ^îéùVt t5 cTg TnAVtfV' îhtti h
SUR LB PHBDON. 557
vu aussi dans le paragraphe 1 74 que Porphyre n'admettait d'autre immortalité que celle de la partie raisonnable de notre être. Maintenant à quel ou- Trage de Porphyre est>il fait ici allusion ? if rf * vTOfjLvvfAATt seuible supposer un conmientaire sur le Phédon. Mais il serait fort possible que YvntiiMniAA en question fût tout simplement le traité sur rame, que Porphyre avait composé contre Boëthe et que mentionnent Suidas ( V. rup^vpio^) et Eusèbe {Préparation éuangélique, lib. XIV, c. 10 et 28 ).
Le premier commentaire d'Olympiodore nous avait i-évélé l'existence d'un commentaire d'Iamblique sur le Phédon. Il n'en est plus question ici ; mais en revanche nous trouverons tout un passage intéressant du traité d'Iamblique Tepi rSv ifirHv, où il est question des vertus hiératiques , c'est-àdire de celles qui prennent naissance dans la partie de l'âme qui se rapporte à la divinité, vertus qui sont différentes de toutes les autres, fondées seulement sur la nature de l'âme ; leur caractère est d'être simples et absolues , probablement parce qu elles s6nt parfaites et indépendantes de toutes circonstances passagères, npoo-ri^na-iv i idfA&^t^oç iv
Toïf Tîfî riv iptrovy on eiVj i^v UpetriKeti ipîrai katÀ
'TTATAlf rttlif iâpUgÂiVAif ùVTKûH^lV 'éVTAlfi iviAtAi /c
uTctpvouo'Ai' Ksfi TAVTAi J^î 0 lAfÂCKt^oç tvS'iiKvvrAt, Le
traité auquel appartient ce fragment est probable-
5S8 otYMPionoiiB f
raent le -même d'où Stobëe (1) aura tiré les dWers morceaux d'Iambliqne sur la vertu.
Daps le passage que nous aYons cité sur les diverses manières d'entendre T immortalité de l'âme^ lamblique et Plutarque sont mentionnés comme les deux interprètes modernes qui admettait l'opinion des deux interprètes anciens^ Xénocraie et Speusippe, à savoir que l'immortalité eompr^id jusqu'à la partie irraisonnable de notre être. Il est naturel de supposer qu'il s'agit de Plutarque le Chéronéen dans les Questions Platoniciennes ou dans le traité sur la création dé ïâme d'après le Tùnée, Mais je n'ai trouvé cette opinion ni dans l'un ni dans Tstttre de ces écrits. Ensuite il est douten qu'un Alexandrin eût mis Plutarque parmi les commentateurs récents ( vtentfu ) de Platon ; et comme dans la phrase d'Olympiodore ce Plutarque est placé après lamblique^ je serais tenté de croire qu'il s'agit du Plutarque, fils de Nestor, le prédécesseur de Syrien à l'école d'Athènes , et l'un des maîtres de Proclus. Au rapport de Marinus ( F^ie de Produs ), ce Plutarque, après avoir lu avec Proclus le Phédon de Platon , l'avait engagé à rédiger des remarques qu'ils faisaient ensemble , en lui disant qu'on appellerait un jour ce commentaire, le commentaire de Proclus sur le Phédon ; Etf-TAJ ng^
TTpoxXou v7o/uirj»/xctTfit ^^pcfjLevx tU 7op ^ai^6ùVA. Cette
prédiction s'est accomplie ; car il n'est plus guère
(1) Stob. I, 58; XVII, 9; xlvi, 62, édit. de Gaisford.
sus LE PHEDON. 559
question du maitre y et dans le jH-emier commentaire comme dans celui-ci , Otympiodore cite trèsfréquemment le commentaire spécial de Proclus sur le Phédon dont il serait possible de restituer des parties considérables en recudllant les jliverses citations et allusions éparses dans Olympiodore.
Pvoclus termine k série des commentateurs néoplatoniciens du Phédon , cités dans nos deux cent trois paragraphes. Il n'y est pas fait mention de Damascius^ qui est cité dans le [M^emier commentaire , ni d' AmmoniuSy dont Œympiodore ramenait à chaque pas le nom et les opinions avec toute la déférence et le respect d'un disciple.
En résumé , les documents nouveaux que nous fournissent les deux cent trois paragraphes dont nous venons de rendre compte sont : 1^. un fragment orphique de cinq vers ; 2®. l'indication d'une école de commentateurs attiques de Platon, parmi lesquels Speusippe et Xénocrate ; 3"^. celle d'un commentateur platonicien d'ailleurs inconnu, nommé ici Onétor; 4*^. celle encore d'un autre commentateur platonicien également inconnu, et appelé ici Patérius ; 5". un nouveau fragment d un traité de Porphyre Tcpi ^^'x'^' ^^* un fragment d'Iamblîque ^tfi ÀpirSv. II pourrait y avoir sans doute des découvertes plus importantes ; mais ce ne sont pas là non plus des révélations à dédaigner. Maintenant si à ces renseignements historiques on ajoute l'explication détaillée du mythe de Bacchus , ainsi que la théorie des différents degrés de la connais-
560 OLYAfPIODORE y SUR LE PHEDON.
sance et la classification des vertus , nous aurons sur la morale et la psychologie des Alexandrins ^ sur le caractère de leur mythologie et sur la chaîne non interrompue de commentateurs intermédiaires, par laquelle ce commentaire du yi'' siècle se rattache presque sans aucune solution de continuité à l'enseignement même de Platon dans lacadémie , nous aurons, disons-nous , sur tout cela une assez grande quantité de documents nouveaux et intéressants pour nous dédommager des soins et du temps que nous a coûté le déchiffrement et l'analyse de ces deux cent trois paragraphes.