‹ Fragments philosophiques (volume 4)Chapitre 4 sur 14 · PROCÈS DB SOCRATE · texte numérisé non relu

PROCÈS DB SOCRATE

pie et le magistrat à voir dans Socrate un citoyen équivoque , un novateur dangereux , digne du sort d'Aiiaxagore et de Prodicus? Les Nuées ne soulevèrent pas l'accusation contre Socrate , mais lui frayèrent la voie. Ce qui avait produit la comédie r accrédita, et quand le temps fut venu, la convertit en accusation. Là seule différence est celle du premier acte d'un drame à son dernier.

On insiste et on soutient que l'effet des Nuées dut éti^e d'autant moindre , et se perdre d'autant plus aisément dans Tespace de vingt-trois années , que les traits d'Aristophane ne portaient évidemment pas sur Socrate, et que le SDcrate des Nuées ne ressemblait en rien au Socrate réel. Et on répète avec une confiance parfaite les paroles de Socrate dans \ Apologie y qu'on l'accuse à faux de s'occuper de physique et d'astronomie, qu'il n'en sait pas un mot et n'y a jamais pensé, ce Je ne me suis jamais mêlé de ces matières (1 ) et je puis en prendre à tém^oin la plupart d'entre vous. » Mais contre XApo* logie nous avons un témoignage sans réplique » le Phédon : Socrate y avoue que dans sa jeunesse (2) il était passionné pour les recherches de physique» (c Fendant ma jeunesse , il est incroyable quel désir j'avais de connaître cette science qu'on appelle la physique. Je trouvais sublime de savoir la cause de chaque chose, ce qui la fait naître, ce qui la fait nLOurir, ce qui la fait être, et je me suis souvent

(1) lùid., p. 66. — (2) lùid., p. 273.

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taurmeiitë de mille naanières , cherchant en moimême j si c est da froid ou du chaud, dans l'état de corruption, comme quelques-ims le prétendent, que se forment les êtres animés; si c'est le sang qui nous fait penser, ou l'air ou le feu , ou si ce n'est aucune de ces choses , mais seulement le «cerveau qui produit en nous toutes nos sensations , celles de layue, de l'ouïe , de l'odorat, qui engendrent h leur tour la mémoire et l'imagination , lesquelles, reposées , engendrent enfin la science. Je réfléchissais aussi à la corruption de toutes ces choses, aux changements qui surviennent dans les cieux et sur la terre. » Ce passage du P hé don est une défense véritable des Nuées. On voit que Socra te s'y donne pour avoir été à peu près tdi que le grand comique le représente , avec l'exagération et la haute bouffonnerie qui sont propres à la première comédie. Plus tard, il est vrai , Socrate renonça à ses premières étude!» et quitta les spéculations physiques et cosmologiques pour la jJiilosophie morale jusqu'alors fort négligée. Lui-même nous raconte encore, dans le Phédon (1), comment l'étude des phénomènes extérieurs considérés en eux-mêmes ne le satisfit point, et comment il chercha un point de vue plus élevé et plus intellectuel. Ce point de vue fut le NoDf d'Ânaxagore, qui devint pour Socrate et par Socrate la vraie Providence. De là l'étude des lois morales et des causes finales substi-

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