D UN PASSAGB DU MENON
Phèdre. Mais la différence de manière et le progrès de l'esprit de Platon sont sensibles de Tun à l'autre. D'abord, dans le Phèdre, l'immortalité de l'âme, la métempsycose et la réminiscence sont mêlées ensemble; sans que les rapports précis qui les unissent soient indiqués. Ici ces ti^ois points sont liés entre eux et déduits l'un de l'autre. La réminiscence résulte de l'état antérieur de l'âme, et des connaissances acquises par elle dans ses vies précédentes ; ces vies précédentes, c'est-à-dire la méten^ycose résulte de l'immortalité de l'âme, l'âme ne cessant pas d'être parce que ses formes disparaissent. En* suite, dans le Phèdi^e^ la métempsycose tient la place la plus considérable , tandis que la réminiscence, qui est le point important, est confusément et rapidement exposée. Ici au contraire, c'est la métempsycose qui est brièvement signalée comme conséquence de l'immortalité de l'âme, et comme principe de la réminiscence , laquelle fait le fond de toute cette partie du Ménon, et y est développée avec étendue. Enfin ce qui dans le Phèdre était encore caché sous les voi|es mythologiques, est ici présenté à la lumière naissante de la dialectique. C'est là, par parenthèse, une démonstration que le Ménon est postérieur au Phèdre, L'esprit humain va nécessairement du mythe à la dialectique , non de la dialectique au mythe, car il implique que ce qu'on a une fois éclairci par la dialectique , on se plaise à l'obscurcir mythologiquement.
Nous voyons aussi dans ce. passage le dogme de
la réminiscence déduit du dogme de la métempsycose^ qui lui-même est une déduction du dogme de l'immortalité de Tâme. Mais comme la connaissance d'un principe ne suppose pas toujours celle de la conséquence / de ce que l'immortalité de l'âme et la métempsycose sont des dogmes pythagoriciens » il ne serait pas sage de conclure sans des témoignages positifs que la réminiscence soit pythagoricienne. Or^ autant les preuves abondent pour la métempsycose et l'immortalité de l'Ame ^ autant, pour la réminiscence^ les témoignages précis manquent. Je n'ai pu trouver un seul passage pythagoricien authentique où l'Âvet/xvneri^ se trouvât po^tivement énoncée. On est réduit a la tirer indirectement de passages équivoques de Diogène de Laërte^ de Porphyre et de Jamblique , qui , sérieusebieiit examinés, donnent la métempsycose et non pas la réminiscence. Reste pour unique base la tradition rapportée par Diogène, Jamblique et Porphyre, et par d'autres auteurs, savoir, que Pythagore disait qu'il se souvenait d'avoir été Euphorbe , puis tel autre, puis enfin Pythagore. Diogène (1) s'appuie sur l'autorité d'HéracIide de Pont; Aulugelle(2) sur celle de Dicéarque et de Cléarque. Porphyre (3), en rapportant la tradition que Pythagore disait avoir été Euphorbe, Euthalide, Hermotime, Pyrrhus, et enfin Pythagore, déclare que par là Pythagore ne voulait pas dire autre chose sinon que l'âme
(1) Mil, 4, 5, 6. — (2) JVbcf. An. y IV, 1 (3) Fit. P^thag., éà, Kîesseling, p. 79.
^I IK. F liN PAS8AGB DU HBNON. f 79
Éi.lftaÂr ' . et que quand elle a été purifiée , .iter à la mémoire de la vie antérieure. } dit que Pythagore récitait souvent mère sur la mort d'Euphorbe et se ,)horbe ; mais il ajoute que par là Py- ,>a$ voulu dire autre chose sinon qu'il es modes antérieurs de ton existence que le principe de toute régénération paraissait être de se rappeler la vie antétblique dit encore (2) : «c Pythagore con- 1 Ame et ses formes antérieures, et d'oik venue dans ce corps. » Dans tout cela oyons que l'immortalité de l'âme et la ycose. Il y avait encore loin de ces deux cette conclusion, que, l'ftme étant imraor- * sa nature, et de métamorphoses en métases venant de Dieu, c'est-à-dire du principe e vérité , apprendre en ce monde la vérité as autre chose pour elle que se raj^ler ce : avait dû savoir précédemment. Un antécéle la réminiscence platonicienne tout autreimportant et direct était la prétention de ate d'accoucher lee esprits comme sa mère aérait les femmes , de lés accoucher par l'habide la conversation et en les conduisant doucent du connu à l'inconnu. L'antécédent orphique pythagoricien était théotogique et même un peu ytliologique ; l'antécédent socratique était payi^o-
(1)^''. Pythag.,ià. Kiesseling, p. 128.
(2)fti<i., p. 283.
logique et logique. C'est sur ces deux antécédents que Platon éleva la théorie de la réminiscence qui lui est propre, et qui participe du double caractère mythologique et logique. Le côté mythologique de la théorie de la réminiscence consiste à supposer que l'on a su autrefois la vérité dans un monde autre que celui-ci, et qu'apprendre est simplement se rappeler aujourd'hui ce qu'on a su primitivement ; ce qui présente une apparence de drame et d'histoire avant toute histoire, apparence que Pla* ton admet encore, mais ironiquement, et dont il n'était pas et ne voulait pas qu'on fût dupe, lorsqu'il dit plus loin dans le Ménon (1 ) ; A la vérité je ne voudrais pas afirmer bien positii^ement que tout le reste de ce que je dis soit vrai^ précaution qui en rappelle une autre toute semblable employée par Platon à la fin du Phédon^ dans le mythe par lequel il termine la démonstration de l'immortalité de l'âme, et où se trouvent des détails presque historiques sur la vie future : Soutenir que toutes ces choses sont précisément comrne je les ai décrites , ne confient pas à un homme de sens (2). Le coté logique ou socratique est dans le mouvement perpétuel du connu à l'inconnu, c'est-à-dire du particulier au géiiéral, jusqu'aux principes qui dominent toute discussion , principes à l'aide desquels on démontre, mais qui eux-mêmes ne tombent point sous la démonstration , et qu'il suffit de dégager et de
(1) Voyez ma traduction, t. vi, p. 189.
d'un passage du ménon. 181
présenter à l'esprit , pour que l'esprit les conçoii^e et les admette immédiatement sans aucun raisonnement^ par la vertu qui est en lui et qui est en eux^ principes primitifs^ simples et indécomposables qui sont les idées de Platon.
La conclusion de cette discussion est que ce passage dn M énon renferme incontestablement des éléments orphiques et pythagoriciens^ mêlés ayec un élément socratique, et élevés par Platon à la hauteur d'une véritable théorie philosophique. Suidas nous apprend que Proclus avait fait un livre , aujourd'hui perdu , sous ce titi'e : Accord d!Or^ phéCj de Pyihagore et de Platon. Je souscrirais volontiers à tout ce qu'un pareil titre annonce ^ pourvu qu'avec l'accord on signalât les différences.
ÉUNAPE ,
HISTORIEK
DE L'ÉCOLE D'ALEXANDfilE.
EuNAPii Sardiani vitas Sophistarum et fragmenta htstoiiarufn recenstdt notisque iilustra^it J. F. Boijssonadb; axudit annotatio Dan. Wyttehbaghii. Amstelodami , 1SÎ% 2 voL in-8«. . /
Hadrianus Junius Hornanus est le premier qui ait entrepris, sur un manuscrit tiré de la bibliothèque du cardinal Famèse, de publier les vies des philosophes d'Eunape, avec une traduction latine et quelques notes , à Anvers , chez Plantin , 1 568. Cette édition est , remplie de fautes , tant dans la version que dans le texte. Junius ne parait pas se les être dissimulées (1); mais, pour les corriger, il reconnaissait qu'il avait besoin de npuveaux manuscrits. Jérôme Gommelin trouva ce secours indispensable dans deux manuscrits de la bibliothèque palatine d'Heidelberg , à Taide desquels il remplit plusieurs lacunes laissées dans le te^te, et introduisit de meilleures leçons, sans toucher cependant h la traduction de Junius; et dans le même volume,
(1) Voyez sa préface.
EUNAPB» 1 83
à la saite de la vie des philosophes d'Eunape, il donna un fragment de son histoire politique ^ sur le même manuscrit d'Anvers dont Hœschel avait déjà tiré l'ouvrage de Dexîppe et ceux de plusieurs autres historiens. Cette nouvelle édition^ imprimée d'abord à Heidelberg en 1 596 ^ et réimprimée en 1 61 6 à Genève ^ quoique bien supérieure à celle de Junius^ sans être tout-à-fait mauvaise , laissait encore beaucoup à désirer^ et plusieurs savants avaient conçu le dessein de donner une édition vraiment critique du seul historien que nous ait laissé l'antiquité sur une des époques les plus intéressantes et les plus obscures de l'histoire de la philosophie. On voit^ par une lettre d'Holstenius à Lambe* cius (4), que Lambecius avait eu ce projet. Gudius^ dans une letti^e à Ménage^ l'entretient des travaux considérables qu'il avait enti^pris dans ce but. Fabricius avait voulu aussi ^ à ce qu'il parait , ajouter ce service à tous ceux que lui devait déjà la philosophie ancienne. Après lui , les nombreux matériaux qu'il avait rassemblés passèrent à Carpzoyff qui^ succédant aux desseins et aux travaux de Fabricius , publia à Leipzig^ en 1 748, un spécimen de l'édition qu'il préprait. Wagner, l'éditeur des lettres d'Âlciphron, avait aussi' pensé à Eunape. Enfin Wyttenbach, après avoir jugé Eunape si sévèrement dans sa lettre critique à Ruhnken^ se réconcilia si bien , à une lecture plus approfondie ,
(1) Voyez les pages 360 et 382 de rédition de M. Boî«sonade.
1 84 EUNAPE.
avec cet historien de la philosophie d'Alexandrie^ qu'il en entreprit une édition. Il était réservé à un Français d'accomplir la pensée de tant de savants hommes.
Personne , en effet ^ n'était mieux préparé à donner une édition critique d'Eunape que M. Boissonade^ qui a déjà si bien mérité de la philosophie néo-platonicienne en publiant une nouvelle édition de la vie de Proclus par Marinus , et le commentaire inédit de Proclus sur le Cratyle. Et comme si ses propres ressources ne lui suffisaient points sa modestie lui a fait un devoir de procurer tous les matériaux amassés par ses devanciers. Le specimtn de Garpzow le mettait en possession des notes de Fabricius, et par l'intermédiaire de Schœfer, Eriuvty entre les mains duquel étaient tombés les travaux inédits de Wagner, les a obligeamment communiqués à M. Boissonade, avec des notes de Reinesius. Pour la vie de Libanius , il a eu les notes inédites de Valois; et deux exemplaires d'Eunape qui avaient appartenu à Walckenaer^ lui ont fourni quelques corrections heureuses déposées sur les marges par Walckenaer, ou par lui recueillies sur l'exemplaire de Vossius conservé à la bibliothèque de Leyde j sans compter les conjectures de l'illustre évéque d'Avrariches, Huet, que contient un des exemplaires de la bibliothèque de Paris, et d'autres secours qu'il serait trop long d'énumérer, et qui tous disparaissent devant la vaste collection de remarques de toute espèce dont Wyttenbach a
EUNAPE. 1 85
enrichi l'ouvrage de notre savant compatriote : de sorte que les deux volumes dont se compose cette édition d'Eunape^ présentent les travaux des maîtres de différents pays et de différents siècles^ habilement employés par un des maîtres du siècle pissent.
Mais les meilleures ressources que M. Bôissonade ait eues pour son édition^ ce sont particulièrement des manuscrits qui avaient manqué à ses devanciers. Nous ne parlerons point des variantes du manuscrit de Florence, prises par Gronovius, et déposées par celui-ci sur un exemplaire de l'édition de Gommelin , tombé dans la possession de Wyttenbach et communiqué par sa veuve à M.' Bôissonade; ces variantes précieuses étaient connues de Wytteftbach. M. Bôissonade a eu à sa disposition les richesses de quatre bibliothèques qui n'avaieiit pas encore payé à Eunape lem' contingent d'utiles variantes. Le Vatican lui a fourni le manuscrit n^ 140, excellent partout où il est lisible, et dont M. Hase a fait une description intéressante dans son catalogue malheureusement encore inédit des manuscrits du Vatican que la conquête de l'Italie avait amenés à la bibliothèque de Paris. Celle^i n'avait qu'un manuscrit du seizième sièck^ plein de lacunes, et coté dans le catalogue n^ 1405. Le savant et obligeant Morelli a pris la peine de collationner pour M. Bôissonade un manuscrit de Venise , du xv° siècle. Enfin la quatrième bibliothèque que M. Bôissonade a mise à contri-
186 BUNAPE.
bution est celle de Naples, qui, à elie seule, lui a fourni trois manuscrits cotés n** 9, n* 4 88 et n*" 64, dans le catalogue d'Harlès. Le manuscrit n" 188 présente ce titre remarquable : eùi^atiou Itt* km
Gommelin avait tiré du manuscrit d'Anvers un fragment de l'Histoire politique d'Eunape sur les légations; M. Boissonade le reproduit avec d'heureuses améliorations, et avec tous les fragments d'Eunape qu'il a pu recueillir dans Suidas et les anciens auteurs : on a donc ici tout ce qui nous reste d'Eunape , isi toutefois un hasard iieureux ou des recherches habilement dirigées ne conduisent pas un jour à la découverte de la totalité de son Histoire politique, qui, embrassant le règne entier de Constantin, serait pour ndtia si intéressante, avec quelque passion que l'auteur païen l'eût écrite, ou même précisément à cause de cette passion, qui nous montrerait peut-être sous des faces nouvelles les événements que nous connaissons, et fournirait des données précieuses à l'impartialité moderne. Incontestablement l'Histoire politique d'Eunape existait du temps de Muret, qui, au rapport de Patin , que cite M. Boissonade , l'avait vue dans la bibliothèque du Vatican, et l'ayant demandée au cardinal Sirlet pour la faire copier , en eut cette réponse : que le pape l'avait défendu, et que c'était un livre impio e scelerato, Schott^ savant homme, mais jésuite [homo quidem dodus sedjesuità) {\)y
(1) Boisson., prœfat,, p. 17,
EUNAPB. 1 87
dit dans ses notes sur Photius que la chronique d'£uriape a péri par un effet de la divine proTÎ* dence. Leunclave l'écrivait aussi à Henri Estienné. M. Boissonade engage à ne pas le croire légèrement : il invite le successeur de Morelli à de nouvelles recherches; il exhorte le savant Âvellini^ auquel il doit la collation des manuscrits de Ma-plesy à fouiller Soigneusement les trésors peu connus de la bibliothèquede cette ville. Nous laisserons parler M. Boissonade : Naxn ex titulo regii codicis NeapoUtani nescio quid faustœ prœsagitioms menti est injecta (lisez injectum). Perreptet per regican bihliothecam , pe/vesiiget sedulo grœcos codicesy quos Jugustiniênsibus ad Carbonariam (nû illaudato deterreatur isto cognomine) bonus oUm cardinalis Seripandus moriens legavit. HoU sieniwn quidem Peirescio scribere (\ymemini hune ihesaurum monajchos y draconum instar y occu^ pare; sed nunc puto mansuetiores esse factos; et dracones id gênas , quitus jam nec ungues sunt nec dentés y jéçellinium à thesauro ipsis inutili non arcebunt (2). M. Boissonade remarque encore que, du temps de Gerlach, c'est-à-dire en 1576, {epist. Gerlachii adCrusiunij Turcograph. p. 499) il existait à Gonstantinople beaucoup de manuscrits grecs, parmi lesquels se trouvaient Laomeus ChalcondjleSy Michael Gljcas, jigaihia^, Eunapius. Il est probable qu'il est ici question
(1) Epist. Holsten., p. 152, ëd. Paris.
(2) Bo îsson . , prœf, , p . 18.
1 88 EUNAPE.
d'Eunape comme historien ; et peut-être trouverait-on encore à Gonstantinople ^ au lieu du fragment connu d'Eunape , sa chronique tout entière. Ex disputatis igiturpatet , conclut M» Boissonade, nondum omnem recuperandi operis utilissimi spem decollawssey atque in bibliothecis Italiœ ac Grœciœ quœrendum à literatis tiomirdbus esse, qui illas regionés incolunt vel im^isunt.
Quoi qu'il en soit de ces espérances (1 ) ^ nous avons du moins le fragment qui subsiste de l'histoire politique d'Eunape purgé de toutes les fautes qu'y avait laissées Gommelin; surtout nous avons les Vies des philosophes dans l'état où la critique pouvait les désirer et peut longtemps les laisser. Le texte est irréyocablement constitué : des notes abondantes éclaircissent tous les passages obscurs et ne laissent plus guère de difficultés véritables. 11 eût été par conséquent superflu de faire une nouvelle traduction d'un texte une fois établi et éclairci, et reproduire la version défectueuse de Junius eût été un contre-sens dans une édition critique. £unape parait donc ici tout seul et sans le cortège d'une traduction latine y inutile pour les savants^ qui doivent toujours recourir au texte ^ et encore plus inutile pour les gens du monde qui ne liraient pas plus une traduction latine qu'un texte grec.
(1) Depuis que ceci est écrit, M. Mai a trouvé dans la bibliothèque du Vatican , sinon toute l'histoire politique d'Eunape, au moins un fragment nouveau de cette histoire. Scn'pt. vet. nov. collect. t. ii, p. 247, Rom», 1827.
EUNAPE. 1 89
L'édition nouTelle est divisée en deux Tolumes, dont Tun appartient à M. Boissonade^ et l'autre à Wyttenbach. Le travail du premier embrasse la totalité de l'ouvrage d'Eunape; celui du second s'arrête à Proérésius : c'est là que, le 25 février 1 81 9, une maladie d'yeux toujours croissante a forcé Wytr tenbach d'interrompre ses veilles. Le concours du savant français et du savant hollandais est une bonne fortune pour Eunape; car peut-être ni l'un ni l'arutre, sépiarés, ne l'eussent entouré d'autant de lumières. Si Wyttenbach était plus versé dans l'histoire de la philosophie que M. Boissonade, nous ne croyons pas céder à un mouvement de patriotisme et d'amitié en réclamant pour celui-ci la $upérioi:ité de l'exactitude philologique. Wyttenbach répand avec profusion les trésors d'une érudition variée et facile sur tous les points historiques touchés par Eunape; ses corrections ver^ baies , toujours ingénieuses , sont souvent fondées ; mais souvent aussi elles sont (1 ) hasardées et dé-
(1) Nous nous contenteroDS de cher les premières notes qui se trouvent au commencement du savant commentaire. Voîci la première phrase d'Eunape, d'après Commelin : Kitù^mv i Çt?^0o%f«çttf9ff ftofoç i% «twifvmv ÇtXâToÇtift if >iiyoiç n *mï t^ytç (ppiûrif Uf xùoftifTtiç • ràfitfifXiy^tÇy irrt rtxmi iv yfttftfMoiy xm iêmtjf tiftriiv yfi^u* t« /i îv 9rp«{cr( rt i/f «ùftmç* «AA« xmt cyivM ovfmrifyâvç ro7ç vxùi'ûyfémçtf ' o y«»» ftiy^ç 'AXt^tit^foç oùx if iyiftTù fiiytiç ti fi^ MtftÇalf xtti rit «-«pipy» ^»« i^itf rSf ^^ûvMêtf àfi'fSf Àfmy fictif. Cette phrase est , il est vrai , un peu embarrassée ; mais c'est le caractère du style d'Ëunape, comme l'a déjà observé Photius {Photii Bibl. , cod. 77.); et en
I*ik
BUNAPE.
^ ^ oiiie^d^une saine critique : c est alors
au savant français intarrient heu-
( trittipeche le lecteur de se laisser en-
uuj^elures hardies de l'illustre pro-
. . .^v, . oiî» Attaché aux manuscrits^ M. Bois-
> v«4tt|idir^ sans cesse , et c'est par run
«vy^^iid. toujours de corriger l'autre:
,> . ^iltou^ et les manuscrits sont unanimes,
^ ^ ^ «tuiùt d*approfondir et d'expliquer une
^^ c lu ckinger; et s'il prend le parti de
H. ..«t. eu bbaut après f/^9 ^tfoÇmty elle ne présente
, ...1* et ttousnc nous donnerons pas même la peine
Hiils> v^mme sa construction n'a pas la sjmétne
.^M.ac phrase grecque ne peut avoir, Wyltenbacli
^v *<r>. copiâtes ont changé des mots , en ont oubbe
. .v»e to^ ^ passage est entîèremeat corrompu :
.- V u u%p«7.) muiandis omiilendisque perpenm
« ^ . ><; itàm impeditum insuper Jœdarunt, Selon
ai vvrùi? ainsi : Ktfofâlfô (pixiroÇùÇy §tffif /*•'**
. «^» ô Atytff ri xm\ tpyotç ÇtXoroÇiaf Kêffftn^^fi
» . ;»^ii«i ruyyfttfcfittrt Ktt\ rji Trtpt iBuciif mftr^1
««» \<jÙ f« wmptfyi ^99% i'tlv rmf oTFûoJkitf* «'^^'
^ vv \i p<A^ là publier un auteur, c'est le refaire^
V w uajiuîre \ car nous convenons que la phrase
v^. a . xi ^U0 assez bonne phrase du xyin' siècle.
^ ;s u\\t«ure point ainsi les monumens de Tan-
», AU iu^Uat par l'autorité de Wyttenbach, sa
ooviv W ImU biepiot revenir sur ses pas , et, au
.» s al .H kitraîre que Wyttenbach ajoute aprc*
EUNAPE. 191
la changer^ il la change le moins possible^ prenant scrupuleusement conseil des moindres conditions matérielles et morales. On ne saurait trop louer dans M. Boissonade la sagacité qui découvre une difficulté ^ la loyauté qui ne l'élude jamais , et l'habileté qui la surmonte en satisfaisant à toutes les conditions du problème : jamais M. Boissonade ne tranche le nœud ; il le délie méthodiquement. Et il faut remarquer que M. Boissonade se garde bien de surcharger ses notes de passages tirés d'auteurs parfaitement connus et cent fois publiés. Ce
lî /K« Kt9ûÇmvy il se contente (t. i, p. 124) de mettre une p«ireothèse depuis r« fiif if Xoyoti jusqu'à tt ^9 StfoÇêîv inclusivement ; et, dans toute cette parenthèse, le seul changement qu'il se permette est celui de »«tf iétKtjv en r^y iùtK$if ; et même, selon nous, cette louable circonspection eût pu être poussée plus loin encore. Km) iéix^f, qui est dans toutes les éditions et dans tous les manuscrits, peut très-bien rester à la rigueur; et) quant à la parenthèse, c'est encore un moyen de clarté un peu matériel et un peu moderne , qu'il ne faut pas absolument s'interdire dans certaines occasions , mais dont il ne faut pas non plus abuser; et ici deux points en haut eussent été suffisants. Quelques lignes plus loin, l'ancienne édition donne : rS fiouXûfitvM TtLvT» ^««Çiiy é» rmf ùwûxufiifùif rtifctUf KmrmXtftyratnt * fiùoXtratt fitp yitf 9 Tttvret yfmÇmf^ «Ml vwt/ufift^otf mtùptÇinf ivrcrv;)^*»!»... Rien de plus clair, surtout en mettant fiovXtrttt /utf y«ùf ou entre deux points en haut, ou entre parenthèses, par surcroît de précaution, comme le fait M. Boissonade. Mais cette précaution ne paraît pas suffisante h Wyttenbach , qui propose , (t. 11, p. 2): T^ fituXojutfaf Tttpta /V««Çgiv KmrttXiftwttfuv fiêiXirai ô T»9T«ù ypti^nf * *m) yif ùxoftftifCMnv aKftQio-tt f v-
1 92 EUNAPE.
sont surtout les manuscrits inédits qu'il consulte et dont il se plaît à faire connaître de précieux fragments. Ici , par exemple , il a donné une lettre inédite d'Heraclite à Hermodore (1 ), et cette tâche appartenait naturellement à l'habile éditeur des lettres du faux Diogène (2). Mais il est temps de faire faire connaissance au lecteur avec Eunape lui-même.
Eunape était né à Sardes en Lydie (3). Sa première éducation fut confiée au sophiste Ghrysanthe, prêtre lydien, son parent (4), qui lui inculqua, avec le goût de la littérature et de la philosophie, son zèle ardent pour la religion de leurs pères. A l'âge de seize ans, il quitta la Lydie pour aller achever ses études à Athènes (5). Arrivé malade^ il y trouva une hospitalité généreuse dans la maison de Proérésius , sophiste célèbre , qui le soigna et l'aima comme un fils (6). Eunape lui voua en retour une affection et une admiration qu'il consigna plus tard dans son ouvrage. Il était encore jeune homme à la mort de Julien et à l'avènement de Valentinîen et de Valens (7). Après un séjour de cinq ans à Athènes, il méditait le voyage obligé de tout philosophe d'alors en Egypte, quand un ordre de sa famille le rappela en Lydie (8). Il y
(1) T. I , p. 424, 425 , 430. — (2) Notice des Manuscrits, t. X, !!• part., p, 122. — (3) PhotiiBibl., cod. 77. — (4) Eunape, 1. 1, p. 66, 107, 111.
(5) Ibid., p. 74, 92. — (6) Ibid., p. 92. — (7) Ihid., p. 58. — (8) Ibid., p. 92,
BUNAPR. 193
passa le reste de sa vie et exerça la profession de mëdecin, ou du moins il semble avoir eu d'assez grandes connaissances en médecine ; car il fit luimême une opération à son parent Ghrysanthe , à défaut du célèbre Oribase, qui se faisait trop attendre ( I ) y et c'est à lui que ce même Oribàse dédia son Tétrabiblion (2). Eunape composa dès annales politiques en quatorze livres (3), qui continuaient l'histoire de Dexippe jusqu'à son temps, c'est-à-dire qui s'étendaient depuis le règne de Claude II jusqu'au règne d'Honorius et d' Arcadius. Au rapport de Photius, il fit deux éditions de ses annales ; dans la première , il attaquait à découvert le christianisme et les empereurs qui l'avaient propagé , et surtout Constantin (4); mais la seconde était fort adoucie , et la nécessité des temps lui avait imposé quelque mesure. Photius , qui avait sous les yeux les deux éditions, témoigne de leur différence. Suidas (5) parle aussi de l'histoire politique d'Eunape. On imagine aisément quels éloges il y donnait à Julien. Il ne faut pourtant pas le confondre^ comme le remarque très-bien Fabricius, avec un autre Eunape, rhéteur phrygien (6) , qui jouit de quelque crédit auprès de Julien. L'attachemept de notre auteur à l'ancienne religion lui en fit ob-
{l)Ibid.,p. 119-120. —(2) Phot. Biblioth., cod. 219.
(3) Ihid,, cod. 77. Photius, dans le titre, dit dix-neuf livres ; dans le texte , quatorze ; le manuscrit de Naples, dix-sept.
(4) Ibid, — (5) Aux mots K«»aT«»T7»«f et TovÇlfç. — (6) Suidas, V. M^UTUIftOÇ.
. Q« EUNAPK.
sont surtout les manuscrits inédl^ q« et dont il se plaît k fa»re connaître d fragments. Ici, parexemple,.! a donn
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lettres du faux Diogene (2). Mais faire faire connaissance au lecteur
lui-même.
Eunape était né k Sardes en Ly.
mière éducation fut confiée au sopl' prêtre lydien , son parent (4) , f avec le goût de la littérature et son zèle ardent pour la rehg A l'âge de seize ans, il qmtta achever ses études k Athènes y trouva une hospitalité gé' de Proérésius , sophiste r l'aima comme un fils (C^ tour une affection et signa plus tard dan jeune homme à la de Valentinien f de cinq ans à de tout ph'' ordre de •
'*Um^
BUNAPE. 495
jusqu'à Plotin, avec lequel Gommence une nouvelle et quatrième époque, celle dont Eunape entreprend d'écrire l'histoire. C'est ce que M. Boissonade ne parait pas avoir fort bien compris. Très mdetur (\ ) Eunapiw philosophoruïïn ^op<tr siatuere , primam Plaionis et ejus discipulorum ; secundcan rif fjLtri riv TlhAravQf «Tivr^PAtK» quant platonicorum esse puto ; tertiam vero, quœ su eclectic^n^um. Mats il est clair que la première époque ne peut pas être celle de Platon et de ses disciples ; car celle-là avait été précédée par une époque antérieure que rfptt^ plissent les écoles d'Ionie et d'Italie. Il est clair encore qu'en parlant d'une époque des platoniciens, et d'une autre des éclectiques, M. Boissonade a fait deux époques d'une seule ; car les éclectiques sont précisément les platoniciens ou néo-platoniciens, et l'époque antérieure, loin de renfermer la seule école de Platon , abonde en écoles opposées , celle d'Aristote , celle d'Épicure , celle de Zenon , etc. Wyttenbach , qui a proscrit tout ce chapitre (2) sur des motifs assez frivoles, l'entend d'ailleurs très*bien, et admet la division en quatre époques , qui débrouille toutes les difficultés. Les deux premières avaient trouvé de dignes historiens dans Porphyre et dans Sotion. Porphyre avait écrit l'histoire des systèmes philosophiques de la première époque, et même les vies des philosophes de cet âge. Sotion ,
(1)/Ai£/., p. 148-149.
(2) T. II, p. 21, 22,23.
1 96 EUNAPE.
<|uoique venu avant Porphyre, avait embrassé avec la première époque toute la seconde^ au moins jusqu'à son temps. La troisième n'a pas eu d'historiens^ excepté Philostrate, qui a donné des biographies élégantes des meilleurs sophistes qui ont fleuri à travers la trpisième époque; mais, dans Philostrate, il ne s'agit que des sophistes^ non des philosophes ; et, i^ur montrer que les philosophes n'ont pas manqué à cette époque, Eunape en donne une liste, les énumère et les caractérise : d'abord Am-
mqijiius d'Egypte , maître du dii^in Plutarque ; Plutarque lui-même, qu'Eunape appelle 0i?io<ro^iAç atdtrnf «^fo/iT« KAÎ Mipflt(l); l'Egyptien Euphrate; Dion de Bithynie, surnommé Chrysostome^ Apollonius de Thyane, qui, selon Eunape, n'est pas un philosophe, mais un intermédiaire entre les dieux et l'homme, et dont Philostrate a écrit la vie, qu'il aurait dû appeler une sorte de voyage d^un dieu sur la terre ip,) ; Caméade , un des plus célèbres champions de l'école cynique, qui comptait aussi Musonius, Démétrius et Ménippe , et beaucoup d'autres moins fameux. Il n'existe, dit Eunape, autant que nous pouvons le savoir, aucune vie de ces philosophes; mais leurs ouvrages leur servent d'histoire (3); par exemple, Plutarque donne beaucoup de renseignements sur lui-même et sur son maître Ammonius , et Lucien de Samosate avait écrit la vie de Démonax , qui est à peu près son
(1) T. I, p. 3. — (2) Ibid. * 'E.7trtS'tjftU> iç ûfBf^eivovç B^tov. — (3) Ibid.f p. 4. E/« ^Ut TU yfifAfitir».
BUNAPE. 1 97
seul ouvrage sérieux (1), Eunape déclare qu'il ne se dissimule point que Touvrage qu'il entreprend sera peut-être incomplet^ mais il cède au désir de faire connaître les philosophes illustres de son temps (2) , et d'en rapporter ce qu'il en sait (3), ou par tradition ou par lecture ou par expérience personnelle , et par-là d'éîever à la vérité, sinon un temple, au moins un vestibule; et c'est ici que, se résumant, il reproduit sa division en quatre époques. Mous citerons ses propres paroles : E^;)^€ (jih Qvv S'iAKOTtiv nvA kai pn^tv o ^P^vof J'ti tÀç xoivÀf ff-viJLÇopAr rpirnfi ivS^piv iyivi76 tpopÀ (i} ^liv yÀp SivripA fiSTÀ rnv UhAravof ^x-AO-tv ifi^Aviif «tKctxe-
KnpvKTAl^ KATA TOVÇ KhAvS'ioV KAÎ 'NipÛàVOf TOUT yÀp
ÀB?\.iovf KAt ivtAffiovf ov y^pi ypÂ^tiv (ovtoi >^^ itCAV oi TTifl TakCav^ BmAAioiT) OBouvA' OvtffTrAOîoAfiç <ri l i%i
TOt/TOI^ *flt/ TiTOJ" JCfltl 0<rOI lAtTA. TOUTOUr ip^Av)y ÏVA (IV
TOWTO o'tovJ'a^uv J'i^€9(Àîv' TKnv iTrtrpi^ovri yt Ktii o'vviKovTt ssTrûïVi t» rSv Àpi^rm ^t?^09'o^tiV yivof kaî eh xiCnpov J'tintvîv (4). Rien de plus clair que cette phrase, ainsi constituée par M. Boissonade (5); or il nous semble qu'elle renferme ou suppose la division de l'histoire de la philosophie en quatre époques. En effet, dire que la seconde commence après Platon, n'est-ce pas dire évidemment qu'il y a une première époque qui se termine a Platon ? Et dire que la troisième commence au temps de Claude et
(1) Ibid. — (2) P. 6. TtSf tcecT î/tcuorof ttvipàiwtûv,
(3) lùiei. H ècKtiTtit KÔ1J9 n Kttrd àfttyvùtnv i xctTtt Irre^tecv,
(4) Ibid. ' AXfi^uaç vpûBvfu xtct vvXuf. — (5) P. 5-6.
4 98 EUNAPE.
de Néron, n'est-ce pas dire que la seconde va jnsqll^ là ? Dire enfin que cette troisième époqae s'étend jusqa'àSévère, n'est<;e pas dire encore qu'elle finit là p et par conséquent que i'école éclectique, venue après Sévère, ne fait point partie de la troisième époque, contre ce que veut M. Boissonade, et qu'elle en constitue une nouvelle à laquelle Eunape ne donne pas le nom de quatrième époque , mais qu'il iaLXXt bien appeler ainsi, si l'on veut continuer ses classifications? Si ces observations sont incontestables, elles conduisent peut-être à quelques corrections importantes dans le texte ; et ici , contre notre ordinaire, nous appuyons quelques-unes da leçons hardies que Wyttenbach propose de substituer à celles des manuscrits et des éditions, conservées par M. Boissonade. D'abord si cette phrase, i^X*f^^^ ^^^ </^i«tito^wV... indique la division du temps par époques philosophiques , nous demandons ce que veut dire Ko$yÀf o-v^jL^ofAç. Hornanus traduit : ffiulcum igitur fuit et intercisum quodam modo tempus propter communes calamiîates. Propter communes calandtates ne signifie rien ; car les malheurs publics peuvent rendre une époque plus ou moins riche , plus ou moins intéressante, mais ne peuvent servir de mesure de division pour la série des temps ; or on ne peut pas entendre ItetKornf KAi pn^if autrement que comme division du temps, surtout si l'on fait attention aux locutions J^tvrif^tt, TpiTw, etc. Dans ce cas il est difficile de concevoir ce que M. Boissonade a entendu par KotvÀf <rvufopar,
EUNA^PE. 1 99
il ne s'explique pas sur ce point, et nous proposons de lire a^ec Wyttenbach (1) KtuvÀf ^op^r, au lieu de jtùtvÀf (7u^^op<tf, c'estrà-dire/e^ différentes époques sont marquées par la différence des écoles. Nous inclinerions même à lii^ encore, avec Wyttenbach,
TO T»¥ Tfirmf pih99'i^m¥ yivof xAi e/V Si^wpoir ^tiraviv au
lieu de ipi<rrm (2) ; car if iWar appliqué aux philosophes de la troisième époque, qu'Ëunape honore sans doute , mais dont il n'écrit pas l'histoire , semble une exclusion injurieuse pour les philosophes de la quatrième, dont il est Thistorien, et dont les grandes vues et l'originalité méritaient bien mieux Tépithète dUp'Krrm^ que l'élégante érudition des sophistes qui les avaient précédés.
L'ouvrage d'Eunape commence à Plotin et va jusqu'aux temps mêmes d'Eunape. Voici la liste des auteurs qu'il embrasse : Plotin, Porphyre, lamblique, Êdésius, Maxime, Priscus, Julien, Proaerésius, Épiphanius, Diophante, Sopolis, Imérius, P^nasius, Libanius, Acacius, Nymphidianus, Zenon , Magnus , Oribase , lonicus, Chrysanthe, Épigonus, Béronicianus. On voit par cette liste qu'il n'y est pas question seulement de philosophes, mais de rhéteurs et de médecins , et de tous ceux ou presque tous ceux qui se distinguèrent dans les lettres et les sciences, pendant cent cinquante ou deux cents ans; car il manque à cette liste un bien petit nombre de noms remarquables.
(1)T. II, p. M. — (2) Tbid., 24.
200 EUNAPE.
Mais, pour ne pas exciter trop -vivement l'attente du lecteur, nous nous empressons de lui rappeler qu'Eunape n'est pas un historien, mais un biographe, et qu'il ne s'agit point ici des doctrines de ces différents personnages, mais des détails dé leur vie, détails assez peu importants par eux-mé* mes, et qui ne prennent un véritable intérêt que par les inductions qu'ils fournissent, réunis et comparés , sur le caractère général des hommes et des temps auxquels ils se rapportent. Et dans ces biographies, il faut encore distinguer deux parties : l'une, où l'auteur traite de temps et d'hommes qu'il ne connaît que par tradition; l'autre, où il parle de temps où il a vécu et d'hommes qu'il a vus et connus lui-même. Il glisse sur les premiers et ne s'appesantit que sur les seconds. Il y a peu de choses sur Plotin , il y en a un peu plus sur Porphyre, un peu plus encore sur lamblique; mais ensuite les biographies deviennent plus étendues. En effet, depuis Édésius , Eunape se trouve pour ainsi dire en famille. Édésius a été le maître de Chrysanthe, parent d'Eunape; Proœrésius a été son maître, et Oribase son ami intime. C'est alors un contemporain qui parle de ses contemporains, c'est le membre d'une société qui écrit les niémoires de cette société , et nous entretient des honuues plus ou moins distingués qui la composaient, des événements qui se passaient dans leur intérieur, et même indirectement des événements publics, qui arrivaient jusqu'à eux et les atteignaient dans leurs
EUNAPE. 201
îdëes^ leurs affections ou leurs intérêts. L'ouvrage d'Eunape^ depuis Êdësius, est donc en quelque sorte le procès-verbal de cette petite société de professeurs de grammaire, de médecine, de rhétorique et de philosophie. Avant eux, et comme à leur tête, se présentent trois hommes supérieurs, Plotin , Porphyre et lamblique.
Eunape n'accorde guère plus d'une page à Plotin. La raison qu'il en donne, c'est que tout le monde le connaît , et que Porphyre, son élève, en a donné une biographie à laquelle il n'y a rien à ajouter. Eunape n'a donc rien de mieux à faire que d'y renvoyer, et il n'y ajoute qu'un seul trait, savoir, la mention de la patrie de Plotin. Porphyre n'en dit pas un mot, et on le conçoit, comme l'ont très-bien remarqué les deux critiques, puisqu'il s'agit d'un homme auquel les conditions temporelles de l'existence étaient si importunes , et qui se trouvait si mal à l'aise dans la prison de son corps et de ce monde, qu'il ne voulait pas laisser faire son portrait, et ne se souciait pas de dire quelle était sa famille et sa patrie terrestre (1 ). Eunape atteste que Plotin était d'Egypte et de Lycopolis (2). Sa renommée avait jeté un tel éclat et laissé un si profond souvenir, qu'Eunape, plus d'un siècle après sa mort, dit que ses autels sont encore brûlants, et que ses ouvrages ne sont pas seulement entre les mains des hommes éclairés plus que tous les autres ou-
(1) Porphyre, yie de Ploiin.
202 EUNAPE.
yrages platoniciens , mais que le vulgaire même, s'il est un système de philosophie auquel il fasse attention^ s'occupe de celui*Ià (1).
Quant à Porphyre, £unape déclare que personne qu'il sache n'a écrit sa vie ; mais en même temps il assure que c'est à la lecture qu'il doit tous
(1) Ibid, TtfJrov IlA«rf'ydv ^t^fiùl ^»fiù) 9V9y xa) r» /Si&u« a» fAOfiif Tùiç iFiitmi^iVfitfùtç ^t» z^ifùç vsrep tùus UXuTafftxûvç A^youf,
luifMFrtTUt. Ce dernier membre de phrase ««» r#.... K^tfAWTir*t n'a pas été enieûdu par Hornanvs , qui traduit : Bona vulgi pars^ si minus placitis ejus obtempérât , tamencursum adeonun normam modes atur nique institùit^ M. Boissoiiade explique Texpression équivoque obtempérât pladtis d'Hornanus par m pas comprendre un système, et retraduit ainsi la phrase d'Eunape : Si dogmatum aliquid non rectè omnino capiat et intelli-' gat, ad ea tamen se dirigit {Ibid., p. 151). Mais le système de Plotin n'est pas plus facile à pratiquer qu'à comprendre pour le vulgaire , et de fait on ne voit pas du tout que le vulgaire ait suivi le système de Plotin, surtout au temps d'Eunape où le christianisme enlevait les masses à la philosophie de Plotin comme à toute autre philosophie païenne. L'interprétation que propose Wyttenbach, Si aliquantiim etiam obiter pkiloso^ phiœ placita attingit , ad Plotini placita diç'ertit, nous parait donc infiniment préférable et fondée sur le sens véritable de vafttxovttv , comme Wyttenbach le prouve par de nombreux exemples. (T. ii, p. 25.) Il s'agit ici évidemment de TefiFet qu'avait produit le système de Plotin ; effet tel , qu'il avait été jusqu'à cette partie du public qui, sans comprendre les systèmes de philosophie, ne peut pourtant s'empêcher d'y donner quel- , que attention , lorsqu'ils font du bruit , et excitent la curiosité générale par la singularité de leurs principes ou de leurs conséquences.
BUNAPE. 203
les documents qu'il possède et avec lesquels il se propose de réparer l'injuste oubli de ses devanciers envers un homme tel que Porphyre (1). Or, puisque Eunape n^a pu consulter aucune des biographies de Porphyre qui n'existaient pas, et qu'il assure pourtant avoir puisé dans un livre , il reste que ce livre soit la biographie de Plotin par Porphyi^e , dans laquelle , à l'occasion de son maître, l'illustre disci^die a donné ça et là sur lui-même des détails qu'Eunape aura recueillis , et qu'il présente ici rassemblés dans une notice spéciale. Voilà ce qui e^lique la ressemblance générale de la vie de Porphyre par Eunape avec ce que Porphyre dit de lui-même dans la vie de Plotin ; mais ce qui rend aussi très-difficiles à comprendre les différences qui se trouvent entre ces deux ouvrages , dont l'un pourtant ne semble devoir être qu'une copie de l'autre*
On voit dans Eunape , comme dans la vie de Plotin , que Porphyre , né à Tyr, s'appelait Mal-chus dans la langue syriaque (2) ; lui-même nous apprend que ce nom de Malchus, sonnant mal à des oreilles grecques , fut traduit par le nom grec correspondant, savoir B««'iAiuV, et qu'Amélius, son condisciple , lui dédia sous ce nom l'ouvrage qu'il avait composé sur la différence du système de Plotin et de celui de Numénius (3). Longin l'appelle BsceriAéJr dans son écrit Têpi rgAour , et il parait^
(1) T. I9 p* 7. '£» rmf ^oêt9rûf9 KMTêt r^y ciif$iyv9iTiit
(2) Ihid, (3) Porphyre, Fie de Plotin,
204 EUNAPE*
comme le remarque Ruhnken^ que plus tard Lotigin changea encore le nom de BA<n\ivç en celui de Uofevjitof qui signifie à peu près la boiême chose; car Eunape prétend que c'est par Lohgin que Malchus fut appelé nop(pup/o$' (1). On voit encoi'e dans les deux ouvrages que Porphyre étudia sous Longin ; mais^ ni dans l'un ni dans l'autre^ il n'est dit dans quelle ville. Ce fut probablement à Athènes y où Longin s'illustra comme professeur. Cependant il ne serait pas impossible que ce fût à Tyr, ou qu'au moins Tyr ait été leur patrie commune ; car Porphyre nous a conservé une lettre de Longin (2) où celui-ci l'invite à passer de Sicile en Phénicie et à lui apporter des manuscrits exacts de Plotin. Il fallait donc que Longin y fût, et même qu'il y eût vécu longtemps avec Porphyre, puisque, pour le déterminer à préférer ce voyage à un autre (3), il lui rappelle leurs anciennes habitudes en ce pays, et la douceur de l'air, qui convient si fort à sa santé délabrée (4), ce qui semblerait faire croire, contre Jonsiuset Ruhnken, que Longin était Syrien; car il est impossible de ne pas voir dans toute la lettre de Longin à Porphyre le ton d'un compatriote. Quoi qu'il en soit de la patrie de Longin et du lieu où Porphyre étudia sous lui , les deux ouvrages que nous comparons sont unanimes pour attester le ta-
(l)/^«fl?., p. 7. — (2) Porphyre, F'ie de Plotin, ^
(3) Ibid. T^v Tfoç ifcitç ô^oif rtiç trifUTt vfox.flfttt,
(4) Ibid. Tti9 Tt wctXcttav o-uvtiéttttv Ktt) rov ùtp» furpiotTurof
EUNAPE. 205
lent du professeui^, et l'aultorité presque absolue dont il jouissait. Ce fut à cette école que Porphyre puisa le goût d'une diction lucide et précise, et ces habitudes de saine critique qu'il transporta plus tard dans la philosophie. Après s'être distingué dans sa patrie ^ le désir de voir Rome (1 ) l'amena dans cette ville, où il fit la connaissance de Plotin. Dès lors sa destinée fut fixée , et il se livra tout entier à la philosophie. Il eut pour condisciples, sous Plotin, dit Eunape, Origène, Âmélius et Aquilinus (2). Porphyre parle bien d' Amélius , mais il ne dit pas un mot d'Origène ni d' Aquilinus. Les critiques ont déjà proposé de lire Paulinus an lieu d' Aquilinus, et ce nom est en effet cité par Porphyre (3), comme celui d'un ami de Plotin. Pour Origène, l'erreur est manifeste; Origène n'est pas un condisciple de Porphyre, mais de Plotin ; et il n'est plus besoin de dire aujourd'hui qu'il n'est pas ici question d'Origène' le chrétien, mais d'un philosophe qui , au rapport de Porphyre,' a écrit un livre sur les démons, et un autre du temps de l'empereur Galien, sous le titre assez obscur or/ /jLovof ^omTnç o BûL<nKîvf (4)'. Et à l'occasion de cet Origène, condisciple de Plotin et disciple d'Ammonius, il intporte de relever une erreur grave d'Holsténius que l'autorité de son nom a si bien accréditée, qu'elle a été depuis perpétuellement répétée comme un fait constant. Holsténius , dans sa vie de Porphyre, dé-
(1) P. 8. Tn^fctyiTTp "Vu^m li'tlf, — (2) Ibid. (3) Porphyre , P^ie de Plotin. — (4) I^id.
208 EUNAPE.
ce laisser là mes travaux et de quitter Rome. Ce (( fut par ses conseils que j'allai en Sicile près de « Lilybëe (1). » Voici maintenant la version d'Eunape. Selon lui , Porphyre se livra avec tant d'ardeur à l'étude de la philosophie de Plotin, qu'il en vint à prendre cette vie en dégoût. Il quitta Rome et la société , et alla chercher dans la Sicile une retraite solitaire d'où il n'aperçût plus de villes et n'entendît plus la voi^ des hommes (2). La, détaché de toutes choses, insensible à tout plaisir, il passait ses jours à errer seul autour du promontoire de Lilybée et dans les lieux les plus sauvages. Il prit même la résolution de se laisser mourir de faim. Plotin devine son état, quitte Rome, accourt en Sicile sur les traces du jeune fugitif, le trouve au dernier degré de l'abattement , et ses sages et mâles discours rappellent au sentiment de ses devoirs et au goût lie la vie une âme prête à s'envoler (3). Plotin inséra depuis, dans un des ouvrages qui nous restent de lui, les discours par lesquels il rattacha Porphyre à la vie (4). Voilà certes une version bien plus étrange que l'autre. Il n'est pas naturel de croire à Eunape plus qu'à Porphyre , siir Porphyre lui-même. Wyttenbach, qui résout toutes les difficultés en prêtant à Eunape des extravagances, a bien l'air cette fois d'avoir raison de mettre ce récit sur le compte d'une imagination
(1) Porphyre, rie de Plotin. — (2) T. i, p. 8.
(3) loid, , p. 9. Ttjv '^oj^tif ^itvrctç^ett rou ToifA»roç /tci^iXtvTitv,
[A)Ibid.
BliJNAPE» 209
de rhéteur qui aura outré et gâté un incident par lui-même très-curieux , et qui donne une idée de l'état extraordinaire des âmes à cette époque. Du reste Eunape fait un éloge bien mérité de Porphyre. On ne sait, dit-il , lequel de ses talents il faut le plus estimer, et si c'est en lui le grammairien ou le rhéteur ou le musicien ou l'arithméticien ou le géomètre ou le philosophe , qui est le plus admirable (1). Il se maria , et il y a un Hti^ de lui adressé à sa femme M arcella ; mais il la prit veuve^ et déjà mère de cinq enfants, non pour en ayoir lui-même^ mais pour donner un père à ceux de sa femme (2). Ce passage d'Eunape et un autre de S* Cyrille contre Julien (3) étaient jusqu'ici la seule indication que nous eussions de Texistence de la lettre de Porphyre à Marcella; mais depuis, M. Mai a trouvé à l'Ambroisienne et publié > malheureusement encore incomplet, cet écrit, qui donne une si haute idée de la pureté et de l'élévation de l'âme de Porphyre , et où un philosophe ^ parlant à une femme , mêle à l'austérité des principes les plus sublimes des teintes gracieuses et toutes les délicatesses du sentiment. Porphyre pari^intà une vieillesse très-avancée et mourut, di^on, à Rome (4). Mais ici Eunape ajoute une chose fort sin|;ulière : arrivé à . la vieillesse , Porphyre aurait publié des ouvrages dans un sens tout différent des premiers ; assertion qui, faute de dévelop-
(l)Ihid.,p. 10.
(2) lbid.,p. 11. — (3) Lib. VI , p. 209. — (4) Uid.
21 0 EUNAPE.
pements^ est à peine concevable. Porphyre devint-il chrétien y ou abjm*a-t-il le système de Plotin pour un autre système philosophique? C'est ce qu'on ne peut savoir d'après ce passage d'Ëunape^ que nous croyons devoir citer textuellement : rioAAif ym
7tîîs a^n 'rpoiTî'TfttyfjL^frtviJLivotç jS/Caioi^ St^pietç ivAvrUf
itépu iJ\>Çfe^iK (1). Nous regrettons que ce passage n'ait attiré l'attention ni de M. Boissonade ni de Wyttenbach.
lamblîque était de Ghalcis en Gélésyrie , d'une origine illustre et d'une famille riche et puissante (2). Il ne fut pas le successeur immédiat de Porphyre; entre eux deux est Anatolius. C'est probablement celui auquel Porphyre a dédié ses Questions sur Hûmère, ou peut-être l'auteur du traité lies sympathies et des antipathies y dont il nous reste un fragment publié par Rendtorf dans la Bibliothèque grecque de Fabricius. Il y a eu plusieurs philosophes de ce nom ; mais quel que soit celui dont il est ici question , Eunape dit qu' Anatolius succéda à la réputation de Porphyre (3) ; mais il ne nous apprend ni d'où il était ^ ni si ce fut à Rome qu'il recuefllit l'héritage de Porphyre; il ne dit pas non plus si c'est à Rome ou à Chalcis ou à Alexandrie qu'Iamblique fit sa connaissance et ensuite celle de Porphyre , ni dans quelle ville il demeura habituellement ; il est probable que ce fut
(1) Ibid, — (2) ibid., p. 11. — (3) Ibid. ri Kurà mpçifi^f
EUNAPE* 21 4
à Alexandrie. Eunape, comparant le disciple au maître y ne trouve lamblique inférieur à Porphyre que pour le style. « Ses écrits ^ dit-il, ne sont pas H remplis de grâce et d'agrément , comme ceux de « Porphyre; ils n'en ont pas la lucidité ni la pu« « retéy sans être pourtant ni. obscurs ni incor*fc rects ; mais, comme Platon le dit de Xénocrate, ce lamblique n'avait pas sacrifié 9ux Grâces; aussi, (f loin d'attirer et d'attacher le liectèur, il le fa-» (c tigue et le repousse (1)* m Et, quoi qu'en dise Wyttenbach (2) , ce jugement d'Eunape est resté celui des connaisseurs et des juges impartiaux. lam*blique rassembla autour de lui une foule de dis* ciples, qui de tous côtés venaient pour l'entendre et se former dans ses entretiens. Parmi euK se di»* tinguaient Sopater de Syrie, Êdésius, Eustathe de Cappadope, le Grec Théodore, Euphrasius et beaucoup d'autres en si grand nombre, qu'il est vraiment étonnant qu'un seul homme ait pu leur suffire à tous (3). Plus tard, dans la vie d'JÉdésîus, nous ferons connaissance avec Édésius, Eustathe et Sopaier. Quant à Euphrasius , nous n'en avons pas plus entendu parler que Wyttenbach (4), Théodore est probablement ce Théodore d'Asinée, que Proclus cite si fréquemment et qu'il regarde comme le véritable successeur d'Iamblique. La seule diificulte qui arrête Wyttenbach est un passage de Damascius, où Théodore d'Asinée est donné comme
{l)Ibid. , p. 12. — (2) T. », p. 50. — (3) Uid,, p. 12.
^Slrrt B-ttvfAUTTOf if 'irt waati iViypxfi. -^ (4) T. u , p. 61.
212 EUNAPE.
un élève de Porphyre, ce qui, chronologiquement, ne permetti^it guères que Proclus eût pu Tentendre, tandis que nous lisons dans le commentaire 5i|r le Timée, rotAvra. yÀf Hkovo-ci Keti tou 0€c- /flipou (piKoa-o^ovvTOf (1). Si la difficulté chi'Onologique paraissait insurmontable , il n'y aurait d'autre ressourcer que d'intei'préter différemment ïiiKov<r^ de la phrase de Proclus, et de lui faire signifier que Proclus a entendu dire cela de Théodore et non pas à Théodore, en sous-entendant Tspi au lieu de Ix, comme il y en a tant d'exemples (2). Si Proclus avait suivi les leçons d'un maître aussi célèbre que Théodore, il est probable que Marinus nous l'aurait appris, lui qui indique avec tant de soin tous ceux que Proclus a entendus (3) : il est douteux aussi que Proclus , qui rend honoimage eu toute occasion à son maître Syrien , n'eût jamais exprimé une seule fois sa reconnaissance pour Théodore qu'il cite et loue fréquemment, si jamais il avait assisté à ses leçons. Enfin, dans le ti^aité sur la proi^idence^ la fatalité et la liberté {h) ; adressé à un de ses amis nommé Théodore y il fai* allusion au philosophe du même nom qui est veiiu après lamblique , et certes il n'eût pas manqué de compléter l'allusion, et de rappeler, à roccasion de son ami Théodore^ Théodore son maître, si celui-ci
(2) Voyez Lamb. Bos, éd. Schœf., p. 734. — (3) Marînus, Vie de Proclus, éd. de M. Boîssonade. — (4) Voyez mon édition des OEuvres inédites de Proclus, t. i. .
EUNAPB. 213
rayait été. De cette manière du moins on expli. qaerait la phrase de Damascius (1) , qui s'était occupé avec tant de soin de l'histoire de la philosophie f et dont il ne faut pas répudier l'autorité aussi légèrement que le fait ici Wyttenbach.
Le reste de cette vie d'Iamblique est rempli de dé^ tails qu'Ëunape déclare tenir de Chrysanthe, lequel les tenait d'Édésius^ disciple immédiat et amld'Iamblique. On sent que l'on approche du temps où les récits d'Eunape YOnt appartenir à la biographie plus qu'à l'histoire, et où VéccAe platonicienne, privée de ses chefs les plus illustres , s'enfonce de plus en plus dans les superstitions de cette époque. Ainsi Eunape rapporte assez longuement ce qu'il appelle des exemples de la faculté divinatoire d'Ian^T blique et de son pouvoir de faire des prodiges. Dans ce siècle, tout le monde faisait des prodiges ou eti voulait faire; et les Alexandrins, moitié superstition, moitié calcul y n'étaient pas restés en arrière de leurs émules. Ici lamblique, se promenant avec ses disciples, leur annonce qu'il va passer un convoi, et à l'instant un convoi se présente ; et Eunâpe a la bonne foi d'avouer que ce fut peut-être un effet de la bonté de son odorat plutôt que de sa vertu divinatoire (2). Mais une autre fois, au bain, devant deux fontaines nommées l'une Èros et l'auti^e Art", iérosy il évoque en riant les. génies de ces deux fort-, taines, et les deux génies sortent des eaux et eihr
(l) Viu Isidor, Phi>t.,cod, 242. — (2) Ibid,, p. H»
214 BtJNAPfi.
tourent lamblique de leurs petits bras. Ce trait, dit Ëunape^ fit taire l'incrédulité de ses disciples , qui dès lors se montrèrent dociles et confiants (A). (c On raconte, dit encore rhistorien, beaucoup d'au^ (c très choses bien plus étonnantes que je n'ai pas cr voulu rapporter, pour lie pas mêler à une histoire ({ Téridique des récits qui pourraient sembler fabnn leux. L'exemple même que je viens de citer , je (T me serais fait scrupule de le rapporter, dans la cr crainte que ce ne fût un conte, si je n'avais Taou torité d'hommes sensés qui eux-mêmes avaient (C vu la chose. Quoi qu'il en soit , personne avant u moi n'a fait mention de ce trait, et Édésius « m'a dit qu'il ne l'avait pas mis dans ses ouvrages w et qu'aucun autre écrivain n'avait osé le faire (2).» Pour nous, qui avons quelque connaissance de l'époque d'Eunape, loin de nous étonner de sa crédulité, nous sommes au contraire surpris de sa ré^ ^rve> et nous ne pouvons guère l'expliquer qu'en nous rappelant que Théodose n'aimait pas que les païens fissent aussi des miracles.
Vient ^ensuite un récit de querelles assee mesquines entre lamblique et un nommé Alipius, qui, par jalousie , adresse des questions embarrassantes à notre philosophe, qui se venge de son rival en rendant justice à ses talents et même en faisant son éloge après sa mort (3). Ni M. Boissonade ni Wyttenbach ne fournissent aucune lumière sur cet Ali-
(2) rbïd., |). 16. —
{3)Ibid,, 17, p. t8, 19.
KUNAPB. 21 5
piu&, et nous n'avons jamais lu ce nom autre part. A ce que dit Eunape, il était d'Alexandrie et y mourut très-âgé. lamblique y mourut aussi après lui y selon Eunape ; ce qui confirmerait l'opinion que ce fut à Alexandrie qu'Iamblique passa sa vie. Il avait eu beaucoup d'élèves et laissa une nom'*breuse école (4) ; c'est au milieu de sesélçves qu'est tombé Eunape dans sa jeunesse (2)* Ib se répandirent de tous côtés dans l'empire romain^ et l'un des plus célèbres y Êdésius^ se retira à Pergameen Mysie^ et y établi t une école où fut élevé Chrysanthe, le premier maître d'Eunape, C'est depuis ee i^o* ment surtout que l'histoire d'Eunape gagne en authenticité tout ce qu'elle perd ^i. grandeur , et devient d'autant plus curieuse qu'elle dégénère en mémoires domestiques^ et ne contient plus que des détails minutieux 9 il est vrai^ mais que l'on chercherait en vain ailleurs, et qui, réunis, ne laissent pas de jeter d'assez grandes lumières sur l'état du platonisme à cette époque, et indirectement, sur toute l'histoire du temps.
Les seuls écrivains de l'antiquité qui fassent mention d'Edésius, sont, avec Eunape, Libanius et Simplicîns (3). Il faut qu'il ait été entraîné vers la philosophie par une vocation particulière; car il était d'une grande famille de Gappadoce , et , pour
( 1) Ibid., p. 19. n«AA«f ^/^ ri MCI xny»9 ^iA«#v^i4if .
(2) Ibid» TituTfis i raSra yfttÇatv tSjç Çofif tûrû^tiff^t.
(3) Liban. Orat, ii, p. 17-18, éd. Bong. ; Sîmpl., Commentaire sur les Catégories, p. i.
216 EDNAPE.
se livrer k ses goûts, il ent à vaincre une yive résistance de la part de sa famille. Il la surmonta à force de patâence (1), et fit un Toyage en Syrie auprès d^Iamblique, sous lequel il étudia (2) avec un succès égal à son zèle. £unape assure qu'il ne resta pas fort au-dessous de son maître, à l'enthousiasme religieux près, que peut-être même il posséda sans oser le montrer, à cause des circonstances (3). En effet, c'était alors le temps où Constantin, parvenu à l'empire, renversait les temples les plus célèbres de l'ancienne religion, et où les philosophes les plus distingués étaient forcés de se condamner au silence (4) et de s'envelopper de mystère ; ce qui empêcha Eunape d'acquérir la connaissance du fond de leurs doctrines (5) avant l'âge de vingt ans. Aussi , après la mort d'Iamblique , toute son école fut dispersée, et ses élèves se retirèrent où ils purent. Un d'eux, Sopater (6) d'Apamée , d'un caractère plus énergique et comptant plus sur lui-même, au lieu de se cacher, se pi^senta
(l) Ihid., p. 19. —(2) Ibùi., p. 20. — (3) Ibid, Tôféif
iflrisptfflrriv iTttç Aie'tnas uùraç ^t» tous ^^payov;*. -— (4) Ibid.
(^ylàid. C'est ainsi qu'il faut entendre rm «A^âio^rep^v, avec F)ibricius {Biblioth. grœc, X, vu, p. 536, éd. Harl.), et nos (Wux critiques contre Jonsius , qui voit ici une initiation tar- Uivt> aux inyslères du paganisme ( Jons. , de Scripior, hist, ^h^^» lîb. m, c. 17.).
{i^) Ihid., p. 21 ; Voyez Zosime , ii , p. 40; Suidas, t^. i.**^ij>«f 'Av«f«iflf; Sozoniène, Hisl. ecclej,,]\y. xv;J. Ly-
EUNAPE. 217
à la cour dç Feinpereur, qui le traita si bien que les nouTeaux courtisans en prirent de l'ombrage et }ai*èrent sa perte. Constantin , pour peupler la nouvelle ville impériale , avait tiré de toutes les parties de l'empire une foule immense qu'il était obligé de noumr en faisant venir des vivres de l'Egypte, de la Syrie et de la Phénicie (1 ). Il aimait, dit Ettnape, les applaudissements de gens ivres qui pouvaient à peine se soutenir, et trouvait du plaisir à entendre répéter son nom par des bouches à peine capables de le prononcer (2). A la moindre disette , la foule mécontente n'applaudissait plus. Les ennemis de Sopater, parmi lesquels était Âblabius (3), saisirent l'occasion d'une disette pour l'ac^ cuser auprès de l'Empereur : ils lui dirent que c'était Sopater qui avait retenu les vents et empêché les vaisseaux d'arriver, et le crédule Constantin le fit mettre à mort. Il est inutile d'ajouter combien les détails de cette narration sont invraisem-
dus, De Mensibus, éd. Schow, p. 57; Julien, Epis t. 19 ad. Liban», p. 410. Le Sopater d'Apamée^ auquel écrivit Libaiiitts,est différent de celui-ci ; voyez la noie de Wjttenbach, t. II, p. 71-72.
(\)Ibid.y p. 22 5 Zosinie, ii, 32; Valois surSocrate, Hist, eccles., II, 13; Spanheim sur Julien, Orat. i» p. 78; Ritter sur le Code de Théodose ^ t. v, p. 71-73.
(2) Ihid,, p. 22, 23. Toiç n roiç B^ttirpôiç k^ctôus xetpaÇXul^iv-'
(3) Ibid., p. 23-26; Zosime, ii, 4^.
fc. fc- 1 'p?
Y :C BUNAPE.
;« Ci airec qaelle défiance il faut ks TCctls d Emuipe qui se rapportent dimUy indirectement au christianisme. Mais ces yielcpe all^érës qu'ils poissent être par la B^OEi sont pas moins intéressants pour odni tottl coonaitre ^ et entendre anssi le parti icm. D^'aSlenrs ils remplacent pour nous rhispolitique dXunape, l'auteur se citant luîperpétudlement* Nous aurons donc soin de v«wriUir le$ passages les plus importants de ce ^ç^Mn^ t|ui $e reneontreit>nt au milieu des biogra-
Xpt"^ la mari de Sopater, Edésius était le seul vlù^M|»)i^ ctHlèbre qui restât de Fécole d'iambllqae. K :$^ lixtji il Fet^me (1), et céda ses fonctions de |MVH^«^s^>t^^^ 011 Cappadoce à un nommé Eustathe, vk>«^ ^ua(>eiioiis raconte fort au long l'histoire (2), ;^^ vHVv(U ^nuprès de Tempereur, son heureuse amtM6««MW ^1 IVrse (3) , l'intérêt que tout le parti ()aitHft t^ pkiKvs)(>ph)que prenait à ses succès, et son uuuu^v ;à>^^ U)^ femme extraordinaire nommée S^K>i).MU^^ s'^r laquelle Eunape nous fait les récits Uw (4uv\ il^WWiix et les {dus ridicules. Par exemple, vUv )H\\)û ^ $<m mari qu'elle en aurait trois enfans v^<A« M.uùiH'bl tous malheureux y et ses prédictions
\«;.u;vu MuiwlUlidU ;iu contraire qae ceUe ambassade VN«.. wvuhu^ \iiiiitt> Marc.> x¥i], 14-
EUNAPE. 21 9
s'accomplirent à la lettre (1). Après la mort d'Enstathe , elle se retira à Pergame auprès d'Ëdësius, et nous passerons sous silence les détails étranges de sa vie domestique^ pour nous occuper un moment du seul dé ses enfants qui se soit distingué, savoir Antonin (2). Il se fit une grande réputation de vertu parmi les siens, et y passa pour un saint parce qu'il prédit des événements qui se réalisèrent après sa mort, la destruction du temple de Sérapis (3) et une persécution violente et générale qui ne pisserait subsister aucun temple, répandrait partout la désolation, et changerait (c le plus beau pays de la terre u en un séjour de ténèbres (4). n Ces prédictions furent trouvées véritables ; et à peine avait-il quitté la vie, que, sous le règne de Théodose, Théophile, évéque d'Alexandrie, Évétius ou Évagrfus, gou-
{t)/Airf., p. 37.
(2) Ibid., p« 41 . C'est le seul endroit de rantiquitë où il soit mention de cet Antonin ; car Wjttenbach a^ très-bien montré, contre Garpzow, que l'Antonin eité par Zosime est un disciple d'Ammonius Saccas, dont parle Proclus dans son commentaire surleTîmée, lîv. m, p. 187. Wyttenbach penche à croire que ce peut être FAntonîn d'Alexandrie, cité par Suidas, t, i, p. 235, d'après Damascius.
(3) Wytlenbacli remarque ^ue la destruction des templeh égyptiens avait déjà été prédite dans les livres d'Hermès. VojCE la traduction latine attribuée à Apulée, Discours ^Hermès à AscUpms , p. 90 ; et S. Augustin , Cité de Dieu, VIII, 26.
(4) Ibid., p. 4l, K«<' rt ptviii^isitatt àuêis o^irùirvfavytio-îi rù fV4 yîjs KaXXtrret.
220 EUNAPE.
vcrncur cml, et Romanus, gouveméurmiHtaire (1 ), détruisirent le culte païen à Alexandrie, et renversèrent le Sérapéum. Nous rapporterons ici ^ en l'abrégeant un peu, le récit d'Eunape, dont le ton, moitié amer et moitié ironique, trahit sous l'affectation du langage un ressentiment profond, et nous montre l'impression bizarre que faisaient sur l'âme des lettrés païens les grandes scènes populaires de la révolution chrétienne. « Des hommes^ dit Eu- (c nape , qui n'avaient jamais entendu parler de la ({ guerre, s'attaquèrent bravement à des pierres, « les assiégèrent en règle, démolirent le Sérapéum {( et s'emparèrent des offrandes que la vénération « des siècles y avait accumulées. Vainqueurs sans « combats et sans ennemis, après avoir courageu- « sèment livré bataille aux statues etauxoSrandeSy (( les avoir vaincues et dépouillées, ils firent la con- « vention militaire que tout ce qui aurait été volé (c serait de bonne prise. Mais enfin, quelle que fût « leur bonne volonté, comme ils ne pouvaient em- « porter le sol, ces grands guerriers, ces héroïques « conquérants, tout glorieux de leurs exploits, se « retirèrent et se firent remplacer dans l'occupa-
(Zosline, V , 28 ; Théodoret, Hist, eccL , y ^ 42; Socrate, V, 16; Suidas, Xtftt^tç; Sozom. vu, lô) ^^«Tretr^mts tS* uaySit (les chrétiens), EturUt» it {Evâyfies Sozomène, vu, 16; Cod, Theodos, , L, xi) nj» vùMnKtif «p%9v «p^^owT^f, '?«- /biufoS ^i {Cod, Theodos,, ibid, ) tùvç Kttr Aïyvwrot rrftiTUir»s
film APS. 221
« tioii du «ol sacré par les moines, c'est-^r-dire par « des êtres ayant de rhomme Tappai^nce, vlTant « comme les plus vils animaux, et se livrant en puce blic aux actions les plus dégoûtantes, qu'il est (c impossible de rappeler. C'était pour eux un acte « de piété de profaner de toute manière ce lieu ré- « véi*é : car, à cette époque, quiconque portait une « robe noire avait un pouvoir despotique. Nous en « aTons parlé dans notre histoire générale. Ces « moines campèrent donc sur la place du 'Sera* ce péum ; et alors, au lieu des dieux de la pensée, on « TÎt des esclaves et des criminels obtenir un culte : « à la place des têtes de nos divinités, on mon- « trait les têtes sales de misérables repris de justice; « on mettait un genou devant eux et on les ado- « rait. On appelait martyrs , diacres et cliefs de la (c prière, des esclaves infidèles déchirés par le fouet « et tout sillonnés des marques de leurs crimes. « Tels étaient les nouveaux dieux de la terre (1). » Quelque outrées que soient les couleurs de ce ta-
(l) I6id., p. 44 , 45. Wyttenbach , p, 147 , recherche où éiait situé ce temple de Sérapis, à Alexandrie ou à Ce nope. Il pense qu'il était situé entre Canope et Alexandrie, et qu'il était commun à ces deux villes, hypothèse très-peu probable. Tous les auteurs cités dans la note précédente, auxquels il faut ajou*ter Damascius dans Suidas, v; ^OXofAÇFoç, placent à Alexandrie et non à Ganope la scène que retrace ici Ëunape; Rufiu, ii, 26-29 , la place à Canope. Il faut voir Jablonski , Panthéon egypt..^ Il , 5, et V , 4. — Sur l'influence illégale et cirbitraire des moines, voyez Godefroy sur le Code de :Théodose , t. vi, part. I, p, 107.
222 BUNAPB.
bleauy il uous donne une idée de Thistoire politique d'Eunape , et nous montre combien il importerait de la retrouver.
Eunape^ revenant à Antonin, nous le peint, sous la menace de la persécution, inflexiblement attaché au culte de ses pères, cachant sa vie dans ane soli-^ tude près de Ganope , exact observateur des rites dont il prédisait lui même la chute, et faisant sa consolation et son bonheur de la contemplation des monuments qui ne doivent pas lui survivre (4). Antonin^ Eustathe et Sopater occupent dans là biographie d'Édésius plus de place qu'Ëdésius lui«« même ; et, sans dire où et comment mourut œ der» nier, Eunape passe à la biographie de Maxime*
Rappelons au lecteur que jusqu'ici Eunape parle d'après les traditions qu'il a recueillies, mais que dès lors il a été le témoin oculaire de presque tout ce qu'il raconte , et qu'il a connu les personnages dont il écrit l'histoire. Ainsi il dit lui-même, au commencement de la vie de Maxime, qu'il a rencontré dans sa première jeunesse Maxime déjà vieux, et il en fait un portrait détaillé; mais il ne dit point de quel pays il était. Il avait pour frère Claudien (2), qui vint à Alexandrie et y enseigna, etNymphidianus, qui professa avec éclata Smyrne. On peut conclure de ce passage que
(1) Ibid,, p. 42.
(2) Ibid., p. 47. Les critiques ne sont pas d'accord sur ce Glaudieti. Voyez Wyltenbach, 160, 167. Reinesius, cî«é par M. Boissonade, le donne pour le beau-père du poëlc Glau-
EUNAPE. 223
Ma3time n'était pas d'Alexandrie, paisq[ue son frèi e Claudîen n'en était pas ; et de ce que Nymphidianus enseigna a Smyrne, il ne s'ensuit pas qu'il fût de cette Tille ni lui ni son frère Maxime , comme l'a voulu Valois. Socrate et Ammien Marcellin disent que Maxime était d'Éphèse (1). Il fut le maître, l'ami et le conseiller de Julien, et joua nn grand rôle politique. Aussi tous les écrivains en parlent* ils, Suidas, Socrate, Sozomène, Libanius, Julien lui-même et Zosime (2). On lui attribue le poëme TTîfi KATttp^^Sf^ publié par Fabricius (3), et Simplicius en cite un commentaire sur les catégories d'Âristote (4). Sa vie dans Eunape est si importante^ si étroitement liée à celle de Julien et à l'histoire de cette grande époque , que nous ne nous ferons pas scrupule d'en donner ici un assez bng extrait, pour suppléer à la perte de l'histoire générale d'Eunape, d'où Eunape lui-même déclare qu'il a tiré la plus grande partie de cette biograiphife de Maxime.
(lien. Une inscription grecque de Selden nous offre un Claudîen , prytane à Smyrne avec une grande-prélresse Nauphydîa. Bois8onade,p. 287.
(1) Socrate, Hist^ eccL, m, i ; Ainm« Marc, xKtx, i, p. 556;
(2] Suidas , v. MÂ%i(Mç ; Sozomène j d'après Socrate , v , 2; Libanius, Epist, 606 ; Julien, Epist, 15, 16, 32, 39 ; Zosime, IV, 2 el 15.
(3) EbL grœc, t. vin, p. 415 ; et l'édition d'Ed. Gerhard. Lipsîae, 1820.
(4) Sirapl.^m Ceiteg. Arist. , p. i.
224 EUNAPE.
Resté seul de la famille de Constantin, Julien fut, dè& son enfance, entouré d'eunuques et de surveillans dont la principale mission était de le retenir dans la foi chrétienne (1 ). Eloigné des affaires, Julien s'appliqua avec ardeur à l'étude, et Cionstance, selon Eunape (2), favorisa son goût par politique, aimant mieux Je voir enfoncé dans des livres que pensant au trône qui lui appartenait. C'est là ce qui explique le^ facilités qui lui furent laissées de s'instruire : Julien en profita. Non content des livres, il visita tous les hommes distingués du siècle: il ne pouvait manquer de venir à Pergame, où enseignait le plus célèbre des philosophes d'alors, Édésius, entouré d'une école florissante dans laquelle brillaient Maxime, Chrysanthe de Sardes, Priscus de Thesprotie ou de M olossie , et Eusèbe de Mindes, ville de Carie. Eunapê nous a consex*vé les détails du séjour de Julien à Pergame. Il nous montre ce jeune homme dévoré de la soif de la science, sollicitant Édésius de lui donner des soins particuliers, indépendamment de ses leçons publiques qu'il suivait assidûment, et le vieux Édésius, épuisé par l'âge , regrettant de ne pouvoir servir un zèle aussi extraordinaire dans l'héritier présomptif du trône du monde. Il s'excuse de ne pouvpir plus être utile à celui qu'il appelle le fils aimable de la sagesse (3). Il ne le loue pas d'avoir oublié qu'il est né prince,
(1) Emiape, t. i, p. 47.
(2) Jbid,, p. 47, 48.
(3) Jbid,, p. 48, 49. Tg«wir o-ù^Uç twi^urov.
BUNAPE. 225
il l'exhorte à être plus qu'un homme (1). A son défaut^ il lui recommande ses élèves; mais Maxime étant à Ephèse et Pf^iscus en Grèce, Julien ne put s'attacher qu'àEusèbe et à Chrysanthe. Chrysanthe n'avait qu'une âme avec Maxime (2), et était surtout remarquable par son enthousiasme religieux et ses recherches mystiques et théurgiques. Eu- ^be (3) , au contraire y était un penseur plus sévère, et parait s'être distingué daçs l'école d'Édésius comme dialecticien. Il se moquait des prétendus miracles de ses col lègues , et fit tous ses efforts pour détourner Julien de la route du mysticisme et de la théurgie (4). Mais Julien, au lieu de l'écouter, s'at* tacha a Chrysanthe : il alla même avec lui à Éphèse, où était Maxime (5), et ce fut là qu'il se forma et devint ce qu'il resta toute sa vie* Ayant entendu dire qu'il existait en Grèce un vieux prêtre d*Éleusis, il alla le visiter; et à cette occasion Eunape rapporte que c'est ce prêtre qui l'initia ^ lui Eunape, aux saints mystères, l'éleya au. rang des Eumolpides (6), et lui prédit qu'à sa mort il devien-^
(1) Ibid., p. 49. K«f rix?f9 rm fiuom^Uiff «I0%tif09r|i ffirtitt
(2) f6id., p. Ad/OHoi^/iz^s Mulifi».
(3) Wyltenbach , p. 171 , pense que c'est TEusèbe dont Slobée nous a conservé des fragments en ionien , et que ce ne peut être celui dont parle Ammien Marcellin, xiv, 7.
(4)/^iV/., p. 49, 60, 61.
[b)Ibid,,i^. 51.
(6) Ibid,, p. 62« 'ivixu yttf roy yp«f ayr« »«i tU EùfioXfrl^uç lyye.
226 EUNAPE.
drait grand-prétre à son tour^ malgré la loi de rinstitution qui défendait que tout homme initié à d'autres mystères et étranger montât jamais sur le trône de l'hiérophante. Eunape nous apprend encore que le culte d'ÉIeusis était celui de Mithra , puisqu'il emploie, pour désigner le prêtre athénien, tantôt le noiki d'hiérophante des déesses, T$ Toif Otaîf upopaj^rvii tantôt celui de père de l'initiation de Mythra, -r^Twp r«rMi6pittr#iu7f rfA6rSfr(1). Enfin il indique ici ce qu'il ayait raconté avec étendue dans son histoire générale , savoir, que oe furent les moines de la nouvelle religion , les hommes habillés de noir, dit-il, qui livrèrent à Alaric lé passage des Thermopyles, et renversèrent^ à l'aide de l'étranger, l'institution et les mystères d'Eleusis (2). Julien se lia intimement avec ce vieux prêtre athénien; et au retour de son expédition dans les
Maigre l'opinion de M. Boîssonade (p. 298), qui a eioitratné Wyttenbach , p. 181, 182, 183, nous faisons dépendre ro y yf«^fT« de tiyt comme de frcAii,avec tous les autres critiques. D'abord il n'en est pas de uyttif comme de âvuçi^uf^ et M. Boissonade convient qu'il ne connaît pas d'autre exemple de iyttf dans le sens de remonter jusqu'à, descendre de. Ensuite c'est abuser aussi de la mauvaise réputation des constructions d'£unape,que de lui prêter une construction aussi bizarre que serait celle de la phrase en question , dans l'hjpothèse de M. Boissonade. Sur les Eumolpides, voyez Hésjchius.
(1) Ibid., p. 52. Voyez l'excellente note de M. Boissonade, p. 300, 301 ; et celle de Wyttenbach, p. 183, 184.
(2) Ibid., p. 52, 53.
E1JNÀPE. 227
Gaules 9 où Eunape assnre (1) avec beaucoup d'autres historiens que Constance l'avait envoyé pour s'en défaire ^ et où il sut ^ k force de génie et de prudence , échapper à tous les pièges dressés contre sa vie et cacher son dévouement à l'ancienne religion ; lorsqpe enfin il prit le parti d'éclater et de détruire ce qa'Eunape appelle la tyrannie de Constance (2), il fit venir de Grèce ce même prêtre et lui fit part de ses desseins* Ils ne mirent dans leur secret que deux hommes y dit Eunape, Oribaze de Pergame et Ëvhémère l'Africain (3). Parvenu à l'empire, Julien renvoya en Grèce ce grand-prêtre avec un pouvoir illimité et les forces nécessaires à la défense des temples et du culte. Il est lâcheux que, par un scrupule religieux (4), Eunape ne nous ait point dit le nom de ce prêtre. Quant à tous ces détails , ils ne sont nulle part ailleurs dans les historiens ; et il en est peu qui soient plus importants dans l'histoire du Bas-Empire, puisqu'ils éclairent la grande lutte du paganisme et du christianisme. Malheureusement nous n'avons aucun moyen de contrôler le récit d'Eunape ; il y règne une teinte romanesque qui
(1) Ibid., p. 53 ; Aromien Marcellin, xvi, ii ; Socrate, HUt. eccL , uiyp. 137; Sozomène, v^ 3, p. 484; Zonar. , Ann., xiii, 10; Zosime,!!!, i; Liban. OrcU. Parental, 17(Fabric. Bibl.' Gr. , t. VII, i" édit.) ; Julien, Epist, ad jithen., p. 277.
(2) md., p. 53, 54. — (3) lùid., p. 54.
(4) Sur la loi de ne pas révéler le nom de l'hiérophante , voyez Valois, Emend., My^ m, 15; et Villoison, Mémoires de t Académie des inscript , %, xlvii, p. 338.
228 EUNAPE.
sans doute n'est pas invraisemblable et peut tenir aux choses. elles-mêmes^ à l'imagination de Julien et à sa destinée extraordinaire ; mais nous ne pouvons nous empêcher de nous rappeler l'épisode romanesque de la vie de Porphyre^ raconté par £unape et démenti par Porphyre lui-même.
Quand Julien fut arrivé à l'empire, on conçoit avec quel empressement il appela auprès de lui ses amis de Pergame et d'Éphèse. Maxiine et Ghrysanthe délibérèrent ensemble sur ce qu'ils avaient à faire. Eunape noUs a conservé leur entretien. Mon cher Maxime, lui dit Chrysanthe , non-seule* ipent il faut rester ici, mais il faut même nous cacher* Chrysanthe, répondit Maxime, il me semble que tu oublies un peu les principes dans lesquels nous avons été nourris, et qui commandent au sage de ne point se déicourager et trembler à la première apparence (car ils avaient fait en commun un sacrifice et consulté les dieux ) ; il faut écarter les apparences contraires et forcer le dieu de répondre favorablement (1). Chrysanthe resta inflexiblement attaché à ses projets de solitude. Maxime lui fit écrire par Julien ; et celui-ci, sachant quelle était sur Chrysante l'influence de sa femme Mélite, cousine tl'Eunape , lui écrivit de sa propre main une lettre où il la priait de déterminer son mari à venir le joindre. Enfin désespérant de vaincre sa résistance , il le nomma avec sa femme (2) souvet^in
(1) Ikid., p. 65.
(2) i^iV/.^ p. 56, 57. Sur les souverains pontifes, avant le
Btri^ÀPE. 229
pontife de la Lydie , leur laissant le pouvoir de choisir les autres ministres du culte. Maxime .et Priscus se rendirent auprès de Julien. Maxime y jouit d'une faveur illimitée : il était de tous les conseils de l'Empereur et le voyait à toute heure du jour et de la nuit. Mais il parait que son pouvoir renorgiieîllit ^ qu'il prit des habitudes d'élégance et de mollesse, et devint superbe et difficile.
Au contraire, Priscus se conduisît avec une mode-
ration parfaite > résista a toutes les séductions, et conserva à la cèur les moeurs et la simplicité d'un philosophe. Priscus et Maxime accompagnèrent Julien dans son expédition contre les Perses {^) ; et il &ut que tout ce cortège philosophique ait été en général bien hautain et bien ridicule , puisque Euiiape lui-même est forcé de l'avouer. Après le désastre de' l'expédition dé Perse' et la mort de Julien^ qu'Sunape dit avoir racontées longuement dans son histoire, générale (2) , Jovien contmua de b^en traiter les fstvaris de son prédécesseur. Mais quand Yalentinien et Valens parvinrent à l'empire, la scène changea ; Maxime et Priscus ftirent jetés en prison. Priscus absous retourna en 6i*èce ; mais pour Maxime , il avait soulevé trop de haines par
ehristîanisine et sous Julien, voyez Godefroj, Code déThéodose, t. iVy p. 483.
(1) Ibid,, p. 57. Ammien Marcellin dit qu'ils assistèrent usa mort et recueillirent ses dernières paroles sur l'iramortalitë de rame 9 XXV, 3. ^ , '
(2) Ibid,, p. 58.
230 BinfAjPB.
sa conduite w^eilhuBe pendant le règme de Julien, pour ne pas las retrpuyw ardentes ^ acharnées k sa perte quand le malheur fut venu* U le-aupporta mieux qu'il n'avait supporté la prospérité : on le condamna à des^ amendeB» on le ve»^ on le tourmenta de toutes les manières, Eunape exagère aans doute , comme l'a remarqué Wyttenbach (4 ) ^ en disait que le supplice des Perses , S ml^êv^ifi était peu de chose en comparaison dés supplices qu'on lui infligea | mais enfin il faut que la torture ait été poussée bien loin , puisque Maxime demanda à sa femme un breaiTage qui le délirràt de ses ennemis et de la yie* En effet, elle acheta du poison et l'apporta dans la prison de son m^ri ; mais quand celuici le lui demanda, elle le prit elle-4néme^ Eunape loue beaucoup le préfet d'Asie, Cléarque (2), qui fit cesser la persécution qu'éprouvait Maxime , et lui fit rendre peu à peu une partie de ses biens. Maxime révint à Gonstahtinople, et prouva l'innocence de ses études théurgiques (3), ce qui augmenta la considération générale qu'on avait pour lui, mais rani-
(1) T. ïi, p. 205, 3û6,
(2) Sur Cléfttqwe, vôye^ Aipmiêa Marcelli» > «xvu , 9, et Wyttenbach, 210.
(3) Si tel est le vrai sens de la phrase d'Eunape (T. i, p. 69; Bdisson., 324; Wjttenb., 221), il paraîtrait que Maxime aurait été accusé deipAagie. Yoje?^, contre la magie « les Décrets des ^nipermrsj, d'abord de Constance, années 357 et 35^? puis de Lucius et Valentinien, Ço</c de Théodose, liv. H> tit. XVI.
BUNAPB. 23t
ma l'envie. Faussement impliqué dans un eomplot^ arrêté avec ses prétendus associés, et conduit à Antiochç^ où était l'Empereur^ il réfuta devant le tri^ bunal l'accusation portée contre lui ; et il aurait été absous^ sans la lâche férocité de Festus^ qui s'empressa de le faire périr (1).. Telle iut la fin d'un h(Haame dont les fortunes diverses repiiésentent merveilleusement les vicissitudes de ces temps orageux* Après Maxime^ Emiape passe à la biographie dé Priscus (2) / dont il avait déjà eu occasion de parier dans la vie de Maxime. Priscus était réservé et , tout au contraire de Maxime, fort peu empttssé k se mettre en avant. Il se distinguait par une mémoire rare et une connaissance approfondie des anciennes opinions. 11 poussait l'aversion des disputes au point de renfermer le plus souvent ses propres opinions en lin«^méme et de les gai^der comme un avare garde son trésor (3) ; il appelait des prodiga» ceux qui manifestent k tout pro^ leurs sentiments ; enfin il foimaît un véritable dontraste avec tous ses^eondisciples de l'école d'Édé- Hus^ et arec Ëdésius luinnéiiné^ qui était d- une s^bilHé parfaite, et, ses leçons achevées, s^eniretenait
(1) lUd., 62, 63. Sw Festus, Amm* Ifarc., xiix, 1, i; 3^ Zosime, xv, 15; Godefroj, sur le Code de Thé^dasê, t, vi^ part. 2, p. 154.
(2) Les auteurs qui ont parlé de Priscus sont Julien , Epist. 3 ad IMan.; libanius, Epist. 866, et selon Wyttetibacb,
isU 996^1 1019; Amm. Marc, xxv, 3.
(3) Ibid., 65.
232 BUNÀPB.
yolpntiers avec tout le moiide à Pergame, même avec les plus ignorants^ auprès desquels il trouvait encore le moyen de s'instruire. Priscus regardait cette facilité de moeurs comme une sorte de trahison envers la dignité philosophique (1 )• Son extrême réserve' eut du moins Tavaiitage de le soustraire aux persécution)» après la mort de Julien. Il vécut solitaire dans les temples de la Grèce (2) y et y parvint à une vieillesse trè»-avanoée ; car il ne mourut qu'à quatre-vingts anspasséis, tandis qu'à cette époque beaucoup d'hommes distingués se tuèrent de désespoir (3) ou forent forgés par les barbares (4) ) par exemple ; lin nommé Protérius de Géphallénie et le peintre Hilarius de Bithynie y qui y au témoignage d'Euiiape, rappelait quelque chose de la inaliière d'Euphanor.
Ici finit à peu près la série 'des j^ilôsopliesy ou du moins e^e est interrompue jusqu^à la biographie.de Ghrysànthe. L'intervalle est rempli par des rhéteurs et des médecine.
Les rhéteut*s dont Eunape raconte la vie sont ce[ux qu'il trouva à Athènes, et sous lesqneb il étudia pendant les cinq annéesde séjour qu'il fit dans cette ville. Le père de cette école de rhéteurs est Julien: de Cappadôce^, qui fleurit , et , dit Eunape , régna (5) à Athènes vers le temps d'Édésius. Ses
(i) Ibid., p. 66. — (2) Ibid., p* 67. ^ (3) Ibid., p . 67.
(4) Jbid., 67. L'incursion des Goths en. Grèce est de. 396.
(5) Ibid,, 68. fTo^untt râtf 'A0titm, Sur Julien, voyez la note de Wyllenbach, 260, 251.
BVNAPB. 233
disciples les plus célèbres furent Proœrësius / HéphestâoD^ Ëpiphanius de Syrie, Diophante l'Arabe, et Tuscianus (A). La biographie de Julien renferme moins de détaik.&ur lui-même que sur Proœrésius, qui hérita de sa renommée.
Proœrésius est le maître chéri d'Eunape; aussi il loi consacre un très*long chapitre , et rappelle les moindres circonstances de sa carrière de professeur, ses démêlés a^vec ses collègues, les obstacles qu'il eut à surmonter , enfin ses succès et la haute faveur dont il jouit à la fin de sa vie (2). Mais il n'y a rien dans tout cela de fort instructif : on peut tout au plus s'y donner le spectacle de l'état déplorable où était tombée Athènes, privée de tout intérêt sérieux, réduite à assister «ii des jeux de bel esprit, à applaudir des exmdes et des péroraisons, et des traits d'éloquence, tels que ceux qu'£unape nous rapporte avec un enthousiasme ridicule. Quand on voit à découvert la misère d*une pareille civilisation , on est moins tenté d'accuser les invasions des barbares, et l'on ne sait en vérité ce que serait devenu le monde sans le christianisme. La philosophie seule sollicite encore et soutient l'attention de l'ami de l'humanité^ parce que, dans ses aberrations mêmes, il y a eiticore un peu de grandeur et de vie; mais partout où elle n'est pas, le paganisme ne présenté que le spéc-
(1) Ibid., 68. Il était de Lydie. Liban., Epist, 348,^1.
(2) Ibid,, 73-93. SurProacrésius, vojezla note de Wyttenbacb, 366, 367.
234 BUNAPE.
tacle d'une (li^;radation complète et les signes d'une dîssolation inévitable. Nous paroonrrons donc ra-^ pidement toutes ces biographies de rhéteurs , y signalant seulement les points qui ne seront pas tout-à-fait dépourvus d'intérêt. Dans la vie de Proaerésius , il faut lire attentivement un passage sur lé mode d'élection des professeurs de rhétorique à Athènes , et la répartition des élèves entre les différents professeurs , selon leur pays. Déjà Godefroy a tiré un assez grand parti de cet endroit dans; son commentaire sur le code de Théodose (1)* Il ne faut pas négliger non plus quelques lignes •où il est question d'un jurisconsulte nommé Anatolius , né à Béryte , ville qu'Eunape (2) appelle la mère de la juijsprudaice. Il parait que cet Anatoliûs (3) jouit d'un grand crédit à la cour de J'Smpereur, et fut nommé préfet du prétoire* Dans une tournée qu'il fit en Grèce ^ Anatolius vint a
(1) Ibid,, p. 79. Godefroy, «ur le Code de Théodose, liv. xiu, titre lu, p. 37-47. CresoU , m Theair. rhetor., iv, x, p. 376; Olearîus ad Philost., p. 566; voyez aussi Lefèvre (Nonvelle AÛiènes , p. 4.) cité dans la note de M. Boîssonade, p. 361. Sur l'admission aa titre d'étudiant, voyez Wyttcttbach, 280.
(2) Ihid., p. 85 j Baeh., HisU jur., x.ni, c. 11, 4â; ViHoison, Acad. des inscript., t» xlvxi ; Wolf; sur la lettre. 274 de Libanius, etSpanheim sur Julien, p. 120 ; Godef., Coc/. Tkéod», t. VI, p. 113.
(3) Ibid», 85. Voyez, sur Anatolius, Gode&oy, Cod, Theod., t. VI, part« 2, p. 338; Yaloia, sur Âmm. Marc., p. 243; Wernsdorff, sur Himérius, p. 296.
9UNAPB. 235
AUiènes assister aux exercices littéraires ^ et il pro* tégea pttisaamineQt Pro»résius. Gelui«-oi , éttudant de jour en jour sa réputation, fut appelé daps les Gaules par Constance Gésar^ puis euToyé à Rome, où on lui éleva une statue d'airain de grandeur natnrdle, avec cette inscription qui dit tout sur Tesprit de ces temps : Rome y reine du mondes au roi de H éloquence (1). A la fin TEmpereur le laissa retourner à Athènes^ en lui conférant de hautes dignités; mais Rome ne pouvant se passer de rhéteurs, redemanda ProœrésSus ou du moins un de ses disciples, et Proserésius lui envoya £usâ>e d'Alexandrie (2) , homme qui était fait pour vivre à Rome, si fon en croit Eunape, exeteé dans l'art de flatter les grands et feçonné à la corruption d'une capitale ; du reste sans an* cun talent (aratoire, comme on pouvait l'attendre d'un Égyptien ; car l'Egypte , dit Eunape (3) , est si folle de poésie^ que le sérieux Hermès s'en ^ est retiré. Il est aussi question dans cette vie de Proœrésiuis d^un rhéteur nommé Musonius (%) , qui fut
(1) Jhid., p. 90 ; Lîbanius, Epist. 278 ad Maxim.
(2) Ibid, , 91. Là finit le conimentaîre de' Wytlenbacb. M. Boissonade ne dit rfen sur cet Eusébe. Fabricius , Bibl. grae» , t. vii y p. 410 , soupçonne que c'est le sophiste • dôol parle Photius, Cad, 134.
(3) Ibid. , 92. M. Boissonade remarque trè»^en qu'à ce compte rÉgypte était fort changée. Vojez Heyne, Opujcul,,
(4) Ibid., 92. Sur ce Musonius, voyez Wemsdorff 6«r Himérîus, p. 472; Ions., Hi^t, PhiU, lu, 7.
236 BUNAPE.
exclu de sa chaire sous Julien /parce qu'il ayait la réputation d'être chrétien. Proœi^ius mounitar Athènes, où il avait acquis une grande réputation, quoiqu'il n'y fût pas né : son pays était T Arménie (1).
Après la biographie de Proderésius Tient celle d'Êpiphanius le Syrien , un des rivaux de Proœrésius (2) ; puis celle de Diophante l'Arabe , qui fit l'éloge funèbre de Proœrésius (3) ; celle de Sopolis, qui essaya d'imiter le caractère du stylé des anciens (4) ; celle d'Himérius de Bithynie (5), qui passa quelque temps auprèis de Julien, et, à la mort de l'Emperem*, vint à Athènes recueillir l'héritage de Proœrésius ; « écrivain d'un style facile et har- « monieux et qui s'élève quelquefois à la hauteur (c d'Aristide (6). » Eiïnape accorde à peine une ou deux phrases à Parnasius (7), qui fiit aussi professeur, et ne manqua pas tout-a^ait de mérite. La biographie de Libanius est un peu plus longue ; mais Eunape ayant raconté la meilleure partie de sa vie danç^son histoire générale , à l'occasion du règne de Julien , n'a mis ici que des détails d'un faible intérêt. Cependant on ne peut nier qu'il ne caractérise Libanius avec exactitude. Son ^rai talent, selon Eunape, était l'ironie (8); il avait
(1) Ibid,, p. 78. — (2) Ibid., 93. — (3) Ibid., 93 ; vojez la note de M. Boisson., p. 388, 389.
{A)Ibid,, 94; Lîban. Epist., 881. — (6) /^«i, 96, voyez Wcrnsdorff.
(6) Ibid., 95. — (7) Ibid., 95. — (8) Ibid., 98.
BUNAPE. 237
aussi la plus grande aptitude aux affaires (1). On lui proposa les plus hautes dignités, qu'il refusa (2). Il était d'Antioche en Gélésyrici ; il avait été èlesé à Athènes sous Diophante ; il visita Constantinople, mais il vécut et mourut à Antioche (3). Restent deux autres biographies de rhéteurs , celle d'AcaciuSf né à Césarée en Palestine (4) , contemporain de Libanius et auquel celui-ci dédia son traité ^tfi iù^vtdLf, et celle dfi Nymphidianus de Smyrne (5), frère du philosophe Maxime, et lui-même philosophe distingué , qui participa à la fortune de son frère sous Julien et remplit un emploi de secrétaire à la cour impériale.
Voilà les rhéteurs dont Eunape a écrit l'histoire ; les médecitis sont Zenon, Magnus, Oribaze et lonicus. Le pre^lier est le maître de tous les autres : il était de Chypre (6) , et contemporain de Julien et de Proserésius. Il parait que Magnus était meilleur professeur que praticien : on établit pour lui une école de médecine à Alexandrie (7). lonicus de Sardes (8) ne fut pas seulement un médecin du plus grand mérite, mais il cultiva avec soin l'art oratoire, la logique et la poésie*. Il y eut aussi en Gaule à cette époque un médecin célèbre nommé Tfaéon (9) ; mais celui qui éclipsa tous les autres
(l)Ihid., 99. — (2) Ibid., 100.
(3) Ibid., KctKî7 rit jrifTM ÉCiai;Kpowf. — (4) T6id,, 100, 101. (5) Ibid., 101, 102. — (6) Ibid,; 102.
(7) Ibid., 102, 103 ; voyez la note de M. Boissop .,41194^3-
(8) Ibid., 106, 107. — (9) Ibid., 107.
238 BUNAPE.
est Oribaze, né à Pergame (1 ) et élevé à Athènes , auditeur de Zenon et condisciple de Magnus (2). Il ne resta pas étranger aux mouvements' politiques de son temps. Sous le manteau de médecin^ il fut le confident de Julien, et ne contribua pas peu à l'élever à l'empire (3) ; mais après Julien y il expia sa faveur passée par la confiscation de ses biens, la proscription et l'exil chez les barbares (4). Ce fat là précisément qu'Oribaze montra toute la force de son caractère et les ressources de son talent. Des guérisons miraculeuses le rendirent si célèbre chez ces barbares, et le mirent en telle faveur auprès de leurs chefs, que les empereurs romains se lassèrent de persécuter un tel homme , et lui permirent de retourner dans sa patrie, où il fut rétabli en possession de tous ses biens (5). Il vécut heureux ; il vit encore, dit Eunape, au moment où j'écris, et je souhaite qu'il vive longtemps (6). Après cette digression sur les rhéteurs et les médecins de son
(1) Ibid,, 103 ; selon Suidas , il ^tait de Sardes.
(2) Ibid. , 104.
(3) Ibid., 104. C'est ainsi qu'il faut entendre la phrase suivante, malgré l'hésitation de M. Boissonade^ (jui ne voudrait pas qu'un médecin et un homme de lettres 3e fût si fort mêlé de politique : 'UvA/^fif fi%f mrof liç roy Kutaupa 'v^uif
reuç «071 juù fimotxitt rof'UvXtwif tfsriV'filfi. Voyez la lettre de Julien aux Athéniens, p. 277 ^ tlç Ur^is,,.,], et la lettre d'Oribaze à Julien, dansPhotius, Cod. 217.
(4) Ibid., 104. ^ (5) Ibid., 106. "- {6) Ibid., 105.
BUNAPE. 239
temps 9 Eunape s'avertit lui-même qu'il est temps de revenir aux philosophes.
Mais les philos^ophes, à cette époque^ étaient plus rares que les rhéteurs, et ^ avant de reprendre une nouvelle vie à Athènes sous les auspices de Syrien et de Proclus , l'école néoplatonicienne semble épuisée et près de s'éteindre avec Épigonus ou Épigonins de Lacédémone (1)^ et Béronicianus de Sardes (2) , qui ont à peine laissé quelques traces dans rkistoire. Le seul philosophe de cet âge est Ghrjsanthe^ auquel Eunape consacre un chapitre de quelque étendue, dicté par la reconnaissance et des sentiments particuliers. Chrysanthe était un parent d'Eunape, qui prit soin de sa première jeunesse, l'envoya étudier à Athènes , et le reçut chez lui à son retour en Lydie. C'est lui qui engagea Eunape à écrire la vie de ses contemporains les plus illustres. Êiève d'Édésius avec Priscus et Maxime, nous avons vu avec quelle sagesse il refusa de se mêler aux orages politiques de son temps, et ne se laissa point éblouir par l'éclat des succès passagers de Julien. Eunape confirme ici tout ce qu'il nous en avait déjà appris , par une foule de détails qui ne sont pas toujours aussi importants pour le lecteur moderne qu'ils pouvaient le paraître à la
[\)lbid,, 120. Eunape :'£9riV«i'0f. Amm. Marc, parle d'an Épîgonius, è Lyciâ philosophas , xiy, 7, et Valois veut que ce soît le philosophe d'Eunape.
(2)Ibid,, 120. Est-ce celui qui est cité dans la troisième lettre de Denys ?
240 EUNAPE.
piëtë et à la reconnaissance d'Eunape. Nous n'ex-* trairons de ce panégyrique assez long que les traits les plus saillans. Ghrysanthe était dVne famille de sénateurs y petit-^ls d'Innocenitius (1 ) , qui jouit d'une grande autorité auprès des empereurs, et écrivît plusieurs ouvrage eii latin et en grec, où se montraient, au rapport d'Eunape, un jugement et une sagacité peu commune. Après avoir étudié sous Édésius toutes les doctrines antiques et parcouru le champ. entier de la philosophie d'alors , il s'appliqua particulièrement c< à cette partie de la philoso' « phie que' cultivèrent Pythagoi*e et son école, « Ârchytas , Apollonius de Thyane et ses adora-* « teurs (2) , » c'est-à-dire que Ghrysanthe fut plus théologien que philosophe ; et de la théologie à la théurgie , dans ce siècle , il n'y avait qu'un pas : aussi nous avons déjà vu que, pour «savoir s'ils devaient se rendre à l'invitation de Julien,* Ghrysanthe et Maxime consultèrent les prodiges. L'ambitieux Maxime s'obstinait à repousser les apparences défavorables, et voulait faire sans cessede nouvelles expériences et jcomme arracher d'heureux augures. Ghrysanthe, plus docile ou plus clairvoyant, se sépara de Maxime et se refusa à toutes les sollicitations de Julien. Nommé grand-prêtre en Lydie , au lieu d'imiter le zèle outré de presque tous les autres dépositaires du pouvoir impérial et de se faire l'instrument d'une réaction momentanée, il se garda d'op-
(1) Ibid., 108. Amm. Marc, parled'un Innocenlius* xix,ii> — (2) Ibid., p. 109.
EUNAPB. 241
primer les chrétiens (1) , et son administration ftit si modérée^ qu'on s'aperçut à peine en Lydie de la restauration de l'ancienne religion. Aussi quand la révolution chrétienne reprit son cours, elle ne changea et ne déplaça presque en Lydie ni lesi hoDQLmes ni les choses , et tout se passa doucement et sans troubles; tandis que partout ailleurs la tempête religieuse et politique bouleversait toutes les existences (2). Ghrysanthe était généralement admiréy et rappelait le Socrate de Platon que y dès sa jeunesse, il avait pris pour modèle (3). On ne pou* vait être plus simple dans ses manières, d'un commerce plus fecile et d'une affabilité plus parfaite , quoiqu'il fût très-attaché à s^ opinions et au culte de ses pères. Il mourut dans une vieillesse avancée, étranger aux événements publics , et uniquement occupé du soiù de sa .fam.ille (4). Il supporta la pauvreté plus aisément que d^autres la fortune % adorateur fidèle de l'ancieu culte , il ne cessait de lire les anciens philosophes, et il écrivit danjs sa vieillesse plus d'ouvrages que beaucoup déjeunes gens n'en ont lu (5). Malheureusement aucun 4^ ses ouvrages n'est venu jusqu'à nous. Eunape ne donne le titre d'aucun d'eux, et il. n'en est fait mention dans aucun auteur de l'antiquité.
Telles sont les^vies des sophistes d'Ëunapq; on ne peut nier qu'elles ne renferment beaucoup de. renseignements importants pour l'histoire générale.
{X)lbid,,^.in.
(2) Ibid. - (3) Ibid., p. il 3. — (4) Ibid. — (5) Ibid.
242 EUNAPB.
et l'histoire de la philosophie^ et qu'elles n'aient l'ayantage de nous familiariser avec les hommes d'une école et d'une époque trop ignorées. Ne nom récrions pas contre les superstitions d'Eunape ; car elles appartiennent à son siècle, et sont communes à ses ennemis comice à ses amis. Il ne fant pas oublier non plus que son fanatisme et sa partialité historique, tout en imposant de graves précautions à k critique moderne , lui fournissent en même temps de nouyélles et utiles données. La passion des uns sert de contrôle et de contre-poids à la passion des autres. Il est curieux ai^ourd'hui d'entendre sur ce grand débat la voix dé l'un des derniers défenseurs de la cause perdue. On pardonne même à cette voix d'être amère et souvent injuste, parce qu'elle est celle d'un vaincu ; et la situation de cet homme du lY* siècle , de œt ami d'Oribaze et de Ghrysai^e, obligé de cacher sa foi dans l'obscur asile d'une société secrète, se retirant d'mi monde qu'il ne peut com{»rendre et qu'il aban-* donne aux révolution» et aux barbares, cette sitadtion a quelque chose de touchant encore , même à la distance de quinze siècles , et répand un intérêt singulier sur ce petit livi^, écrit par un prêtre et un sophiste pàien d'un ^prit ordinaire en l'honneur de quelques lettré» ses eonteniporains, restés fidèles éotiâne lui à une religion et k une phiiosophfe expirantes.
COIfMINTAlRB
Initia PHiLOSo^HtiS ac theolooijb ex Platoniàis fondbus ducta, sit^ Prochéi Oiyn^ioêm in Platoms Aldbiadem commentani; ex eodd. manuscr, nunc primum edidit Fried. Greuzer., Francofurtî ad Mœnum ; {Mirs prima 1820, pars secunda 1821.
QuOiQu'oif ait 9 dans ces derniers temps, attaqué avec des raisons assez spécieuses l'authenticité du premier Alcihiade (1), Técole platonicienne a toujours regardé ce dialogue comme appartenant à Platon 6t comme un dé ses meilleurs ouTrages , et même comme celui qui sert d'introduction à tous les autres, et , pour ainçî dire, de degré pour arriver jusqu^au sanctuaire dé sa philosophie. En effet,
(1) Voyez eontfferautheiiiîcîté de l'Âlcîbiade , Boeckh, dans rédîtion de BuUinaniiy p. 210; SoUeiermacber , PhtorCs ÎVerke MirUeitung zu Alcibiades, t. i*' ; Ast , PUuon^s Leben und Sckrifteny p. 436 ; et , en faveur de l'authenticité dé ce dialogue, Thîersch, TVien-Jarhuecher y 1818, vol. m, p. 59; Socher, Ueber Platon' s Schnften, p. 112-118; et notre Argu- Tnent de tAlcibiade, trad. française de Platon, t. v.
244 PROGLUS,
V Âlcibiade traite de la nature humaine ; or, c'est avec nous-mêmes et les facultés dont nous sonunes doués que nous étudions et connaissons toutes choses. S'ignorer soi-même, c*est ignorer le seul instrument dont on puisse se servir; c'est ignorer la mesure de ses forces, par conséquent se condamner à les employer aveuglément et s'exposer à mille aberrations. La connaissance de nous-mêmes est donc la condition de toute connaissance régulière. Il y a plus : nous ne pouvons nous faire aucune idée ni de la cause première ni de la substance infinie, si nous ne^nous faisons une idée claire de ce que c'est qu'une cause et une substance ; et cette idée , rien ne peut d'abord nous la donner que nousmêmes. C'est en nous, c'est dans le sentiment de notre activité volontaire et libre, et dans le sentiment de l'existence une et permanente que cette activité constitue , que nous puisons les notions de substance et de cause qu'une induction sublime , fondée sur une observation d'autant plus sûre qu'elle nous est plus intime, transporte immédiatement et au monde extérieur dont elle nous révèle les forces limitées, mais réelles , et à celui au-delà duquel il n'y a plus rien à chercher en fait de cause et en fait de substance, et qui est l'existence et l'activité étemelle et absolue. Ainsi, soit quand on entre dans le fond des choses, soit quand on s'arrête à la question préliminaire de toute sage philosophie, celle de la méthode, on reconnaît que l'étude de la nature humaine est la préparation nécessaire à
toute connaissance légitime, et que la psychologie sert de base à fontologie et à la théologie ellemême. Voilà ce qui peut expliqueï* comment M. Cireuzer a donné à une édition de* deux com^ mentaires sur le premier Alcibiade le titre di Initia philosophiœ àc theologiœ.
Nous ne nous occuperons ici que de la première partie de cette édition, c'est-à-dire du commentaire de Proclus. Marsile Ficin avait traduit en partie ce commentaire (1)j Bentley (2), Fabricius (3) et Gessner (4) en citent quelques passades. M. €reuzer en avait donné un fragment considérable à la suite de son édition du chapitre de Plotin sur la beauté (5). Enfin l'auteur de cet article le publia tout entier dans sa collection complète des œuvres inédites de Proclus d'après les manuscrits de la bibliothèque royale de Paris (6). Mais heureusement pour Proclus , presque simultanément Péditlon de Francfort, en comblant les voeux dés amis de la philosophie ancienne, exprimés par l'éditeur fran-r çais lui-même, vint répondre sur les pages obscures du philosophe alexandrin toutes les lumières de l'érudition allemande et d'une expérience consommée. Un peu plus avancés dans la connaissance de la philosophie grecque que nous ne l'étions à
(1) Venise, 1497, 1503, 1516. Lugdunî, 1549.
(2) Epist, ad MilL p. 3 sq. Oxon. — (3) Sext., Empiric. p. 397. — (4) Fragmenta Orph, , p. 407; éd. Hermaiin, p. 507.^— (5) Heidelberg,18l4, p. 77-126.
(6) Paris, 6 vol. 1820 — 1827.
346 PHOCLUS,
cette époque^ c'est aujouid'hui pour nous une récompense suffisante de nos premiers efiKniiS^ d'avoir pu nous renooqjtrer, à notre début, dans la noéme pensée et sur la même route que M. Grenzer, et d'avoir fait nos premières armes avec un vétéran couvert de gloire. Et certes nous ne croyons pas &ire ici un grand acte de modestie, en cédant l'honneur, de cette première journée à un pareil adversaire,* et en avouant loyalement que l'édition de Paris ne vaut pas celle que nous annonçons.
M. Greuzer a eu à sa disposition dix manuscrits, trois de la bibliothèque de Munich (4 ), un de Venise (2), un de Hambourg (3) , un du Vatican (A)$ un de Leyde (5), avec trois fragments tiré^ d'un manuscrit de Darmstadt (6) et de deux manuscrits du Vatican (?)• Malheureusement tous ces manufr-
(1) N» 435, du XV* siède ; n° 307, dn XVI» siècle; n*4a3, du XV* siècle. Hardt , dans son Catalogue des manuscrits grecs de la bibliothèque royale de Munich , t. iv , parle d'un manuscrit, n<* 98, qui n'y est [^us.
(2) M. Creuzer ne donne sur ce manuscrit de Venise aucun détail, ni le numéro, ni l'âge.
(3)N<' C. 13, apporté à Hambourg par L. Holsténius, copié de sa main sur les manuscrits du cardinal Barberini, et collationné sur un manuscrit de Peiresc.
(4) N" 1032. C'est le plus ancien de tous les manuscrits de Proclus sur l'Alcibiade.
(5) N» 24, récent.
(6) Du XIII* ou XIV** siècle, dît M. Creuzer dans sa prépor' ration au chap. de Plotin sur la beauté, p. 138.
(7) Vaticano-Palatin, n<» 63. Vaticano-Ottobonien. N*> 241.
SUR L£ PREMIER ALCfBUDE. 347
ciite ensemble ne ocmiplètent pas le commentaire de J^xMdusy qui, dans les plus étendus, ne va guère que jusqu'à la moitié de VAlcibiade (1). De plus , tous 4363 nouarnscrits sont défectueux ; tous sont remplis de lacunes, peu considérables, il est vrai, mais tjnèsF^réquenftes, surtout sur la fin ; et ceux qui ont un peu moins de lacunes «pie les autres ont des leçons plus TÎcieuses. U semble donc que la raison et la nécessité demandaient que le texte (ût constitué, non sur un seul manuscrit, mais sur la collation de tous, de sorte que les lacunes des uns étant comblées par les autres, et les mauvaises leçons de ceux-ci réparées par les meilleures de ceux-là, la totalité des manuscrits donnât ce qu'on n'aurait pu tirer du meilleur pris isolément, savoir le vrai texte, ou ie texte probable de Proclus. En effet, telle doit être une édition vraiment critique; et nous regrettons que M. Creuzer se soit contenté de publier les matériaux d'une édition définitive, au lieu de la faire luHDiéme, et que, pouvant tirer un excellent texte d(e tous ses manuscrits réunis et comparés, il se soit résigné k prendre pour base celui de Leyde, qui est très-défectueux, sauf à le rectifier dans les notes par les variantes des autres manuscrits. Il en résulte qu'à moins de faire sur l'ouvrage de M. Creuzer^ sur son texte et sur ses notes, précisément le travail d'un homme qui voudrait lui-même donner une édition nouvelle de ce commentaire de Proclus,
(1) Ovi'if etfét TmxMXSfy Kuêoffvif ««Play, KtiKOf, ov^i rSyttiTj^féSvy nà^ûTOf ttiaxfofy »y«^«v. Oô ^ntvtrMt, Bekk. p. 328.
248 PR0CLU8 y
on est réduit à un texte perpétuellement vicieux et cpiî peut induire dans toute sorte d'erreurs. M. CretH zer prétend que c'est l'usage de toute édition prin^ ceps d'être ainsi fondée sur un seul manuscrit ; mais d'abord nous avons bien quelques raisons pour ne pas regarder l'édition de Francfort comme la vraie édition princepsy puisque cette édition en cite une autre; ensuite^ si les premiers éditeurs ne donnent souvent qu'un seul manuscrit, c'est qu'ils n'en ont pas davantage. Enfin, on peut, à la rigueur, concevoir ce procédé quand il y a un manuscrft célèbre, supérieur a tous les autres, et par son antiquité et par la bonté de ses leçons, et dont on croit devoir reproduire jusqu'aux défauts, parce qu'ils sont extrêmement rares; ou lorsqu'il s'agît d'un auteur classique dont la diction inspire un respect si religieux qu'on se contente de donner le texte ordinaire et de rapporter en note les leçons diverses les plus minutieuses, sans oser se prononcer entre elles, ou du moins sans oser introduire dans le texte celles qui paraissent préférables. Mais ici nous avons affaire à un philosophe du v® siècle, dont le style est excellent sans doute pour le temps, mais ne peut imposer à la critique aucun scrupule superstitieux. D'autre part, le manuscrit de Leyde n'est ni plus célèbre, ni plus ancien que les autres; il est même inférieur à celui du Vatican, car s'il présente un peu moins de lacunes, ses leçons sont généralement beaucoup plus défectueuses, et, au lieu du petit nombre de secours que possède ordinairement un
premier éditeur, M. Creuzer avait en sa main ce qu'un dernier éditeur se trouverait trop heureux d'avoir pu^ recueillir^ une collation de dix manuscrits. Si M. Greuzer cherche des exemples autour de lui, il n'en trouvera pas qui le justifient : car si M. Âst (1) et M. Stalbaum, les seuls qui, dans ces derniers temps en Allemagne, avec M. Greuzer, aient publié des manuscrits grecs philosophiques, ont pris pour base de leur texte un seul manuscrit, c'est faute d'en avoir plusieurs. En Italie, M. Mai peut donner la même excuse; mais tjuiconque a pu faire autrement n'a certainement pas manqué de le faire, et n'a pas abandonné à un futur éditeur' la tâche qu'il pouvait remplir lui-même et l'honneur d'une édition critique et définitive. Nous ne citerons pas à M. Greuzer notre propre exemple pour le commentaire de Proclus sur le Parménidey où , n'ayant que les quatre manuscrits de la bibliothèque royale de Paris, nous n'àvotis pas hésité à choisir entre les leçons de ces quatre manuscrits, et à essayer d'en tirer le meilleur texte possible. Mais nous lui proposerons un exemple qu'il ne récusera pas sans doute, celui de M. Boissonade, qui, dans wn-èSLilxon princeps du commentaire de Proclus sur le Cratj-le(2).a, malgré sa circonspection ordinaire,
(1) Dans son édition du Phèdre, Leîpsig, 1810, M. Ast a publié le Commentaire inédit d'Hermîas sur le Phèdre; et M. Stalbauni a publié celui d'Olympiodore sur le Philèbe, ilans son édition de ce dialogue, Leîpsig, 1821.
(2) Procli Scholia in Cratylum, Leipsig, 1820.
'2i&0 PROCLUS f
employé libromei^t les deux manuscrits qui étaîeiit à sa disposition^ «t^ sans s'assujétir à aucun d'eux, les a iait oonco^rir à l'établissement du seul texte légitime.
Au reste, nous laisserons ici de coté les discussious philologiques qui se rapporteraient plus à l'éditeur oggi aux éditeurs de Proclus qu'à Procbs lui-même^ et ne suaient guère à leur place, quand il s'agit d'un ouvrage trèfr-célèbre » mais très-peu connu f ^t sur lequel l'attente du monde sayanC, depuis long-temps excitée, a besoin d'être satis&ite. On veut savoir ce que r^iferme ce vieux monument, soit sur les idées philosophiques de Proclus et de l'école à laquelle il a{^rtia3t , soit sur le système mythplogique que les Alfôcandrins mêlaient sans cesse à leurs i^cuktions, soit enfin sur toute l'histoire de la philosophie grecque, où il y a encore tant de lacunes, tant d'époques obscures, tant de noms et même d'écoles dont la célébrité est restée pur^nent traditionnelle, faute de monuments qui aient traversé les âges. C'est sous ce dernier rapport que nous étudierons spécialement ce commentaire de Proclus sur YAlcibiade. Nous rechercherons soigneusement toutes les données historiques qu'il peut contenir, toutes les lumières nouvelles qu'il peut jeter sur les systèmes philosophiques antérieurs et contemporains.
De toutes les époques de la philosophie ancienne, celle qui manque le plus de monuments positifs , est et devait être la première qui s'étend jusqu'à
SUR LE PRBAIiea ALCIBIÀDE. 2S1
Socrate ; cette époque p ak Teaprit gnec , flprtant peu à peu des hem da l'orient, et des mythes étrangers qui entourent son beroeau , se cherche, pcmr ainsi dire, liûnodéme, et man^ à irttvms les mules les phis diverses, et par toute sorte de. tentatives plus ou moins heureuses, à cette purefcé et à cette sévérité qui le caractérise, IcNrsqu'il est arrivé enfin à sa véritable forme dans la seconde ^oque de la philosophie, sous les auspiœs de Platon et suiv tottt d' Aristote. l^ pranière est un pénible enûmtement de la seconde, une période de tâtonnements dont les monuments rares et fragiles n'étaient pas de nature à traverser les siècles. En^flfet, c'étaient la plupart du temps des poèmes que leur auteur confiait à la mémoire de quelques amis, ou renfermait dans le secret d'un temple cm d'une écde. Les Ioniens seuls se distinguent déjà par le goàt de la liberté ; ils aiment la publicité, font des expériences, imaginent des hypothèses , et , sans aban^donner la poésie , commencent la prose. Mais la gravité dorienne s'enveloppe encore de mystères , n'écrit qu'en vers, et retient les habitudes de l'es*prit sacerdotal et oriental* C'eif par-là précisément que l'école pythagoricienne était chère «vol Al^candrina, qui dans leur prétention de réunir la philosophie et la mythologie, la Grèce et l'Asie, devaiei^t surtout porter leurs regards rers le ^stème et le temps où eUes n'étaient pas encore n^tement séparées. Aussi est-ce à eux que l'on doit d'avoir sauvé beaucoup de fragments précieux de ces premiers
252 PROGLUS y
âges ; on les accuse même d'en avoir fait enx-mémes , quand ils n'en trouTaient pas , ou d'avoir arrange , développé et làystématisé, à leur manière le petit nombre de sentences ou de vers échap^ au naufrage. Cette accusation porte particnlière- ^ment sur une partie des poésies orphiques y et sur ces autres poésies sacrées^ attribuées à Zoroastre et nommées oracles chaldaîques, parce qu'elles ont la forme d^oraçles, qu'elles passaient pour être v^ nues orij^inairement de l'orient, et représentaient aux Grecs ce qu^ils appelaient la sagesse étrangère* Quoi qu'if en soit, a la rigueur, de l'authenticité de ces poésies , il n'est pas moins vrai que , pures ou altérées, arrangées en partie ou même totale* ment controuvées, les idées fondamentales qu'eUes exjmment n'appartiennent point à leurs rédactmuiB alexandrins , et remontent traditionnellement a la plus haute antiquité. La forme peut en être plus ou moitis récente, même dans ses archaïsmes affectés , mais le fond est certainement antique. Aussi, la critique moderne, qu'on n'accusera pas de complicité avec les Alexandrins, a-t-elle recueilli lesçaoindres parcelles de ces dél^ris curieux ; et même , à défaut de fragments nouveaux , elle a rassemblé avec le scrupule le plus minutieux toutes les variantes de quelquie intérêt qui pouvaient la conduire à mieux comprendre ces textes obscurs et à les bien con-stituer. Nous citerons donc ici tous les fragments orphiques que contient ce commentaire de Proclus.
SUR LE PBBMIW ALCIBIÀDE. 253
Page 64 et 65. Le Théologien des Grecs appelle V amour aveugle :
IVoacrissantVlaiis son cœur Pavengle, l'indomptable amour. Iloi/u«tjf»y ^ftt^iJ'ta'a'tf «yé/uftATOv, «icv? £^»T«t.
Page 74. Dans Orphée^ Jupiter dit à son père Kronos ;
Guide notre race, illustre démon.
Page 66. Le. Théologien dit ;
Le mol amour et l'intelligence funeste.
Et ailleurs :
Ceux auxquels s'attache ce puissant démon , il les poursuit sans cesse.
Et ailleurs^:
L'intelligence, k première puissance productive « et le charmant amour.
Ailleurs encore :
Une seule puissance, un seul démon , maître souverain de toutes choses.
Ef xpdinùf , iii Mfi»y yiuvù f^iyà^ Â^/toc àirâuvui.
Page 83. Et comme Orphée représente B déchus sous la direction ^Apollon qui le détourne de se mêler aux Titans et l'empêche d'être détrô-
né y de même. . .
354 mocLUS'y
àtofva'<p rnv iâovoJ^a rnv AToWnvtAKtipf iitûrpé'rova'ivf tLVTOf rnf ùf ro TitavikIov whSios TpoiJ^ov Ktti tS^ i^dtvaa-Tdiaê^ç Tov ^AO-iKiiov Spovou Kdî ^povpevtf-Ar omtov J^^f**' Tor ir tS troid*! I) xetTct tÀ «lOta /^ xet? 0 SofitpATour /«ifuir itîfSAyuv gjiiv Avrof %U rif votfùv TîptmTiiv iwi^^if ^i rSv Tfif Tùiç 7ro^xoùr o'urounSr* Kàû yif «y«\oyor ô /b(«y ^AifJMV iû'ri rf h^îriKKmi^ h*jrASiç if etdrov) l Si "SûÊKpATovf \oyof rS AioruV^.
Page 219-220. La loi est le conseiller de Jupi» ter, comme dit Orphée.
Ruhnken, dans ses recherches sur les commentateurs de Platon , avait déjà trouvé ces fragments orphiques dans ce commentaire alors inédit de Proclus ; des mains de Ruhnken ils passèrent dans celles d'Emesti, puis dans celles d'Hamberger, qui les ajouta à l'édition de Gessner. Hermann les a reproduits dans la sienne , pages 507-508 , Froffment* Orph. inédit. BéuÛeY y Epist. ad Mill. , en avait, de son côté , cité quelques vers. De ces passages, les deux derniers^ le premier et deux vers du troisième ne nous ont été conservés que par ce commentaire ; les autres vers, savoir, 6p9ov «T' i(A^
ripnv,*» (1) K<ti fAirsi»*. (2) EvKfArùf^. (3) se rencon-
(1) Produs, sur le Timée, u* part. , p. 63.
(2) Prôdus, sur le Timée, u* part., p. 102, m* part., p. 156. Eusèbe, Prœparat. evangel. , m , 9.
(3) Proclus, in Timœum, in« part., p. 174. Eusèbe, Prasparai, evangeL, m, 9. Glem. Alex. , Stromat.
trent aussi dans d'autres ouvrages de Proclus , et dans plusieurs autres auteurs. Nous remarquerons seulement que la leçon h-r'ïxvny au lieu de iirUx'^v^ doiinëe par Gessner et Bentley , .est ici confirmée par le manuscrit du Vatican^ D.^ et les deux marnuscrits de Munich^ A. 6. ; et la leçon iTtiAMàLtiç^ que donnent Bentley et le manuscrit de Paris, par les manuscrits C. E. de M. Creuzer.
Pour épuiser les documents orphiques que four* nit le cpmmentaire de Proclus , il faut encore faire connaître ici un fragment qui ressemble beaucoup, îl est vrai, k un des fragments précédents, mais qui contient un demi-vers remarquable ;
P. 253. Là est Jupiter qui voit tout et le mol Amour,
T^p^iif 9 Kai 0 Ep<0^ Tfoito'tv ik rov àtof ko,} ffvvvjriffrn t$ A/i" Tpèiraf Iv roîç vonroïf îku yiù o ZeOr •i TAfOTrrtif
L'expression Zéù^ o ^AvoTTnf ne se trouve guère que là et dans le conâmentaire de Proclus sur le Tintée^ IP part., p. 4t)2.
Quant aux oracles chaldaïques, voici ceu;^ qui sont cités dans ce commentaire sur VAlcibiade :
P. a6. Le Père a mis dans toute chose le lien enflammé de l'amour.
S'îo-fJLov TfvpiCfiSîi Yparoç.
P. 4o* Ne regardez pas les dieux que le corps ne soit purifié. Aïo KAi oî 6toi TTtipAKsKtvovTAt ftjf Tpotf por th iKiinvf
256 PROGLUS y
fihiirêtVi T^h T«7r «To rip rt^êrjSv 9fA)(0Siiêv ^Mvi-
Kceî <?/« TovTo ri AoytA Trpoo'riBno'iv ors rif •J'VX*^ ^*^' P. 5 1 . Là est Funité paternelle. . . .
P. 5a. Gettetrinité^oaverneet constitue toutes choses.
rai re kai ia-Tt^ kai hÀ touto KAt roïç 6sovpyolç ol 6i»
TrApAKîKiVOVTAt SlÀ Ttlf TpiAi^f TAVmf iAVTOVf T» iîS
a'vvATriiv»
p. 64* Il pénètre tout et unit tout.
TouToy yÀp J'n rov fljoj' o'vvS'îrtKov tavtcùv iTtùirofA kaÏ ta hiyiA kaKu»
P. 65. Il s'élança le premier de rintelligence
Revêtu de feu , et comme un feu qui unit tont
..... Oc f» vooi/ Ixde^f ^^MTOc '
P. 117. L'étoufFoir du véritable amour.
OuTfl» yttp «tÙTojf ô iv Tw ^a.iJ'pt^ "S&KpArnf iTcùvifjutffiv y
tùO'mp OlfÀAiy KAi TA AoytA^ *TViyfÀOV "EpeùTOf A^tiOovf»
p. 138. Le dernier vêtement qu il Jaut dépouiller, cest V ambition, afin qu! étant à nu, comme disent les oracles....
'Exr')^ttTriç yjjuv Wrtv iiroS'tiTiùf i rSf ptKortfJLiAf, 'ivA yv(ÀVHTify (»f ^ncTi to Aoytov» y^yavinf éAvrovç t$ Se»
'^p^viJ^pva'»iJLiv ) \iyof KA^Apog Keti ÙKtJtptvnf yivifÂtvot »
Xeti '^AVTdltKATAKlTrOVTtÇTÀ'TABtl KTipt yîi»9 O'W^ 'JTtp iV»;^- 9» 9 KaS TAlf BtiàLtf ^ùû.Alf ietVrOVÇ i^OfJLOttiffAVTÎf^
p. i^y. Sauvées par sa force.. ..
F. 180. Jusquù ce quêtant à nu y comme disent les oracles^.*,
... îtèç Av yvfAvnrtf yivofiivifj katÀ to ^iyiov ^ Avrolf
P. 245 • Il faut fuir la foule des hommes qui marchent en troupeaux , nous disent les oracles..,.
KATOi^iV OVV Àp^OfAÎVOIÇ ^tVKTiOV TO TkSQoÇ tSv AV"
ifxarav tSv ÀyîKnS'oy tivreùv» £ç ^w^i to Aoyjov^ KAt ovTî Tflti< ^a>A7f AvrZv ovTi TfltTf tS^iOTti^i Koivcùvnréoy.
Quelques-utis de ces fragments étaient déjà connus sans doute , mais^d'abord ils suggèrent ou confirment d'excellentes leçons. Le premier, pag. 26 , donne TiiptCpiBîiy avec Patricîus, Leclerc et Hermann, contre ^îptCpiQîi de Gessner; le second, pag. 40, TÉ^êo-flSif contre TfAgirfl? de Leclerc. Eibsuite le quatrième fragment, pag. 52, est tout nouveau et ne se trouve ni dans Stanley, ni dans Patricius, ni dans Leclerc (1). Le cinquième fragment , page 64 , ne semble pas non plus se trouver
(1) M. Greuzer, à l'occasion de ce quatrième fragment, cite eanote un autre oracle qui, dans le manuscrit de Darmstadt, est rapporté à la marge et opposé à celui que Proclus nous a conservé.
ailleui^, ni les sixième , septième et huitième, pages HTj 138, 177, ni le dixième et dernier, pag. 245. Ainsi se montre déjà Futilité de la publication de ce commentaire sur VÀlcihiade.
Il renferme aussi plusieurs passages importante relatifs aux pythagoriciens ; mais comme ce ne sont point des fragments, mais d'assez longues allusions, au lieu de citer le texte grec, il nous suffira de donner en français une idée de chacun de ces
passages.
Placé entre l'Orient et la Grèce , ne pouvant résister à l'esprit nouveau qui décomposait peu à peu les mythes, et ne voulant pas non plus y céder entièrement , Pythagore eut le courage de ne pas consentir aux fables de la religion populaire qui dégradaient la vérité et faussaient Fintelligence , sans avoir celui de présenter la vérité dans sa simplicité majestueuse et de donner à la philosophie sa véritabte forme. Il prit donc un moyen terme entre ces deux partis^ et cessant d'être sacerdotal sans cesser d'être aristocratique , également éloigné de la soumission aveugle de la multitude à la foi populaire, et de l'indépendance philosophique et d^ mocratique de l'école ionienne, Pythagore échangea les fiables pour les symboles. C'était déjà un pas immense. Pythagore défendit de divulguer le fond des mystères et ce qui n'était enseigné qu'aux initiés; mais il permit de le montrer symboliquement (1).
SUR LE PREMIER ALCtBIADE. 259
Aussi pour les pythagoriciens tout était sym* bolique, le langage humain > comme la nature: certains mots servaient de signes mystiques à cer-^ taines idées. Celui de père, par exemple, avait la vertu symbolique de rappeler l'Ame a son auteur. Il est certain que Platon avait gardé quelque chose de l'esprit pythagoricien; mais Froclus (1) subtilise, quand il prétend que Platon emploie souvent dans VAlcibiade le nom de père et en général les appellations patronymiques dans leur intention pythagoricienne, et lui-même est forcé d'avouer qu'appeler un homme par le nom de soti père ^it d'ailleurs dans les habitudes homériques et dans l'esprit de la politesse grecque.
Aux yeux des pythagoriciens , la nature était un symbole d'un idéal invisible qui se révélait et parlait à l'âme par les formes mêmes de l'organisation physique. Entre toutes les formes, la figure de l'homme était éminemment symbolique : de la la science de lire le caractère dans les traits de la figure et dans toute l'habitude du corps (2) , propre aux pythagoriciens.
De tous les attributs de la divinité, celui qui les avait le plus frappés était cette puissance bienfaisante, qui répand partout l'ordre et l'harmonie avec le plus paxfait à propos. De là le nom de
(3yp. 121.
Ils appelaient ToX/AA (1) l'action par laquelle un être sort de lui-même pour se mettre en rapport avec un autre et agir sur lui, la force intérieure, l'énergie qui met une nature quelconque en dehors d'elle.
Selon les pythagoriciens^ toutes les vertus ne sont que des routes pour arriver à l'amom^ (2), vérité profonde qui sépare les deux parties de la morale ^ l'une toute spéciale qui se compose de probité et. d'exacte justice, l'autre de charité et d'amour; vérité que le christianisme a popularisée, et qu'Aristote exprime fort bien (3) lorsqu'il dit que si tout le monde s'aimait il n'y aurait plusbe» soin de justice, parce qu'il n'y aurait plus de tien ni de mien; et qu'au contraire, la justice fùtelle observée , il y aurait eiicore besoin du lien de l'amour.
Pythagore disait que le nombre est la plus sage de toutes les choses , et qu'ensuite ce qu'il y a de plus sage est de donner aux choses les noms qui leur conviennent. C'est dans Proclus même (4) , et aussi dans lamblique, qu'il faut voir le développement de cette pensée.
Ce commentaire ne cite qu'une seule fois Empédocle , et pour rappeler qu'Empédocle donnait à Dieu le nom de :s^flCi'por (5). Quant aux philosophes de l'école d'Élée, l'index de M. Creuzer porte, il
(1) P. 132. — (2) P. 221. — (3) Mor. à Nicom., viii, i.
(5) P. 113. Voyez Slurz., EmpedocL , p. 277-292.
SUR LE PREMIER ALCIBIADE. 26l
est vrai ^ le nom de Parmënide -, mais il ne faut pas s'y tromper : malgré l'index, il ne s'agit pas de Parmënide lui-même, mais bien du dialogue de Platon, que lé passage de Proclus désigne évidemment, puisque, quelques lignes après ces mots qui ont feit illusion à M. Greuzer, S^Tîp iyiSLf i ïIa^iaî^ viJiif âfetttJ'Jia'Mt y on lit oOev J'i ^ûâKpdriff M riku ToJ; J^iAkiyov.,, 0)»
Il n'y a qu'un ^ul philosophe ionien cité dans ce commentaire, savoir, Heraclite, dont Proclus nous conserve ici un fragment entièrement nouveau, mais d'une difficulté qui fait trop bien comprendre comment les contemporains d'Heraclite lui avaient donné le nom de SxorsifoV. S'il paraissait tel à ses contemporains, on peut penser ce qu'il doit nous paraître aujourd'hui, à la distance de plus de deux miHe ans. On en jugera par le fragment suivant. Proclus dit^ à l'occasion de la démocratie et contre elle , que plus on se rapproche de l'unité plus on est près de ce qui est vrai et de ce qui est bien, et que plus on tombe dans le multiple et la multitude, plus on s'écarte de la raison. Il ajoute (2) : ôpflSf
if avovv KAi ixoyto'rov' rU yetp , ^n^i > voor » ^ptiv fnfÂ.uf
AtS^îif iTtitûV rt KAÎ hJ^AffKAKCùV ^u5v T€ ÔfJLiKûfV j od*
îifirif on of toxao^ kam)^ oai^oi «Ts ÀyA6oi, TAvrAfx^f
0 HfAKKurof. Au premier coup d'œil, ce passage est véritablement indéchiffrable ; mais il reste si peu
262 PROci^us ,
de chose d'Heraclite, que c'est un deToir pour nous d'essayer de comprendre ce passage et de l'éclaircir. Fabricius, qui connaissait le conunentaire sur Vjilçibiade par le manuscrit de Hambourg, en avait tiré cette phrase, qu'il avait insérée dans une note de son édition de Seztus Empiricus (1 ) ; mais, ne la comprenant pas , il se contenta d'en citer le conunencement : Ti^ ^.«p AÙrZf^ ffi^t» ws i fp«r> et la fin i^t ^l ^oaaoi tatxoi , i^yot Ji ct^«0oi , mettant dans r intervalle le signe d'une omission ou d'nne lacune. Ce n'était pas une lacune qui était dans le manuscrit de Hambourg, mais une portion de phrase inintelligible. Schleiermacher , qui n'avait pas le manuscrit de Hambourg, mais seulement la citation tronquée de Fabricius, n'a pas eu de peine à expliquer le commencement et la fin de b phrase (2)« M. Werfer a essayé de restaurer ce passage comme il suit : Tir yof , pno-h fioçS pfnv J^f*^
Quœ, inquitj mens 3we sensus in muUitudine inest ^recundiœ, mansuetudinis prœceptionumque et eorum quœ {^erè sint populo utilia. La correction n'est pas heureuse^ D'abord, qui ne voit que cette locution , >oor n pfiv AiMf, pour dire le sens de la pudeur, n'est pas du tout grecque? Noor et ppvv sont absolus, et ne peuvent se rapporter à ctiJSvr, encore bien moins à iTtanirm et à MAo-xa^tSy. Ensuite pourquoi le pluriel im^rir^tf^ sinon pour rendre
(1) P. 397. — (2) Muséum des Alterth. von Buttmann., t. !•% 3* cahier.
compte jusqu'à un certain point de i^si껥 ti ? Il en est de même du pluriel J'èJ'a^kaksSv. XftttSv n oftiA^, choses utiles au peuple^ se rapportant au sons-en» tendu 7p<t>/(A«Td»r 9 et non à J^iiAo-nA^iSf 9 est totalement inadmissible , sans compter que si Heraclite eût voulu dire que le peuple n'a pas le sentiment des choses qui sont utiles au peuple^ il aurait répété <J^«fC4u. M. Greuzer cite la coiTCction de Werfer sans se prononcer d'aucune manièi^ ni fournir aucune lumière. Il se contente de remarquer que cette pensée d'Heraclite a été imitée par Euripide (Iphig* Taur. 678 ), et d'indiquer les yariantes de ses manuscrits. Voici ces variantes : au lieu de rif yJt^i^n^t^ le manuscrit de Hambourg et deux manuscrits de Munich donnent nV y if Aurivy ^w^n au lieu de i'sriiavy un manuscrit de Munich i'^Uvi au lieu de J'tJ'AffKAKiivy un manuscrit de Munich hJ^AeitaJa^ ^ et rien de plus. Le manuscrit de Paris donne (1) :
Tisr yàf ûLvrSvi ^fi^it viof S P^v^ SiifÂtèV aJJ^vç «Tio«ir rt
ittfA^ ifdihf^ est une très-bonne leçon qui peut aider à résoudre les autres difficultés. Le point fondamental que n'a pas aperçu M. Werfer, est qu'il faut mettre ou;c ^ISortf en rapport avec ce qui précède ; et pour cela il faut trouver quelque verbe au pli»riel ; or ce verbe se présente à nous dans XP*^^^ **** qui est peut-être là pour xP'^^'^'^f » ^ ^^' éclaircirait déjà la phrase controversée. Quelle peut étre^ dit
(1) Yoyei redit, de Pciris, t. m, p. 115-116.
264 PROGLUS y
Heraclite^ F intelligence ou le bon sens dépareilles gens, 'tiç 'yÀf AvtSv vioç S ppn» s car nous regardons encore comme un point incontestable que Avrir viof S ^ptivy que donnent les manuscrits^ doitrsubsis* ter et former une phrase séparée ; quel peut être leur bon sens, eux qui prennent le peuple pour maître y ne vojrant pas que..,. hS'asaMKt^ ^^SvTtu
ifjLl\(^y ovK îMrtç oTi. Reste (Pfffe»r tttJ^ovf iTrtimv re Ktûi
mais il est probable qu'il en est du' ti de iTtow n
comme du tî de xP^'^^^ ^^ ^'^1 ^^^ ^^ terminaison d'un yerbe passif ou moyen au présent et à la troi* sième personne du pluriel. C'est ce verbe qu'il faut retrouver dans aIS'oOç nTtot»v rt. ÙTtiav rt est vicieux et ne peut rester. Il y a sur ce mot une variante ; elle ne sert à rien ^ mais elle prouve que nTrio^vy n est douteux, et autorise sur ce point un correction un peu forte. Or, en fondant h'jnieùv tc avec «/«Tour, on peut obtenir ettMfreth et si ettJ'ovvTAi parait trop court pour la place matérielle des deux mots qu'il remplace, on peut y substituer Ato'x^vovrAh en changeant J'tifJLCiv en S'SfjLov. Ainsi en résumé on lirait :
^iS'etiTKdLhtfi y^pSvTtti oiiiKt^ OU* iïHti^ Jti... Inscnsés qui prennent garde à l'opinion du peuple et prennent pour maître la multitude , ne voyant pas que le grand nombre ne vaut rien. Nous ne prétendons pas que cette correction ne laisse plus rien à désirer^ mais nous la donnons ici comme préférable encore à celle de Werfer, et pour qu'elle fraye la route à une meilleure.
La seconde époque de la philosophie grecque , qui Ta depuis ' Socrate jusqu'aux Alexandrins^ et embrasse les cinq grandes écoles des Platoniciens, des Péripatéticiens ^ des Epicuriens y des Stoïciens et des Sceptiques, a laissé beaucoup plus de monuments que la première , et il en devait être ainsi. En effet, c'était alors le temps où l'esprit grec, dégagé de tout élément et presque de tout contact étranger, après avoir traversé les mythes qui présidèrent et siifErént à son enfance, et les deux tendances opposées de l'empirisme ionien et de l'idéalisme dorien , les combat et les réfute l'une par l'autre, ou plutôt les combine ensemble , et , réunissant à la sévérité dorienne la liberté des Ioniens, vivifiant la première par la seconde, épurant la seconde par la première, commence dans Athènes, c'est-à-dire , non plus dans une petite ville d'une colonie obscure , mais dans la capitale même de la civilisation grecque, une philosophie véritablement grecque, une ère nouvelle qui , dans les arts de la pensée, est précisément ce qu'est celle de Phidias et de Sophocle dans les arts du dessin et de la parole. Deux hommes ont attaché leur nom à cette grande époque, deux hommes d'un génie différent mais égal ; car si Platon est supérieur à Aristote pour les idées, Aristote est supérieur à Platon pour la forme. Depuis Platon, le fondement de la philosophie ejb toutes les bases de son développement ultérieur sont posées ; depuis Aristote, la forme et la méthode de ses ouvrages est restée et restera la
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^^ noe«olc fois a'»"^ iL oo peat tirer ae ce S'
de cet ouvrage. C'est dans cette vue que nous donnerons ici la liste des ëcrits de Platon et d' Aristote que Proclus cite dans ce commentaire sur VAlci' hiade y bien convaincus que de pareils relevés^ quand ils seront nombreux , fourniront des données utiles à la critique moderne. Les dialogues de Platon que Proclus cite le plus souvent, outre Vjdlcihiade, sont la République (1 ) , le Timé€(2) , le Gorgias\z)y le Théetète{h)y le Phèdre {h) y le Banquet (6), le Phédon (7) et les Lois (8). Le SophUte (9), le Philèhe (1 0), ]ePolitique (1 1 ), le Om- P^le (1 2), sont moins souvent mentionnés, ainsi que le Protagoras (1 3), le Ménon (1 4), \ Apologie (1 5), le Chamude{\^), le Lachès{\l\ XtThéagès (18), et les Lettres (19). Voilà les seuls dialogues dont
(1) P.21, 29,70,74,75, 90, 99, 110, 137, 160, 197,2 J 4, 218, 823, 317. ~(2) P. 3, 26, 44, 61> 66, 72, 73, 74, 112, 134, 165, 202 , 207 , 247, 291 , 322. — (3) P. 138, 220, 235,. 256, 272, 289, 305, 310, 323, — (4) P. 28, 42, 82, 110, 112, 155, 214, 228, 262 (cette ciUlion manque dans l'index), 284. — (5) P. 26, 29, 36, 56, 77 y 79, 84, 117, 147, 148, 174, 227, 272, 306, 320, 328 ; l'index marque, p. 264, une citation qui manque.
(6) P. 30, 35, 46, 58, 64, 69, 72, 89, 129, 131, 189, 313, 329,330; l'index marque, p. 183, une citation qui manque. (7) P. 5, 75, 174, 191, 217. — (8) P. 3, 59, 97, 103, 113, 160, 221, 293 ; l'index marque, p. 195, une citation qui manque. -^ (9) P. 210. L'index ^marque, p. 34, une citation qui manque. —(10) P. 153. — (11) P. 191.— (12) P. 22, 195: — (13) P. 253. — (14) P. 185, 329. — (15) P. 39,79, 159.— (16) P. 160. — (17) P. 235. — (18) P. 79. — (19) P. 183.,
268 PROGLUS ,
il sort ici question ; et il est à remarquer que^ dans tout ce commentaire sur V^lcibiadef jamais ce dialogue n'est appelé le prefrder j^lcibiade^ excepté dans le titre,, qui évidemment n'est pas de Proclus, et que jamais il n'est parlé d'un second j^lcibiadcj silence bien étrange si Proclus l'eût connu ou Feût jugé dé Platon. Il est encore à remarqtier qae jamais non plus il n'est fait mention de la seconde inscription du dialogue: S ^epi àvBpdTrov^vffidf] pour la trouver, il faut descendre un siècle entier après Proclus, jusqu'à Olympiodore, sans parler de Diogène de Laërte dont l'autorité représente, il est vi'aî, celle des critiques où il a dû puiser. La critique avait sans doute des arguments supérieurs; et, comme on dit, des arguments intrinsèques, pour nier l'authenticité du second Alcibiade et de la seconde inscription du premier ; mais le silence absolu d'uti philosophe du cinquième siècle, dans un commentaire spécial de V Alcibiade est un argument extérieur que la critique rie peut pas non plus négliger, et que lui fournit la. publication de ce commentaire, avec cette réserve toutefois que le commentaire est incomplet, et pourrait a la ngueur, mais contre toute vraisemblance, contenir dans la partie perdue ce qui manque dans celle qui nous a été conservée, et qui forme déjà un vol. in-S** de 340 pages. L'autorité d'Aristote est moins souvent invoquée par Proclus que celle de Platon : les seuls ouvrages cités sont les Analytiques pos-
teneurs (1), le Traité du Ciel (2) , les Morales à Nicomaque (3) , la Métaphysique (4) , la Rhéto^ rique (5), et un autre ouvrage qui peut être ou le Traité de VAnie y ou les Catégories , ou les Topi-ques (6) : car il est à remarquer que , pour Aristote> les ouvrages ne sont jamais expressément désignés^ et que c'a été la tâche^ toujours habilement remplie, du savant éditeur, de retrouver les écrits d'Aristote auxquels se rapportent les allusions indi*rectes du philosophe alexandrin (7). Les péripatéticiens ne sont cités qu'une fois (8), ainsi que Théopbraste/(9). Nous ne trouvons pas non plus de renseignements importants sur les écoles inférieures, qui remplissent la seconde époque. Les épicuriens ne sont cités qu'une seule fois(1 0) ; et dans un commentaire sur un dialogue tellement empreint de stoïcisme', que M. Boëckh a pu , sans invraisemblance, l'attribuer à un stoïcien, nous avons trouvé tout au plus quatre ou cinq maximes stoïques déjà connues que nous ne rapporterons pas ici , mais
(1) P. 247, 275, 338 ; on ne retrouve pas dans Proclus là citation des premiers Analytiques indiquée dans l'index de M. Greuzer, sous la page 35.
(2) P. 162, et peut-être aussi dans le même endroit la Po~ Utiqm. — (3) P. 221. — (4) P. 168. — (6) P. 23. — (6) P. 237.
(7) Ciç ÇiiTtv A'pioT. , tÊÇ tiftirétt ù^c roo'Apirr, ~^ (8) Voyez p. 170, t. III de l'édition de Paris. Cette indication manque dans l'index de M. Greuzer.
(9) P. 189, t. m de l'édition de Paris. — (10) P. 170 de rédition de Paris.
270 PROGLCS ,
qui eussent mérité une mention dans l'index de M. Creuzer (1)^ Il ne faut pas oublier qu^il est plusieurs fois question d'Antisthènes^ dont il nous reste si peu de chose ; et si la première citation (2) ne nous apprend guère que ce que nous savions déjà par Athépée, l'opinion sévère du rigide Antisthènes sur l'élégant et voluptueux Alcibiade, et si la seconde se rapporte au même sujet (3), la troisième citation nous conserve une phrase entière du plus célèbre de ses ouvrages, dont le nom seul est venu jusqu'à nous, Vii^AK^nf (V). Mais l'importance historique de ce commentaire s'augmente quand on arrive à la troisi^e époque de. la philosophie ancienne.
Comme la seconde époque de la philosophie grecque est déjà le résumé et la conciliation des tentatives opposées dé la {»:emière, de même la troisième n'e^t autre chose que l'entreprise bien autrement difficile de ramener à l'unité toutes les écoles , qui , parties du même tronc , de Platon et d'Aristote, s'étaient, dans leurs ramifications et leurs développements^ tellement divisées et combattues, qu'elles ne présentaient plus, vers le pi'emier siècle de notre ère, que le spectacle d'une langueur mortelle et d'une tomplète dissolution. La base exclusive d'une des écoles particulières de
(1) Édit. àe Paris, t. m, p. 69, 64, 158 , 170. —(2) P. 98 , Creuzer. ~ (3) P. 114. Jbid.
(4) Voyez p. 239 du t. ii de rédition de Paris; ce morceau précieux n'est pas dans l'index de M. Creuzer.
SUR LE PREMIER ALCIBIADB. 27f
la seconde époque ue suffisait plus à l'esprit humain, agrandi par le combat même et l'anarchie des anciens systràies et par ses communications nouvelles avec l'Egypte, la Perse et ce même Orient, qui avait déjà fourni à la Grèce ses premières inspirations. Le progrès des temps, trois siècles de critique , le goût de l'érudition, la diffusion des connaissances , l'état général du monde , les conquêtes d'Alexandre et de Rome , la substitution d'Alexandrie à Athènes comme capitale de la civilisation , toutes les religions et toutes les doctrines se rencontrant perpétuellement dans ce rendez-vous de tous les peuples, tout imposait à l'esprit grec la nécessité de s'élever à un point de vue universel, en restant fidèle à lui-même, c'està-dire aux idées de Platon et à la méthode d'Anstote. La philosophie grecque à Alexandrie, au deuxième siècle de notre ère, devait être éclectique , et elle le fut. Voilà ce qui explique en partie l'intérêt qu'elle commence à exciter dans un état du monde assez peu différent de celui qui la produisit, aujourd'hui que la philosophie moderne, jeune encore mais déjà embarrassée de ses richesses^ songe moins à les augmenter qu'à s'en rendre compte, et sent le besoin d'un sage éclectisme sur la double base de l'ancien spiritualisme et de l'analyse nouvelle ; voilà ce qui explique aussi le zèle de quelques personnes à la tête desquelles est assurément l'illustre auteur de la Symbolique y pour tirer de l'oubli et remettre en honneur les monu-
ments de l'école d'Alexandrie , et ce qui justifiera le soin presque minutieux avec lequel nous allons rechercher dans cette publication nouvelle de M. Greuzer les moindres documents qu'elle pourra nous fournir sur la suite des philosophes alexandrins jusqu'au siècle de Proclus.
On n'y trouve , relativement à Plotin, que trois passages (1) peu importants; mais on est bien dédommagé par une assez longue citation d'Amelius (2), qu'il faut recueillir et ajouter au petit nombre de fragments qui nous restent de ce disciple célèbre de Plotin. Il- parait qu'Amélius, et nous le savions déjà* par Porphyre dans la vie de son maître^ s'était beaucoup occupé de la question théologique qui agitait alors tous le^ esprits, celle des démons. Proclus nous apprend positivement que, selon Amélius, les démons n'étaient pas autre chose que lés dieux eux-mêmes considérés comme répandju^ partout , opinion qui semble à Proclus une hérésie grave qu'il combat avec soin , . s'effbrçant de prouver, d'après les principes de l'orthodoxie païenne, telle que la maintenaient les Alexandrins, qu'à la rigueur les démons ne sont pas des dieux, mais des intermédiaires entre les dieux et lé monde, les ministres des dieux, soit dans la nature, soit dans l'àme humaine. Porphyre n'est ici mentionné qu'une seule fois, mais avec cela de particulier qu'il est désigné sous le nomi de
l'Égyptien, ô AîyvTTtoç'^ parce qu'il était de Tyr en Cëlésyrie, et nous ne nous rappelons pas que Porphyre soit ailleurs désigné dé cette manière (1). Mais c'est relativement à lamblique que ce commentaire de Proclus nous fournit des renseignements curieux et complètement nouveaux. En effet, si nous ne nous trompons , il résulte de plusieurs passages qu'Iamblique avait lui-même composé un commentaire sur VAlcibiade, et Proclus nous a conservé de quoi nous faire une idée juste et étendue de l'ouvrage entier^ Nulle part ailleurs dans l'antiquité il n'est fait mention de ce commentaire d'Iamblique , et le même auteur qui nous révèle la perte que nous avons faite, nous aide en même temps à la réparer. Nous indiquerons ici successif vement les passages de Proclus qui peuvent servir à reconstruire en partie le commentaire perdu d'Iamblique.
L' Alcibîade (2) étant le point de départ de toute philosophie , cest sans doute pour cela , dit Proclus, quIamhUque le met à la tête des dix dialogues dans lesquels y selon lui^ eH concentrée toute la philosophie de Platon. Mais quels sçnt ces dix dialogues fondamentaux^ quel est leur ordre ^ et comment contiennent-ils tous les autres ? Cest ce que noU^ aidons expliqué ailleurs. M. Creuzer ne dit point où Proclus avait donné ces explications qu'il serait aujourd'hui si précieux
(1) P. 73 ^ cette citation manque dans l'index.
274 PROGLUS ^
de connaître^ et nous avouons que nous ne savons pas plus que lui dans quel ouvrage de Proclns on peut les trouver. D'un autre côté^ nous ne voyons, dans aucun ouvrage qui nous reste d'tamblique^ la réducticm de tous les dialogues de Platon à. dii et VAlcibiade mis au premier rang. Il n'y aurait pas là pourtant de quoi faire conclure précisément l'existenoe d'un commentaire perdu d'Iamblique sur VAlcibiade y si les passages suivants ne levaient tout doute à cet égard.
Produs (1 )y après avoir liien fixé le but de F Aloibiade^ passe en revue lés opinions les plus célèbres sur la manière dé le diviser, et finit par déclarer qu'il adopte entièrement celle d'Iamblique, qui divise VAldbiade en trois grands points, auxquels se rapporte tout le reste. Ces trois points, le but fondamental du dialogue, savoir, là connaissance de soi-même, préalablement fixée, sont :
1®. L'art de retrancher les erreurs de Tespril qui s'opposent à la vraie connaissance de nousmêmes.
2"*. L'art de retrancher les passions qui s'opposent à la vertu, troublent la conscience et la vue distincte de nous-mêmes.
3®. L'art de rentrer en soi, de s'élever pai; tous les degrés de la conscience à la contemplation de l'essence de l'âme, et l'art de retenir et d'épur er cette contemplation.
Cl) P. 13.
SUR LB PRBMIBR ALGIBIADE. 275
Tout dépend de ces trois points^ qui dépendent eux-mêmes du but principal ; et c'est dans cette division vraiment philosophique que trouvent leur place les autres divisions tirées de l'ordre logique et de l'ordre oratoire.
Ce morceau y que nous avons fort abrégé^ lève déjà toute difficulté^ puisque lamblique est positivement cité parmi les autres commentateurs de VAlcibiade, et qu'on nous fait connaître son opinion sur les deux points les plus importants pour un commentateur, le but du dialogue et ses divi-* sions. Resterait à savoir quelles étaient les idées d'Iamblique sur les endix>its les plus remarquables et les plus controversés de VAlcibiade; or on les trouve développées ou indiquées par Produs, à mesure que l'on avance dans l'ouvrage que nous examinons.
3*'. Socrate appelle Alcibiade fils de Clinîas; à cette occasion, Proclus ne manque pas de prêter à Platon (1 ) les intentions mystiques des pythagoriciens, qui se servaient des appellations patronymi* ques dans un but pioral, et il s'appuie sur l'autorité d'Iamblique. a Cette expression (fils de Clinias), « dit-il, convient merveilleusement dans xm en- <( tretién où il est question de l'amour, comme le u dit le divin lamblique; car l'appellation patronyi< mique indique un amour mftle et éloigné de toute « idée sensuelle; dans un ordre supérieur, tout
276 PROÇLus ^
rc amour se rattache au père. » Cette explication d'une expression de VAlcibiade ne pouvait guère trouver sa place que dans un commentaire spécial sur ce dialogue.
4*". Proclus cite encore (1 ) l'opinion d'Iamblique sur le passage célèbre de l'Alcibiade, où. Socrate parle de son démon familier^ et plus loin (2) sur la question générale des démons. Après avoir exposé les objections, il rapporte et développe^ d'après lamblique et d'après Syrien, trois considérations qui, selon lui, peuvent servir à les résoudre* Ce fragment est extrêmement précieux; mais son étendue, qui d'ailleurs est un avantage de plus, nous force à le signaler seulement à l'attention des amis de la philosophie ancienne.
.5^. Enfin, sur une expression de Platon, Proclus nous donne d'abord (3) l'explication verbale (Bt ensuite l'explication théologique d'Iambliqae^ qu'il appelle presque toujours le divin , ô 0e7or, parce qu'en effet c'est toujours le point de vue théologique qu'Iamblique recherche et préfère.
Toutes ces citations, tant sur des points importants que sur d'autres qui le sont moins, établissent incontestablement que Proclus avait sous les yeux un commentaire d'Iamblique sur VAlcibiade^ qu'on pourrait presque reconstruire à l'aide des fragments qu'il nous a conservés.
Proclus nous apprend encore qu'outre lambli-
que, YMcibiade ayait trouvé beaucoup d'autres commentateurs célèbres (1); malheureusement il ne les nomme pas.
Ces commentateurs ne s'entendaient pas assez sur le but de VJlcibiade (2).
Quelques-uns de ces anciens commentateurs, semblables en cela à beaucoup de modernes , ne voyant dans les dialogues de Platon que ce qui est à la surface^ rapportaient YÂlcîhiade à la personne même d'Alcibiade, et le considéraient exclusivement sous le point de Vue de Thistoire et du drame. Proclus, en deux endroits, réfute cette opinion superficielle: a La science, dit-il (3), ne considère pas ce qui est propre à un seul individu, mais ce qui est universel, et s'applique à tous les êtres. » Et plus bas : « Un point de vue purement historique (cet dramatique est indigne d'un philosophe. Ici le c< drame et l'histoire ne sont pas le but, comme l'ont « pensé quelques commentateurs, mais de simples « moyens qui se rapportent au but philosophique a de l'ensemble, comme l'ont pensé nos maîtres, « et connue ailleurs nous l'avons exposé nous- « mêmes (4). » Ces maîtres doivent être lamblîque et Syrien, qu'ailleurs, comme nous l'avons dit plus haut y il cite encore, sans les séparer, sur un point important de ce dialogue ; ce qui nous porterait
(l)'^AAXAfjr vùX^iS^Kot K?ntfSf HnynrSv xiyoi, (2) Ibid. Hfoêiottçol fiir «AA«^, 01 ^i «Mtff aÙTùuytyftiçaatf, — (3) P. 7-8. — (4) P. 18-19. ""iltnrtf Ka) rHç ifitrif^tç ^ôkÙ
278 PRocxuSy
assez. à croire que Syrien aussi avait réellement commenté YAlciUade, ou que, du moins, c'est sous les auspices et d'après les leçons de Syrien, son maître (1 ), que Produs avait rédigé ce oomonentaire, comme Marinus nous apprend que Prédos l'avait fait pour d'autres dialogues de Platon, et entre autres pour le Timé€(2). Quant à Fouvrage de Produs, auquel Proclus lui-même nous renvoie, nous ne pouvons dire quel il est. C'est prokaUement un des nombreux oi^vrages perdus de Produs; car, dans tous ceux qui nous restent, nous ne rencontrons rien qui se rapporte à ce passage, et ^ M. Greuzer, dans ses notes, ne nous fournit aucane lumière.
D'autres commentatem?s n'avaient vu à YJlci" biade ,^^\ivk but dialectique et oratoire, comme si (3) la rhétorique et la dialectique étaient autre chose que des moyens. D'autres enfin avaient considéré V^lcibiade sous le rapport religieux et mythologique , parce qu'il y est traité du démon de Socrate et de la contemplation de l'essence divine; mais (4) la connaissance de toute essence étrangère, que cette essence appartienne auj: dieux ou qu'elle appartienne à des démons, a pour con-* dition préalable la connaissance de l'^essence de nous-mêmes, dans laquelle nous est donnée d'abord toute idée d'essence. C'est donc par là que Platon
(1) Ibid, Tf ifAtrifo» KêL^ny^tiu. w- (î) Marinus, Vie de Proclus, édit. de M. Boisson. , p. 11. — (3) P. 8. — (4) Ibid,
doit dâmter^ et le vrai but de YAlcibiade est la nature humaine.
Les commentateurs ne différaient pas seulement sur le but de Vjilcibiade^ ils différaient aussi sur la manière de le diviser. Proclus nous rapporte que les uns le divisaient littérairement et oratoirement d'après les catégories oratoires convenues, savoir, Féloge, le blâme, l'exhortation, etc. : mais, dit Proclus , ces commentateul*s sont à trois degrés aurdessous de la vérité (1), occupés seulement de ce qu'il y a de moins important, s'attachant aux formes et oûMiant les choses. Au-dessus de ces commentateurs sont ceux qui cherchent au moins à diviser Yjàlcibiade selon les lois de la dialecticfue, et qui le résolvent en dix sjUogismiés, cniAXô^iofiol, c'est-à-dire en dix points lexiques. Proclus àiu*mère ces dix points, loue cette division comme bien siqpérieure à la division oratoire; mais il ne la met encore qu'au second rang (2), parce qu'elle n'entre pas assez profondément dans les choses et s'arrête aux formes et aux moyens. Alors il propose la di'-* vision d'Iamblique en trois points essentiels, auxquels peut se rapporter la division dialectique , et lui assigne le premier rang, ccmmie tétant véritablement fondée sur la nature des choses. Nous ne pouvons nous empêcher d'exprimer de nouveau nos regrets que Proclus ne nous ait pas conservé les noms des différents commentateurs dont il expose
280 PROGUJS ,
et réfute si soigneusement les opinions, tant sui' la division que sur le but de VAlcibiade.
Si l'on cherche quelles lumières ce commentaire de Proclus jette sur les autres ouvrages de ce philosophe, nous ne trouvons guère que trois endroits qiii aient quelque intérêt sous ce rapport. D'abord les deux endroits déjà cités ; lé premier, où il renvoie à un écrit dans lequel il avait dû expliquer comment en effet, d'après lamblique, tous les dialogués de Platon pouvaient se concentrer dans des dialogues fondamentaux , et quel était l'ordre véritable de ces dix dialogues ; le second , où il dé-
clare avoir suffisamment réfuté ailleurs le point de
vue historique et dramatique. Le troisième passage est une allusion (1) à un autre de ses écrits, dans lequel il avait montré que chaque dialogue particulier est une philosophie tout entière, et renferme quelque chose relatif au bien, quelque chose relatif à rintélHgence, quelque chose relatif à l'âme, quelque chose relatif à la forme, et quelque chose relatif à la matière. M. Greuzer ne dit pas quel est cet écrit, et il est probable que c'est encore un des écrits perdus de Proclus.
Enfin, sur la situation du monde à cette époque et' sur le christianisme , il n'y a dans tout ce commentaire qu'une seule phrase , où Proclus avoue, avec une sorte de dédain aqier, que la foule déserte l'ancienne religion par pure ignorance; car nous
pensons^ arec le glossateur du manuscrit du Vatican (1), que c'est ainsi qu'il faut entendre cette phrase : Ér yàp t$ ^ctpcVri )(pov^ 'irtfi rou (An ttvAt Biovf
'propOAO't.
Tels sont les documents historiques que fournit ce commentaire. En résumé, il nous a donné plusieurs sentences chaldaïques qui ne sont point ailleurs; plusieurs fragments orphiques déjà connus, il est vrai, mais seulement par cet ouvrage lorsqu'il était encore inédit; une phrase nouvelle, mais fort obscure, de l'obscur Heraclite; une autre d' Antisthènes, une désignation de Porphyre assez peu commune ; il appuie la réputation d'apocryphes qu'avaient déjà le second Alcibiade et la seconde inscription du premier; il nous apprend qu'il existait du temps de Proclus un commentaire d'Iambliqué sur YAlcibiadcy et nous en conserve un grand nombre de fragments qui suffisent pour nous mettre en possession de ce qu'il cônteiiait de plus important; il nous révèle l'existence probable d'un commentaire de Syrien, et l'existence certaine de beaucoup d'autres commentaires célèbres dont Proclus ne nomme pas les auteurs, mais dont il nous rapporte les principales opinions ; enfin il met sur la
(1)P. 264. Le manuscrit du Vatican a en marge -^tv^ny fAétrtin, lie manuscrit de Hambourg, donné à Hambourg par L. Holsténius, et copié sur celui du Vatican, porte, Chrislianos inUlligity probablement de la main même d'Holstéuius, d'après la glose du manuscrit de Rome.
282 PROCLUSy SUR LE FRBHIER ALCIBUDE.
trace de plusieurs ouvrages de Proclus cpii ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Il nous semble qu'en yoîlà bien assez pour justifier les travaux de M. Creuzer et les nôtres, et placer cette publication à un rang distingqë parmi les diverses publications de monuments écrits de l'antiquité qui ont été faites dans ces derniers temps (4).
(1) Pour compléter ce tableau, peut-être £audrait-il citer et discuter ici toutes les locutions nouvelles qu'ajoute aux lexiques ce nouveau monument qui appartient encore à une excellente grécité. Nous nous contenterons de signaler les principales^ savoir : iftXmmtrêfy airêytmnçy ttiroKfitfttç y etùrûtufyiiTêÇy irfÇi^«vfrrip«v, IrtfOMifnrfuy MÙT^ùX^niÇy aùrofifnty Ao^tuaÇy ff9ifUrtity wêX9fêtTmC4}iêf ^ utêfwftiri'ç y etc.'
OLYMPIODORE,
Initia Philosophijb ac Theologijb ex platonicis fonlibus ducia, swe Procli ei Ofympwdori in Platoms Mcibiadem commentarii; ex codd, manuscr, nunc primum edidit Fried. Greuzer. Francofurti ad Mœnum. Pars prima, 1820, pars secunda, 1821.
Les ouvrages qui nous restent d'Olympiodore sont :
1*. Un commentaire sur le Phédoriy dont Forster, Fischer et Wyttenbach ont insërë quelques extraits dans les notes de l'édition que chacun d'eux a donnée de ce dialogue. Sainte*Croix a essayé de le faire connaître dans le Magasin Encyclopédique de M illin, tome !•', 3*^ année. MM. Mustoxidi et Schinas en ont publié de nouveaux fragments dans leur
wKKoyii i'To^'rdLa'iÀetritêv inKi'OT^Vi Venise, 1817.
2*. Un commentaire sur le Gorgiasy encore inédit, à Texception de l'Introduction d'environ une douzaine de pages , que Routh a publiée à la suite de son édition du Gorgias, d'après l'excellent manuscrit de la bibliothèque royale de Paris, n** 1 822, coUationné avec celui de la bibliothèque de Saint- Germain, n^ 156.
284 OLYMPIODORE ,
3°. Un écrit cantre Straton le Pérîpatëticien, qui se trouverait à la bibliothèque royale de Munick. Caialog. codd. Biblioth. reg. Bai^ar., Tome I, page 528.
4®. Le catalogue de la bibliothèque de Leyde fait mention d'un écrit d'Olympiodore sur l'état de l'âme^ séparée du corps, page 135, n® 36, et page 396, n° 1 5, ainsi que d'un autre, intitulé crpoCAwftctT*
5*. Lambécius dit qu'il y a à la bibliothèque de Vienne des Prolégomènes d'Olympiodore sur toute la Philosophie de Platon* Codd. 77, rf 3.
6°. Un commentaire sur le Philèbe, qui se U'ôuve dans presque toutes les bibliothèques de l'Europe, et que M. Stalbaum a publié à la suite de son édition du Philèbe, d'après le manuscrit' de Seitz, Leipzig, 1 821 .
7'*, Le catalogue des manuscrits grecs de la bibliothèque de Paris (ait mention, sous le n^ 2016, d'un commentaire d'Olympiodore sur le second jilcibiade.
8**. Enfin, le commentaire sur le premier Alci^ biade^ dont M. Creuzer a donné l'édition que nous annonçons , et qui sert de base à cette dissertation.
L'abondance de manuscrits et de secours de tout genre que M. Creuzer a eus à sa disposition pour l'édition du commentaire de Proclus sur Y jilcibiade^ contraste avec l'extrême disette de matériaux dont il a pu faire usage pour celle du com-
meutaire d'Olympiodore sur le même dialogue. En effet, lé seul manuscrit qu'il ait eu cette fois est celui de Hambourg , donne à la bibliothèque de cette yille par Lucas Holsténius, et copié sur le manuscrit 1 1 06 du Vatican ; encore cet unique manuscrit est-il rempli de lacunes et très-défectueux. Cependant, n'en ayant aucun autre avec lequel il pût le coUationnèr, M. Greuzer a dû le donner tel qu'il était, sauf à mettre en note ses corrections et ses conjectures. Cette réserve ne peut qu'être approuvée; mais il y a aussi une excessive circonspection à laisser dans le texte les moindre fautes de copiste, comme le fait quelquefois M. Creuzer (1); car alors il n'y aurait pas de raison pour ne pas ré^ duire une édition à un fac-similé. Nous avouons que de pareils scrupules nous semblent un peu ^superstitieux, surtout avec un écrivain tel qu'Olyntpiodore ,. et nous ne voulons pas d'autre autorité contre M. Creuzer <|ue M. Creuzer lui-même, qui, dans d'autres endroits, n'hésite pas à introduire ses corrections dans le texte lorsqu'elles sont parfaitement évidentes (2). Mais nous nous hâtons d'abandonner de pareilles remarques, pour avoir le plaisir de louer sans restriction les notes savantes
(1) Par exemple, p. 140, é {9'^», el dans la note jcriift. Ztitûit , et encore même page , ê \imt dans le texte , et dans la note scrih, l Z^VAry.
(2) Gomme page 87, 'AXxibi^'Jv pour'AA*mJ^jj. En vérité, si l'éditeur ne laisse point ^Puei^J^, pourquoi laisser 0 %nmt^ et si l Xirnu , pourquoi pas ky^Mn ?
286 OLYMPIOIKAE y
tjtti édaircissent ou rectifient les endroits obscurs ou corrompus du texte, et dont la sobriété et la concision nous paraissent un mérite de plus. Nous regrettons de ne pouvoir offrir ici à M. Creuzer le tribut des yariantes du manuscrit de Paris, qui lui eût fourni plus d'une rectification utile; mais nous sommes pressés d'arriver à l'examen de ce qu'il peut y ayoir d'important pour l'histoire de la philosophie, dans cet ouvrage d'Olympipdore.
Olympiodore est si peu connu, que la plupart des historiens de la philosophie, même les plus estimés pour l'étendue et l'exactitude de leurs recherches , comme Tiedemann , Tennemann et Rixner, font à peine mention de son nom, et que des savants comme Fabricius et Lambécius disputent sur l'épocpie où il a vécu j et il n'en pouvait guère être autrement, puisqu'il y a quelques années aucun de ses ouvrages n'avait vu le jour. C'est seulement depiuis la publication récente detpielques^uns d'entre eux, qu'OIympiodore nous a fourni et sur lui-^méme et sur l'époque où il a paru des données précises et certaines. On est sûr aujourd'hui qu'OIympiodore appartient au vi*" siècle. Fabricius (1) l'avait déjà d^ontré contre Lambécius (2), par cette raison décisive que, dans ce commentaire, Olympiodore cite Proclûs et même Damascius, qui est incontestablement (3) du temps de Justinien. Fabricius parlait ainsi sur une première étude du manuscrit de
(l) Bibl. gr., IX, p. 421, éd. Harl (2)L. vu, p. 51 sqq.;
j). 113, ëd. KoU. — (3) Suidas, A«^e«r»i«f.
Hambourg. Un examen approfondi de ce même manuscrit a fourni à M. Creuzer le moyen de fixer avec plus de précision l'âge de ce commentaire d'Olympiodore. En effets on y Ut que Platon n'ayant YOttlu aucun salaire pour ses leçons , « ses succès- « seurs ont oosserTé cet usage, même jusqu'à cette* (c époque, quoiqu'il y ait déjà eu beaucoup de con- (c fiscations des biens dont les écoles étaient do* (c tées (1). » Ceci suppose deux choses, d'abord que cette phrase a été écrite au temps où Justihien dépouillait les écoles, ensuite qu'elle a été écrite avant le temps où ce même Justinien, sous le consulat de Décius, £t fermer toutes les écoles et même l'école d'Athènes, ce qui fut le dernier coup porté à la philosophie et à la civilisation ancienne. Or, on sait positivement que le consulat de Décius est de Tannée 529. On peut donc conclure avec certitude que ce commentaire sur YAlcibiade a été écrit, un peu avant cette époque , c'est-à-dire dans les pre-** mières années du vi* siècle. M. Creùzer prouve encore (2) surabondamment ce qu'avait déjà avancé Fabricius, savoir, que l'auteur du commentaire sur YAlcibiade n'est point Olympiodore le péripatéticien, un des maîtres de Proclus, . dont le commentaire aurait été interpolé postérieurement, comme le voulait Lambécius, par un autre Olympiodore, dans les endroits qui portent un caractère de platonisme. Fabricius avait déjà remarqué qu'à ce
(l)Creuz., édit., p. l4l. Zonaras, -*^/ina/. , xiv, 6 , p. 63, éd. Pari». Suidas, Ïlfîa-Zui. — (2) Frœm., p. 15.
288 OLYMPIODORE ,
compte presque tout ce commentaire serait interpolé , et M. Creuzer fait voir qu'en voulant détacher du tissu total les fils qui paraissent empreints d'vne couleur platonicienne, on déchirerait et détruirait toute la composition. De plus, ce comimentaire à la main, M. Creuzer démontre (1) que, loin d'être favorable à l'école péripatéticienne, Olympiodore est au contraire plus que sévère envers elle.
Après avoir fixé le siècle d'Olympiodore, il eût été à désirer que M. Creuzer essayât de déterminer sa patrie. C'est ce qu'il eût pu faire aisément avec une phrase de ce même commentaire; de laquelle il résulte qu'Olympiodore était d'Alexandrie, ou du moins qu'il habitait cette ville et probablement y professait^ lorsqu'il écrivait ce commentaire sur YAlcibiade. En effet, dans la vie de Platon, qui fait-partie de ce commentaire, on litqu'<c un noimné a Anatolius^ récitant ici à Vulcain, gouverneur de (c la ville, ce vers de Platon : Viens, ô Vulcain ! Place ton t'appelle, parodia ainsi ce vers : Viens, ô (( Vulcain ! le phare t'appelle, m Ici^ la ville ^ le phare indiquent très-évidemment Alexandrie. Alexandrie était donc ou la patrie ou du moins le séjour d'Olympiodore.
M. Creuzer aurait pu tirer encore de ce commentaire la jireuve que l'Olympiodore qui l'a composé est le même qui a composé le commentaire
(1) Ibid.
fiUR LE PREMIER ALCIBIADE. 289
sur le Gorgias, mais qui le composa plus tard^ après le commentaire sur VMcihiade. Car on lit ici (1) : tf Nous faisons le mal, non pas parce que i< nous voulons le mal en soi , mais parce que le <c mal nous parait le bien, comme Platon le dît u dans le Gorgias; c'est là qu'avec l'aide de Dieu i< nous comprendrons là différence de ce qu'on <c veut réellemept d'avec ce que l'on semble vou- « loir. » £>9fl& yva^iyii^a a-vv Of$ trahit un professeur qui se propose d'expliquer le Gorgias à ses élèves. La phrase suivante est encore plus positive : u Nous (( avons dit que ce qu'on veut et ce qu'on semble (( vouloir n'est pas la même chose, comme il sera « dit dans le Gorgias. m Le futur comme il sera dit ne peut convenir à un dialogue de . Platon et suppose un commentaire à faire. Et en effet, dans le commentaire inédit du Gorgias^ que possède la bibliothèique royale de Paris, et que Tauteur de cet article a sous les yeux, on trouve dans plusieurs leçons, et particulièrement dans la leçon 1 6 (2) , d'assez longs développements sur la différence de ce que l'homme veut et de ce qu'il semble vouloir.
L'âge d'Olympiodore, sa patrie, ou du moins le lieu où il enseignait, et le rapport certain de ce commentaire sur Vjélcibiade au commentaire sur le Gorgias y déterminés et fixés par le moyen
(2) Mss. 1822^ fol. 280, à verso.
290 OLYMPIODCNIE ,
de Touvrage que nous anponoons, il faut inaînte^ nant faire connaître la forme de cet ouvrage , avant d'en exposer la contenu. Le commentaire d'OIympiôdore a exactement la même forme que celui de Proclus; il se compose d'une introduction sur Platon, sur sa vie, sur l'ordre et le but de ses dialogues, sur le but de YAlcibiade et ses divisions, selon les devanciers d'Olympiodore, et selon Olyinpiodore lui-même. Vient ensuite un commentaire spécial et détaillé sur tous les passages de VAlci-biade^ depuis le OMnmencement du dialogue jusqu^à la fin ; car l'ouvrage d'Olympiodore est complet et embrasse tout le dialogue de Platon, tandis que celui de. Proclus s'arrête à peu près a la moitié de YAlcibiade. Gomme Proclus, Olym^piodore cite textuellement les morceaux qu'il se propose de commenter ; et dans son commentaire il commence par les remarques les plus générales et finît par des explications verbales^ La différence qui sépare ces deux commentaires est d'abord que celui d'Olympiodore est divisé en Tpa^îiç, on leçons^ tandis que le commentaire de Proclus est continu; cette division reproduit pour nous la forme même de l'enseignement d'Olympiodpi^e, qui devait avoir consacré vingt-huit leçons à l'explication de YAlcibiade, puisqu'il y a. ici vingt-huit Tpcclci^) en y comprenant les deux dpnt se comr pose l'introduction ; et il est très-probable que nous avons les leçons mêmes d'Olympiodore, rédigées par lui ou par un de ses élèves, comme Tin-
SUR LE PREMIER AtCIBIADE. 291
diqu6 le titre : x^ihtA %h^. atI ^eàrSf àxvfjL^ie^ti^w roS (itydhov ^fAo(roçov. Noils pensons même que nous aTons la rédaction d'Olympiodore lui-même; car jamais le nom d'Olympiodore n'y est cité , tandis que^ dans le commentaire sur le Philèbe, comone nous le Terrons plus tard, la désignation du nom d'Olympiodore , et la forme du commencement de chaque paragraphe , oti» etc., indique un simple résumé iait par un écolier. Le commentaire inédit sur le Gorgias a la même forme que celui dont nous rendons compte : il est divisé en leçons, et, dans l'un comme dans l'autre, le ton général est celui d'un maître, et même, dans l'ouvrage quinous occupe , l'auteur parle une fois à la première personne, forme de styfe qu'une rédaction d'élève n'eût probablement pas conservée. Une autre différence qui est encore entre le commentaire de ProcJus et cdui d'Olympiodore , c'est que , dans ce dernier, chaque leçon se divise pluû explicitement en deux parties, l'une générale, l'autre particu* lière, avec cette formule de division : rdZréL i^4t i 9caf /«t; ce qui donne à ce commentaire b forme même d'un cahier de professeur. Quant au style d'OlymfNodore , il ne peut entrer d'aucune manière-en comparaison avec celui de Kroclus. L'un est constamment sain , correct , élégant même , et tout pénétré de l'imitation des. auteurs attique^; il a même encore quelque chose de l'aisance de l'ancienne langue , sans parler du caractère mâle et élevé que lui communique souvent le génie de
292 01.YM PIODORE ^
Proclus; tandis que le style d'Olympiodore, ne re*cevant aucune empreinte particulière de Tesprit de ce philosophe, est tel que le temps devait l'avoir fait, incorrect dans les constructions, d^à bairbare dans les expressions, et dans l'ensemble presque sans aucune trace de mouTcment et de vie. Il est vrai qu'il ne faut pas juger les cahiers d'un professeur comme un livre destiné au public et que l'on soigne davantage ; cependant il est impossible de ne pas reconnaître, dans cette manière lâche et décolorée, le signe de la décrépitude générale de la langue grecque au vi® siècle ; on sent que le moment n'est pas loin où la langue, ainsi que la civilisation de la Grèce, vont périr à la fois et faire place à un monde nouveau qui aura son nouveau langage comme ses destinées nouvelles. Mais en général l'époque où une littérature succombe a cela dé bon encore , que l'érudition qui commente, remplaçant alors en tout genre l'originalité qui {Mxxluit, rassemble, à défaut de richesses qui lui soient propres, celles des âges écoulés, et conserve ainsi une foule de choses cpii, plus tard, donnent un prix singulier aux monuments de ces siècles de décadence. C'est sous ce point de vue qu'il faut envisager celui que M. Creuzer vient de tirer de la poussière des bibliothèques. Assez peu intéressant comme composition originale, il a la plus grande importance comme compilation : l'histoire de la philosophie y trouvera des documents précieux sur les différents âges et les différents systèmes de la
philosophie ancienne. Nous rëtudierom donc par ce côté, et nous interrogerons successiTement, sur les trois époques dans lesquelles se divise toute la philosofdiie ancienne y ce commentaire d'Olympiodore, comme nous ayons fait précédemment celui de Proclus.
Première époque. — Quoiqu'une des idées systématiques des Alexandrins ait été de rapprocher la civilisation grecque de celle de l'Orient et partid»* lièrement de l'Egypte , on ne peut pourtant pa» les accuser d'avoir entièrement méconnu les diffé~ rences qui séparent ces deux civilisations, et le caractère original que le génie grec imprima de bonne heure à tout ce qu'il emprunta de l'Orient. Sans doute il en reçut tout; mais il niodifîa puissamment tout ce qu'il en reçut , le décomposa et le refit , et du même fond tira , à l'aide de formes nouvelles, un monde complètement nouveau, une société nouvelle, une religion nouvelle, des arts nouveaux, une philosophie nouvelle. Le caractère de cette grande révolution est en général d'avoir fait passer l'hu* manité du règne des sens à celui de l'esprit, de symboles clairs pour les yeux, obscurs pour la pensée , a des explications plus ou moins vraies , mais qui du moins s'adressaient à l'intelligence. U y a dans ce commentaire d'Olympiodore plusieurs endroits qui prouvent que cette différence ne lui avait pas échappé. Dans un passage d'autant plus intéressant, qu'à la bonté du style on pourrait soupçonner qu'il ne lui appartient pas en propre.
294 OLYMPIODORE^
Olympîodoare, après a^mr étaUi à la manière des Alexandrins le principe fécond de la connaissance de soi-même , et fait remonter jusqu'à Platon les idées qu'il développe ^ rapproche la philosophie de Platon de la sagesse religieuse et politique de la Grèce, manifestée, au cas dont il s'agit, dans l'inscription du temjJe de Delphes, Cormais'-toi toimême. Il ne s'arrête pas là ; les idées alexandrines identifiées avec celles de Platon et les idées, philosophiques de Platon identifiées avec les croyances religieuses de la Grèce, il restait à identifier encore celles-ci avec les croyances étrangères, et particulièrement avec celles de l'Egypte. Olympiodore prétend donc que les Égyptiens plaçaient des miroirs dans les temples en face des prêtres , pour qu'ils pussent s'y voir, c'est-à-dire se connaître eux-mêmes : il prétend que les miroirs hiératiques des Egyptiens ont le même sens au fond que l'inscription du temple d'Apollon; et l'extrême différence, quant à la forme, de ce commun enseignement, la différence du miroir symbolique placé dans un obscur sanctuaire, à l'inscription en caractères populaires exposée aux regards et à l'intelligence de tous sur la façade extérieure du temple du dieu de la lumière, est pour Olympiodore une image de la profonde différence de l'esprit grec et de l'esprit ^yptien. L'Egypte propose des énigmes dont le secret est réservé à quelques hommes; la Grèce s^explique claireinent, elle veut et comprendre et se faire comprendre.
u L'une, dit positivement Olympiodore (1 ) » montre ce toajom*ft les choses à travers l'énigme da sym- (( bole y l'autre à la lumière de la parole écrite. »
Il y a encore un autre passage où se décèle un sentiment vrai de l'esprit delà philosophie grecque. On sait que, dans YAlcibiadey lorsque Alcibiade a l'air de s'enorgueillir de ses aïeux , Socrate, en plaisantant, répond que lui aussi il a d'illustres aïeux et descend de Dédale. Les critiques modernes ont vu là une allusion au métier de sculpteur, par lequel Socrate se disait de la famille de Dédale; mais les Alexandrins n'étaient pas gens à se contenter d'une raison aussi simple. Olympiodore en donne donc une plus subtile, tout4L-fait arbitraire pour l'intention qu'il prête à Socrate, m^is ingénieuse et très-vraie dans ses développements. Avant Dédale, les statues imitées de l'étranger étaient raides et massives , et avaient les pieds joints ensemble ; Dédale le premier sépara les pieds des statues, voulant montrer par-là, dit Olympiodore, que l'être représenté par ces statues n'était pas immobile, mais avait en lui la faculté de se mouvoir* librement. De même Socrate apprit à la pensée de l'homme qu'elle n'était pas faite pour rester immobile, et qu'au lieu de se laisiser imposer passivement une doctrine, c'était à elle à chercher librement la vérité. Socrate est l'auteur de cette méthode, qui, au lieu d'étouffer l'esprit sous le joug
296 OLYMPlODORBy
d'une doctrine vraie ou faussé , mais reçue sam examen, raccôuche peu à peu et lui apprend à {produire lui-même toutes les vérités. Socrate a affranehi la jdiilosophie comme Dédale avait affranchi l'art : c'est par-là, selon Olympiodore, qu'ils sont de la même famille (1 ).
Malheureusement ce commentaire est très-peu riche en fragments chaldaïques et orphiques. Les Ghaldéens ne sont cités qu'une seule fois (2), coixune ayant, dès la plus haute antiquité, divisé le monde en trois règnes, les anges, les démons et les héros. Les anges se rapportent aux dieux, les héros à l'homme, les démons sont des puissances intermédiaires. C'est ainsi que l'amour est un démon, en tant que puissance intermédiaire qui unit toutes les natures. Voici pourtant un passage qui ressemble fort à des vers chaldaïques. « Soyez persuadés qu'il est une puissance supérieure qui connaît nos moindres démarches, car il est dit avec raison :
Tout est plein de Diea; Diea eatend tout,
A travers les rochers, sur la terre et dans l'homme ,
Quelque pensée que Phomme cache dans son âme.
(1) p. 1Ô1-1Ô2. Vojez aussi le morceau, p. 66-67, sur la flûte et la Ijre. « La flûte appartient à l'Asie, à la Phrjgîe où elle a clé inventée pour les mystères ( probablement de Baechus); mais la lyre est grecque de sa nature, noble et généreuse. Marsyas, Phrygien, fut vaincu avec la flûte par Apollon, ayant une lyre et représentant la, Grèce. » Voyez Hyginus, FabuL 165 ; Boettiger, Attisch. Mus,, i (2) P. 154.
Quant à Oiphée, Oiyàipiodore l'invoque à l'appui de Zoroastre, pour montrer leur identité , et en général l'identité de toute la sagesse antique. Mais le vers d'Orphée qu'il cite (2) est un de ceux que nous a d^à donnés le commentaire de Proclus. Olympiodore cite encore le vers célèbre de Jupiter à Saturne (3) , qui se trouve aussi dans les commentaires de Proclus sur Vyélcibiade, le Craiyle et le Timée. Voici la dernière citation d'Qi^ée (4) que donne Olympiodorls :
La matière du ciel, des astres , de ki mer, Tanc oùf Aline Jectî iTri^inç Ktt» mCùw^yy
vers qui ne parait se trouver que dans ce commentaire ^ d'où Gessner l'a transporté dans ses fragments oi^hiques. Mais Lydus (5) le donne aussi, et avec d'autres vers importants qu'Hermann n'a pas connus ou a négligés, peut-être parce que Lydus les rapporte comme -chaldaïques et non comme orphiques.
(1) P. 44. Le manuscrit' de Hambourg donne Myr« ^i mtt¥y qui n'a pas de sens. Moser, dans l'édition de Francfort, propose de lire ^Jifé* «îWv, - que je n'entends guère : le manuscrit de Paris porte 4r«yr« S'I 0I, M. Greuzer soupçonne que ce fragment se rapporte aux oracles sîbjllins, lib. viii, p. 737, éd. Gai. ^ et il j voit aussi quelque analogie avec^un fragment orphique, p. 457, V. 20-26, éd. Hermann.
(2) P. 22. ncifim\«tf,eiv. — (3) P. 15. ''Op^^w J^',elc. — (4) P. 19. — (5) L. Lydus j de Mens.
298 OI^YMFIODORB ,
Nous sommes plus hem^ux en sentences pythagoriciennes. Le commentaire de Proclus nous en ayait déjà donné de très-belles ; celles que nous offre ici Olympiodore se* distinguent des autres en ce qu'elles sont plus particulièrement du genre moral. Nous les parcourrons rapidement.
L'amitié (1 ) est égalité ; maxime qui rappelle cette autre , KotvÀ tà rSv ^ike^vy et qui a inspiré ce noble mot d'Âristote, çi^oç «axo^ iy», un ami est un autre moi-même (2j.
Les pythagoriciens admiraient ceux qui ^yaient les premiers ti'ouyé les nombres ; car^ comme ik appelaient nombres les idées, et que les idées sont dans l'intelligence , ceux qui trouvèrent les premiers le secret des nombres, leur paraissaient ayoir découy^rt celui de l'intelligence. Ils admjraient aussi ceux qui les premiers ayaient trouyé les noms, mais beaucoup moins ; car, selon eux , les yérités des nombres sont absolues , tandis que celles des noms sont purement relatives. Les nombres sont du domaine de l'intelligence , qui est en rapport avec l'essence des choses ; les noms sont çeulement du domaine de l'âme y c'est-à-dire de l'intelligence tombée dans la matière , servie , mais limitée par des organes , laquelle alors n'est plus en rapport qu'avec ce qui est variable ; et Jes noms le sont. C'est ainsi du moins que nous entendons la théorie indiquée dans la phrase d'Qlympiodore (3).
Les pythagoriciens renvoyaient/de leur institut celui qu'ils jugeaient indigne de leur société , avec tout ce qu'il possédait : ils lui élevaient un céno* taplie^ le pleuraient et en parlaient comme d'un mort. Ce passage nous aide à comprendre ce qu'ajoute Olympiodore (1 ), qu'une telle émulation de Tertu et une telle crainte d'être jugé indigne s'étaient établies dans l'association pythagoricienne, qu'un pythagoricien ayant été réprimandé par son maître se donna la mort. Cependant il ne semble pas que le fondateur du pythagorisme ait été pré* occupé d'aucun fanatisme moral, et qu'il ait manqué de sagesse et d'indulgence pour la faiblesse humaine ; car c'est une maxime de l'école de Pythagore , qu'il est impossible de guérir la passion dans le moment de la crise, et qu'alors il iaut lui accorder quelque chose (2). Olympiodore admet trois manières de se délivrer des passions (3) : celle des socratiques, celle des pythagoriciens , celle des péripatéticiens ou stoïciens qui sont ici confondus ensemble ; ensuite (4), se développant davantage , il admet cinq modes de purification. Le premier consiste à chercher du secom*s dans les temples auprès des prêtres, ou dans les écoles sous la discipline d'un maître; le second à s'exhorter soi-même, à s'éclairer, etc. ; le troisième , celui des pythagoriciens , à céder jusqu'à un certain point , à goûter un peu de la passion, à y toucher du bout du doigt,
(1) P. 133. — (2) P. 6. — (3) P. 54 el 55. — «) P. 145.
300 OLYMPfÙpmB ,
AKft? i'xLKTvK^ày comme font les sages médecrns qui attendent que la maladie soit mûre pour l'attaquer. Le quatrième est le mode aristotélique ou stoïque, savoir, le combat, comme en médecine le système qui agit par les contraires. Le cinquième et le plus utile est celui de l'école de Socrate, qui agit par les semblables : il n'oppose pas le contraire au contraire ; il ne dit point à l'homme qui veut du.bonheur, soufire ; mais il lui enseigne quel est le vrai bonheur': ni à l'ambitieux , obéis; mais il lui enseigne en quoi consiste le vrai pouvoir ; ni k celui qui aime le repos, travaille ; mais quel est le repos des dieux.
Le dernier passage pythagoricien que renferme ce ^x^mmentaire se rapporte à un point que touchait déjà le commentaire de Proclus. Olympiodore dit aussi (1 ) que les pythagoriciens appelaient rihitA la dualité, comme osant la première se séparer de V unité; et , en effet, aussitôt que la puissance éter^ nelle et absolue se manifeste et sort d'elle-même ( et c'est là le sens que Proclus donne à riKfjLtt ) , il y a nécessairement dualité : mais Olympiodore, au lieu de chercher la raison de la signification de dualité attribuée à' TOA^«t dans le sens primitif de ce mot, emprunte à son sens ultérieur et vulgaire une interprétation tirée des passions de l'homme, c'està-dire incompatible avec la divinité.
Nous ne quitterons pas la première époque de
la philosophie grecque , sans- constater qu'il est aussi question dans ce commentaire de' Phërëcyde , comme maître de Pythagore^ et comme auteur d'un livre célèbre de théologie (1). Anaxagore y est mentionné deux fois (2). Parménide y est ap* pelé le maître de Platon ^ et il ne faut pas entendre par-là que Platon ait reçu des leçons de Parménide, ce qui est impossible , mais cp'il a beaucoup emprunté à l'école d'Élée et à Parménide ; ou peutêtre est-ce une allusion à l'enseignement que Platon reçut d'Hermogène, disciple de Parménide (3). Zenon aussi est cité par Olympiodore, et le passage qui le regarde n'est pas sans intérêt. Olympiodore y déclare que Zénôn ne se contredisait pas, comme on le croit , mais qu'il en avait l'air ; l'apparence était toigours contre lui. Olympiodore se petd ici en explications plus subtiles' les unes que les autres, pour prouver que ce n'était pas par cupidité que Zenon disait payer ses leçons ; il finit pourtant par cette raison toute simple qu'après tout il n'y a pas de mal qu'un philosophe tire un salaire honnête
(1) P. 164y otf lut) fii&ioç.hêX4yoç ^iftrm. Dîog. xi, 17. Suidas , ^tfîitiht. VlcAiïk j Ennead. i, 9. ^itox%y Pherecjrdes, p. 29 sqq* Le titre de l'ouvrage de Phërécjde était UùXoyU ou Btûyoua ou hêx.ftùrta.
(2) I, p. 137-138. — II , p. 214. n«W» î» ^Smf.
(3) C'est encore ainsi qu'il faut entendre la phrase de Photîus , Excerpt, vit, Pythagor, éd. Bekk. , p. 439 : rîiç ^t
f»Metrttç,
302 OLYMPIODORE f
des soins qu'il prend pour instruire les autres, oomiùe le médecin et les autres artistes. C'est là qu'est le passage sur le principe platonicien d'enseigner gratuitement, principe qui s'était conserve jusqu'au temps d'Olympiodore, lUx?» tou 7«poyrofs malgré les confiscations qui dépouillaient les {Ht>* fesseurs (1 ).
Seconde époque. — C'est sur la seconde époque, et particulièrement sur Platon , que ce commentaire nous fournit les documents les plus nouyeaux. Nous avions deux biographies de Platon , l'une de Diogène de Laërte, l'autre d'Apulée, visiblement faite d'après celle de Diogène de Laërte. En voici une nouvelle qui renferme {dusieu|:s détails qui ne sont pas dans Diogène, et qui souvent présente les mêmes choses sous un autre aspect ; il importe de signaler ici ces différences.
Diogène de Laërte &it remonter Platon jusqu'à Solon par sa mère, jusqu'à Codrus par son po%. Au contraire , Olympiodore le fait venir de Solon par son père Ariston, fils d'Aristoclès, et de Codrus par sa mère Périxionée, qui descendait de l^élée, fils de Codrus. Mais les deux historiens s'accordent pour donner un caractère merveilleux à sa naissance et à son éducation. Ni l'un ni l'autre ne veulent que le mari de Périxionée soit le véritable père de Platon ; il faut absoluînent que le fantôme d' Apollon prenne la place d' Ariston ; et quand l'enfant divin est né, ses parents le portent sur le mont
Hymète, le consacrent aux divinités du lieu^ et les abeilles du mont Hymète entourent son berceau et le nourrissent de leur miel. Socrate, au moment de faire la copnaissance de Platon, Toit en songe, assis sur son sein , un jeune cygne sans plumes qui bientôt grandit, prend des aiies , s'envole vers le ciel, et de là fait entendre une voix qui charme les dieux et les hommes. Partout des prodiges et des fables ; c'était l'espritdu temps ; cet esprit fit d'abord la tradition , et la tradition fit ensuite l'histoire. Les Alexandrins avaient d'ailleurs un but qui n'a point échappé aux critiques, et ce but ils ne l'eurent pas seulement pour Apollonius de Thyane, mais pour Platon. Les deux historiens s'accordent aussi sur son éducation , sa jeunesse et la première partie de sa vie jusqu'à la mort de Socrate. Le premier maître de Platon fut Denys le grammatiste, selon Olympiodore, e^ non pas le grammairien, comme écrit Diogène. Ariston d' Argos fut son maître de palestre. Ce fut celui-ci qui lui donna le nom de Platon, à cause de la largeur de sa poitrine et ^e son front, comme on le voit par ses nombreuses , statues j où il est représenté avec un front et une poitrine très-forte. D'autres veulent, ajoutent Olympiodore, qu'on lui ait donné ce nom à cause du caractère large et abondant de son style, comme Théophraste, qui d'abord s'appelait Tyrtamos , fut appelé Théophraste , à cause du charme céleste de sa diction. Son maître de musique fut Dracon, disciple de Damon, dont il fait mention dans la Ré'-
304 OLYMPIODORB ,
publique, comme de Denys dans les Amants. Il s'occupa aussi de peinture, et apprit Fart de nuancer les. couleurs sur lequel il dit quelque chose dans le Tilmée. Il ne négligea pas non plus de s'instruire auprès des poètes tragiques ^ qu'alors ou appelait les précepteurs de la Grèce ; il les rechercha pour le caractère moral de leur pensée ^^ la majesté de leur style et les sujets héroïques de lem^s pièces. Il fréquenta aussi les poètes dithyrambiques ^ et il y paraît par le Phèdre^ où respire un esprit dithyrambique^ et qui passe pour le premier dialogue qu ait fait Platon. Il fut lié ayec les deux grands poètes comiques , Aristophane et Sophrou, et apprit d'eux l'art de représenter chaque personnage avec le caractère qui lui est propre. Il aimait tellement ces deux auteurs^ qu'à sa mort on trouva leurs ouyrages dans son lit. Il avait composé des poésies tragiques , lyriques et autres , qu'il brûla lorsqu'il eut fait la connaissance de Soçrate.
Jusqu'ici on voit que le récit d'Olympiodore s'accorde av^c celip de Diogène ; mais quand viennent les voyages de Platon , les deux historiens se divisent. Selon Olympiodore^ Platon n'alla d'abord en Sicile que par occasion. Socrate mort, après avoir pris quelque temps des leçons de Cratyle, disciple d'Heraclite (1), Platon alla en Italie , où il
(1) Il est à remarquer qu'Ol jmpiodore , qui ailleurs fait de Parménide le maître de Platon , ne dit pas même ici qoe Platon prit des leçons d'Hermogène^, disciple de Parménide, comme le veut Diogène.
trouva Archytas à la tête des pythagoriciens, et de là II passa eu Sicile pour y étudier le phénomène de l'Etna. Ce fut pendant son séjour à Syracuse que, présenté à Denys, il eut avec lui cette conversation célèbre qu'Olympiodore et Diogène nous rapportent avec assez peu de difFérènce. Us s'accoi^ dent à dire qu'à la vue de la tyrannie qui opprimait la Sicile^ Platon conçut des projets de réforme politique, et se permit de donner au roi des conseils et de lui tenir un langage qui le firent chasser du pays. Quant au second voyage, son motif fut tout politique. A la mort de Denys, Dion, avec lequel Platon s'était lié intimement, conçut des espérapces qui lui firent réclamer l'assistance de son ami d'Athènes. Dion ayant échoué, Platon fut accusé de haute trahison, livré à PoUys d'iEgine, qui faisait alors le commerce eh Sicile, vendu par lui, conduit à ^gine, et là délivré par Anniceris de Cyrène. On voit que ce récit diffère entièrement de celui de Diogène de Laërte, qui place la vente et la captivité de Platon à son premier voyage , et fait de PoUys, non pas un marchand d'iEgine, mais un général lacédémonien, chef du parti opposé à Dion. Le motif du premier voyage de Platon en Sicile avait été la science , celui du second l'espoir d'être utile aux hommes : celui du troisième ne fut pas moins noble, selon Olympiodore ; ce fut l'amitié. Platon retourna en Sicile pour délivrer Dion , que Denys avait dépouillé de ses biens et mis en prison, et qu'il ne voulait délivrer qu'à condition que
306 OLYMPIODORB ,
Platon reviendrait en Sicile. Pour sauver son ami , Platon n'hésita pas à entreprendre ce troisième voyage. Olympiodore fait aussi mention, comme Diogène de Laerte, d'un voyage de Platon en Egypte, où il s'instruisit auprès des prêtres , et apprit la science hiératique de l'Egypte. Il voulait aller jusqu'en Perse pour visiter les mages ; mais la guerre des Grecs et des Perses ne lui ayant pas permis d'accomplir son dessein, il alla en Pfaénicie, où il rencontra des mages qui lui enseignèrent tout ce qu'ils savaient; et voilà pourquoi, dans le Timéé^ il parait si fort au fait de tout ce qui concerne Fart de faire des sacrifices, d'adorer et de consulter les dieux. Olympiodore ajoute que ces excursions de Platon en Egypte et en Phénicie eurent lieu avant ses voyages en Sicile, et il avoue avec candeur que, dans sa relation, il aurait dû les placer auparavant. C'est à une saine critique à apprécier et à réduire ce récit.
' t Au retour de toutes ces courses aventureuses , Platon se fixa à Athènes et y fonda une école. Ses succès furent immenses. Il attirait à ses leçons, non-seulement les hommes, mais les f^nmes , desquelles ilexigeait, dit Olympiodore, qu'elles prissent des habits d'homme pour entrer dans son auditoire. Son commerce était si aimable, qu'il séduisit jusqu'à Timon le Misanthrope ; et il ne faut pas croire que, dans la conviction profonde quHl avait de la vérité de sa philosophie, il ait négligé ce qui pour vait la Élire mieux accueillir : il connut parÊiite-
SUR 1.E P&BVISB ALCIBIADB. 307
ment l'esprit de son temps et s'y conforma. Quoique pythagoricien pour le fond des idées , il se garda bien de convertir l'académie en une société secrète ; il rejeta^ dit Olympiodore^ le serment solennel, les portes fermées, TetÛTor S^ay en un mot le principe de l'autorité sur lequel reposait l'institut de Pythagore. Il avait voué un culte à la mémoire de So-* crate; mais il n'imita pas sa conduite, et s'abstint d'irriter comme lui la vanité athénienne par ses railleries, et de passer sa vie sur la place publique et dans les boutiques à attirer les jeunes gens. Ajoutez k ceci ce qu'Olympiodore rapporte ailleurs, que Platon le premier enseigna gratuitement.
On suppose bien qu'un Alexandrin ne laissera pas Platon mourir sans quelque mu*acle : aussi Olymplodore lui donne, à son lit de mort, un songe prophétique, où il se croit changé en cygne, volant d'arbre en arbre d'un vol si rapide, que les oiseleurs qui voulaient l'attraper ne pouvaient Je faire. Il paraît pourtant que l'invention du songe n'est pas alexandrine, et qu'elle remonte jusqu'au temps de Platon, puisque, au rapport d'Olympiodore , Simmias le Socratique, dans un ouvrage qui n'est pas venu jusqu'à nous, en donnait cette explication : les oiseleurs sont ici les interprètes, qui tâchent de saisir la pensée des anciens, et qui, malgré tous leurs efforts, ire peuvent atteindre celle de Platon.
Olympiodore termine par un jugement général sur les dialogues de Platon, bien supérieur à tous
308 OLYMPIODORE ,
les jugements de DIogène de Laërte. Selon lui^ nul point de \ue exclusif ne donne le secret de la philosophie de Platon. Platon^ comme Homère^ a en* visage le mondé sous toutes ses faces ; c'est donc aussi sous toutes les faces qu'il faut envisager ces deux Ames y qu'Olympipdore appelle ^v^eti Tk^^pf^otrioi, des âmes en harmonie avec tout, afin de les embrasser tout entières. Il veut qu'on , n'étudie exclusivement Platon, ni comme physicien , ni comme moraliste, ni comme théologien, mais comme tout cela à la fois. A la mort de Platon les Athéniens lui firent de magnifiques funérailles , et «écrivirent sur son tombeau ces deux vers :
Apollon a donné au monde Esculape et Platon ; L'un pour l'âme, l'autre pour le corps.
Nous ne croyons pas que ces vers existent ailleurs dans l'antiquité.
Quanta la philosophie de Platon, Olympiodoi^ la croit renfermée dans quatre dialogues, savoir, le Timée, la République^ le Phèdre et le Thééiète, qui peuvent être considérés comme les types de tous les autres (1). Nous avons vu qu'Olympiodore cite souvent le Gorgias en faisant quelquefois allusion à son propre commentaire. Il est à remarquer qu'il ne cite pas même une seule fois le Phi" lèhe, qu'il avait pourtant commenté; et qu'à l'occasion du Phédon il ne fasse aucune mention du long et savant commentaire qu'il en a laissé. Ni les
LoiSf ni lé Loches^ ni le MenoUy ni le Politique, ni le ProtagoraSf ni les Lettres, ni le Théagès, ne sont mentionnés. Les dialçgues cités le plus souvent sont le Timée, le Théétète, le Soplùste, la République avec l'inscription , H 'jnpi S'ikaUvî le Charmide avec l'inscription^ i -rspi^ <reù0pQ<rvvtifi VApologie, le Banquet y le Phèdre. Nous avons vu que JProclus ne cite jamais l'inscription de VAlcibiade, Ttfi Àvdpdrov ^uVcû^rj on la trouve ici, et c'est de là qu'elle sera passée dans les manuscrits de Platon , comme le conjecturent les éditeurs ' de Deux-Ponts et avec eux Buttmann. On trouve encore ici la distinction d'un grand et d'un petit ^Zcibiade, ainsi que d'un grand et d'un petit Hip-pias (1 ), mais il ne faut pas oublie^ que pous sommes déjà au vi'' siècle.
Ce commentaire nous apprend que , bien qu'appartenant à une école éclectique , Olympiodore a beaucoup plus étudié Platon qu'Aristote y et qu'il n'est pas même toujours juste envers ce dernier j car il le cite assez rarement, pe l'entend pas trèsprofondément ; et le critique avec sévérité^ Après l'avoir appelé «Tflu/uoVior (2) avec toute l'école d'Alexandrie , il donne (3) à cette expression une interprétation mystique qui ne lui laisse plus que le sens de pénétrant et rabaisse un peu le mérite supérieur d'Aristote. Ailleurs (4) il dit : « Si Aristote ou un autre philosophe purement dialecticien^
3 i 0 OLYMPIODORB ,
Ipitf-TiKoi.... » Ailleurs encore il l'accuse (1) de faire de Findividu une collection, et une collection d'accidents; il lui fait une seconde fois le même reproche (2) ; il oppose (3) le principe de Platon qui met le bien à la tête de toutes choses , même audessus de l'intelligence, au principe d'Aristote, qui met l'intelligence avant tout et au-dessus de tout : différence en laqudle se manifestent le caractère éminemment scientifique de la philosophie d'Aristote et le caractère éminemment moral ^de celle de Platon. Mais .c'est plutôt une différence qu'une opposition , comme nous le verrions sans doute, si nous avions le livre perdu d'Aristote (4) où l'illustre élève avait consigné l'opinion de son maître sur le bien comme principe de toutes choses , opinion dont Platon ne faisait pas un mystère , mais qu'il n'avait pu développer suffisamment dans ses dialogues , à cause de leur forme négative, peu favorable à une exposition régulière, et qu'il expliquait oralement, d'une manière plus positive et plus dogmatique, à ses disciples les plus distingués , Speusippe , Héradtde , Hestiée et Aristote. A propos des livres perdus d' Aristote> Olympiodore en cite un dont Diogène de Laërte (5) et Télés dans Stobée (6) nous avaient conservé le
(4) Voyez l'excellent écrit de M. Brandis, De perdais Aristôt. libris. Bonn. 1822.
(5^ V. 22, et l'anonyme dans Ménage, v. 35. — (6) Floril Serm,, 96, éd. Gai&f., t. m, p. 220.
SUR LB PRBMIEIl ALGIBIADB. 314
titre y savoir : ro nporpiTrixoV. Ici , avec le titre de l'ouvrage ; Olympiodore nous en rapporte une phrase entière d'un sens profond et bien digne de son auteur. De quelque manière qu'on s'y prenne, dit Aristote, on n'échappe point a un système et à la philosophie ; car, ou l'on croit qu'il faut rejeter tout système, ou on ne le croit pas. Croit-on qu'il faut adopter un système? nous voilà nécessairement philosoj^es : croit-on qu'il ne faut adopter aucun système ? mais cela même est encore un système, une philosophie qu'il faut adopter ; on a donc toujours une philosophie et un système.
UKoff9^nripfi '3rÀvTt»9 H 9t\^ffopnriù¥ (1).
L'étendue des détails que nous avons tirés d'Olympiodoare sur Platon et sur Aristote , nous forcent de nous contenter d'indiquer seulement les autres philoso^ès de la seconde époque cités dans ce commentaire : ce sont les Stoïciens et Épictète (2), Aristi;^ (3) , Archimède (4) , Antîsthène (5). D'ailleurs ces citations ont peu d'intérêt, et ne nous apprennent rien de nouveau, pas plus que les citations des autres écrivains non philosophiques, tels que Xénophon, Thucydide, Démosthène^ Eschine, Eschyle, Euripide, Hérodote, Hippocrate^ Isocrate, Pindare > etc. , qui sont mention^ nés fréquemment , et nous nous hâtons de passet* aux documents que fournit OlymjHodôrë sur la
(1) P. 144. — (2) P. 101. — (3) P. 136 et 140. — (4) P. 191. — (6) P. 28.
312 OLYBIPIODORE y
troisième et dernière époque de la philosophie ancienne.
Trpisième époque. — On pourrait s'étonner qu'Olympiodore, dans ses différents ouvrages^ n'intoque pas plus souvent l'autorité du fondateur de Féeole d'Alexandrie. Plotiii n'est ici cité qu'une fois f comme dans le commentaire du Philèbe y dans celui du Gorgias y que nous avons sous les yeux , il ne l'est guère plus de trois ou quatre fois j et encore d'une manière insignifiante. Pour Porphyre , il n'est pas même mentionné ici une seule fois ; mais en revanche ^ ce commentaire nous révèle l'existence de plusieurs conmientaires perdus sur le premier Alcihiade. Olympiodore confirme ce que nous savions déjà par Proclus^ qu'il y avait eu un grand nombre de commentateurs de ce dialogue. Proclus ne nomme qu'Iamblique ; mais Olympiodore nous fournit des lumières plus précises. Il cite en effet (1 ) ^ sur un point asses délicat , l'opinion de Démocrite^ probablement de ce Démocrite dont Porphyre fait mention dans la vie de Plotin , ainsi que Ruhnken y dans sa Dissertation sur Longin j cap. IV. Démocrite voulait que cette expression si souvent répétée dans le dialogue de Platon, «v i^iyuf^ fût^ dans un endroit, rapportée à Socrate, tandis qu'un autre interprète auquel Olympiodore donne la préférence, Damascius, la met dans la bouche d'Alcibiade. On trouve aussi (2) une .citation
(1) P. 105 et 106. — (2) P. 48 et 49,
d'Harpocràtion qui semble indiquer un commentaire régulier et complet. c< Harpocration^ ditOlym- (c piodore , arrivé en cet endroit , entre protondé- « ment dans le sens de Platon , et prouve par des « arguments irrésistibles , que l'amour de Socrate « pour Alcibiade est un amour sublime et non un (( amour vulgaire. » Proclus nous avait démontré incontestablement l'existence d'uii commentaire perdu d'Iambliqué sur le premier j4lcibiade;0]jmr piodore cite plusieurs fois ce commentaire^ quelquefois même en opposition avec celui de Proclus ; les citations d'Olympiodore sont assez étendues et ajoutent des fragments précieux et d'Iainblique à ceux que Proclus nous avait déjà conservés (1). Olympiodore nous apprend encore l'existence d'un commentaire d'Iambliqué sur le Timee, qui a péri avec tant d'autres ouvrages de ce philosophe. lamblique^ dit-il^ dans son commentaire sur le Tîmée, lui donne pour inscription : le gouvernement de
Jupiter; ^lOKttï h iÂfjLCM^oçvToiÀyniJL'jTi^cày toï' J^iûbioyov i'!r€ypA(^iV É/V rnySniÀnyopietv rou A/oV.
Tels sont les commentaires alexandrins du m*" et du IV* siècle sur le premier Alcibiade qu'Olympiôdore nous fait connaître. Il fait plus^ et rétablit presque un à un les anneaux rompus de la chaîne des commentateurs qui, depuis Démocrite^ contemporain de Plotin et de Porphyre, jusqu'au commencement du vi" siècle, s'étaient occupés de VAlci-
(1) Voyez \h p. 110 et surloul les p. 59 et 60.
314 OLYMPIODORE^
biade. Un des anneaux les plus précieux , mais aussi les plus endommagés y de cette chaine> est le commentaire de Proclus au y^ siècle ; ce qui nous eh reste ne va guère au delà de la première moitié du dialogue^ et l'on ne savait si Proclus s'était arrêté là^ ou s'il fallait mettre sur le compte dutemp la perte de la dernière moitié de son commentaire. Nous somjnes certains aujourd'hui que le commentaire de Proclus embrassait tout le dialogue de Platon. Olympîodore l'atteste; il l'avait sous les yeux tout entier, et il cite de la moitié perdue de nombreux et importants fragments, que M. Greuzeret moi eussions bien fait de tirer d'Olympiodore pour les ajouter à notre édition, en essayant de rétablir, ce qui n'eût pas été très-difficile, l'ordre véritable qu'occupaient ces différents morceaux dans l'ouvrage original. Du liioins nous indiquerons ici tous les passages d'Olympiodore où ces fragments se rencontrent. Indépendamment des pages 5 et 9, où il est question de l'opinion de Proclus sur le but deYJlcibiade, les pages 75, 91, 95, 109, 110, 126, 127, 135, 203, 204, 209, 210, 217, 222, se rapportent à la partie perdue du commentaire de Proclus.
Nous ne cpiitterons pas Proclus sans en citer encore un fragment poétique que nous devons à cet ouvrî^ge d'Olympiodore; c'est le vers suivant :
Les pères ont transmis aux enfants ce qu'ils ont va.~
Or, ce vers n'est ni dans les quatre hymnes de-
puis longtemps connus et publiés, ni dans les deux hymnes postërieurement découverts; il nous prouve donc que Proclus avait fait d'autres hymnes, ou perdus, ou encore cachés dans quelque bibliothèque, au milieu des hymnes d'Orphée ou de Callimaque. Puisque ce vers démontre l'existence de poésies inconnues de Proclus» on est moins embarrassé pour savoir à qui rapporter cet autre vers d'un hymne à la lune, cité par Olympiodore sans désignation d'auteur :
En augmentant, tu augmentes tout; en diminuant tu diminues
tOBt.
Ce vers ne se trouve pas dans l'hymne d'Orphée à la lune que napts possédons; et M. Creuzer ne craint pas de le rapporter à quelque hymne perdu ou inédit de Proclus ou de Denys. Mais Denys n'est jamais cité par Olympiodore, tandis que celui-ci a déjà cité, comme nous venons de le voir, un vers de Proclus jusqu'ici inconnu, et qui semble lyrique j il serait donc mieux peut-être de suivre cette indication et dé rapporter aussi à Proclus ce nouveau vers d'un hymne à la lune.
Entre Proclus et Olympiodore, l'antiquité ne nous indiquait jusqu'ici aucun commentatem* de XAlcibiade, et tant de commentaires de différents siècles semblaient avoir épuisé les explications. Cependant Olympiodore nous apprend qu'un des élèves les plus illustres de l'école d'Athènes, Damascius, avait aussi composé un long et savant com-
31 6 OLYMPIODORE ,
men taire sur ce dialogue de Platon. Rien ne pouvait mettre les critiques sur la trace de cet ouvrage avant la publication de celui d'Olympiodore. Les extraits que nous a conservés Photius de la vie d'Isidore pai* Damascius ^ ne contiennent aucune allusion à un conunentaii^ de ce dernier sur VAlci" biade. Les fragments ou plutôt les suppléments sur le Parménide, que nous . avons publiés (1 ) , s'ils sont de Damascius ^ ce qui est fort douteux, ne fournissent aucune lumière sûr ce point f et le grand ouvrage crgpi ip^oûVy récemment publié (2), ne nous a paru , à une lecture il est vrai assez rapide^ rien offrir qui pût donner quelque soupçon à cet égard. Le commentaire d'Olympiodore est donc le seul ouvrage de l'antiquité qui nous fasse cette révélation importante^ et non-seulement il nous apprend qu'Olympiodore avait sous les yeux un commentaire perdu de Damascius sur ïjélçibiade; mais il cite perpétuellement ce commentaire , et avec tant d'étendue qu'il serait encore plus facile de reconstruire sur ces indications l'ouvrage de Damascius que celui d'Iamblique d'après les indications de Proclus et d'Olympiodore. h' Alcibiade ne soulève aucune question philosophique ou mythologique sur laquelle Olympiodore ne rapporte l'o-
(1) Procl, Opéra inedita, t. vi : continens sextum et septi' mum librum commentarii in Parmenidem , cum supplemento Damasciano, Paris, 1827.
(2) Aufctcaictûu ^tu^o^ûu û^o^Ut xctt xiruç %ifi rSpTrp. ifZ^^
Ëdidit Kopp , Francf. ad Mœn. 1826.
pinion de Damascius , souvent difTérente de celle (le Proclus, et il conclut presque toujours en faveur du premier. Et en elFet> on conçoit que Damascius, riche de toutes les lumières des commentaires de Démocrite , d'Harpocration , d'Iamblique et de Proclus, avait pu ëclairer jusqu'aux dernières profondeurs du dialogue de Platon, et surpasser chacun de ses devanciers en les mettant tous à contribution. C'est à regret que nous nous abstenons de citer ici les fragments de Damascius consei^ës par Olympiodore, et de donner par là quelque idée d'un écrivain célèbre sur lequel il n'y a pas encore une seule ligne écrite en français. Du moins nous signalons les pages 4, 5, 9, 91, 95, 105, 106, 126, 135, 203, 204, 209, 222.
On conçoit que ce commentaire d'Olympïodore, venu après tant d'autres, ne peut être qu'une compilation bien faite ; et cela même, tout en retranchant du mérite personnel d'Olympïodore, ajoute infiniment pour nous à l'importance et à l'utilité de son ouvrage : car on peut le regarder comme le dernier mot de toute la philosophie d'Alexandrie sur un dialogue que la critique moderne a voulu enlever à Platon, par de bonnes raisons peutrétre, mais qui cependant a été l'objet constant des méditations et des commentaires de tous les philosophes Alexandrins de siècle en siècle sans interruption , depuis te ii" jusqu'au vi', depuis Thrasyle, que cite Diogène de Laërte, jusqu'à Olympiodore.
318 OLYMPIODORE^ SUR LE PREMIER ALGIBIADE.
En finissant cet article, nous ne récapitulerons point les faits intéressants, les fragments précieux, les données nouvelles de tout genre que ce commentaire d'Olympiodore ajoute à tous ceux que nous avons déjà recueillis dans le commentaire de Proclus. Nous nous contenterons de rappeler que, sous ce rapport ,. l'un n'est assuràment pas moins riche et moins important que l'autre.
D*nS PRi&TE)IDU