‹ Fragments sur les campagnes d'Italie et de HongrieChapitre 37 sur 38 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Ob dit qae Ifi peuple des Simules, en arrivant d'Asie en Europe, prit plas tard le nom de Slave, de la gloire (tlava) qn'ils TonUlent s'aeqsèrir.

Mais cela est nne sapposition mal inventée.

Lelewkl*

{Traduit du poUmait.)

Soldat ! quelle est ta patrie ? (1)

Es-tu né dans le pays riant, entre Tlnn et la Morave : en Styrie, où le torrent rugit dans la vallée profonde ; ou bien es-tu fils de la terre du Tyrol, où l'avalanche s'écroule, où le chamois bondit de rocher en rocher, et où, au-dessus du pic des montagnes, l'aigle plane majestueux ?

Oh non ! ma patrie est plus noble et plus belle I

{\) J'ai écrit ceci pour ces gens qui croient que les mercenaires brutaux, nommés soldats, n*en ont point.

Soldat I quelle est ta patrie ?

Est-ce la Hongrie, où la vigne fleurit, où le Danube serpente, et où le Magyare, sur son coursier sauvage, vole sur la puszta aride ; est-ce la terre des Croates, gardes fidèles des frontières, ou celle qu^har bitent/aux Portes-de-Fer, les descendants des anciens maîtres du monde ?

Oh non I ma patrie est plus grande et plus belle !

Soldat ! quelle est ta patrie ?

Est-ce là où jadis régnaient les Jagellons ; ou estce la terre des Gzech, au pied des monts géants ; ou bien cette province dont la moitié, hélas I est échappée aux serres de l'aigle impériale?

Non, non ! ma patrie est plus grande et plus belle l

Soldat I quelle est ta patrie ?

Est-ce peut-être le pays Lombard, à la couronne de fer, où les lacs d'azur éclipsent le ciel, dont la terre semble être tombée ; ou bien est-ce la reine de l'Adriatique , cette ville au lion ailé ?

Non, non I ma patrie est plus grande et plus belle !

Soldat I quelle est ta patrie ? Tu es donc un étranger? Tu n'es donc pas fils de l'empire d'Autriche?

Ah oui I c'est cet ensemble glorieux de tant de royaumes qui seul est ma patrie, et c'est en entendant son cri de victoire résonner au loin, que je voudrais

mourir ! . . . Si le vent de l'adversité et de l'anarchie a soufflé sur ce vaste empire , ce ne ^ fut que pour nous le rendre plus cher et pour nous en montrer la force.

Veille sur ses destinées, ô Dieu ! et protège la jeune main qui, par ta grâce, y tient avec force et justice le sceptre impérial.

Après deux mois de cantonnement dans le midi de la Hongrie, nous reçûmes de nouveau l'ordre de nous mettre en route et de partir pour la Gallicie.

Je ne présenterai pas au lecteur un itinéraire de cette marche ennuyeuse ; il suffit de dire que nous pataugeâmes de village en village, par des chemins sans fond, depuis la frontière de Turquie jusqu*aux Karpathes. Là où cessa la boue, les montagnes commencèrent.

Le pays des Karpathes, de ce côté du moins, est fort beau et presque riant. Je m* attendais à n'y voir qu'un sol âpre et aride, que des rochers nus, enfin une nature beaucoup plus sauvage ; mais je ne vis ici aucun de ces précipices, aucune de ces montagnes bouleversées de fond en comble, qu'on dirait avoir été renversées, el tout récemment, par Dieu, dans un moment de mauvaise humeur , comme on en trouve dans les Alpes. Le soleil de l'automne nous favorisait de ses derniers rayons, et donnait une teinte presque

italienne aux pics lointains déjà couverts de neige et aux feuilles jaunes bientôt près de tomber.

Derrière Munkaez, le défilé étroit par où passe la grande route avait été, Tespace de plus d'un mille anglais, rempli de troncs d'arbres que les Hongrois avaient fait rouler des côtés fort rapprochés des montagnes afin . de boucher le passage aux Russes ; mais les Russes avaient su, en mettant en partie le feu à cette immense amas de bois, se frayer un chemin, bien mauvais il est vrai, le long du torrent qui coule dans le fond de la vallée ; c'est par là que nous aussi nous passâmes en Gallicie. C'était notre dernière marche dans la terre des Magyars ; chacun conduisait par la

bride son cheval fatigué, et après avoir grimpé plusieurs heures dans le brouillard, nous atteignîmes enfin le sommet des monts Karpathes.

Au même endroit, exactement où commence la Gallicie , là commence aussi mie chaussée excellente qui descend en serpentant de l'autre côté des montagnes. On ne peut se figurer la pauvreté et la misère des habitants des Karpathes : les cabanes que nous faisions pendant la campagne, quand nous espérions passer un ou deux jours dans le même endroit, étaient beaucoup plus habitables et plus confortables que ces chaumières, où pullule la vermine, et où le cochon a usurpé le rôle du maître, et la vache celui de la ma!^ tresse de la maison»

A mesure que nous descendions dans la plaine, le pays et les habitations prenaient meilleure tournure. Nous passâmes par plusieurs petites villes oùiln'ya presque que des juifs. C'était la fête des Tabernacles, où, selon la loi, les Hébreux doivent vivre en plein air et dormir à la belle étoile. Auprès de la plupart des maisons était une vilaine baraque, le tabernacle, où vivait en odeur de sainteté et encore plus d'autres choses, toute la famille. Plusieurs Hébreux ont trouvé moyen d'attraper le bon Dieu lui-même en le prenant par la lettre de la loi, ainsi qu'un avocat anglais. Afin de ne pas coucher sous un toit, littéralement parlant, ils ouvrent, ainsi qu'une boîte d' allumettes, quelques pieds carrés du toit de leurs maisons quand il fait beau temps ; quand il pleut, j'observai qu'ils les fermaient généralement, ce qui m' étonna, car (c'est ce qui fait leur force) ils tiennent fidèlement à leurs usages et à leurs coutumes, comme le prouve, entre autres, te fait suivant :

Quand, après une longue marche, nous arrivâmes à M..., étant très-affamés, nous ne doutions nullement de trouver de quoi dîner : erreur I c'était la fête des Tabernacles, et le boucher, étant juif, ne pouvait vendre ni ce jour-là ni le jour suivant, et, malgré nos menaces, ce ne fut qu'après avoir obtenu dispense du rabbin, chez qui il alla, qu'il nous vendit de quoi faire un repas.

En général, une auberge est une maison où l'on dîne et où l'on couche pour son argent. En Pologne, les auberges démentent cette définition et sont tout à fait sur un autre pied : vous n'y pouvez dîner, à moins d'avoir amené avec vous un cuisinier et des vivres, et vous ne pouvez y coucher, où au moins y dormir, si vous n'êtes pas pourvu d'un lit de voyage, de matelas, de couvertures, etc. , comme le sont d'ailleurs tous les Polonais qui voyagent.

Les paysans portent de hauts bonnets à poil ( probablement l'origine de ceux des grenadiers); leurs voitures sont ordinairement tirées par trois ou quatre petits chevaux, plutôt bons que beaux et à fort longue crinière ; sur le devant de ces voitures est assis, sur une botte de paille, maître paysan, la pipe à la bouche ; derrière lui est invariablement un juif à longue barbe et à figure ridée et soucieuse, ressemblant à un. diable gardien qui attend son âme; car le paysan, trop souvent, hélas ! la lui a vendue en effet pour... quelques verres d'eau-de-vie.

Le wôdka est une séduction à laquelle le paysan polonais ne peut pas résister. On le nomme libre, le pauvre diable I II n'est plus dépendant de son seigneur; il était serf, on l'a affranchi..., oui, oui, pour le faire tomber plus bas encore et le rendre l'esclave du juif. C'est à lui qu'il doit son blé encore dans le sillon, qu'il

a hypothéqué la moitié de son champ, et peut-être jusqu'à la peau de mouton qu'il porte sur le dos.

Quant au noble, au propriétaire , il est bien réduit, et donnerait volontiers toute la Constitution et tous les droits de l'homme pour un quart de la corvée. Il a des dettes, et rien que cela : aussi tombe-t-il, ainsi que le paysan, de plus en plus dans les mains couleur de ducats des enfants rusés de Moïse. Mais le juif a non-seulement le noble et le paysan sous son pouvoir, il a su aussi attirer à lui le. commerce dans toutes ses branches. A force d'une habitude que l'on contracte involontairement en respirant l'air du pays, si un Polonais même achète d'un chrétien (ce qui est rare), ce n'est ordinairement que par l'intermédiaire du juif.

Si l'agglomération des Hébreux comme peuple annonce la fin du monde, ceux qui ont été en Gallicie s'attendent bientôt à entendre sonner la dernière trompette. Dans cent ans la Gallicie sera la nouvelle Judée ; Léopol , la nouvelle Jérusalem.

Le juif ne travaille pas, il est marchand ; autrement que le reste des mortels, il ne gagne pas son pain à la sueur de son front.

Dans la grande Pologne et en Russie , l'Empereur en fait des matelots, on dit même de bons.

La Gallicie est, en outre, partagée en deux autres grandes subdivisions géographiques : les Ruthains ou Russes de la religion grecque, et les Polonais catholi-

ques, qui se haussent d'une haine cordiale et exemplaire.

Les paysans et leurs popes grecs forment le parti ruthain ; les nobles et les habitants des villes , puis les Mazouns qui demeurent autour de Gracovie, le parti polonais.

Ceci est à peu près F état de ce pays, autant qu'un bien court séjour m'a permis d'en juger. Il n'est pas encore guéri , je crois, de la maladie causée par son ancien système d'élections continuelles qui tua la Pologne.

La langue polonaise est, ma foi, une langue à peu près comme les autres dans la bouche d'un homme; quand une femme la parle, elle devient, comme par enchantement, douce et harmonieuse.

Le polonais, ainsi que ses frères les autres idiomes slaves, est fort diflBeile. Je me suis donné quelque peine, mais inutilement, pour l'apprendre.

On reconnaîtra facilement un étranger, quelque maître qu'il soit de la grammaire, à la prononciation.

On raconte que, dans la dernière révolution, & Varsovie, l'on voulait (comme jadis les Juifs avec le mot Schiholeih) faire passer au fil de l'épée tous ceux qui ne pouvaient pas prononcer la phrase suivante :

« Brzmi chrzaszcz w trzcinie. »

J'avais beaucoup entendu parler de belles Polo-

naises ; je Favoue, je fus un peu désappointé. Que les Polonais, avec tous leurs défauts, soient braves, c'est chose reconnue ; les champs de l'Europe entière en portent témoignage. J'aurais souhaité trouver plus de beauté parmi les femmes ; néanmoins, je suis bien convaincu que c'était une année de disette.

J'avais déjà fini cet ouvrage , quand nous apprîmes le^récit des affronts et deà outrages dont une foule anglaise accabla notre ancien général. Les brasseurs de MM. Barklay et Perkins, je le sais, ne sont pas l'Angleterre ; mais, on a beau dire, une grande partie du peuple anglais rit malicieusement sous sa manche de ce qui n'était, à leurs yeux, qu'une excellente plaisanterie — un peu forte peut-être.

Qu'on ôte la poutre de son œil, avant de vouloir extraire le brin de paille de celui du prochain.

Toutes les cruautés qui ont été faussement et malignement imputées au général baron Haynau n'égalent pas, à beaucoup près, celles qui furent commises,' il n'y a que cent ans de cela, par les Anglais envers les Highlanders, qui, devant Dieu et devant les hommes, n'étaient pas des rebelles, mais qui s'étaient battus, et noblement battus, pour leur roi légitime. Mais trêve aux comparaisons.

Ce nouvel outrage populaire n'a fait qu'accroître un peu plus le dégoût que chaque conservateur éprouve déjà à la vue de toute démonstration anarchique.

. Quant aux libéraux, ils en furent glorieux sans doute ; le tour était trop de leur genre pour ne pas leur plaire. Quant à moi, cependant, si j'eusse été l'un d'eux, j'aurais rougi de honte en pensant que l'Angleterre constitutionnelle, après tant de démonstrations, tant de pétitions monstres et tant de meetings, n'avait trouvé d'autre moyen d'aider la Hongrie que celui de tirer lâchement la barbe à un vieillard sans défense, qui était venu chez les Anglais en se fiant à leur hospitalité.

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