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CHAPITRE PREMIER

La nuit <]« "21 janvier 1799 était, à Naples, si brillante d'étoiles et si pure qu'on pouvait découvrir d'ane des hauteurs qui dominent la mer tout ce rivage courbé en deux arcs qui s'étend de Pouzzoles à Sorrente. Là ^ autour de celte petite viile fortifiée de Sorrente, trois ou quatre bataillons d'infanterie française, étendus sur l'herbe, attendaient le jour et le signal de l'assaut. Personne ne se donnait la peine d'entretenir les feux du bivouac. Les soldats repu* blicains du général Duhesme étaient charmés d'Uhe température si nouvelle ; ils comparaient au climat de leur pays, à^cette époque de l'hiver, et même aux rudes vents des Abbruzzes, qu'ils venaient de traverser deux fois, ces brises tiédes, ces parfums d'au*bépine et cette senteur de la vigne qui commençait à fleurir au pied du Vésuve,

î FRAGOLETTÂ.

Pour le capitaine d'Haute ville, il était plongé dans une «i profonde rêverie qu'il n'cnteftfaîTIpis ni la voix des sentinelles qui se répondaient an loin ni les paroles que lui adressait le chef de sa demi-brigade, qui était venu s'appuyer contre le même arbre que lui.

— Eh bien! Marins, qui est-ce qui Saurait dit, poursuit le commandant, quand nous faisions tant de vœux ensemble sur les bancs du même collège pour visiter un jour la belle Parlhénope, le Pausilippe, le Vésuve et le tombeau de Virgile, que ce serait avec un sabre au côté que nous les admirerions ? Le voilà ce pays des; poètes : celte bicoque que nous assiégeons, c'est la patrie du chantre de la Jérusalem -, Gaprée est sous tes yeux ; les orangers de Nisida sont ce point noir que tu voîi se détacher sur la baie, et nous sommes , mon cher, à quelques pas des délices de Capoue.

Une balle, partie des remparts, passa en sifflant entre les deux officiers, qui continuèrent :

— Sais-tu, dit Marins, si les communications sont rétablies avec Rome ?

— Je pensais , répliqua le commandant , que tu de«> Tais le croire mieux qu'un autre , toi qui as reçu aujourd'hui même une lettre de France.

— Elle est d'une date déjà si ancienne que cela ne proute rien , dit le capitaine.

— Mais je n'en doute point, ajouta son ami 5 Blacdonald, qui boude un peu depuis la dernière capitulation avec Pignatdli, a été laissé en arrière pour assa^ rer les passages. Il paraît que Champtonnet est entré

CHÀPiTRB I. S

ce soir même à Naples. Le reflet des lumière» que nous voyons iau-clessus du fort Saînt-Elme pourrait bien être une iHumination qui signale son triomphe. Nos camarades sont heureux! ils jouissent déjà des honneurs de la victoire et des agrémens d'une grande ville ; tandis que nous^ nous sommes arrêtés jk^i par une poignée de bourgeois et de prêtres. Mais patience, nous aurons notre tour. Ma foi, la république va bien ; le Directoire a organisé partout le succès^ les nouvelles d'Egypte sont bonnes, et il paraît que Bonaparte va apprendre aux mameluks la

Marseillaise el lé Pas de charge Mais tu ne m'é-

coûtes pas ^ que diable as-tu ?

— Mon cher , dit d'Hauteville , je suis triste. ■— Est-ce cette lettre que tu as reçue ?

Et une seconde balle fit tomber quelques feuilles sur le chapeau du commandant*.

— Du diable si je reste ici , ajouta-t-il , je crois que le tronc de ce vieil olivier sert de point de mire à ces imbéciles.

—Hélas! oui, dit le capitaine c'est celte lettre.

— ^Ehbien, ta mère est-elle malade? Ta sœur, dont tu es le seul protecteur maintenant, a-t-elle besoin de ta présence ? S'agit-il d'un mariage , d'un séducteur? Voudrais-tu être à Paris?

— Non assurément, dit vivement le capitaine. Je suis tranquille sur le sort de ma famille. Ma mère est mieux portante, et tu oublies qu'Eugénie a à peine quinze ans. Chère Eugénie ! Ce ne sont pas eux qui m'affligent: c'est c'est le souvenir de cette pauvre Honorine,

— Quî?M«» deT ? Ah! ah! ta es un peu plu»

tendre de loin que de près , à ce qu'il me 'semble. As-tu assez abusé de Taffection de celle-là! Une veuve charmante : elle est libre , elle t'adore , elle fa sacrifié, Je crois, tout ce que le cœur sacrifie^ et toi, comment as-tu répondu à tant de fidélité? Tous êtes sans pitié, vous autres, ma parole d'honneur ! Tous ne prenez pas même la peine de tromper. Tous ne mettriez pas un matelas au-d^sous de la fenêtre par laquelle vous jetez vos victimes. Ah çà , elle est donc furieuse ?

D'Hauteville ne répondit pas.

— Elle est donc désespérée ? ajouta l'étourdi commandant.

— Elle est morte! dît !e capitaine d'Hauleville. Et son geste, sa figure, le son de sa voix, exprimaient un profond chagrin.

— Morte , grand Dieu !

— Et j'en suis la cause. Elle m'a écrit la plus touchante lettre, les plus pénibles adieux qu'on ait jamais pu lire. Elle a voulu que ce dernier billet ne fût mis à la poste que le jour même où elle serait portée à sa dernière demeure, et j'ai senti à cette lecture que pour avoir trahi tant de bons sentimens je mériterais une punition du ciel.

«^Prends donc garde, dit le commandant, qu'il ne t'entende et ne se fasse ici même le vengeur de la morale. Mais consoIe~toi, mon camarade, tu n'es pas cause de cet affreux accident. Que ton bon cœur n'aille pas s'exagérer un mal sans remède. Que veuxtu, mon cher, l'amour ne se commande pas. Ce sen-

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