CHAPITRE XIV
peu longues couvràieut &deroi des bottes à revers armées d'éperons d'argent. Uneredingote grisâtre passée par-dessus tout Taccoutreroent s'arrondissait sur un dos légèrement voûté. Il paraissait si naturellement le chef que ceux qui le suivaient et qui étaient tous plus grands que lui perdaient cet avantage en se tenant courbés. La plus petite corne de son chapeau sans galons et sans panache était projetée en avant comme son regard, perdu et fixe, et tellement fixe qu'on eût dit que ses yeux étaient de marbre.
Un aide de camp de Macdonald, qui reconnut d'Hauteville, l'interrompit au milieu de ses réflexions et l'aborda avec mystère et empressement.
— C'est vous , mon cher ! et où allez- vous donc ? Mais vous tournez le dos à la fortune, soyez des nôtres ; je vous présenterai encore et je répondrai de vous. Vous ne savez donc pas ce qui se passe?
— Je ne sais rien et n'ai guère de temps à perdre , répondit le major.
— Mais il s'agit d'un service important, et c'est à deux pas d'ici.
— Je ne suis pas de service. J'ai un congé et autre chose en tète, adieu.
— Vous n'y songez pas -, voire avancement, major, votre sort à venir
— Mon sort à venir dépend d'une autre volonté^ dit le passionné jeune homme. Encore une fois*, adieu ] je vous demande bien pardon *, mais laissez-moi aller, car j'ai affaire.
— Et quelle affaire ! Il s'agit peut-être de changer la face d'un empire.
m flUQOUITA,
*-« Ce n'oit qoeça ? 4ii le major*
L'officier, te méprenant sur le sens de eette parole, orut que d'Hautetille faisait aQusion au petit nombre des conspirateurs.
•^ Sachez que tout le monde est pour nous, dil-il; que nous ayons Fouché (de Nantes) et Talleyrand, qui, en fait de trahison , valent cent mille hommes, et que Moreau est en ce moment même à cerner le Luxembourg et à garder les directeurs à yue.
— Noble métier ! Je l'en félicite.
— Allons, décidez-YOUs, le temps presse.
— Eh ! que m'importe. Mellez-le à profit, colonel, si vos projets doivent être favorables à la liberté.
— Oh ! tout ceci d'abord n'est fait uniquement que pour sauver la république. Nous et les coryphées du Manège, et les muscadins deClichy, et les voleurs et sous-voleurs de la bande directoriale , nous allons enfin nous voir de près, et , comme dit le général , c'est le seul moyen d'en finir en guerre comme en amour. Mais souvenez-vous , d'Hauteville , que j'ai voulu vous servir en ami. Il y a quinze jours déjà que je vous avais fait prier, solliciter sous main et à plusieurs reprises de venir me voir.
— Moi, colonel ?
— Certes, et tout récemment encore par ce petit étranger qui va assez souvent chez votre mère.
— Adriani ?
— Lui-même , lui que j'ai rencontré encore hier dans les bureaux des relations extérieures.
— Dans les bureaux de Reinhart ?
GHAPinUB XIV. 189
^— Dans son propre cabinet, où j'ai su qa*il venait d'<Atemr un passe-port.
— Et pour quel pays ? demanda d'Hauteville,
balbutiant d'intérêt, de crainte et de curiosité.
— Ma foi, Je n'en sais rien : pour Naples, je crois , oui, pour Naples, à ses risques et périls, car la guerre
— Adriani est à Naples ? Adieu , colonel. Vous avez raison , le temps presse , et je vous laisse en liberté,
— Il est fou, pensa Taide de camp en s'éloignant.
— Pauvre garçon! se dit dHauteville \ voilà donc comme on met une action bonne ou mauvaise au-» dessus de Fimportance d'une idée , d'un sentiment juste ou d'un devoir à remplir. Tout ce qu'ils vont faire ne sera jamais, au bout du compte , qu'un événement, un fait heureux ou malheureux qu'on jettera ensuite à la tête des sots comme une autorité. El qu'est-ce que tout cela auprès de la moindre vertu, auprès d'une affection à regagner ou & perdre et d'une vengeance à obtenir!
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