‹ FragolettaChapitre 35 sur 152 · CHAPITRE VL HT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL HT

youiarent séparer leurs troupes. Peut-être ces deux chefe étaient-ils bien aises Tun et Taulre de ne plus partager les succès qu'ils se promettaient encore; peut-être aussi était-il conforme aux règles de la prudence et aux intérêts de l'expédition que le double littoral de la Galabre fût en même temps purgé d'ennemis. Il fut convenu que Scbîpani continuerait à manoeuvrer sur l'Adriatique et que la légion de Caraffa descendrait par les montagnes de Bovino et de Melfi jusqu'au bord de cette mer Thyrrénienne qui d'un instant à l'autre pouvait apporter les secours de la Sicile.

D'Hauteville eût préféré demeurer dans le comté de Molise avec Schipani. C'est là que Camille devait raisonnablement se rendre pour fréter un bâtiment. La rencontrer sur l'autre rivage ne pouvait être qu'une bien vague espérance, car elle y devait à peine poser le pied. Et les ports de TAdriatique, où vraisemblablement d'Hauteville arriverait avant elle, offraient mille chances de relard, d'inconvéniens, de vents contraires, propres à lui faire retrouver ses traces. Néanmoins, il ne chercha point à éluder l'ordre qu'il avait reçu d'accompagner le comte de Kuvo. Toutes les précautions humaines étant prises pour qu'il fût informé de l'arrivée de tous les voyageurs qui se présenteraient sur ces côtes , il traversa avec les siens les deux principautés dont Saverne et Avellino sont les chétives capitales.

Caraffa et les Français suivirent les sables depuis Pestum jusqu'à Paula sans rencontrer d'obstacle à leur route que l'état même de ces déplorables che-

lia FfULGOtBTTA.

nains et sans avoir d'ennemi à combalire que rennni Diortel; mais tantôt des marais sans rivages et teu"lement à Thorizon quelques oiseaux grisâtres , tantôt des bourgades à moitié détruites par les tremblement de terre de 1783 et dans lesquelles se traînaient sans énergie pour relever leurs ruines des habitans privés depuis six ans du toit de leur asile,

B'Hauteville observa que les femmes étaient sans beauté et même sans jeunesse au milieu de ces popula* tiens énervées qui pleurent, mendient ou assassinent. TouslesfronlsélaientsQucieuxoufarouclies. Quelques enfans essayaient leurs premiers pas au soleil : ils portaient déjà un sac de pénitent ou une robe d^ursuline. B'aulres étaient emmaillotés en capucins. Si répoux se laissait distinguer à quelque distance ^ demi-caché sous un figuier, il tenait pour tout instrument de travail une longue escopette sur laquelle encore il s'appuyait nonchalamment , et enfin dans rintérieur malpropre des chaumières, si on distinguait quelque chose, c'était un moine qui, comme écrasé sur son siège, en face d'une bouteille et d'un livre, montrait des joues animées comme celles d'un forgeron, des yeux brillans et immobiles comme peux d'un buffle au fond de son marécage.

Sans quelques chèvres montées sur des débris et qui tournaient quelquefois la tête pour voir défiler les bataillons, nos soldats auraient pu croire que nul être vivant ne s'apercevait de leur passage. Plus d'une pauvre curieuse fut punie de sa témérité, car le Napolitain, larron jovial tant qu'il n'est point averti d'un péril, faisait souvent un prisonnier de co

oHÀi^rmB VI. lift

geÉre el 1^ jetait en bandoulière comme dn pendant de sa mandoline*

Cependant la petite armée avait fait asses maigre chère jusqu'à son arrivée à Paula. Dans celte ville, où naquit Termite à qui notre Louis XI confia les secrets de sa conscience, ils aperçurent les toits de toutes les maisons exactement couverts de pigeons. On eut beau leur raconter que ces oiseaux étaient sacrés, que le Saint les ayant autrefois apportés pour ses frères malades , et les malades refusant de les manger, ils avaient pullulé depuis ce temps comme une preuve, chaque année plus grande, de la tempô*rance des minimes ^ on eut beau leur dire que le fusil dont ils se serviraient contre ces oiseaux crèverait infailliblement dans leurs mains, ils persistèrent à croire en rexcellence de leurs armes.

Mais cette action ne fut pas une de celles qui servirent le moins à dépopulariser les Français en Ca^ labre et à faire augurer défavorablement des principes de la république.

Pendant que les hommes commandés par d*Hauteville jouissaient de quelques heures de ce repos occupé, le capitaine alla parcourir la pittoresque cité de Paula. Aarement son inquiétude lui permettait rimflaobiiité d'une halte, et il désirait visiter ce temple dont aa pauvre anachorète avait mérité d'être le patron. Il en approcha, Tesprit déjà touché des simples aventures de ce jeune homme que les monarques de France et de Naples ne purent décider seuls à quitter ses forêts. Il voyait Thumble voyageur arriver au bord da Cher par ordre de Sxto IV et essayer de

faire comprendre au yieoi: prisonnier do PIes8i8-lè8« Tours qu'un peu de bien vaut mieux pour apaiser le ciel que de longues prières.

L'Angelus venait de finir*, les derniers sons de Torgue vibraient encore, et au travers de la f\imée bleuâtre de Tencens quelques cierges s'allumaient au pied de la sainte statue. D'Hautevilte, que la superstition ni les rites grossiers n'avaient jamais détaché des espérances religieuses, fut choqué d'un étrange détail dans l'adoration païenne de cette image. Placé sur un assez haut piédestal et entouré d'une grille pour éviter apparemment les trop ferventes approches des fidèles, le bienheureux avait un cftble passé autour du cou, et Texlrémilé de cette corde était successivement saisie par chacun des croyans qui se succédaient à ses pieds.

Était-ce un moyen ingénieusement catholique de communiquer plus directement avec l'élu pendant la prière? Prélendait-on, selon le système de quelques modernes jongleurs, établir un rapport plus immédiatement magnétique ? Enfin les dévots espéraient-ils avoir trouvé le moyen de remédier aux distractions toujours si naturelles à un auditeur et de rappeler par une bonne saccade saint François à leur affaire ? Vous avez vu la même chose essayée par ces réciteurs de leurs œuvres qui secouent votre manche, tirent le bouton de votre habit -ou croient réveiller votre attention à coups de coude.

Quoi qu'il en soit, l'objet qui se dessina pour d'Hauteville devant cette statue était digne des pinceaux du Corrége : une jeune fille. Elle avait les pieds nus.

Page 1