CHAPITRE X. Il
cera : faites masquer la ligne par une chatne de postes le long de la Trebbia.
Le général passa ensuite une partie de la nuit à écrire, et, resté à Tarriére-garde pour veiller luimême sur ses blessés et ses ambulances , il entra dans un logement voisin du sien , où il avait fait placer d'Hauteville. U fut charmé de trouver cet ofiBcier debout.
— Si vous me faisiez donner un cheval, dit le blessé, Je pourrais peut-être m'y tenir quand le canon tirera.
— Je vous réserve pour une plus heureuse occasion. Votre demi-brigade est anéantie ; le peu d'hommes qui reste va être incorporé dans celui de nos cadres que choisiront eux-mêmes ces braves ; mais vous, il faut partir. Ne regrettez rien \ sans secours , sans renforts , notre campagne est finie. Vous prendrez la voiture qui m'appartient, vous gagnerez Chiavari aussi rapidement que vos forces pourront le permettre, et, arrivé à Gênes, vous ferez demander à l'amiral Brueix un moyen de transport jusqu'à Marseille. La dépêche que voilà est pour lui \ celle-ci est pour Paris, où vous tâcherez d'arriver ensuite. Elle est adressée au ministre de la guerre, et je désire que vous la lui remettiez en même temps que le drapeau que vous avez pris et que je lui annonce. Il s'agit du sort de l'armée. Si vos blessures vous retiennent cel)endant , si les fatigues de la route vous obligeaient à des séjours que j'autorise, remettez ces papiers à une personne que vous choisirez vous-même pour achever votre mission. Mais si, comme je l'espère, vous
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foyei dans peu BerDadoUe , dilea-lut que i regagner Lucques et Saitanne^ et que ai nom ne pooYOD» nous matntenîr 3Qr cette ligae, noua rejoindrons Moreau» qui n'a pas Toula noua rejoindre et A qui je remettrai le commandement. Peut-^tre Tétai de Farmée , réduite de yingt^huit à dix^^pt mille hommes, étonnera*t«41 le nouveau minisire; faites**le souvenir des combats livrés et des marches et des re* traites opérées depuis Naples jusqu'ici» à travera tant dépopulations soulevées.
D'Hauteviile eût bien voulu opposer quelques iibr jections 4 ce départ» insister pour partager jusqu'au bout le sort de ses frères d'armes.
-— C'est un ordre que je vous donnci interrompit son cher avec douceuri ol^éissez*
£n ouvrant les yeuX| aux premiers sons de la diane , les Autrichiens et les Russes virent avec une secrète joie l'ennemi dont ils venaient d'éprouver la constance s'éloigner par les deux routes de l'Apennin* Mais le vieux Tartare qui les commandait voulut A l'instant poursuivre les Français. Il monte & cheval, il se fait entourer de quelques centaines de cosaques et s'élance dans la plaine avec l'ardeur d'un hetmann inexpérimenté. Son armée, fatiguée, intimidée surtout par la longue résistance de Macdonald, refusa de le suivre.
Alors du haut de l'éminence où il s'était arrêté pour juger la sage ordonnance de cette retraite et adresser encore un regard d'adieu à ses camarades, d'Haute» ville put apercevoir le grotesque spectacle du désespoir de Souwaroff. U jeta loin de lut ses épaulettes
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étoUées^ sa ffgUré de sioge pleara , U arracha ses cheteax gris, aussi touffus que la toison d'un ours, s'agenouilla deux fois en invoquant je ne sais quel saint du paradis des Kalmioucs, et enfin, par une inspiration de sa douleur ou plutôt de sa rage, il ordonna qu'on lui creusât une fosse devant le ttoni de bandière du premier régiment. Là il se coucha comme en un cercueil et voulut qu'on le recouvrît de terre , :puisqu'il était mort, disait-il, avec son pouvoir.
Ce trait d'éloquence hyperboréenne parvint ft toi^cher les nerft robustes de ses soldats. On releva le petit homme aux grandes bottes, on promit de le se^ couder et on marcha en effet. Mais la dix-septième demi*brigade de l'armée française reçut le choc sans s'émouvoir, et bien que toute l'arriére^garde fût chaque jour harcelée par l'activité de Souwaroff et l'effet de son éternel mot d'ordre: «En avant, et » frappe*,» la retraite ne fut point coupée, la marche des troupes ne fut nuUement suspendue.
D'Hauteville n'eut pendant son voyage assez long d'autre compagnon que le chasseur autrefois à son service, et ce voyage ne présenta que les incldens ordinaires de sa double nature, c'est-à-dire que la mer fut capricieuse et fatigante, et les postes, presque partout déisorganisèes, entraînèrent des lenteurs et des nuits passées qui épuisèrent presque totalement les forces dû malade. L'état de son àme l'accablait plus que tant de souffrances physiques. Aussi longtemps que là présence de l'ennemi, Témulation du combat, les
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mille distractions da péril avaient fait diversion à [sa pensée unique, il avait trouvé du mouvement , de la force, quelque existence^ mais, retombé jenfln sur lui-même, né vivant plus que d'une pensée amére et brûlante, il s'aperçut que la vie, comme l'espoir, commençait à lui échapper.
Dans la soirée d'un jour où il s'était évanoui deux fois au fond de la voiture , son soldat lui proposa de séjourner vingt-quatre heures dans l'auberge assez propre où ils venaient de descendre.
— Et où sommes-nous, mon pauvre Bernard ? ditil avec un triste sourire.
— Mon commandant, il vous a plu de quitter la route directe, de passer par Grenoble pour voir Ghampionnet, qu'ils ont l'indignité de retenir en prison , dont nous n'avons pu approcher, et, comme dit l'Italien, ça n'a pas diminué les grains de notre chapelet. On dit que le nom du hameau où nous voilà n'est pas sur le livre de poste , mais nous sommes à peu prés, je crois, à douze lieues au delà de Glermont, et nous devions coucher ce soir à Aubusson, chef-lieu du district.
D'Hauteville, apprenant qu'il se rapprochait ainsi de la province où il était né, tressaillit involontairement ] et, 'prenant à l'instant une résolution qu'il voulut cacher, il dit à Bernard avec indolence :
— Eh bien! mon vieux camarade, je suivrd ton conseil, je prendrai du repos. Mais vingt-quatre heures ne peuvent me suiBre : je n'en puis plus et j'ai besoin de me refaire avant de me remettre en campagne. Or, les dépêches qu'on m'a confiées de-