‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 100 sur 226 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Il chercha des yeux avec embarras l'ambassadeur de Ruiîo et fut charmé de ne plus rencontrer si près de sa personne un liomme qu'il avait eu d'autres occasions de connaître.

— 3Iessieurs, dit Caraffa, permettez-moi de vous faire observer qu'il y a assez longtemps que je languis devant votre sublime justice; je demande à être délivré du plaisir de vous voir. Je vous défie et vous délesterais si ce n'était vous faire trop d'honneur. Mais tout ce que vous respectez , je le méprise ; j'ai porté les armes contre tout cela, et , si je le pouvais, je les reprendrais ce soir. Ainsi...

— Ainsi, dit Spezialé, qui parut se réveiller pour prononcer cette seule parole, à droite I

Quand Hector Caraffa parut au milieu du greffe , où ses jeunes amis avaient été successivement rassemblés, il remarqua avec une surprise naïve qu'un fond de tristesse, un air de préoccupation pénible, régnaient dans les esprits.

— Qu'est-ce? dit-il. N'est-ce pas pour demain et ensemble.? Et qu'aurions -nous de mieux à faire quand on ne nous y forcerait pas ? Il n'y a plus d'espérance pour nos projets, mes amis. Pauvre terre de Naples I C'est ainsi que dès qu'elle produit cent hommes dignes de la liberté, l'Europe entière se rue sur elle et ne lui donne pas le temps de fonder un peuple. Mais, quoique non vengée, notre fin ne sera pas perdue pour l'avenir. Dabord elle déshonore nos ennemis, et, personnellement, ne pouvons-nous pas triompher de quelques regrets ? Il y a quelquefois entre vivre et ne pas vivre une différence si imper-

ceptible que je donnerais le choix pour une épingle. Dites-leur bien au moins, Cérillo, poursuivit-il , que la blessure que j'ai au front n'était pas mortelle et que je ne parle pas ici de la vie comme le renard de sa queue tronquée.

La plupart des condamnés sourirent^ Yitagliani soupira.

— Ehl qu'as-tu, toi, mon pauvre enfant? reprit Caraffa. Regrettes-tu ta nourrice ou ton cheval arabe? Si je pouvais mourir deux fois, je subirais volontiers pour toi la seconde épreuve.

— J'ai porté le deuil de ma mère^ et c'était mon dernier parent, dit l'élève de maître Dominique; mais que voulez-vous! j'avais coutume dans ma prison déjouer de la guitare tous les soirs, et tous les soirs quelques jeunes filles venaient danser à ce bruit sous ma fenêtre. J'en avais remarqué une... Tantôt, quand on m'a interrompu pour m'amener ici, leur plaisir a cessé comme le mien ^ mais au moment où l'on me faisait passer près d'elles, entouré de tant de soldats , celle que j'avais remarquée s'est évanouie.

— Ah I malheureux, dit d'Hauteville, vous perdez plus que la liberté et la vie sur cette terre : vous étiez aimé , vous. Caraffa n'essaiera pas de vous consoler.

— Eh ! pourquoi, cher major ? ajouta celui-ci. Les dernières vérités qu'il lui aurait fallu savoir n'effaceraient-elles pas un jour la douceur de ces premiers mensonges ? Songez donc que nul cœur d'homme n'a encore trahi le sien ; que nul amour de femme ne l'a plongé dans le désespoir; qu'il est dispensé des épreuves ! Et ne vaut-il pas mieux jeter la coupe que

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