‹ Fragoletta, Nouv. édChapitre 161 sur 226 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

— Quelle était donc celte jeune femme avec laquelle vous paraissiez causer avec tant de plaisir?

— Une femme, dites-vous ? C'était bien un trèsjeune homme.

— Vraiment ? Il est vrai que je n'apercevais que sa tête bouclée au-dessus de votre épaule, mais il est donc d'une bien singulière beauté!

Là Adriani s'arrêta. Il renonça à l'instant même à poursuivre l'objet de son admiration subite, et pourtant quand la jeune dame fut trop loin pour essayer de la rejoindre, il se repentit de n'avoir pas au moins prêté l'oreille jusqu'à la réponse qu'elle devait avoir faite à la dernière question de son amie.

La nuit tombait. D'Hauteville, Adriani, Eugénie et une ou deux personnes seulement de leur société se retrouvèrent dans d'immenses salons tout éblouissans de lumières, de cristaux et de fleurs. Mais ils s'y retrouvèrent absolument seuls. A cet aspect ils se sentirent le cœur serré ^ ils n'expliquaient pas l'abandon si subit de ce palais , l'aspect presque funèbre de ce lieu de plaisir. Le maître lui-même en avait disparu ^ on eût dit qu'un génie malfaisant, en planant au-dessus de rédifice, avait fait évanouir d'un souffle la joie, la fête et les convives. Que de luxe perdu I dix mille bougies n'éclairant plus personne^ partout des buffets d'or, des sorbets, des vins précieux plongés dans la glace, et pas un couple pour s'approcher ni choisir. Là des laquais immobiles ^ ici des orchestres retentissant dans le vide des salles ou accompagnés quelquefois par le lointain

roulement des carrosses qui se précipitaient vers Paris.

— Sortons, dit Adriani, le clair de lune est plus beau que ce triste spectacle.

— J'ai le souvenir de pareilles soirées passées en Italie, dit d'Hauteville \ mais ces symptômes étaient toujours ceux qui annonçaient des fléaux.

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