CHAPITRE XVI
— Mérilcz-vous les attentions qu'on a pour vous, Cosima? dit l'huissier. Yoici un seigneur étranger qui se mettra en pension.
— Je ne veux ni de toi ni de tes dupes.
Proni la regarda d'un air terrible, puis il ajouta emphatiquement :
— Un Anglais ! du vin, du bœuf, point de pain ni de nappe.
Et il se retourna vers d'Hauleville en lui adressant un clignement d'oeil qui fil tressaillir celui-ci, car il signifiait : « Vous voyez que je ne dis pas qui vous êtes. Je devine que vous avez intérêt à vous cacher. ))
Le titre d'Anglais avait subitement adouci Cosima, et pendant qu'un flacon de verre blanc recouvert de tresses de jonc occupait déjà Proni, qui enlevait avec précaution et au moyen d'un peu d'éloupe la légère couche d'huile dont la liqueur était bouchée, d'Hauleville songeait au mensonge qu'il faudrait opposer aux questions de son commensal dès que le flacon aurait commencé d'agir. Proni lui évita celle peine.
— Vous venez ici, au nom de votre gouvernement nouveau, pourquelquessoi-disant réclamations sur des propriétés saisies, mais au fond pour savoir ce qui se passe militairement depuis votre départ. Eh bien ! vous aurez bon marché de la cour ^ elle a déjà peur de Bonaparte. Pour ce qui est de l'armée, dissoute \ et pour l'esprit du peuple, on déteste tout ce qui revient de Sicile. 11 faut, pour flaller la reine, lui prouver maintenant qu'elle est haie. Aclon branle au manche, cl le
chevalier Mêcîici, qui sera ^on successeur, lui a dcjâ dit devant le roi : a II est factieux que les meilleurs et les plus doctes soient ici vos ennemis.» On parle ouvertement du courage de ceux qui sont morts cl de la làchelé des vainqueurs, sans compler leur ingralitude. Il ne veulen! enfin que des sujets, voyez-vous, et craindraient de rencontrer des hommes. Eteindre le courage, rénergie , nos facultés de toute espèce, s'appelle ici améliorer la société. Tenez, voyez-vous bien, ajoula-t-il en se levant et montrant par la fenêtre de Tauberge un homme qui, placé dans la rue au sommet d'une échelle, était occupé à retracer une ancienne inscription sur la muraille en face, voilà l'image de ce que fait notre gouvernement.
D'Hauteville s'approcha et lut assez couramment, au moyen de lettres vives et nouvelles, une inscription qui doit exister encore : « Qui si castrano i puti miravigiiosamenté *. »
— Dans les premiers jours de votre entrée, un de vos soldats qui savait apparemment lire monta effacer ces mots à coups de baïonnette.
» — Mais il faut respecter l'Elre suprême et les propriétés particulières! lui criait son camarade.
» — C'est parce que je respecte TElre suprême et les propriétés parîiculieres, répondait Taulre, que j'abolis cette boutique-là. » — La reslauration, ajouta Proni, est peinte dans cette enseigne.
Décidé enfin à aborder la question qui l'inléressait uniquement, d Ilauleville jugea à propos d'en faire
' ki on perfectionne les pelils garçons.