‹ France-Canada (volume 3)Chapitre 19 sur 39 · U. 0. ET F. DE N0IRM0NT. PÉRIODIQUES FRANÇAIS ET CANADIENS · texte numérisé non relu

U. 0. ET F. DE N0IRM0NT. PÉRIODIQUES FRANÇAIS ET CANADIENS

Les faits du mois.

M. G Mars 1913.

Lettre du Canada.

Les Compagnies de navigation et l'exportation en France des produits

canadiens.

Montréal, avril 1913.

La Compagnie Transatlantique française vient de prendre la décision de mettre sur sa ligne France-Canada un de ses magnifiques steamers bien connus du public voyageur, La Touraine; la Compagnie Allan, subventionnée par le gouvernement canadien promet d'affecter à un service direct entre le Canada et la France deux de ses grands steamers; et enfin la Chambre de Commerce française du district de Montréal va envoyer en France une délégation d'hommes d'affaires pour étudier sur les lieux les possibilités d'échanges commerciaux plus suivis et plus importants entre le marché français et le marché canadien. Que l'on tienne compte en outre de la visite faite au Canada l'année dernière par la délégation du Comité France- Amérique, et de l'ouverture, dans la revue de ce Comité, d'une section spéciale consacrée au Canada, et l'on sera amené à espérer que le commerce entre nos deux pays va atteindre ce développement qui, en dépit des traités, des échanges constants de sympathies verbales et d'attentions diplomatiques, ne s'est pas encore produit avec toute l'intensité désirable dans l'intérêt du Canada comme dans celui de la France.

Il est à propos, avant l'ouverture de cette campagne commerciale, d'étudier comment on pourrait faciliter encore et aider ce trafic et sur quels articles devrait se porter notre sollicitude pour obtenir les meilleurs résultats possibles.

La multiplication des facilités de transportation et surtout l'utilisation plus complète des moyens qui sont déjà à notre disposition et sans lesquels on ne peut s'attendre à une amélioration sensible, voilà ce qui nous paraît constituer les points essentiels de cet effort.

Le-; deux choses d'ailleurs sont absolument connexes. Plus les lignes de navigation seront utilisées par les négociants, plus elles seront à même de réaliser des bénéfices au moyen du transport des marchandises à elles confiées, plus aussi leurs directeurs mettront de vaisseaux à notre disposition. Les Compagnies de navigation ne sont pas des institutions philanthropiques; ce sont avant tout des entreprises commerciales qui sont tenues de servir des intérêts à leurs actionnaires, et c'est là d"ailleurs, leur meilleur moyen de comprendre la bienfaisance. Elles ne demandent pas mieux que d'utiliser leur matériel et leurs vaisseaux et de faire le plus de voyages possible, mais encore faut-il qu'elles ne les fassent pas à perte, état de chose anormal et inexigible .

La multiplication des facilités de navigation est en corrélation directe avec la somme du trafic, comme le prouve un simple examen du Rapport du ministère des Douanes du Canada pour l'exercice financier terminé le 31 mars 1912.

En 1912 le commerce France-Canada s'est élevé à $ 13.868.369 et ce trafic résulte de 31 voyages de steamers : 22 de France en Canada et 9 de Canada en France. Mais la même année, l'Allemagne, qui est sur le marché de ce continent la grande concurrente de la France, a fait avec le Canada un commerce de g 14.904.919 qui résulte de 82 voyages : 52 d'Allemagne en Canada, 30 du Canada en Allemagne dont 71 ont été accomplis sur des navires allemands, pour l'Allemagne, tandis que 11 se faisaient sur des vaisseaux français pour la France.

Ainsi, le commerçant allemand, qui confie presque exclusivement son commerce à des vaisseaux portant son pavillon national et le fait connaître de cette façon aux pays avec lesquels il entend commercer, professe un patriotisme éminemment plus pratique que celui de nos compatriotes de France.

Ainsi saute aux yeux le côté essentiellement faible du mode commercial français. La France s'impose des dépenses considérables en hommes et en argent pour faire connaître son commerce et l'implanter au sein d'une clientèle hétéroclite et prend alors soin, au moyen de sages restrictions et de privilèges habilement ménagés, de forcer ses produits à circuler sous pavillon français. Mais s'agit-il de commercer avec des clients consanguins capables de fournir un commerce appréciable, les Français négligent ce qui constitue la

partie sentimentale et, — pour ainsi dire, — humaine du trafic, considération dont on ne peut cependant nier l'importance dans un pays comme le Canada.

Il suffit d'assister aux discussions de notre Parlement, même à celle de l'incident de négoce le plus terre à terre, pour comprendre quel rôle énorme y joue le sentiment. Qu'il s'agisse d'encourager les échanges avec la Grande-Bretagne à l'encontre des échanges avec les Etats-Unis, ou bien le troc avec les coloniessœurs, c'est uniquement le sentiment impérial qu'on évoque et toujours le drapeau britannique qu'on agite.

Le pavillon allemand, flottant à l'arrière des vaisseaux allemands qui se sont amarrés en 1911-1912 dans le port de Montréal est certainement un des facteurs dominants de l'augmentation de g 2.191.562 qu'on relève dans le commerce de ce pays avec le Canada, cette année-là; et l'absence du pavillon français durant cette même période doit être pour beaucoup dans la diminution collatérale de g 477.496, subie par le commerce canado-français.

Il est inutile, diront beaucoup de gens, de faire connaître le drapeau français en Canada; ce drapeau y est déjà bien connu et glorifié. 11 y a dans cette assertion une fausse impression psychologique qui appelle une correction. Par un curieux anachronisme, le drapeau tricolore, que les Canadiens aiment et arborent, personnifie auprès de la masse du peuple canadien presque tout ce qui n'est pas la France d'aujourd'hui, intellectuelle, commerciale, industrielle. Il évoque des idées et des traditions, morales et politiques très respectables en soi; mais, pour ce qui a trait à l'esprit réel et à la vie matérielle de la France actuelle, il ne provoque pas cet appel au contact intime et à l'échange vital d'où pourrait découler un resserrement de trafic profitable. Pour tout habitant du continent américain qui vient à New- York et traverse l'Hudson, le pavillon français, que l'on voit flotter presque sans interruption à l'arrière des vaisseaux delà Compagnie Transatlantique mouillés à ses quais immenses, signifie et proclame que la France du souvenir se continue irrévocablement dans la France du présent, animée d'aspirations nouvelles, imbue d'idées toujours aussi nobles, généreuses et inspiratrices, dans une France qui travaille, commerce et réclame sa place au soleil dans le trafic mondial.

Voilà ce qu'il faudrait voir dans le port de Montréal : une allée et venue de steamers battant pavillon tricolore et montrant bien à tous les Canadiens que la France n'a pas seulement une langue mère de la leur, la plus belle qui existe au monde, une civilisation ancienne qui fait l'admiration universelle, des idées qui animent le monde, mais encore qu'elle tient toujours un comptoir où se vendent les articles les plus exquis et où s'achètent en bel or sonnant •t trébuchant les produits étrangers les meilleurs, qui lui sont nécessaires

pour maintenir sa fabrication à l'inaccessible degré de supériorité qu'elle possède sans conteste possible.

Il faut absolument arriver à ce résultat, et, pour cela il importe que les commerçants français fassent beaucoup plus qu'ils ne font et profitent davantage des facilités qui leur sont offertes et des sacrifices que s'imposent les Compagnies de navigation françaises pour créer un courant commercial avec le Canada.

Jusqu'à présent, tout le monde, sauf les intéressés les plus directs, c'est-àdire les Français, a feit de son mieux pour provoquer des échanges suivis entre les deux pays.

Les gouvernements, en vertu du principe qu'on ne peut pas demander à un pays d'acheter si on ne le met pas à même de vendre, ont essayé, au moyen de traités de commerce, d'encourager dans chacun des deux pays l'entrée, aux meilleures conditions possibles, de certains produits soigneusement triés. C'est dans ce sens qu'ont été conclus le traité de 1893 et celui de 1907, entré en vigueur en 1910. Malheureusement ces conventions, conçues dans les meilleures intentions du monde, n'ont pas eu tout l'effet qu'on en attendait, par suite du choc de deux protectionnismes qui, agissant chacun en sens inverse sur la barrière, se sont trouvés la tenir hermétiquement close. Le protectionnisme agricole français s'opposait aux exportations agricoles canadiennes, et le protectionnisme industriel canadien combattait les exportations industrielles françaises; exportateurs et importateurs des deux pays s'obstruaient complètement le passage.

Il fallut se contenter de faveurs négatives. Par exemple, quant au blé et aux animaux qui furent la pierre d'achoppement des diverses conventions, la France put seulement promettre que le Canada n'aurait pas à subir d'augmen. tations de droits s'il se produisait un relèvement du tarif français. Une telle concession ne pouvait faire naître ni un grand enthousiasme ni même un élan commercial ; et la suite a montré, en effet, le peu d'avantage que le Canada pouvait retirer d'aussi futiles concessions sur ces deux gros articles, qui devraient être l'objet d'un si beau commerce.

La lutte qui se fait actuellement contre la vie chère et le mouvement très énergique qui a surgi en France pour obtenir une entrée plus facile du bétail étranger et des blés d'importation afin d'atténuer les difficultés de l'existence, paraît aujourd'hui autrement sérieuse, et propre à faire naître des espérances autrement fondées, pour la réalisation desquelles des préparatifs, sous forme d'un service d'exportation de bétail entre Montréal, Dunkerque et Calais, ont commencé l'année dernière; mais les documents officiels n'enregistrent pas encore de résultats.

Voilà, quant au tarif, ce qu'ont fait les gouvernements. Ils ont certainement

agi de leur mieux, mais, en fait de commerce même, la crainte de l'électeur est évidemment la ruine des meilleures intentions gouvernementales.

(A suivre). J. R. Gémm.

Vie économique.

Les placements hypothécaires au Canada (1),

Le 3 décembre dernier, à la fiu du dîner France -Amérique, MM. Alexis Rostand, Ph. Roy et Kleczkowski ont rappelé l'importance des richesses latentes du Canada, puis la nécessité de capitaux et d immigrants européens pour aider l'active population canadienne à mettre en œuvre ces ressources naturelles.

L'afflux des capitaux dépend de la rémunération et de la sécurité qu'ils trouveront outre-Atlantique; le taux de lintérêt et la solidité des placements sont eux-mêmes déterminés par l'activité économique du pays, résultante pour une grande part encore de l'immigration.

Il en est ainsi en particulier des placements hypothécaires indispensables à de jeunes régions dont l'exploitation est surtout agricole. La valeur du terrain servant de garantie augmente avec le nombre des immigrants. Faut-il en conclure que la hausse sera constante pourvu quo le nombre des colons continue de s'accroître? La multiplicité des facteurs qui interviennent empêchent de l'admettre. Le mouvement des prix est tout relatif : il ne dépend pas seulement du revenu fourni par la propriété, mais aussi de l'espoir que l'on a, ou que l'on a eu, de la revendre tôt au tard. Le capitaliste qui fait un prêt hypothécaire au colon de l'Alberla ou de la Saskatchewan sur la garantie du homestead récemment obtenu par celui-ci ne peut baser l'importance de son prêt ni sur le revenu actuel, ni sur le coût d'acquisition, qui sont presque nuls; si au contrairo il prête sur une concession plus ancienne ou plus particulièrement sur un immeuble urbain, le prix d'achat peut avoir été surélevé p;ir la spéculation et décliner ensuite plus ou moins longtemps. Or, on sait avec quel excès s'est exercée pendant ces dernières années la spéculation dans les territoires du Nord-Ouest, principalement dans les villes. On a pu craindre qu'une crise immobilière ne se produisît, compromettant pour une plus ou moins longue période le des prêts fonciers. Si tout danger immédiat semble écarté, grâce en partie à la sage fermeté déployée par les chefs des grands établissements financiers, qui ont à plusieurs reprises donné le signal d'alarme, il n'en est pas moins utile de faire son choix avec prévoyance et réserve lorsqu'on s'occupe de ces opérations à longue échéance que sont les placements hypothécaires.

Le compte rendu pour 1912 do la Canadian Bank of Commerce contient les déclarations suivantes faites par le directeur de la Section centrale et occidentale (Mani-

(1) La revue Fran-e-Uniuers publiera, dans son numéro du 15 mai, un aniclo étendu aur lea placements hypothécaire! au Canada, do notre collaborateur M. E.-B. Dubern. L'auteur en indique dans l'arttete ci-daseu« la substance et ajoute quelques observations sur le même sujet.

toba, Siskatchewan. Alberta) qui, sans pessimisme, suggère de prudentes réflexions :

« L'existence d'une spéculation intense sur propriétés foncières est indéniable; mais, à létranger surtout, on attribue une portée exagérée à l'influence que cette spéculation peut exercer sur les affaires commerciales du pays. Parmi les gens bien informés qui s'occupent d'opérations foncières, et même parmi ceux qui font des prêts hypothécaires, on n"en trouverait guère assurément qui considèrent les prix des immeubles ruraux comme excessifs. Cependant — il importe de le remarquer — les sociétés hypothécaires continuent à assigner une limite très prudente au montant des prêts qu'elles consentent par acre, même dans les parties les plus favorisées du pays, mesure qui tend elle-même à restreindre l'inflation des prix.

« Si nous en jugeons par des points de comparaison pris dans toute l'Amérique du Xord. les valeurs des terrains neufs sur lesquels s'exerce la spéculation dans la plupart des villes de l'Ouest canadien qui sont en voie de développement ont été établies à tout le moins en escomptant les favorables perspectives de plusieurs années d'avenir; aussi faudra-t-il que tôt ou tard les prix soient remis en concordance avec la situation réelle. Il est d'ailleurs impossible de dire combien de temps ce réajustement sera retardé par les besoins d'une population dont l'accroissement est si rapide. Cependant cette opinion est tellement répandue chez les principaux hommes d'affaires du pays, surtout chez ceux qui se trouvent à la tête des banques, compagnies d'assurances, et autres entreprises de crédit et de placement que l'on s'est efforcé d'endiguer la spéculation sur immeubles et l'on y est parvenu de telle sorte que, si les prix diminuaient fortement, il n'en résulterait pas une grande perte pour la prospérité du pays dans son ensemble. La valeur des immeubles affecte surtout l'état du marché général dans la mesure où les commerçants ont consacré leurs capitaux à des affaires immobilières; mais les spéculations immobilières des commerçants ordinaires ont pour objet principal les immeubles ruraux; or les prix de ceux-ci n'ont pas encore monté assez pour se trouver exposés à une forte dépréciation. La spéculation sur immeubles urbains s'est, en grande partie, trouvée entre les mains des capitalistes étrangers et d'une certaine catégorie à demi professionnelle d'hommes d'affaires canadiens faisant le commerce des biens-fonds. »

On peut espérer que le tassement du prix des terrains, s'il prend des proportions notables, ne sera que temporaire et que le peuplement du Canada, en même temps que les ressources de crédit, entretiendront ou renouvelleront un mouvement de hausse sans toutefois que celui-ci anticipe trop sur la productivité réelle du sol. C'est d'elle que dépend la rémunération des capitaux engagés : et l'on sait, à en juger par le taux des prêts hypothécaires dans les territoires du Nord-Ouest, qu'elle est considérable (couramment 8 %).

D'autre part, la législation immobilière du Canada (système de l'acte Torrens dan» une grande partiedu pays) est très favorable au développement des affaires hypothécaires. Quant aux conditions de remboursement, elles présentent une souplesse que l'on ignore eu Europe et qui, favorable surtout à l'emprunteur, permet en revanch» au préteur de modifier sa position si les circonstances le lui font désirer.

Les prêts hypothécaires sont en générai consentis pour cinq à huit ans au Canada comme aux Etats-Unis. Il est rare, dans ces conditions, qu'un mode d'amortissement conçu d'après des règles purement mathématiques soit appliqué. Il n'est pas fréquent non plus que l'on adopte le systèmedu Sinking Fund, c'est-à-dire du remboursement

FRANCR-CAHADA

total ajourné jusqu'à la tin de la durée du contrat. Le mode de remboursement est empirique comme la plupart des méthodes financières américaines. Il est généralement convenu que le débiteur remboursera des fractions simples du capital à la fin de chaque année, le versement de la dernière année devant solder la dette. Mais cettn convention n'est que théorique. En réalité le débiteur n'effectue généralement ses remboursements partiels que lorsque l'état de ses affaires le lui permet et qu'il h l'occasion de venir à la ville. La distance et la difficulté des déplacements modèrent beaucoup le zèle des agents chargés du recouvrement. D'autre part, quand le débi teur est solvable, son créancier u'a nulle hâte d'être remboursé. Les paiements trop arriérés peuvent porter intérêts, et le solde subsistant à la tin du contrat donne lien à un nouveau prêt au taux .intérieur ou même à un taux qui pourrait être plus élev.si l'état du marché des placements de moyenne durée le comportait. Seulement, si le débiteur no remboursait aucune partie du capital, ce signe inquiétant d'une gestion basée uniquement sur le crédit déciderait probablement le créancier à se faire rembourser aussitôt tout son capital, comme les contrats d'hypothèque en prévoient toujours la faculté dans ce cas.

Pour éviter une situation aussi dangereuse, il convient que les capitalistes européens choisissent avec un soin très défiant leurs débiteurs canadiens ou les intermédiaires chargés de faire leurs placements au Canada. Les nmisons sagement dirigées sont assez nombreuses sur les deux continents. En se renseignant d'une manière minutieuse sur leur fonctionnement, il est possible de les distinguer de celles qui sont moins bien administrées ou qui ont pour unique objet de prélever pendant leur courte durée m maximum do bénéfices sur les sommes imprudemment déposées dans leurs caisses. Avec la collaboration de grands établissements réputés pour leur prudence, ou d intermédiaires privés dont le caractère et les capacités sont bien connus, on parvient à faire fructifier d'une manière •■\trèmement lucrative ses capi taux dans le Dominion ; on participe ainsi à la mise en râleur de ce pays qui parait destiné à devenir une des grandes forces politiques et économiques du monde.

E.-B. DUBBBN

Vie intellectuelle et soeiale.

James Wilson Morrice,

peintre canadien et peintre du Canada.

Le Canada, pays jeune, riche en promesses et qui. en ce moment môme. est en plais développement, n'a pas encore pu jouir complètement du recueillement nécessaire à l'épanouissement d'un art national, car l'art ne fleurit aisément que dans une ambiance calme et dans un milieu stable dont les ainb' iniques sont pour

la plupart réalisées. Les états en cours de formation et cherchant leur orientation ne lui sont pas favorables.

Pourtant dans ce monde encore trop neuf pour prendre rang parmi les peuples ayant un patrimoine artistique, un certain nombre d'artistes se sont formés en sculpture et en peinture et quelques-uns d'entre eux ont acquis nu renom justement

mérité. Disons même que de grands peintres sont venus infirmer la règle générale que nous avons énoncée ; parmi eux notamment Whistler, Américain des Etats-Unis, et James Wilson Morrice, Américain du Canada.

De même que Whistler,. son grand prédécesseur, M. Morrice a trouvé, on pourrait dire retrouvé, en Europe, le milieu qui convenait à sa nature et à sa carrière d'artiste. Il a choisi Paris pour sa résidence habituelle, et sa place y est annuellement marquée dans les plus grandes expositions. Ainsi M. Morrice constitue un véritable lien artistique entre la France et l'Amérique et, en ce sens, comme par son Calent, ce peintre prend la place laissée vacante par la mort de Whistler.

Mais M. Morrice est moins un déraciné que celui-ci. Non content de faire de fréquents voyages à son pays natal (où il a fondé le Canadiuu Art Club à Toronto (1), prouvant ainsi l'intérêt qu'il prend au développement artistique de ses compatriotes) et d'y figurer en ariiste. M. Morrice choisit souvent pour thème à ses peintures les sites mêmes de ce Canada dont il a conservé 1 amour et dont en maints tableaux il se plaît à nous retracer le charme et la beauté. Ainsi M. Morrice est non seulement un peintre canadien, c'est aussi un peintre du Canada et aucun de ses compatriotes ne me contredirait si j'ajoutais qu'il en est le plus expressif. Il rend l'atmosphère et le caractère particulier de son pays d'une façon singulièrement fidèle sans être étroitement réaliste. Dans un petit tableau, où une simple villa du style « Georgian » se détache sur une nappe de neige dans laquelle passe un traîneau silencieux, on reconnaît un de ces rares souvenirs de la vieille Europe que le monde dit a nouveau » conserve encore.

Dne impression de grande justesse se dégage toujours de ces tableaux simples et francs qu'ils se placent au Canada, en Bretagne, à Venise, ou à Tanger. La peinture de M. Morrice est non seulement la notation d'un paysage particulier, mais encore elle exprime ces nuances subtiles d'atmosphère qui distinguent un pays d'un autre d'une manière tout aussi frappaute, quoique moins concrète, que les différences de végétation et d'architecture.

M. Morrice produit ses effets par des moyens indirects et imprévus. Il n'installe pas son chevalet dans les coins les plus fortement empreints de couleur locale et il évite plutôt qu'il ne recherche le pittoresque. Il fuit les lieux communs et telle vue, que d'autres auraient laissée échapper, 1 arrête pour ce qu'elle a de plus finement caractéristique que telle autre où les guides entraînent les touristes entre deux trains.

Peintre né, au métier souple et aisé, M. Morrice a le sens du tableau à un degré que peu d'artistes atteignent. La moindre de ses esquisses se compose d'une façon définitive. La plupart des peintres font leurs tableaux avec des pièces et des morceaux réunis plus ou moins arbitrairement, ou bien prennent directement leurs sujets sur nature et l'ordonnance du tableau s'en ressent. Dire que chaque croquis de M. Morrice contient le tableau en germe serait inexact, il le contient en entier, en réduction, et ne s'en distingue que par les dimensions.

C'est que M. Morrice est doué d'une faculté qui se fait rare aujourd'hui, il a comme on disait jadis, le goût bon et c'est ce goût qui le dirige. Son style s'est formé au cours d'une évolution régulière et sûre. Sa carrière qui n'a connu ni volte-face, ni saccades inquiètes, est un exemple d'évolution lente, calme et progressive.

1 Du Ublaaux de M. Morrice y sont expoaé» en ce moment et The Art Gsllerv » de Montréal vient i »rh«f»r un de »es tableaux.

M. Morrice n'a évidemment pas tout de suite atteint la perfection de métier dont il dispose aujourd'hui. Il m'a montré en riant un petit paysage de sa toute première jeunesse qu'un bouquiniste des quais avait signé Corot et lui avait vendu pour tel et qui ressemble en effet davantage à un Corot qu'à un Morrice. Mais ses premières tentatives étaient bien dans le sens de la direction qu'il prit ensuite.

Les milieux artistiques de Paris considèrent M. Morrice comme un de leurs représentants et quand il expose à Londres avec V International Socie/y of Pointers, Sculptors and Gravers, présidé par Auguste Rodin, il y représente dans une certaine mesure la France, son pays d'élection, et ni au Salon delà Société Nationale des Beaux-Arts dont il est sociétaire, ni au Salon d'automne dont il a été vice-président, ni à l'ancienne Société Nouvelle il n'est considéré comme un étranger. Son talent lui a depuis longtemps donné droit de cité ici. De son côté, sans doute s'y sent-il bien chez lui, puisqu'il a fixé ses pénates sur le quai «les Grands Auguslins et que de ses fenêtres on peut voir couler, entre des berges qu'il a bien souvent peintes, notre Seine familière, paysage qui nous est cher à plus d un litre, dont nul n'a mieux que lui saisi le charme pénétrant et grave.

MURIEL &0LK0WSKA.

Le culte de Jeanne D'Arc en Amérique.

On sait quel succès vient d'obtenir à New- York l'exposition du Souvenu1 de Jeanne d'Arc, organisée par le Joan of Arc Statue Comittee dont le but est d'ériger une statue à l'héroïne sur une place de New-York. La souscription ouverte par ce comité a presque réuni la totalité des 30.000 dollars jugés nécessaires par les organisateurs. Ainsi se confirme cette pensée de l'historien de la Puclle, M. Gabriel Hanolaux. que le culte de Jeanne d'Arc deviendrait aussi vivace en Amérique qu'en France.

Il y a six mois à peine, le 0 octobre 1912, on inaugurait à .Montréal une statue de Jeanne d'Arc sous les auspices de 1 Union Nationale Française dont le président et les membres avaient mis tonte leur énergie pour mener à bien celte entreprise. M. Delamarre, professeur à New- York, avail retracé devant un uuditoiie de plus de cinq mille personnes la vie de l'héroïne de Vaucouleurs, telle que l'avait donnée le livre de M. Hanolaux.

L'un des orateurs à cette cérémonie, M. l'abbé Dupais, qui représentait sa Grandeur Mgr Bruchési, lit précisément ressortir les pi ogres du oulte de Jeanne d Arc aux Etats Unis comme on Angleterre. >< Au siècle dernier, dit-il les cardinaux Newman. Manuing et Uoward ont demandé la canonisation de la Pucelle, Or il y a trois ans. lorsqu'elle a été béatiliée, l'archevêque de Westminster, maintenant le cardinal Bourne, écrivit à lôpiscopal français, au nom de l'épiscopal anglais, une lettre très touchante dont voici un passage : « Le temps qui d'habitude efface le souvenir des actes admirables a fait à Jeanne un trône dans le cœur des générations lointaines. La vérité, bien que tardive, la venge des assauts delà calomnie et si ample est la revanche, que nous ne pouvons h i en vouloir de sou relard. (Jue Jeanne rétablisse sur des bases solides la paix entre notre nation et la vôtre, •

De son côté l'éminent recteur de l'Université canadienne anglaise de Me Gill. M. Peterson, déposa une couronne au pied de la statue de Jeanne.

Ainsi le Canada, aussi bien anglais que français, était conquis par la grandeur morale et par la foi qui émanaient de Jeanne. Les Etats-Unis témoignent à leur tour d'un pieux enthousiasme et ce mouvement idéaliste est doublement touchant à nos yeux de Français. Les États-Unis célèbrent la mémoire de l'héroïne presque en même temps que le Canada et l'initiative du Comité de New-York suit de près celle de l'Lnion Nationale de Montréal. /

M. Anatole Leroy-Beaulieu et le Canada.

Pendant le séjour de trois années qu'il a fait en France, M, Edouard Montpetit a eu la toute naturelle curiosité de se rendre compte de ce que les professeurs de l'enseignement supérieur parisien disaient de son pays. Au collège de France, à la Sorbonne, à l'École des Sciences Politiques, à la mairie de la rue Drouot. il a été entendre MM. Paul et Anatole Leroy-Beaulieu. Marcel Dubois, Emile Bourgeois, Achille Viallate, et il déclare être sorti tout heureux des leçons auxquelles il avait assisté, et pleinement convaincu de l'intérêt que portent au Canada d'illustres savants français, du « bénéfice moral » que son pays « peut retirer de ce haut enseignement impartial et sûr ».

Peut-être toutefois M. Anatole Leroy-Beaulieu est-il le maître dont renseignement l'a le plus frappé. Il faut lire, dans l'étude de M. Montpetit sur « l'Enseignement supérieur Français et le Canada » publ'A naguère dans la Revue Économique Canadienne quelle impression il éprouva en entendant notre regretté vice-président terminer une étude sur les clauses du traité anglo -français de 1904 relatives aux pêcheries de Terre-Neuve et à la situation respective desÉtats-Uuis et de l'Angleterre au nouveau monde par « quelques considérations sur les Canadiens-français restés français de cœur et devenus loyaux sujets anglais » après avoir su conquérir pied à pied les droits qu'ils gardent jalousement aujourd'hui. M. Montpetit montre un peu plus loin M. Anatole Leroy Beaulieu conservant jusqu'au dernier jour le souci du Canada : « continuez, écrivait-il le 2 février 1912 au professeur canadien, de servir la cause des deux Frances, celle d Europe et celle du Saint-Laurent, qui nous tient toujours au cœur ».

Rien de plus exact que ce mot du maître disparu et regretté ; oui. à tous en France (M. Montpetit a pu le constater le Canada tient au cœur, et comme le disait un jouiun publiciste de ce pays à l'uu des Français de là-bas, nous nous intéressons aux choses canadiennes, et plus peut être qu'on ne le croit sur les bords du Saint- Laurent.

Revue des Périodiques.

Vie économique.

Dans le dernier But eux trimestriel (octobre 1912) de 1' a Association des Licenciés sortis 'lu ['Université de Liège »,M. BenriKetels, consul général de Belgique, fournit Les possibilités des indications h

belges. cises sur les possibilll la

belges au Canada. Après «voir consta'é que les exportations de la Belgique au Dominion sont, en l 'J 1 n 1911, supérieures d'environ «00.000 dollars, soit 8 millions de francs, à celles de la précédente année tiscale, et constaté que « peu de pays permettent des espérances aussi vastes que le Canada, M. Ketolfl signale comme susceptibles de réussir dans ce pays les agriculteurs, les mineurs, les jaidiuiers-maraîchers et, « dans une proportion moindre que les agriculteurs », les ouvriers de métiers, tels que mouleurs, maçons, tailleurs de pierres, mécanicii us. etc. Les cuisinière s ( l les femmes de chambre, surtout les premières trouveront au Canada, peur les raisons récemment énoncées ici même pur il. Louis Arnould Cana i '.numéro de novembre 1912 p 59). assez facilement à se placer, et à des gages supérieurs à ceux qu'elles obtiendraient en Belgique. Telles sont les catégories d'émigranls à qui M. Ketels conseille de se rendre au Canada: iseille par contre • fortement » aux personnes ayant embrassé des carrières libérales d'agir de même, car, dit-il, toutes ces professions sont déjà bien pourvues et les gens du pays ne voient pas d'un bon œil des étrangers venir leur faire concurrence sur ce terrain. Toutefois, les ingénieurs belges pourraient parfois trouver quelque emploi dans les nombreuses entreprises minières et les affaires industrielles, bien que des Universités de Québec, de Montréal et de Toronto, sorte ehaque année uu nombre respectable d'ingénieurs chez

qui sont surtout développées les qualités pra-

:iques. Quant aux affaires financières, M. Henri (etels recommande à ses compatriotes capitalistes « la plus stricte prudenre

Le Bulletin de la Société de Géographie commerciale (décembre 1912) publie une lettre de

SI. Romanet du Cuillaud sur le développement de Sudbury, petite ville de

Le dévelop- 7.000 âmes, de formation peinent écono- toute récente et qui commique du mande la région du lac

Nouvel Ontario. Ripissing. Sudbury a en effet le privilège d'être à la jonction du Canadian Pacitic, du Canadian Northern et de l'Algoma Eastem Railway. Il est question de rattacher la ville au district de Porcupine. L'exploitation des forêts et celle des mines assurent à la ville un commerce qui ira toujours en grandissant. Slais la main-d'œuvre est rare et coûteuse malgré l'afflux des '-migrants de tous pays, i La population immigrée, dit SI. Romanet duCaillaud. est des nationalités les plus diverses : quelques Français, beaucoup d'Italiens, des Finlandais, des Suédois. des Norvégiens, des Polonais, de Gallcie surtout, des Ruthèncs, quelques Russes, des Croates, des Roumains, des Espagnols de la province de Valence, quelques Portugais.

Puis, comme commerçants, des Grées, de Sparte principalement, des Juifs, surtout de Russie et d'Autriche; comme blanchisseurs et restaurateurs, des Chinois de la province de Quang-toung.

Sudbury. d'après Ce que dit if. Romanet du CaiUajld semble devoir être plutôt un entrepôt commercial important, une ville do transit qu'une ville industrielle. Eu tous cas, c'est le centre d'une région de grand avenir.

Vie intellectuelle.

Dansle Tempt du 10 novembre 1912, M. G. Deschamps ,'-, ri! à propos des fétSS de Crémazie : l'n de nos meilleurs Français du Canada. tlveDesaulniers, président de l'Alliance française de Montréal.

Octave s'embarque aujourd'hui.

Crémazie dans le port du Havre.

pour les rives du Nouveau-Monde, après avoir rempli en France une irès touchante misai

M Deaanlniera était délégué en France pour procéder à la commémoration d'un poète cana-

dlen qui est mort au Havre, voilà quelque trente ans, après avoir enrichi de ses beaux vers la littérature française, et qui a mérité, par ce bienfait, de n'être point oublié sur la terre natale de ses ancêtres.

Il s'appelait Octave Crémazie. Il avait été libraire à Québec —un de ces libraires idéalistes, pour qui un livre est une œuvre et non pas une affaire. A ce métier-là, on risque de se riSner. C'est ce qui arriva en effet au poète Crémazie. Obligé, comme on dit dans le langage commercial, de « déposer son bilan », Crémazie se ré-

fugia en France, prenant un nom d'emprunt — la seule chose, hélas! qu'il lui fût encore permis d'emprunter. Poète jusqu'au bout, Octave Crémazie rêva de désintéresser ses créanciers, en prélevant chaque semaine une somme sur le maigre salaire de Jules Fontaine, devenue simple commissionnaire en librairie, après avoir été le chef d'une importante maison de Québec. On nous a montré, l'autre jour, au Havre, son livre de comptes et ses dernières écritures. L'effort de cette probité désespérée est aussi poignant que les plus beaux vers.

Les faits du mois au Canada.

1" mars. — La Compagnie du Canadian Pacific Railway a demandé, par l'intermédiaire de son ingénieur en chef à Vancouver, des soumissions pour la construction d'un tunnel qui n'auraVs moins de 28.000 pieds sous la Rogers Pass. La Compagnie veut réduire la perte de temps causée par la traversée des montagnes, surtout dans la mauvaise saison.

2 mars — Ui Consulat général de France, à Montréal, a eu lieu la touchante cérémonie de la remise de la médaille aux anciens combattants de 1870, par les soins de la Société des Vétérans de 1870-71. M. Marcel Beulac, président du Comité, a offert les insignes, puisque le gouvernement ne décernait que le brevet.

4 mars. — La question de la contribution à la marine impériale est toujours le gros problème politique. M. Monk, ancien ministre, qui avait démissionné sur cette question, vient de faire sa rentrée au Parlement en déclarant qu'il est toujours partisan du plébiscite.

6 mars — Pour des causes encore mal définies, une panique,- une course », comme disent les Canadiens, s'est produite parmi les déposants à la Banque d'Epargne de Montréal. Bien qu* rien ne justifiât les craintes du public, la Banque a dû pendant trois jours rembourser à suichets ouverts. Ce n'est qu'au bout de ce temps que la panique s'arrêta.

On nomme les délégués qui constituant le Comité de 1 Exposition provinciale qui doi s'ouvrir à Québec du 23 août au 2 septembre.

10 mars. — La débâcle des glaces n'a pas encore commencé. Le navire brise-glaces le Vontca'm, a essayé de rompre les glaces du Saint-Laurent entre Québec et le Cap-Rouge. Il a échoué parce que la glace atteignait sur certains points : à 8 pouces d'épaisseur. Le chenal a pu être ouvert entre Montréal et Québec.

Après des débats mémorables et une séance qui n'a pas duré moins de cent vingt-neut heures consécutives, la Chambre des Communes s'est ajournée. La question du Bill de la marine n'a cuère avancé. L opposition libérale soutient avec énergie son projet d'une marine pour le Canada. Le gouvernement, très vivement attaqué, n'est pas toujours bien défendu par ses propres trouues. .

15 m .rs — La discussion du Bill sur la marine provoque de nombreux incidents et donne lieu à des scènes tumultueuses au Parlement, où les députés s'accusent les uns les autres. situation crée de graves difficultés au gouvernement de Sir R. L. Borden.

25 mars. — Les inondations ne causent pas seulement des désastres aux Etats-Unis : sur plusieurs points du Canada les rivières débordent. A Galt Ontario la situation a été très critique. A Trois-Rivière les i iverains ont eu beaucoup à souffrir et toute la région

de la Beauce a été très menacée.

28 mars. — Mgr YValsh, dont on connaît les démêlés avec la population canadienne française de son diocèse, vient d'obtenir le vote de l'acte dit « Corporation Sole » qui lui permet de constituer seul une corporation et de nommer les corporations paroissiales.

L'Administrateur-Gérant : A. DE FoucaL'ld

Page 1