V.' l rés par ses soins
Avec cet épisode, nous sommes parvenus au terme de la période que nous nous proposions d'étudier. Il ressort de la correspondance des hommes d'Etat, qui se sont succédé au ministère de la Marine, Colbert, Seignelay et Pontchartrain, que le rachat des esclaves a été la grosse affaire des amiraux et des consuls envoyés à Alger, tantôt pour châtier les corsaires d'Alger, tantôt pour négocier la paix. L'étude des lettres et instructions données à nos consuls à Tunis et Tripoli aboutirait aux mêmes conclusions. Tandis que les Mathurins, Mercédaires et Lazaristes n'étaient mus que par un sentiment 'j d'humanité et de solidarité catholique, les agents du
roi de France eurent en vue un intérêt patriotique. Ils s'efforçaient de réintégrer dans les équipages de la flotte des centaines de capitaines et des milliers de matelots, qui avaient été capturés avec nos navires; que dis-je ? dont la plupart faisaient un service
forcé sur ceux des Algériens. La persévérance du gouvernement français à racheter ces esclaves et à protéger notre marine marchande n'eut d'égale que la mauvaise foi des Algériens dans l'exécution des traités. On en fut récjuit, après Pontchartrain, à une politique de conciliation vraiment humiliante ; en 1830, il restait encore 122 esclaves, en majeure partie français, dans les bagnes d'Alger.
Il fallait en finir. La présence de ce nid de pirates, à trois jours de Marseille, était une honte pour l'Europe et un reproche pour notre gouvernement. Une dernière insulte faite à notre consul par le dey Baba-Hussein, amena la rupture et décida Charles X à tirer le glaive justicier de la France. On sait le reste : la prise d'Alger^ le 5 juillet 1830. Aujourd'hui l'odjak des corsaires redoutables a fait place à une grande ville de commerce et de plaisance. A la place des bagnes et des marchés aux esclaves s'élèvent des hôtels somptueux et de florissantes écoles et facultés. Et sur la kasbah, cette bastille de Barberousse, flotte le drapeau tricolore, symbole de' liberté, de progrès et de justice.