‹ France Dictionnaire Encyclopédique (volume 3)Chapitre 28 sur 88 · CAR L'UNI · texte numérisé non relu

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courses de chariots : ces derniers font dériver carrousel de currus solis.

Les quadrilles étaient en grand usage chez les Goths, chez les Maures et chez les Italiens. Ils ne furent introduits en France que sous Henri IV; le premier carrousel eut lieu, en 1605, à l'hôtel de Bourgogne ; le second , en t606, dans la cour du Louvre. Il y en eut plusieurs très-brillants sous Louis XIV. Un manuscrit précieux, conservé à la bibliothèque de Versailles , représente les principales scènes de ces derniers ; on y voit, dans leur costume de circonstance, tous les seigneurs de la cour qui prirent part à ces fêtes.

On distinguait plusieurs parties dans les carrousels : 1Q la lice, c'est-àdire le lieu où se donnait le carrousel, entouré d'amphithéâtres pour les dames et les principaux spectateurs; 2° le sujet qui était une représentation allégorique de quelque événement pris dans la fable ou dans l'histoire : le carrousel de 1606 représentait les quatre éléments, TEau, le Feu, l'Air et la Terre. I>es chevaliers étaient habillés en Naïades, eu Faunes, en Mercure, en Neptune, en Orphée, etc.; celui qui se donna devant les Tuileries, sous Louis XIV , représentait quatre nations : les Romains commaudés par le roi lui-même , les Persans par .I/o»sieury les Turcs par M. le prince, et les Moscovites par M. le duc; 3° on donnait le nom de quadrilles aux différentes troupes de combattants, qui se distinguaient par la forme des habits et la diversité des couleurs. Outre les chevaliers qui composaient les quadrilles, il y avait une foule d'officiers qui prenaient part aux carrousels, comme le maître de camp et ses aides, les hérauts , les pages , les, estafiers, les parrains et les juges i 4* la comparse était le nom par lequel on désignait l'entrée des quadrilles dans la carrière au son cl es instruments ; 5° enfin, il y avait diverses espèces de combats ou les combattants rompaient des lances, soit les uns contre les autres, soit contre la quiiitane ou figure de bois; où ils couraient la

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bague, les têtes (*) ; où ils faisaient la foule (**) , etc. Ces jeux avaient remplacé les joutes et les tournois où avait péri un roi de France. Mais depuis Louis XIV, et même depuis la vieillesse de ce prince , ces divertissements cessèrent aussi d'être de mode.

Cabs ( Laurent ), graveur , naquit à Lyon, en 1703, et fut envoyé par sou père à Paris pour étudier la peinture chez Lemoyne. Ce fut par les leçons et d'après les tableaux de ce peintre que Cars forma sa manière. En effet, cet artiste est à la gravure ce que Lemoyne est à la peinture. Ce fut lui qui commença à introduire dans Part de graver cette facilité de dessin dont Lemoyne avait donné l'exemple dans la peinture. Cependant, maigre ce défaut, qui eut de fâcheuses conséquences pour l'école en général, Cars est l'un de nos plus grands graveurs. Il consacra son talent à reproduire les œuvres de Lemoyne , et ses gravures A' Hercule et Omphale, de {'Allégorie sur la fécondide de la reine , de la Thèse de Veniadour , sont vraiment des chefs-d'œuvre, bien que la mode les ait fait un peu oublier. Cars était membre de l'Académie de peinture depuis 1733, et conseiller de cette assemblée depuis 1757. Il mourut en 1771. Il fut le chef d'une nombreuse école. Parmi ses élèves on doit citer Beauvarlet, Flipart, Saint -Aubin, Jardinier, etc.

Caeteaux (Jean -François), né à A lie va n, dans le Forez, en 1751, était (Us d'un dragon du régiment de Thianges. Il fut élevé dans les garnisons, et suivit aux Invalides son père blessé dans les guerres de Hanovre. Apres avoir voyagé dans les diverses con-

(*) La coursa de bague était un exerciot qui consistait à emporter avec une lance et en courant à toute bride une bague suspendue.

Dans la course de tites on cherchait à enlever une tête de carton avec la lance, ou à la frapper d'un dard.

(**) On appelait faire Im foule courir sans interruption les uns après tes autres , eu formant différentes figures chorégraphiques.

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trées de l'Europe pour se perfectionner dans l'étude de la peinture, qui occupa sa jeunesse, il revint à Paris à l'énorme de la révolution, et sedistingua à Ta frai re du 10 août comme officier de la cavalerie de la garde nationale parisienne. Nommé adjudant commandant à la suite de cette journée, il fut envoyé à l'armée des Alpes, puis promu au grade de général, et chargé de dissiper les Marseillais révoltés qui marchaient au secours des Lyonnais.

11 s'avança contre eux , les battit , et entra dans leurs murs au mois d'août 1793. De là , il s'avança sur Toulon, dont il commença le siège. Mais une pareille tâche était au-dessus de ses forces. Carteaux , révoqué , remit ses troupes à Dugommier, parut un moment aux armées d'Italie et des Alpes, fut ensuite arrêté par ordre du comité de salut public , et enfermé à la Conciergerie, le 2 janvier 1794. Rendu à la liberté après le 9 thermidor, il fut mis, Tannée suivante, à la téte de l'un des corps de l'armée de l'Ouest.

Destitué de nouveau au bout de quelques mois, il se plaignit vivement à la Convention, lui rappela ses services, et la défendit , en effet , avec intrépidité au 13 vendémiaire. Il fut réintégré à la suite de cette journée, et employé jusqu'en 1801 , ou il devint l'un des administrateurs de la loterie.

Après trois ans d'exercice, il fut nommé, en 1804, au commandement de la principauté de Piombino, revint en' France en 1805, reçut alors une pension de l'ancien officier d'artillerie

Tji avait servi sous lui à l'armée de oulon , et mourut en 1813.

Cartel. — On appelait ainsi une mesure de capacité pour les grains, usitée à Rocroy , à Mézières, et dons d'autres lieux. Élle variait suivant les localités.

Cartel. Voyez Combat singulier et Duel. '

Cartellier (Pierre), qui partage avec Chaudet l'honneur d'être l'un des chefs de notre école moderne de sculpture, naquit à Paris, le 2 décembre 1757. Son père , pauvre ouvrier mécanicien, le laissa libre de suivre une car-

rière bien difficile , mais vers laquelle il était attiré par une force irrésistible. Le jeune Cartellier étudia d'abord à l'école gratuite de dessin , et fut ensuite admis dans l'atelier de Charles- Antoine Bridan. Il commençait à peine à faire quelques progrès dans son art , lorsqu'il perdit son père ; et , à l'âge de dix-sept ans , il fut obligé de travailler pour vivre et soutenir sa mère. Loin de se décourager, il redoubla d'efforts, et travailla, comme on dit, pro famé et fama. Des modèles de pendules, des ornements d'orfèvrerie et de bronzerie , étaient son occupation ordinaire. On conçoit qu'obligé de donner un temps précieux à un travail nécessaire, mais peu instructif, Cartellier, malgré ses efforts et ceux de Bridan, n'ait pu obtenir le grand prix. Deux fois il concourut sans succès ; il lui fallut renoncer au voyage de Rome.

En 1792 , Cartellier produisit son premier ouvrage : c'était un groupe représentant la Nature appuyée $ur la Liberté et C Égalité. L'artiste était de son temps; jeune et pauvre, il s'enthousiasma pour les idées nouvelles , et c'est à elles qu'il dut sa première inspiration. Il fut chargé par le goù • vernement de faire pour le Panthéon un bas-relief (aujourd'hui détruit) représentant la Force et la Victoire.

Cartellier commençait à se faire connaître, lorsqu'il exposa, en 1796, une figure en terre cuite représentant VAmitié arrosantun arbuste d'une main, et le pressant de Vautre sur son cœur. Cette figure, dont la pensée délicate et l'attitude gracieuse furent généralement admirées , valut à son auteur un prix d'encouragement. Dès lors, connu et apprécié , Cartellier fut chargé en 1800 par Chalgrin , qui restaurait le Luxembourg , de taire deux statues, la Figilance et la Guerre , nour la façade méridionale de ce palais (cette façade n'existe plus (*) : la statue de la guerre est sur-

(•) Le ministre de l'intérieur voulant conserver ces deux ouvrages qui ne pouvaient plus figurer sur la nouvelle façade,

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tout remarquable. « Elle offre un caractère simple et grandiose, un style tout à la fois monumental et vrai , dont la sculpture n'avait point présenté d'exemple depuis longtemps. La déesse , en levant vivement les deux bras, manifeste par là son activité, et ses bras s'unissent avec le mur qui sert de fond , d'une manière oui paraît naturelle; de la main gauclie elle tient un foudre, de la droite une épée; par terre, sur le devant, est une corne d'abondance que la guerre foule aux pieds ; une tunique courte forme sur ses chairs, par des plis larges et élégants, une richesse sans embarras. Il y a dans cette ligure autant de grâce que d'élévation etd'énergie('). » En 1801, il exposa le modèle en plâtre de l'un de ses meilleurs ouvrages, c'est-à-dire , de la statue de la Pudeur. Cette statue , exécutée en marbre en 1808, fut d'abord placée à la Malmaison ; depuis la mort de Joséphine, elle a été transportée en Angleterre ! N'est-ce pas un fait déplorable, que la plupart des chefs-d'œuvre de nos artistes soient , par l'incurie des gouvernements ou l'insouciance des citoyens , vendus à l'étranger , et cela si fréquemment, que notre sol, privé de ces ornements , passe , après ces spoliations, pour ne rien produire de comparable à ces œuvres étrangères qui l'encombrent? Ils ne prendront pas ces lignes pour une exagération , ceux qui ont visité notre musée de sculpture, et qui savent combien de morceaux qui devraient s'y trouver sont aujourd'hui hors de France !

La statue de la Pudeur , que d'autres ont pu admirer, Gxa la réputation de Cartellier. Ne connaissant pas ce bel ouvrage , nous citerons le rapport du jury décennal, pour en donner une idée : « La Pudeur est une magnifique figure de grandeur naturelle; son attitude exprime parfaitement le sentiment d'inquiétude qui engage une

les a fait placer à droite et à gauche des deux pavillons situé< du côte de la rue du Touruoo.

(*) Article Cartillier de la Biographie universelle, par M. Eu». David.

jeune fille timide à cacher les beautés dont la nature l'a douée ; l'expression de la physionomie est pure et

{S racieuse , parfaitement d'accord avec e sentiment dont elle paraît émue ; on peut, il est vrai, reprocher un peu de maigreur à quelques parties de cette statue; mais ces mêmes parties sont d'un dessin si délicat, quon ne s'arrête point aux défauts. »

L'année suivante, Cartellier exposa le bas-relief représentant les Jeunes fUles de Sparte dansant devant un autel de Diane. Ce bas-relief , qu'on voit au musée des antiques , dans la salle du candélabre , soutient la comparaison avec les chefs-d'œuvre de l'antiquité auprès desquels il est placé. Il exécuta, en 1804, la Statue d .ï/ïstktey placée au Luxembourg. Cartellier a choisi le moment où Aristide remet au paysan la coquille sur laquelle il a écrit son nom. « L'antiquité, dit M. Q. deQuincy (*), n'aurait pas mieux , dans la patrie du personnage , fait ressortir cet héroïsme de simplicité qui caractérise l'homme juste en butte à l'ignorante prévention de la multitude : naïveté de pose et d'action, vérité de style, justesse de costume , on dirait une statue retrouvée ou restituée. » Cartellier exécuta ensuite la Statue de fergniaud, son chef-d'œuvrc,destinéeàêtreplacéedans l'escalier du Luxembourg. « Pour donner à cette figure le mouvement propre à caractériser l'orateur dont il modelait l'image, Cartellier supposa qu'agité la nuit par le sujet qu'il devait traiter le lendemain à la tribune , Vergniaud est tout à coup sorti de son lit , et que, enveloppe seulement d'un manteau , il prélude à son discours par une vive improvisation. Tout répondit à cette pensée. Une lampe allumée près de l'orateur indique l'heure et le lieu de la scène ; la poitrine , une jambe et un bras nus, traités avec autant de fermeté que de naturel; la vigueur des mains, les plis abondants et simples du manteau, semblèrent imiter l'éloquence nerveuse et grandiose du girondin.

(•) Notice sur Cartellier.

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L'exécution futsoignée autant que mâle et savante Jamais peut-être Cartellier ne s'était montré si habile dans cette partie de l'art : cette statue , disail-il lui-même , est le moins faible de mes ouvrages (*). » Cependant cette statue est restée exécutée seulement en plâtre (**). En 1808, il exposa le modèle en plâtre de la statue de Louis Bonaparte, roi de Hollande ; cette belle statue , exécutée en marbre en 1810, est aujourd'hui au musée de Versailles. Louis est représenté en costume de connétable de France. Cartellier aborda franchement la difficulté du costume moderne, et il prouva que ce costume était noble et beau quand on savait le traiter convenablement; c'est en effet à cela que se réduit la question. En 1810, Cartellier sculpta audessus de la porte principale du Louvre un grand bas-relief représentant la Gloire debout dans un quadrige vu de face. La déesse sortant de son palais, parcourt un champ de trophées, et distribue des couronnes ; ses chevaux , conduits par deux génies , s'éhncent dans la carrière. Ce bas-relief, l'une des plus belles productions de notre sculpture monumentale, a été critiqué cependant , à cause de la disposition des chevaux. Il est tellement impossible de les placer autrement , que les anciens , nos maîtres en sculpture , les ont toujours ainsi représentés en pareille occasion (***).

Apres ce bas-relief, Cartellier fit pour l'arc de triomphe du Carrousel un autre bas-reliet représentant la Capitulation d'IJlm. Cette sculpture, où la dignité du style égale le mouvement et la vie , est une preuve que l'art national , traité par d'habiles mains, est aussi beau que tout autre, et devrait, indépendamment de beau-

(*) Em. David, Ioc. cit.

(•*) Sous la restauration elle fut enlevée de la place qu'elle occupait dans le grand escalier du Luxembourg et reléguée au fond d'un magasin. Elle est aujourd'hui dans l'atelier de l'un des élèves de Cartellier et désormais à l'abri de la destruction.

(••*) Cf. Mionnet, Dcscr. de méd. anf., t. IV, p. i33, n° 759.

coup d'autres raisons , décider nos artistes à traiter plus souvent des sujets empruntés à notre histoire. En 1811 , Cartellier exposa la Statue de Napoléon législateur. Placée d'abord à l'École de droit, cette belle figure est aujourd'hui au musée de Versailles. En 1 8 1 4 , i I a che va I a Statue colossale du général Falhubert, placée à Avranches ; en 1819, la Statue du général Pichegru , également à Versailles. La statue du maréchal Lannes devait aussi être exécutée par Cartellier, mais elle n'a pas été terminée. Cartellier fit pour la porte de l'hôtel des Invalides le basrelief représentant Louis XIV à cheval; pour Reims la Statue de Louis Xf';\a statue colossale fa M inerre frappant la terre de sa lance, et en faisant sortir l'olivier (1822). En 1825, il exécuta le Mausolée de Joséphine, dans l'église de Ruel. La bonne impératrice est à genoux devant un prie - Dieu , en grand costume impérial : la grâce, la finesse, la bonté de cette femme si intéressante, ont été rendues par Cartellier avec un grand succès ; et, outre l'expression de la figure, la pose, l'exécution de la draperie , l'harmonie de l'ensemble , tout fait de ce monument un des mausolées les plus remarquables. Cartellier fit aussi pour la cathédrale de Paris le Mausolée de M. deJuigné, archevéquede Paris. Enfin sa dernièreœuvre fut la statue en bronze de Denon, placée en 1 827 su r le tombeau de ce savant : cette statue, en costume français, est aussi digne de Cartellier que le reste de ses ouvrages. Il était occupé à travailler au Mausolée du duc de Berri et à une Statue équestre de Louis XI', lorsque la révolution de 1830, et enfin la mort, vinrent arrêter ses travaux. Le cheval destiné à Louis XV a servi pour la statue équestre de Louis XIV, de M. Petitot, qui orne la cour du palais de Versailles. Deux statues et deux bas-reliefs en marbre du mausolée sont exécutés. Il serait à désirer qu'on les exposât quelque part. Nous croyons qu'il serait superflu d'ajouter aucune réflexion à la liste des œuvres de Cartellier ; cette

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liste même est son plus glorieux éloge. Ce grand artiste mourut le 12 juin 1831.

Cartellier était membre de l'Académie des beaux-arts depuis 1810; il avait été nommé professeur à l'École des beaux-arts en 1815. Nous avons dit que Cartellier était l'un des chefs de notre école moderne de sculpture ; nous citerons parmi ses élèves : MM. Rude, Roman , Petitot , Nanteuil , Seurre aîné, Dimier, Lemaire, Seurre jeune, Dumont, Lan no t , Jalley, Desboeufs, qui tous ont obtenu le grand prix , et qui tous , avec plus ou moins de supériorité, continuent la gloire du maître. Cartellier repose au cimetière du Pere-Lachaise , où ses élèves, s'unissantà sa famille, lui ont fait élever un mausolée dont cinq d'entre eux ont exécuté les bas-reliefs. Cette dette de cœur, acquittée par la reconnaissance, est le plus bel éloge des vertus privées de Cartellier, de même que le monument du à ce noble mouvement de sympathie filiale suffirait seul pour prouver que celui auquel il est consacré fut un grand artiste; car c'est vraiment un chef-d'œuvre, où l'on retrouve toutes les qualités du mattre , et que le maître lui-même n'aurait pas désavoué.

Carteron , volontaire du 1" bataillon de Saône-et-Loire , fut blessé d'un coup de sabre sur la téte au siège de Bitche ; un de ses camarades vole à son secours : « Rends-moi un dernier service , lui dit Carteron , charge mon arme. • A peine util prononcé ces mots , qu'il expire.

Cartes a jouer. — Les cartes ont, par rapport à nous , une origine italienne. C'est à Venise ou à Florence que les Grecs réfugiés de Constantinople, après la prise de cette ville par Mahomet II , les ont fait d'abord connaître. Selon M. Duchesne aîné (Annuaire historique pour 1837), elles ont été introduites en France entre les années 13G9 et 1397. Le premier monument écrit qui fasse mention des cartes comme existant chez nous, est un article d'un compte de l'argentier Poupard, et dans lequel on lit ce qui suit : a Donné à Jacquemin Grin-

gonneur , peintre , pour trois jeux de cartes à or et à diverses couleurs, ornés de plusieurs devises, pour porter devers le seigneur roi , pour son esbattement, cinquante-six sols parisis.»

Des auteurs ont conclu de ce passage , que les cartes avaient été inventées à l'occasion de la démence de Charles VI, et pour distraire ce prince malheureux , dans les rares moments où ses accès de frénésie faisaient place à un affaissement moral qui était encore une maladie. M. Duchesne, qui nous sert en ce moment de guide, combat cette opinion , et avance avec raison que l'article même sur lequel on l'appuie fournit la preuve que les cartes sont antérieures à l'année 1392, dans laquelle Charles VI subit la première atteinte de son mal , parce que si Jacquemin Grin^onneur en eut été l'inventeur ou l'introducteur en France, l'article du compte où il est nommé serait sans doute autrement rédigé qu'il ne l'est.

Les cartes dont il est ici mention ne sont point celles dont nous faisons usage aujourd'hui. Tout nous indique que, dessinées et peintes à la main, elles étaient semblables à celles que les Italiens avaient imaginées pour l'amusement et l'instruction des enfants et qu'ils appellent naibi. En effet , ces cartes, uniquement composées de figures représentant les divers états de la vie , les muses , les sciences , les vertus , les planètes , étaient beaucoup

f»ltis propres à distraire un esprit soitaire et malade, que le sept ae trèfle ou le neuf de carreau, qui ne portent aucune instruction avec eux. Charles VI était donc tout simplement un enfant que Ton amusait avec des images. Quelques-unes de ces anciennes cartes , parvenues jusqu'à nous, ont une longueur de sept à huit pouces. Elles sont peintes avec grand soin, et même avec talent, sur un fond d'or rempli d'ornements.

Quelques parties de broderies sur les vêtements sont rehaussées d'or , tandis que les armes et armures sont couvertes d'argent. Ces cartes, qui devaient être comme les tarocs ou ta-

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rots italiens . au nombre de cinquante, étaient divisées en cinq séries ou couleurs , de dix cartes chacune. Nulle inscription, nulle lettre, nul numéro, n'indique la manière de les arranger ; et il est à croire qu'an les distribuait comme elles se présentaient après qu'on les avait battues, et qu'on laissait au hasard le soin d'amener des combinaisons plus ou moins amusantes ou instructives.

A supposer que ces cartes aient été introduites en France en 1369, celles dont on se sert aujourd'hui ne tardèrent pas à y être en usage , oour la satisfaction de ceux qui cherchaient dans un jeu plutôt les émotions que donnent la crainte ou l'espérance, qu'un délassement agréable et instructif; car, en 1397, une ordonnance du prévôt de Paris les défendit dans les cabarets, aussi bien que les jeux de paume, de boules, de dés et de quilles. Ces cartes, dont sont issues les nôtres, et que nous appellerons avec M. Duchesne des cartes numérales, étaient composées de quatre compagnies égales , avant une enseigne pour les reconnaître. Dans chaque compagnie, huit soldats, numérotes de deux a neuf, avaient à leur tête un roi, une reine, un écuyer et un varlet. L'as servait d'enseigne; et voilà pourquoi, dans la plupart des jeux , il marche le premier, et est regardé comme la plus forte carte. Plus tard , on supprima l'écuyer , et on lui substitua un soldat portant le numéro dix , et les cartes numérales reçurent l'arrangement qu'elles ont aujourd'hui.

Les figures de ces premières cartes ne portaient point les noms que nous leur donnons à présent. Le roi de carreau s'appelait Coursube, nom que les romans donnaient à un ancien roi sarrasin; le roi de pique s'appelait ipollin , du nom d'une idole attribuée aux peuples du Lavant par les vieilles histoires des croisades ; le valet de trèfle s'appelait Rolan, l'un des preux | et neveu de Charlemagne.

Plusieurs ligures n'avaient point de noms, et étaient accompagnées de devises morales ou satiriques. Leur pose

et leurs attributs n'étaient point les mêmes que de nos jours ; mais les couronnes des rois étaient toutes formées de fleurs de lis , et les costumes étaient ceux du règne de Charles VII, qui monta sur le trône en 1422. Tout nous indique que c'est du temps de ce prince que les cartes sont devenues insensiblement ce qu'elles sont encore, s'il est vrai que certaines ligures soient bien l'emblème des personnages historiques qu'elles sont supposées représenter. Suivant une explication assez ingénieuse, si elle n'est pas rigoureusement exacte , le jeu de cartes serait l'image d'un jeu plus terrible , celui de la guerre. Les cœurs figureraient la bravoure militaire; les piques et les carreaux , les armes dont un roi prévoyant doit tenir ses arsenaux toujours remplis ; les trèfles, les approvisionnements de fourrage et de vivres ; enfin les as, nom d'une monnaie romaine, les finances, qui sont le nerf de la guerre. Quant aux figures, trois des rois sont censés représenter Alexandre , César et Charlemagne ; mais le roi de pique , appelé David , serait l'emblème de Charles VII, qui fut poursuivi par son père, comme David le fut par Saûl. La dame de trèfle, nommée Àrgine , anagramme de Regina , serait Marie d'Anjou, femme de Charles VII ; la dame de carreau, Rachel, Agnès Sorel; la dame de pique, Paltas, la Pucelle d'Orléans; la dame de cœur , Judith , Isabeau de Bavière , femme de Charles VI. Des quatre valets ou varlets , Ogier et Lancelot sont deux preux du temps de Charlemagne, Hector de Galand et Lahire deux capitaines du temps de Charles VII. Si cette explication est juste, elle justifie l'opinion que nous avons émise , que les cartes que Jacquemin Gringonneur peignit pour Charles VI étaient tout à fait différentes de celles dont nous nous servons.

Si les cartes, ainsi composées, purent offrir d'abord quelque instruction , elles devinrent bientôt un futile moyen d'amusement dont on abusa ensuite d'une manière étrange. Les combinaisons mathématiques dont elles se

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trouvèrent susceptibles donnèrent lieu à des luttes dans lesquelles, au seizième siècle , on engagea des sommes telles que des fortunes immenses furent compromises. Le préambule d'une ordonnance rendue le 22 mai 1583, par Henri III , donne , en ces mots , une idée de l'excès auquel était parvenu le désordre :

« Chacun voit par expérience que les jeux de cartes , tarots et dez , au lieu de servir de plaisir et de récréation, selon l'intention de ceux qui les ont inventez, ne servent à présent que de dommage notoire et scandale public, estans jeux de hazard , subjets a toute espèce de piperie, fraudes et déceptions, apportans grande despence, querelles, blaspliesmes , meurtres, desbauches, ruynes et perdition de famille, et de'ceux qui en font profession ordinaire, mesme de la jeunesse qui y consomme tous ses moyens et biens, de la perte desquels s'ensuit une mauvaise et scandaleuse vie, au grand préjudice du public, ce qui procède de ce qu'aucuns tiennent banque et maison ouverte a tels jeux , pour tirer commodité desdites piperies à tous jours et heures, singulièrement ès festes et dimanches, au lieu de vaequer au service de Dieu. »

Après une peinture si énergique et si vraie des désastres produits par les cartes, ou s'attend que le roi va les frapper de prohibition. Point du tout.

Désespérant sans doute d'extirper un vice trop profondément enraciné, il se borna à en tirer profit, en soumettant chaque paire de jeux de cartes à une imposition d'un sou parisis.

Ce qu'on aura peine à croire, c'est le nombre de dispositions légales auxquelles donna lieu une chose aussi futile. Rappelons-en quelques-unes: le 21 février 1581. fut établi sur l'exportation des cartes un droit que supprima l'ordonnance de 1583, dont nous venons de reproduire le préambule. En 1605, le M janvier, une déclaration fixa le nomhpe des villes dans lesquelles il serait permis de fabriquer des cartes; et cette fabrication fut soumise a plusieurs règlements, notamment clans

les années 1661 et 1776. En octobre 1701, il fut établi sur les cartes, en remplacement de la taxe de 1583, qui probablement avait cessé d'être exigée, un impôt qui fut aboli par la loi du 2 mars 1791, puis rétabli par d'autres, spécialement par celles des 30 septembre 1797, 22 janvier, 8 mai , 3 novembre 1798, 30 juillet 1804, 22 mars 1805, par le décret du 9 février 1810, par la loi du 28 avril 1816, et par l'ordonnancedu 18juin 1817. Une ordonnance du 4 juillet 1821 soumit les cartes à un nouveau contrôle. L'impôt auquel elles sont soumises se perçoit par le moyen du timbre dont elles sont frappées.

C'est l'administration qui fournit le papier dont elles sont faites, et sur lequel sont gravées en encre pâle et au trait les ligures et numéros qu'elles doivent offrir aux yeux. Pour en fabriquer et en vendre en détail , il faut une permission de l'autorité.

Pendant la révolution, on réforma les cartes qui se trouvaient en contradiction avec la forme du gouvernement. A des images grotesquetnent faites, grossièrement enluminées, et n'attestant en rien le progrès des arts , le crayon de David substitua une composition élégante, un trait plein de pureté, des draperies savamment agencées, que l'on coloria avec bon goût. Les quatre rois qui sont debout furent remplacés par quatre ûgures d'hommes assis, coiffés du bonnet phrygien , et environnés de leurs attributs. Ces quatre figures représentaient le génie de la guerre, le génie du commerce , le génie de la paix , et celui des arts. Les quatre dames durent céder la place à la liberté des cultes , des professions, du mariage et de la presse, figurées toutes les quatre par autant de femmes debout, coiffées et vêtues à l'antique: quatre hommes assis, en costume civil ou militaire, représentant l'égalité de rang, l'égalité de couleur, l'égalité de droits, et l'égalité de devoirs , remplaçaient les quatre valets.

Cette réforme dans les cartes en amena forcément une dans le vocabulaire des joueurs. Ainsi , au piquet, au

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lieu de quinte au roi, on dut dire,

Suinte au génie; au lieu de quatorze e dames, il fallut compter quatorze de liberté, etc. Cette manière de parler, à laquelle on n'était point tait, nuisit autant que l'esprit de parti au succès des nouvelles cartes ; et on rechercha toujours les aociennes, dont on était de longue main habitué à se servir. Les nouvelles cartes tombèrent avec la forme de gouvernement qui leur avait donné naissance , et on reprit les anciennes. Ce qu'alors on aurait dû faire, c'était de profiter de leur retour pour donner, principalement aux figures, plus de grâce dans la pose, plus de goût dans les ajustements, plus de fini dans l'exécution; et on ne le fit pas. Les vieilles cartes revinrent telles qu'elles étaient autrefois, et se perpétuèrent dans leur imperfection primitive, comme si nous n'avions eu depuis qu'elles furent inventées , ni dessinateurs, ni graveurs, ni coloristes.

Personne n'ignore que les cartes donnent lieu à grand nombre de jeux qui mettent en péril les biens, l'honneur et quelquefois la vie des imprudents qui y cherchent d'abord une ressource contre l'ennui , et finissent par s'en faire un funeste besoin. Ce serait une bien effroyable liste que celle des vols , des meurtres , des suicides dont ont été la cause ces morceaux de cartons peints de rouge et de noir. Les jeux où le hasard est le seul arbitre de la perte ou du gain sont défendus dans les lieux publics et les maisons de réunion. On tolère ceux qui sont appelés jeux de commerce, dans lesquels le calcul entre pour quelque chose; et c'est un mal , car, souvent aussi désastreux que les autres, ils sont une cause perpétuelle de démoralisation par les friponneries dont ils font naître l'idée et fournissent l'occasion , même dans les cercles les mieux composés. De

Elus, il en est de cette catégorie, la ouillotte par exemple, dans lesquels domine seul et souverainement le hasard.

Nous n'essayerons pas de donner connaissance des nombreuses combi-

naisons mathématiques dont sont susceptibles les trente -deux cartes d'un jeu de piquet, ou les cinquante-deux d'un ieu entier; nous dirons seulement que des hommes exercés en tirent parti pour faire , avec habileté , une grande quantité de tours surprenants d'escamotage et de calcul. Nous ajouterons que d'autres, qui prétendent y lire 1 avenir, s'en font un moyen d'existence aux dépens de l'ignorance qui a en eux une foi stupide. Les premiers exercent librement leur amusante industrie dans des salles de spectacle, dans des salons où on les appelle , ou sur les places publiques qu'on leur abandonne. Quant aux seconds, on les laisse assez volontiers leurrer d'espérances ceux qui se rendent chez eux pour connaître leur destinée; témoin fa célèbre demoiselle Lenormand , qui jouit d'une si grande réputation du temps de l'empire; et le sieur Moreau, si cher aux petites bourgeoises et aux grisettes, qui ne pouvaient pas prétendre à l'honneur d'être admises dans le sanctuaire de la grande prophétesse.

Mais la police arrête les devins, et le tribunal correctionnel les punit toutes les fois qu'à l'aide de leur science prétendue, qu'ils appellent la cartanomancie, ils ont commis quelque escroquerie, ce qui leur arrive assez souvent , surtout dans les campagnes.

Cartésianisme. Voy. Descartks.

Carthagènr en Amérique (siège de). — Au mois de mai 1697, cette ville, alors une des plus riches et des plus importantes du nouveau monde, fut prise et pillée par le baron de Pointis et Ducasse , gouverneur de Saint- Domingue, à la tête d'un corps de flibustiers ( voyez ces noms ). Bientôt une maladie s'étant mise parmi les troupes , il fallut se rembarquer, et l'on fit sauter les fortifications. Le baron revint en France , rapportant un butin de huit à neuf millions, auquel il avait joint l'argenterie des églUes. Mais Louis XIV fit restituer aux églises leurs trésors. Pointis a laissé la relation de cette expédition.

Cartier (Jacques) , un de nos plus célèbres navigateurs du seizième siè-

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cle , né à Saint-Malo , avait déjà entrepris quelques voyages sur POcéan, lorsqu'il fit,, au grand amiral de France, Philippe de Chabot, la proposition d'aller explorer la partie nord de l'Amérique , alors désignée sous le nom de Terres-Neuves. L'amiral accueillit favorablement le projet de Cartier , qui fut autorisé par François Ier à le mettre à exécution. Déjà, dix ans auparavant, ce prince avait envoyé le Florentin Jean Verazzano visiter les parages de l'Amérique septentrionale, dans l'espoir qu'on découvrirait enfin un passage vers le Japon. Jacques Cartier partit de Saint-Malo en 1 534 , avec deux navires de soixaute et un hommes d'équipage chacun, reconnut une grande partie des côtes du golfe Saint -Laurent , et prit possession du pays au nom du roi. Au retour de ce navigateur en France, le gouvernement, d'après son rapport, résolut de former un établissement dans cette partie de l'Amérique du Nord. Cette fois (1535), J acques Cartier remonta le fleu ve Sai nt- Laurent , et s'avança à sept ou huit lieues au delà de l'endroit où depuis fut bâtie la ville de Québec. Les trois bâtiments qui composaient la flottille mouillèrent près de l'embouchure d'une rivière affluente,appeléed'abord Sainte- Croix par l'explorateur, mais à laquelle on donna depuis le nom de Jacques- Cartier. Celui - ci continua ses découvertes sur des canots, à cause des difficultés que le fleuve présentait aux gros bâtiments, et parvint jusqu'au lieu où fut bâtie plus tard la ville de Montréal , a cent cinquante lieues de l'embouchure du Saint -Laurent. Il visita la contrée , communiqua avec les habitants , et gagna leur amitié. Il revint ensuite hiverner à la rivière Sainte- Croix, où les équipages souffrirent beaucoup du froid et du manque de rafraîchissements. Ils furent attaqués «lu scorbut , fléau alors peu connu des marins européens. Mais un chef du pays ayant indiqué à Cartier un arbre dont les feuilles et l'écorce , prises en infusion , avaient opéré sa propre guérison , les Français firent usage de ce remède, et s'en trouvèrent bien. Ce-

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Sendant cette maladie avait déjà fait e tels ravages que Cartier fut obligé d'abandonner un de ses bâtiments , faute d'équipage pour le manœuvrer.

Il partit le 6 mai 1536, et trouva le passage qu'il avait déjà supposé exister au sud de Terre-Neuve , ce qui compléta la découverte du fleuve et du golfe Saint-Laurent. Il arriva le 1G juillet suivant à Saint-Malo, et fut renvoyé, en 1540, dans le fleuve Saint- Laurent; Mais le vice-roi que François Vr avait nommé pour gouverner le pays nouvellement découvert, n'étant parti que dix -huit mois après Cartier, celui-ci , abandonné à ses propres ressources et pressé par la disette, fut une seconde fois forcé de revenir en France. Il arriva à Saint-Malo en 1542. L'époque de sa mort est inconnue.

La première relation de ses voyages fut publiée sous ce titre : Brie/ récit de la navigation faite es isles de Canada , Hochelage , Saguenay et autres , Paris, 1545, in-8°; réimprimé à Rouen, 1598. Il en existe une traduction italienne dans le troisième volume de la collection de Aamusio, Venise , 1565 ; on trouve le Précis du troisième voyage (celui de 1542) dans le troisième et dernier volume de la collection d'Ilakluyt.

Cartier ( Jean - Baptiste ), violoniste , est né à Avignon le 28 mai 1765. Il y reçut les premières leçons d'un excellent professeur, l'abbé Walraef, chanoine de Saint-Pierre.

Il vint à Paris en 1783, y prit des leçons de Viotti, et entra /en 1791 , à l'orchestre de l'Académie royale de musique , où il resta jusqu'en 1817. Nommé, en 1804, membre de la chapelle de Napoléon , il fit plus tard partie de celle du roi. Quoiqu'il n'ait pas été attaché comme professeur au Conservatoire de musique, il a contribué , par ses ouvrages, à former les meilleurs élèves sortis de cette célèbre école , et tous les orchestres de Paris possèdent quelques-uns de ses élèves. En publiant les sonates de Corelli, de Porpora et de Nardini, il a popularisé en France la manière de ces trois grands maf-

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très. Il a donné aussi : Y Art du violon, excellent ouvrage qui sert de complément à la méthode de violon du Conservatoire . 1 vol. in-fol. C'est un choix des meilleures sonates prises dans les œuvres des premiers violonistes des écoles italienne , française et allemande. Cet ouvrage , auuuel M. Cartier a ajouté depuis la Traduction de Part de Varchet de Tartani , es t d'une grande utilité. M. Cartier s'est formé une collection d'instruments à cordes très-curieuse pour l'histoire de la musique. Il vit aujourd'hui retiré à Marseille.

C a rtigny (Jean) , littérateur religieux, mort à Cambrai en 1580, est auteur d'un roman intitulé : le Voyage du chevalier errant, Anvers, 1567, in-8°. C'est le môme ouvrage que le Chevalier errant, égaré dans la forêt des vanités mondaines dont si noblement il fut remis et redressé au droit chemin gui mène au salut éternel. Anvers, 1595,in-12.

On a encore de lui des Commentaires sur l Écriture sainte, et un Traité des quatre fins de C homme, Anvers, 1558, 1573, in-16.

C.\ rto.n-pi erbe (sculpture en). — La sculpture en carton -pierre est-elle d'invention moderne? Est-ce par erreur qu'on a cru la retrouver à Fontainebleau, dans la salle des gardes; au Louvre, dans la chambrede Henri II ? Sans juger le procès entre les anciens et les modernes, nous dirons que, lors de la restauration exécutée au Louvre et dans les palais de la couronne, on a cru reconnaître que les sculptures étaient en feuilles de papier superposées , ou carton de poupée.

Les artistes avaient reconnu , depuis longtemps , que la nature molle de ce carton ne permettait pas de rendre les finesses et les contours délicats des ornements d'architecture , et ne pouvait servir qu'à des surfaces unies dont les détails n'ont pas de dessous.

Il fallait trouver une composition tout à la fois plus ferme et plus ductile, s'introduisant facilement dans les creux destinés au moulage , et capable

de reproduire tous les effets de la véritable sculpture.

Il v a soixante ans que M. Mézières résolut le problème en se servant du carton-pierre, qui réunit parfaitement toutes les conditions du programme.

Il ne manquerait rien à cette composition si elle était moins sensible à l'action de l'humidité, et si l'on pouvait la rendre tout à fait imperméable sans augmenter sa dureté ni son poids.

Malgré cette imperfection , que l'on parviendra sans nul doute à corriger, le carton-pierre sert admirablement à mettre à la portée de toutes les classes le luxe de la sculpture ; c'est dans la ' décoration intérieure des monuments et des appartements qu'elle trouve son application la plus féconde; car, grâce aux perfectionnements obtenus depuis quelques années , le carton-pierre peut satisfaire à tous les besoins de l'architecture.

Parmi les productions de cette industrie nouvelle, on peut citer la décoration de l'Opéra, celle duThéâtre-Fra nçais, de l'Odéon, des théâtres de Lille, Strasbourg , Compiègne et Bruxelles ; les sculptures faites à l'hôtel de ville pour les fêtes royales; la restauration des palais de Versailles , de Fontainebleau , de SaintCloud , de l'église de Meaux , par MM. Vallet et Huber, successeurs de M. Mézières ; les sculptures de Notre-Dame de Lorette et de la chambre des députés, par M. Romagnési ; enfin les modèles anatomiques, moulés sur le cadavre , par M. Bernard. Ajoutons qu'appliquer, comme on l'a fait, la sculpture en cartonpierre à l'ornementation et à la décoration des églises, c'est employer un moyen sûr de répandre le goût des arts dans nos campagnes (*).

Cabtouche. — On appelle cartouche la charge des armes à feu portatives. Sous le règne de Henri III, les soldats portaient, suspendues à une bandoulière qui passait par • dessus l'épaule et était attachée à la ceinture,

(*) Extrait du rapport du jury sur l'exposition de l'iodustne de 1839.

plusieurs petites boîtes cylindriques en bois ou en fer-blanc , couvertes de cuir et contenant chacune une charge de poudre , qu'on introduisait dans le canon des arquebuses, mousquets,etc...

Plus tard on abandonna ce système, et l'on chargea les armes à l'eu avec une corne ou une poire nommée pulvérin , qui contenait la poudre que l'on faisait couler dans le canon. L'amorce était enfermée dans une poire ou corne d'amorce , de la même forme que le pulvérin , mais d'une plus petite dimension. L'une et l'autre se portaient suspendues en bandoulière. On adopta enfin, en 1690, l'usage des cartouches , mais pour la charge seulement; ce ne fut que pendant la guerre de 1744 que Ton commença à faire servir la cartouche à la charge et à l'amorce.

La cartouche dont on se sert aujourd'hui est un petit cylindre creux en papier, qui enveloppe la poudre et la balle composant la charge d'une arme à feu.

Son diamètre est un peu moins fort

3ue celui de l'arme à laquelle elle est estinée.

Cartouche ( Louis - Dominique ), voleur fameux , dont le nom est resté populaire, naquit à Paris, en 1693, dans la boutique d'un marchand de vins de la Courtille. Chassé du collège Louis le Grand où il étudiait, puis de la maison paternelle , il s'enrôla dans une troupe de brigands qui infestaient la Normandie , et revint ensuite exercer son nouveau métier à Paris. Il y forma une bande dont il prit le commandement absolu, et remplit bientôt la capitale et les provinces du bruit de ses vols et de ses assassinats. Après avoir longtemps échappé aux poursuites de la justice, il fut enfin arrêté dans un cabaret de la Courtille, en 1721. Conduit dans les prisons du Châtelet , Il parvint à s'évader en perçant un mur , fut repris sur-le-champ et transféré à* la Conciergerie. Son procès excita pendant plusieurs semaines dans la capitale une curiosité dont nous pouvons nous faire une idée par l'intérêt porté dans ces derniers temps à certains dé-

bats criminels. De grands personnages et des dames de la première distinction allèrent le visiter. Le Théâtre - Français , les comédiens italiens représentèrent sur la scène ce héros d'une nouvelle espèce. Enfin , le parlement le condamna à être rompu vif. Il subit son supplice avec le courage et le calme qu'il avait constamment montrés jusque-là. Parmi les complices qu'il avait nommés à ses derniers moments, se trouvèrent un grand nombre de dames et de gentilshommes connus.

La biographie de Cartouche, ornée de son portrait gravé sur bois , se réimprime et se vend encore tous les ans a Paris avec un véritable succès de vogue. Le Théâtre de Legrand renferme la comédie intitulée Cartouche, qui fut jouée pendant le procès de ce brigand, et les amateurs recherchent avec intérêt un petit poème en cent vers , composé sous le même titre par Granval , et suivi d'un Dictionnaire d'argot.

Cabtulairbs. — Un cartulaire est un registre dans lequel sont transcrites les chartes concernant un pays, une église, une communauté ou méîne une seule personne. Les plus anciens cartulaires remontent au dixième siècle, suivant Mabillon , qui fait honneur au moine Folquin du premier dont on ait connaissance. Mais le cartulaire de Folquin , et d'autres dont plusieurs lui sont antérieurs , sont moins des recueils de chartes que des chroniques dans lesquelles les auteurs ont inséré des actes relatifs à leurs abbayes. Ce furent les moines , qui, les premiers, recueillirent dans des registres les titres de leurs monastères. A l'exemple des moines, les évêques et les chapitres se mirent, au onzième siècle, a transcrire les titres de leurs églises. Puis, ils furent imités par les rois , les ducs, les comtes, les seigneurs et les communes.

Les cartulaires qui nous ont été conservés sont très-nombreux. La bibliothèque du roi en possède environ quatre cents. Il en existe un grand .

nombre aux archives du royaume et dans la plupart des archives et des bi-

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bliotbèques des départements. Les

S lus remarquables de la bibliothèque u roi sont ceux des abbayes d'Ainai de Lyon, de Saint-Cyprien de Poitiers , de Cluni , de Port-Royal ; des églises de Grenoble , de Chartres , de Paris ; le cartulaire des comtes de Champagne; ceux des villes de Marseille , Arles , Avignon, etc.; les cartulaires de Philippe - Auguste , etc. Les principaux cartulaires des abbayes du diocèse de Paris sont déposés aux archives du royaume. Celui de Saint- Victor de Marseille , que possède cette ville , est l'un des plus beaux et des plus anciens qu'on puisse voir.

Ces recueils sont d'une grande utilité pour la connaissance de la topographie, de l'histoire, des institutions et usages du moyen âge. Les actes qui y sont transcrits renferment les transactions des seigneurs avec leurs vassaux ou leurs serfs, et des serfs entre eux. Et comme ces transactions ont pour objet, non-seulement des biens meubles et immeubles , mais encore des droits féodaux et toute espèce d'obligations personnelles , elles reflètent, comme des miroirs fidèles, le tableau des diverses conditions des terres et des personnes.

Un assez grand nombre de cartulaires ont été publiés en Allemagne et dans les autres pays étrangers. Les éditions de ce genre qui ont été données en France sont peu nombreuses.

Elles ne comprennent guère que les cartulaires de l'abbaye d'Auclii , de l'église de Strasbourg, du prieuré de Perreci(dans le recueil de Pérard).

Ce n'est que depuis ces dernières années que le gouvernement a formé le projet de publier les principaux cartulaires de France. Ceux de l'abbaye de Saint-Père de Chartres et de l'abbaye de Saint-Bertin à Saint -Orner ont paru au commencement de l'année 1841 (Paris, 3 vol. in-4°, 1840), et font partie de la collection des documents inédits sur l'histoire de France,

fmbliés par les soins du ministre de 'instruction publique. Dire que ce travail est dû à M. Guérard , membre

de l'Institut , c'est dire qu'il est exécuté avec cette solidité d'érudition, cette sûreté de critique qu'on admire à bon droit dans tout ce qui est dû à la plume du savant professeur de PÉcoîe des chartes.

Caris ( M. Aur. ) , empereur romain, était né à JSarbonne, selon Eutrope, Orose et les deux Victor, quoiqu'il eût voulu passer pour Romain, quand il fut élevé à l'empire par les soldats, après la mort de Probus en 282. Après des victoires remportées sur les Sarmates et sur les Perses , il mourut, vers la fin de 283 , de maladie, suivant les uns , foudroyé dans sa tente, suivant les autres, ce qui a fait dire à M. de Châteaubriand , avec ce bonheur de pensée et d'expression qui lui est ordinaire : « Quand la terre « fatiguée discontinuait le meurtre « de ses princes , le ciel s'en char- « geait (*). »

Cabvalho da Este (bataille de).

— Le maréchal Soult, après l'embarquement des Anglais à la Corogne, avait pénétré en Portugal (mars 1809) et s'avançait vers l'intérieur de ce pays à travers la province deï'ras-los-Mon* tes. Chavès avait ouvert ses portes aux Français. Le général portugais Freire se Vêtirait devant eux. Il lui avait été enjoint d'éviter tout engagement sérieux avant d'avoir opéré sa jonction avec un corps chargé de couvrir la ville d'Oporto. L'armée du général Freire se composait de troupes régulières , anglaises et portugaises, mais principalement de paysans nouvellement recrutés dans les provinces de Tras-los-Moutes et d'Entre-Douroe-Minho. Ces paysans , encore mal disciplinés, mais confiants dans leur nombre , s'indignaient de céder le • terrain à l'ennemi et demandaient à grands cris le combat. Déjà le duc de Dalmatie s'était avancé sur les hauteurs de Carvalho ; et, de leurs positions en avant de Braga , les Portugais pouvaient apercevoir les avantpostes français. L'exaspération des séditieux fut alors portée au comble,

(•) Études historiques, t. I, p. 189.

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et , lorsqu'ils virent que le général Freire se disposait à lever son camp avec ses troupes régulières , ils se jetèrent sur lui et le massacrèrent avec la plus grande partie de son état-major. Ils se donnèrent alors pour chef le baron d'Eben, officier hanovrien, et le forcèrent, sous peine de la vie, à accepter le commandement.

Celui-ci craignant , s'il imitait la conduite de son prédécesseur, d'avoir le même sort , se disposa aussitôt à prendre l'offensive. Il fit, en conséquence , déborder par son aile droite la gauche des Français , adossée à des rochers qui leur coupaient la retraite, et emporter d'assaut le village de Linoso , situé en avant de leurs lignes.

Cette position fut reprise par les Français ; et le maréchal Soult ayant été informé que les Portugais se disposaient à une attaque générale, résolut de les prévenir.

Le 30 mars, il déploya ses troupes en bataille sur les hauteurs de Carvalho da Este. Le général Delaborde commandait la division du centre , et était soutenu par la division de dragons du général Lorge; le général Heudelet était à l'aile droite; le général Mermet commandait l'aile gauche et avait derrière lui la division de cavalerie légère du général Franceschi. Une batterie, placée en avant des lignes, donna le signal de l'attaque : la division du centre s'ébranla aussitôt , et, sans répondre à la fusillade de l'ennemi, s'avança sur lui l'arme au bras.

Cette marche audaeieuse déconcerta les Portugais , et , au moment où les Français arrivaient sur eux, ils se débandèrent et prirent la fuite. La cavalerie les poursuivit et en fit un horrible carnage; elle entra péle-mêle avec les fuyards dans Braga, traversa cette ville et ne s'arrêta qu'à deux lieues au delà. Les pertes de l'ennemi furent considérables : son artillerie, ses drapeaux , ses bagages et ses caisses militaires tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Le maréchal Soult établit son quartier général à Braga, et ses avant-postes prireit position à trois lieues en avant, à Tabossa , sur

la route d'Oporto. Les jours suivants, les villes de Barcelos et de Guimaraens , découvertes par la dispersion de l'armée portugaise , reçurent des garnisons françaises.

Cary (Félix), antiquaire, fils d'un libraire de Marseille, naquit dans cette ville le 24 décembre 1699, et y mourut le 15 décembre 1754. «Il avait, dit « l'abbé Barthélémy , un beau cabinet « de médailles , et une précieuse col- « lection de livres assortis à son « goût. » En 1752, il fut nommé correspondant de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. On a de lui : 1" Dissertation sur la fondation de Marseille , sur F histoire des rois du Bosphore clmmérien , et sur Lesbonax, philosophe de Mitylène, Paris, 1744, in-12; 2° Histoire des rois de Thrace et de ceux du Bosphore cimmérien, éclaircie par les médailles, Paris, 1752 , in-4°. C'est son ouvrage le plus important. Il avait laissé manuscrit un dictionnaire provençal avec les étymologies ; malheureusement ce travail est perdu. Les médailles du cabinet de Cary ont été achetées pour le cabinet des médailles et antiques de la bibliothèque du roi.

Cabze ( le comte de) , officier de mer, sur lequel nous n'avons aucun renseignement biographique, et qui peutêtre appartenait à la même famille que le comte de Carces. Deux historiens de l'ancienne marine écrivent son nom d'une manière différente : suivant l'un , cet officier se nommait Carse; suivant l'autre, Carze. Mais tous deux s'accordent pour lui donner la qualité de comte. Ils n'en font mention qu'à propos des événements maritimes du second siège de la Rochelle. A la sanglante bataille du 27 octobre 1622, le comte de Carze servait sous les ordres du duc de Guise, amiral de l'armée française. Les Rochellois ayant envoyé deux brûlots contre le vaisseau amiral, parvinrent à le mettre en feu.

Le duc de Guise , déjà exposé à toute l'artillerie des vaisseaux de la ville protestante, se trouva dans la position la plus critique. Plaçant Tavannes à la proue , le comte de Carze à la poupe ,

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le comte de la Rochefoucauld au grand mât , et se réservant de se porter luimême partout où sa présence serait nécessaire, il fit intrépidement face à tous les dangers. Les Rochellois , fatigués d'une résistance si opiniâtre , se retirèrent , et le salut du vaisseau amiral contribua puissamment au succès éclatant qui marqua cette journée.

Casa-Bi àiscà ( Lucien ) , frère du comte Raphaël, entra très-jeune dans la marine , y servit avec distinction, fut nommé, en 1792, membre de la Convention où il vota la détention indéfinie du roi Louis XVI, et entra, plus tard, au Conseil des Cinq-Cents.

Rentré au service, il fit partie de l'expédition d'Egypte comme capitaine du vaisseau r Orient, et se trouva en cette qualité à la bataille d'Aboukir; atteint par un boulet , il fut englouti à l'explosion de son bâtiment, et périt avec son fils, âgé de dix ans, qui ne voulut pas ie quitter. Ce trait touchant de piété filiale a été célébré par Lebrun et Chenier.

Casa-Bianca (Pierre - François ), fils du comte Raphaël , naquit à Vescovatoen 1784. Son activité, ses talents, sa valeur lui méritèrent, en 1811, le grade de colonel. Ce brave fit constamment partie de l'armée dans les campagnes d'Allemagne et de Prusse depuis 1806, et mourut couvert de blessures daus la désastreuse expédition de Russie en 1812.

Casa-Bianca ( le comte Raphaël de ) , lieutenant général , etc., né en 1738, à Vescovato en Corse, d'une famille noble et ancienne , prit parti dans les troupes que Louis XV en* vu y a pour achever de soumettre l'Ile , et devint colonel du régiment Provincial-Corse, qu'il commandait en 1789.

L'année suivante il fut envoyé par ses concitoyens comme député extraordinaire à l'Assemblée constituante.

Peu de temps après, il passa à l'armée du Nord et y combattit avec la plus grande bravoure. Nommé maréchal de camp, il fut employé à l'armée des Alpes, puis envoyé à Ajaccio, et reçut bientôt après l'ordre de se tenir prêt à s'embarquer avec l'amiral Truguet

pour la Sardaigne que Ton voulait prendre.

Cette expédition ayant échoué , le général Casa - Bianca fut chargé du commandement de Calvi , et presque aussitôt assiégé par les Anglais. U n'avait avec lui que six cents hommes ; la place était mal fortifiée , et presque sans munitions et sans vivres-, néanmoins il y soutint trente-neuf jours de siège et un bombardement qui réduisit en cendres la plus grande partie de la ville. Resté avec quatre-vingts hommes exténués de faim et de fatigues, il capitula, mais à des conditions honorables. Sa glorieuse défense lui avait valu, pendant le siège, le brevet de général de division. 11 joignit l'armée d'Italie , commanda à Gènes , où il calma les esprits, puis fut envoyé, par le Directoire executif, en Bretagne. Il quitta le service en 1799, époque ou Bonaparte , devenu premier consul , le nomma membre du sénat conservateur, et successivement comte de l'empire et grand-officier de la Légion d'honneur. Appelé à la pairie par le roi en 1814 et par l'empereur en 1815, il fut exclu à la seconde restauration, puis réintégré en 1819 , ce qui lui valut, comme a tant d'autres, une place dans le Dictionnaire des girouettes. Il est mort en 1825.

Casal ( sièges de). — En 1655, le maréchal de Brissac s'empara de Casal, en Piémont, avec autant de hardiesse que de bonheur. Le gouverneur et ses soldats , ainsi que toute la noblesse de l'armée impériale qui s'y était réunie pour un tournoi, eurent a peine le temps de se jeter sans babits et presque sans armes dans la citadelle.

Les ennemis capitulèrent, promettant de se rendre s ils n'étaient secourus dans vingt-quatre heures. Sur ces entrefaites , on eut avis de l'approche de Pescaire ; Brissac alors fit avancer les horloges et la citadelle se rendit.

— En 1630, l'armée espagnole tenait le général Thotras étroitemeut assiégé dans Casal. L'armée française étant arrivée sous les murs decette v ille,on allait en venir aux maios, lorsque Mazarin, alors gentilhomme du pape, parvint à

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faire reconnaître le traité de Ratisbonne par le général espagnol , et Thoiras fut ainsi délivré, après sept mois d'une brillante défense.

D'après le traité de Ratisbonne, les Français et les Espagnols devaient évacuer en même temps le Montferrat.

Les premiers devaient livrer la ville de Casai au prince Ferdinand, second Gis du duc de Mantoue; et des soldats montferrins devaient former la garnison de cette ville. Mais cette dernière clause fut éludée; les soldats montferrins, laissés dans Casai, n'étaient autres que des soldats français qui avaient changé d'uniforme. Quand les Espagnols eurent repassé le Pô , deux régiments français revinrent tout à coup en arrière, et introduisirent dans Casai un convoi de provisions.

Cependant de nouvelles négociations les déterminèrent à se retirer encore une fois; mais ils y laissèrent quatre cents hommes, qui se cachèrent dans les caves de la citadelle. Enfin , le 6 avril 1631 , un nouveau traité de paix fut signé à Cherasco , et termina la guerre de la succession de Mantoue.

Le 2 juillet 1631, les Français évacuèrent détinitivement Casai et tout le Montferrat.

Casal-Pcsterlengo (combat de).

— Le 8 mai 1796, Bonaparte avait remporté à Fombio une éclatante victoire sur les Autrichiens commandés par le général Liptay. Dans la soirée, le général Beaulieu, qui accourait au secours de Liptay avec neuf bataillons et douze escadrons, arrive à Casal- Pusterlengo, non loin du champ de bataille. Là il apprend la défaite de son collègue et forme la résolution de mettre la nuit à profit pour essayer de surprendre les vainqueurs etde reoccuperCodogno dont ils s'étaient emparés. Il part a la téte de ses troupes , arrive à deux heures du matin en vue de Codogno et surprend les avant-postes ' de la division du général la Harpe. Au premier bruit, ce général avait sauté eu selle; mais déjà ses troupes étaient aux prises avec l'ennemi et faiblissaient. Il commençait à rétablir le combat, lorsque, frappé d'une balle, il tomba sur le coup.

Sa mort répandit l'alarme parmi les Français, et les Autrichiens en profitèrent pour redoubler d'efforts. Sur ces entrefaites, le général Berthier, informé gu'on se battait à Codoçno , rallia la division la Harpe, et culbuta les Autrichiens au moment où ils se croyaient sûrs de la victoire. Il les

f>oursuivit jusque dans Casal-Pusterengo, s'empara de cette ville, et força Beaulieu à se retirer en toute hâte sur Lodi.

Casalta Y . général de briade, etc. , né en Corse, vers 1760, ut employé à l'armée d'Italie, devint général de brigade, et repassa en Corse, en 1796. Là, il chassa les Anglais de Bastia , et s'empara de Saint-Florent.

Renvoyé dans l'île l'année suivante, il apaisa les troubles qui venaient d'y éclater. Nommé membre de la junte d'administration, en 1815, il se mit à la tête du camp de Bastia , et contribua, par son énergie, à faire arborer les trois couleurs. La bataille de Waterloo le rendit à la vie privée.

Casanova (François), peintre de batailles et de paysages , naquit à Londres, en 1730, de parents vénitiens, retourna fort jeune à Venise, et y reçut une belle éducation qu'il sut mettre a profit. L'étude des langues anciennes et modernes, celle du dessin, occupèrent ses premières années. Casanova vint plus tard à Paris, apportant avec lui quelques essais de ses talents, et y fut reçu avec bienveillance; ayant eu occasion de présenter quelques-uns de ses ouvrages à Parocel, cet habile peintre s'empressa de lui donner des conseils, qui lui furent d'une grande utilité, surtout pour le dessin des chevaux. L'étude des tableaux flamands qu'il vit dans un voyage en Allemagne contribua beaucoup à lui faire mettre dans ses tableaux la correction et l'harmonie qui y manquaient encore. De retour a Paris, l'Académie de peinture s'empressa de l'agréer, et peu après, en 1763, elle l'admit au nombre de ses membres, sur un tableau représentant un combat de cavalerie. Depuis il exposa , en 1765, une Marche d'armée , deux batailles , un

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Espagnol à cheval; en 1767, sept tableaux de genre; en 1769, deux sujets de chasse, trois paysages ; en 1771, les Batailles de Lensetde Fribourg,el deux paysages; en 1775, treize tableaux de genre , paysage , animaux , chasse , sujets militaires; en 1779, quatre paysages et deux cavaliers; et en 1781, sept paysages et deux sujets militaires. L'eftet que produisirent ces tableaux augmenta la réputation de cet artiste, et plusieurs princes s'empressèrent à l'envi de mettre ses talents à contribution. Le prince de Condé lui fît faire, en 1771, pour la galerie du palais Bourbon , les batailles de Fribourg et de Lens. L'impératrice Catherine le charge.) d'immortaliser ses victoires sur les Ottomans. Favorisé par la fortune , accueilli dans les meilleures sociétés , pour son esprit et son éducation, Casanova aurait pu vivre à Paris heureux et tranquille; mais son goût pour le luxe lui ayant fait contracter des dettes, il prit le parti, pour se soustraire à ses créanciers , d'aller à Vienne finir les divers ouvrages dont il était chargé. Ce fut près de cette ville, a Bruhl , qu'il mourut, en 1805; il était alors occupé à peindre un tableau représentant V inaugurât ion de r hôtel royal des Invalides, par Ijouis XIV. Cet artiste, toujours jaloux de faire respecter les artistes, se trouvait un jour à diner chez le comte de Kaunitz , avec des ambassadeurs de divers princes d'Allemagne : la conversation étant tombée sur Rubens et sur son ambassade, une des excellences se mit à dire : « C'était vraisemblable- « ment un ambassadeur qui s'amusait à « peindre.»— «Non, repartit Casanova, « c'était un peintre qui s'amusait à être « ambassadeur. » Parmi les élèves de Casanova on peut citer Loutherbourg, Maver, Norblin , etc. Le Louvre possédée de cet artiste deux tableaux représentant une bataille et un choc de cavalerie ; et trois dessins : une marche d'animaux et deux cavaliers.

Casaque. — On appelait ainsi autrefois un manteau assez semblable au vêtement de dessus de nos bedeaux, ouvert par-devant, à pans prolongés

T. iv. 15" Livraison. (DlCT. Fi\r

et à- manches longues et fermées. Les casaques se mettaient, suivant l'occurrence, par-dessus l'armure, le justaucorps ou la soubreveste, et elles portaient en général une marque distinctive. Ainsi, au temps de François Ier, les Bourguignons impériaux avaient sur leur casaque la croix rouge de Saint-André, et la casaque des hérauts d'armes était couverte des armoiries du souverain. En temps de guerre, la casaque se mettait par-dessus l'armure, qu'elle servait à garantir de la pluie : on l'agrafait au collet; mais, lorsqu'il faisait beau , on la rejetait en arrière , comme les pelisses de nos hussards.

Ce vêtement disparut en grande partie vers la seconde moitié du seizième siècle. Suivant quelques auteurs, il faut chercher dans le nom de I' empereur Caracalla l'étymologie du mot casaque ou casaquin , qui s'est dit

f)our caraquin. Il est plus naturel de a trouver dans le mot hébreu kasah, couvrir.

Casasola (combat de).— Quand la division du général Masséna se fut emparée du fort de la Chiusa , dans le Frioul , les Autrichiens cherchèrent à lui disputer le passage du pont de Casasola (19 mars 1797). Mais les grenadiers de la trente-deuxième demibrigade, marchant en colonne serrée, forcèrent ce pont , culbutèrent l'ennemi , maigre ses retranchements et ses chevaux de frise, et lui firent six cents prisonniers.

Casaubok (Isaac de) naquit à Genève, en 1559, d'une famille française qui s'y était réfugiée pour échapper aux persécutions dont les protestants du Dauphiné étaient alors l'objet. Cependant son père rentra dans sa patrie, et devint ministre de la religion réformée à Crest, petite ville du Dauphiné. Il se chargea lui-même de l'éducation du jeune Isaac, qui, sous un tel maître, lit de rapides progrès. A neuf ans, il parlait le latin avec une

f>ureté étonnante; il en avait dix-neuf orsqu'il fut envoyé à Genève, pour y suivre les cours de l'université. Il y étudia la jurisprudence, la théologie et les langues orientales, fut chargé,

vci op., etc.) 15

CAS

en 1582, de remplacer son maître, F. Portus, dans la chaire de grec, et devint, quelque temps après, le gendre de Henri Étienne. Mais bientôt son caractère inquiet et la bizarrerie de son beau-père lui rendirent le séjour de Genève désagréable; il accepta, à Montpellier, une chaire de grec et de belles-lettres, qu'il quitta deux ans après, pour en occuper une semblable au collège de France, où Henri IV venait dé l'appeler. Quelques années après, ce prince lui donna ia charge de garde de la librairie, avec quatre cents livres d'appointements , somme considérable pour celte époque, et le nomma l'un des commissaires à la conférence de Fontainebleau , entre le cardinal Duperron et Duplessis Mornai. Casaubon y opina contre le champion du protestantisme, et cette manifestation d'une opinion contraire à sa religion le rendit suspect à son parti, sans lui concilier la bienveillance des catholiques , dont la jalousie avait toujours cherché à lui nuire.

Aussi s'empressa-t-il , à la mort de Henri IV, d'accepter l'offre que le chevalier Watton , ambassadeur extraordinaire de Jacques Ier, lui fit de l'accompagner en Angleterre. Il v fut reçu avec distinction, et fut gratiué de deux prébendes , l'une à Cantorbéry , l'autre à Westminster, avec une pension de six cents livres sterling. 11 mourut à Londres, le Ier juillet 1614.

Isaac Casaubon fut un théologien tolérant et pacifique, un savant du premier ordre, un traducteur habile, et un savant critique. Les savants les plus distingues de son temps, Pierre Pithou , de Thou , Heinsius, Graevius, Gronovius, lui ont rendu ce témoi-

Snage , et la postérité n'a point appelé e ce jugement. La liste des livres qu'il a publiés dépasserait de beaucoup les limites qui nous sont imposées dans cet article. Nous devons nous borner à mentionner ici les plus importants :

In Diogenem Laerhum notx, 1583 , in 8°: ces notes, sur le frontispice desquelles, ainsi que sur celui de son commentaire sur rhéoerite, Cas.iubon avait pris le nom û'JJortibonus, ont

été réimprimées depuis, dans le Diogène de Henri Etienne, de 1594 , Polyxni stratagemata, çr. et lot. , cum notis, Lyon, 1589, in-12; édition priaceps de cet auteur; AristoteUs opéra, gr. et lat., Lyon, 1690, in-fol. , avec notes marginales; édition plusieurs fois réimprimée; Theophrasti caractères, gr. et lot. ; l'une des meilleures éditions publiées par Cas;iubon; Suetonii opéra cum anima dversionibus, Paris, 1606, in-4° : le commentaire dont cette édition de Suétone est accompagnée, eut le plus grand succès, et fut plusieurs fois réimprimé; Perêii satyrœ cum comment. , Paris , 1605, in-8°. Scaliger a dit de ce livre, que « la sauce y valait mieux que le poisson; » et, en effet, le commentaire, oui en forme la partie la plus considérable, est une mine inépuisable d'érudition. Le savant M. Dubner a donné, en 1833, une nouvelle édition de cet excellent livre, avec d'importantes additions ( Lipsix , in-8° ). On fait également cas des travaux de Casaubon sur ThéocrUe, Strabon, Denys dllalycornasse, Dicéarque, Pline le Jeune, Apulée, Athénée, Dion Chrysostôme, saint Grégoire de Nysse. Son commentaire sur Athénée et son édition de Strabon sont particulièrement estimés.

Parmi ses autres ouvrages , nous devons encore mentionner ses dissertations sur la poésie satirique chez les Grecs et chez les Romains ; ses Exercitationes in Baronium; son traité de Liber ta te ecclesiastica , commencé et interrompu par ordre de Henri IV, et publié seulement en partie; sa Lettre à Fronton du Duc , dont l'obiet était de combattre les doctrines des jésuites sur l'autorité des rois, et enfin, le Recueil de ses lettres , dont ia meilleure édition a été publiée à Rotterdam, en 1709, in-fol, par Jansson d'Almeloveen. Wolff a donné à Hambourg, en 1710, un Casauboniana , in-4°.

Casaubon (Méric), fils du précédent, naquit à Genève en 1599, commença ses études à l'académie protestante de Sedan, puis se rendit avec son |«ère en Angleterre, où il se fixa,

cas FIU

se fit remarquer, sous le protectorat de Cromwel, par son attachement aux Stuarts, et mourut, en 1671, curé de fiiedon , dans le comté de Sommerset, prebendier de Cantorbéry et recteur dlckam.

Méric Casaubon suivit, comme son père , la carrière de l'érudition , et il fut également l'un des critiques les plus distingués de son époque. Ses notes sur Ttrence , Épictete, Hiéro- >iés9 F lotus, Diogène-Laërce, et surtout son commentaire sur les Réflexions morales de MaroAurèie, sont estimés des savants. Ses autres ouvrages ont eu aussi beaucoup de succès; mais ils sont, pour la plupart, en anglais; nous ne citerons que les deux suivants, qu'il publia par un motif de piété filiale : Pietas contra maledicos patrii nominis et religionis hottes, Londres, 1621, in-8°; y indicatif) patris adversus impostores, 1624, in-8°. On trouve dans le premier la liste de tous les ouvrages imprimés ou manuscrits d'Isaac Casaubon.

Casaux (Ch.), consul de Marseille dans le seizième siècle , a acquis une honteuse célébrité par sa conduite lors de l'avènement de Henri IV.

Ayant traité avec les Espagnols , il allait leur livrer la ville , lorsqu'un habitant nommé Libertat, Corse d'origine, introduisit le duc de Guise par une porte confiée à sa garde, et tua de 6a propre main le traître en 1596.

Casbois (dom Nicol.), savant mathématicien , né dans le département de la Meuse, fut président de la congrégation de Saint- Va une en 1789, et mourut pendant l'émigration. Outre plusieurs mémoires sur des hygromètres et des aéro mètres de sa composition | mémoires insérés dans le Dictionnaire encyclopédique ( tome xvii), dans le Journal encyclopédique (1765, 1777) et dans les Affiches des triché* de Lorraine (1781, 1784), il a laissé des Opuscula elemcntaria^ Metz, 1779, 2 vol. in-8°. Casbois est le véritable inventeur de la métbode dite de mademoiselle Gervais , pour la fabrication du vin.

Casb (Pierre de}, dont le véritable

nom est Desmaisons, né a Limoges, fut général de l'ordre du Mont- Car»

mel , et administrateur de l'évéché de Yaison, et mourut en 1S48, après avoir composé quatre livres sur le Maître des sentences y d es Serm ons et d es Corn mentairessur la politique d'Aristote, ouvrages assez bien écrits pour le temps.

Casemates. On donne ce nom à des bâtiments à l'épreuve de la bombe oui servent à emmagasiner une partie du matériel d'une ville de guerre, à loger la garnison et à former en temps de siège des hôpitaux où les blessés peuvent jouir de la tranquillité nécessaire à leur prompt rétablissement.

On appelle aussi casemates, des réduits à l'épreuve de la bombe que l'on établit à l'avance , ou au moment même du siège, sur différents points des remparts, pour mettre les bouches à feu a l'abri des effets destructeurs du tir à ricochet. Ces réduits fournissent seuls à l'assiégé le moyen de conserver en batterie quelques pièces d'artillerie jusqu'à la dernière période du siège. Séduits par cet avantage, certains ingénieurs proposèrent, dans le dix-huitième siècle, différents systèmes de fortifications presque uniquement basés sur l'emploi de casemates à feu; mais il a fallu y renoncer pour plusieurs motifs , et notamment pour celui-ci : quand on est obligé de faire un feu très-vif, les casemates à feu se remplissent promptement d'une telle quantité de fumée, qu'il est trèsdifficile pour les canonniers d'exécuter ta manœuvre des pièces.

Les casemates se composent de voûtes épaisses en maçonnerie, recouvertes d'une couche de terre ayant au moins un mètre de hauteur. Les magasins à poudre des villes de guerre sont établis sous des voûtes de cette nature. Ces abris, lorsqu'ils ont été construits avec les précautions nécessaires, résistent indéfiniment à l'action des projectiles ennemis; l'expérience l'a prouvé dans plusieurs sièges remarquables , tels que ceux de Landau et de Tournay en 1745. On cite surtout un magasin à poudre de Landau, bâti par Vauban, sur lequel tom-

bèrent plus de huit cents bombes sans que les poudres qu'il renfermait fussent atteintes.

Les casemates telles que nous venons de les décrire furent imaginées par Vauban, qui en fit construire pour la première fois à Landau en 1684; toutefois, l'idée première de cette invention ne doit pas lui être attribuée; elle remonte à une époque fort reculée, qu'on ne saurait préciser rigoureusement. Les chambres voûtiez des châteaux forts du moyen âge n'étaient autre chose que des espèces de casemates.

Casknave (Antoine), né à Lemboye (Basses-Pyrénées), en 1763, fut, en 1792, envoyé à la Convention nationale par son département, dans le procès du roi. Il demanda : « l°la réclusion « de Louis et de sa famille jusqu'à la « paix , et l'exil perpétuel à cette épo- « que ; 2° que le suffrage des membres « non présents à l'instruction de l'af- « faire ne fussent pas comptés pour le « jugement ; 3° que, pour suppléer au « défaut de récusation des membres « suspects pour cette décision, la ma- « joritédes voix fût fixée aux deux tiers « au moins. » Plus tard, il insista vivement sur la mise en accusation de Marat. Après le 9 thermidor, il fut envoyé en mission dans le département de la Seine-Inférieure , où il resta quatorze mois. Nommé au Conseil des Cinq-Cents en 1797 et 1798, il s'opposa aux réactions, devint membre de la commission des inspecteurs du conseil , et chargé , conjointement avec Cabanis, M. J. Chénier et Alexandre Villetar, de rédiger la constitution de l'an vin. Il fit ensuite partie du nouveau corps législatif, dont il devint président en 1810. Dans la session de 1814, il défendit la liberté de la presse, mais appuya le projet de loi relatif au payement "des dettes contractées par Louis XVIII en pays étranger. Membre de la chambre des représentants en 1815, il engagea ses collègues à oublier tout intérêt particulier pour concourir au salut commun. Il mourut le 16 avril 1818, à l'âge de cinquante-six ans.

CA.SBNEUVB (P. de;, savant modeste, naquit à Toulouse le 31 octobre 1591, et mourut en 1652. Une connaissance approfondie des langues anciennes et de la plupart des langues de l'Europe développa chez lui un goût prononcé pour les recherches grammaticales et étymologiques. On lui doit: 1° Traité du franc-alleu, Toulouse, 1641, in-4°; 2* la Catalogne française, Toulouse, 1644, in-4°, ouvragé curieux et piquant; 3° la tarifée, ou la Cyprienne amoureuse, in-8°, roman; 4° Origine des jeux fleure aux de Toulouse, 1659, in-4°. Le plus connu de tous ses ouvrages est son dictionnaire intitule Origines de la langue française^ qui fut publié après sa mort, à la suite de l'édition du Dictionnaire étijmoloqique de Ménage, Paris, 1694, in-lol., et refondu avec le texte de Ménage dans les éditions suivantes. Entre autres ouvrages manuscrits, Caseneuve a laissé un Traité de la langue provençale, et une Histoire des favoris de la' France.

Casernes. Les casernes sont les bâtiments dans lesquels le gouvernement loge les troupes en garnison.

Tant que dura le système féodal , les armées ne s'assemblaient que pour entrer en campagne; on ne faisait la guerre que dans Ta belle saison, et les troupes étaient licenciées à l'approche de l'hiver; il n'était donc pas nécessaire de s'occuper de la manière de loger les gens de guerre, car, une fois la campagne terminée, chacun rentrait dans ses foyers.

Sous Charles VII et ses premiers successeurs, il y eut une armée permanente; mais ces troupes, peu nombreuses pendant la guerre, étaient presque réduites à rien pendant la paix; on n'avait pas encore besoin de se préoccuper beaucoup du moyen de les loger.

Ce fut seulement en 1691 que Ton commença à caserner les troupes d'une manière a peu près régulière. Les soldats étaient alors logés chez les bourgpois ou dans des maisons qui leur étaient fournies par les ofliciers municipaux. Cette méthode avait de grands

cas FRANCE. cas

inconvénients; pour y remédier, le souvent varié. C'était, en général, au

gouvernement prescrivit, en 1716, la onzième siècle, un cône aigu ayant sur

construction de casernes dans les prin- le devant une lame de fer plate appe-

cipales villes de France. lée nazal. Au temps des croisades,

Un édit de 1719 ordonna de faire le c'était une espèce de bonnet cylindri-

plan , l'état et le devis des casernes à que, percé de petites ouvertures à la

construire , et pour se procurer les place correspondante aux yeux et aux

fonds nécessaires, on imposa une oreilles. Au milieu du treizième siècle,

somme considérable sur les vingt gé- le casque couvrait le front jusqu'aux

néralitésdu royaume; mais l'exécution sourcils; il avait un gorgerin qui s'é-

de ce projet avant rencontré des diffi- tendait jusqu'au-dessus de la bouche,

cultés, les édits de 1716 et de 1719 et couvrait quelquefois l'extrémité du

furent révoqués en 1724, et le loge- nez. Cette espèce de casque, qui s'ap-

mcnt des gens de guerre fut remis sur pelait heaume, hiaume, heaulme,

l'ancien pied. Cependant le caserne- avait une visière à petites grilles, qui

ment fut permis aux villes qui le pré- s'abaissait et se relevait à volonté; elle

féreraientau logement personnel, mais était en outre accompagnée d'une col-

à condition qu'elles en supporteraient lerette en fer, qui descendait jusqu'au

les frais. défaut des épaules.

Toutes les troupes sont maintenant Vers le milieu du quatorzième siècle, casernées. On a disposé pour leur le casque à visière fut généralement usage , dans la plupart des villes de adopté, et son emploi se conserva jusgarnison, et même a Paris, des cou- qu'au commencement du dix-septième, vents, des collèges, des séminaires, etc. Néanmoins, l'usage de cette coiffure 11 y a fort peu de casernes, ailleurs que ne se maintint pas toujours d'une ma-

ies places de guerre, qùi aient été niere aussi exclusive , car sous Char-

construites pour l'usage auquel elles les VII et Louis XI , on commença à

sont aujourd'hui consacrées. Vauban se servir d'un chapeau aux larges bords,

s'était beaucoup occupé de la construc- adopté, il est vrai, par un très-petit

tion des casernes. La distribution qu'il nombre de troupes. Sous François Ier,

adopta a dû subir les modifications le casque , toujours emplové a la

nécessitées par les changements appor- guerre, céda quelque peu aux chapeaux,

tés dans notre organisation militaire; qui prirent alors une nouvelle vogue,

mais c'est peut-être encore la meil- mais dont l'usage ne devint cependant

leure à suivre. L'état actuel du caser- à peu près général que sous Henri IV. nement en France est suffisant pour Au casque à cimier et à visière fut

loger les troupes qui composent notre substituée, sous Henri II et ses fils,

armée sur le pied de paix (*); mais, une coiffure plus légère, qui prit, sui-

sous plus d'un rapport, il réclame en- vant Pasquier, le nom d'armet. Le

core de grandes améliorations. casque des simples soldats , surtout

Casque. L'usage du casque, intro- dans l'infanterie, se composait d'une

duit par les Romains dans les Gaules, calotte en fer battu, surmontée, dans

ne fut point d'abord adopté par les les derniers temps, d'une touffe de

Francs. Ils avaient vaincu sans cette plumes aux couleurs des capitaines. Il

armure, ils étaient fondés à en révo- s'appelait, suivant ses diverses for.

quer en doute l'utilité. Ce n'est guère mes, morion, cabasset, bacinet, bour-

que vers le septième siècle que l'on guignote, pot de fer, chapel de fer,

voit paraître chez eux l'usage des cas- salade, etc.

ques. Ils se contentèrent d abord d'i- Avant les guerres de la révolution,

miter ceux des Romains; mais depuis, l'usage du casque avait été presque

la forme de cette coiffure militaire a entièrement abandonné. En France ,

les dragons seuls l'avaient conservé.

(•) Le casernement actuel peut contenir Dans les premières campagnes de la

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375,574 homme» et 80,697 chevaux. république, quelques corps d'infante-

rie portèrent aussi un casque en cuir bouilli, semblable à celui qu'ont porté de nos jours les équipages de la marine. Toutes les autres troupes étaient coiffées d'un chapeau. Mais l'expérience fit bientôt revenir à une armure de tête plus rationnelle, surtout pour la cavalerie, qui, le plus souvent obligée de combattre avec le sabre, a besoin d'une coiffure oui garantisse la téte des atteintes ae cette espèce d'arme. Le casque devint donc la coiffure de la cavalerie. Sous la restauration, on essaya d'en étendre l'usage à d'autres corps que les carabiniers, les cuirassiers et les dragons; les chasseurs à cheval de la garde royale portèrent le casque en 1815, et ce tue la coiffure des soldats du train d'artillerie de 1815 à 1830. Depuis cette époque, de nombreuses commissions se sont occupées de cet objet; en 1836, on a mis en essai dans le 45* de ligne un casque en cuir tanné et comprimé; mais cette épreuve n'a point eu le résultat qu'on en espérait.

Cas boyaux. — On appelait ainsi autrefois les causes réservées à la connaissance des seuls juges royaux, prir vativement à tous autres juges, soit seigneuriaux, soit ecclésiastiques; et plus spécialement les causes réservées aux parlements et aux baillis, à l'exclusion des autres juges royaux inférieurs, tels que les prévôts. Ainsi, tous les cas prévôtaux étaient des cas royaux ; mais tous les cas royaux n'étaient pas des cas prévôtaux. On comprenait sous le nom de cas royaux , toutes les affaires qui intéressaient le roi, soit relativement h sa personne ou à son domaine, soit en ce qui concerne ses droits de souveraineté, la police du royaume et la sûreté des citoyens. Il y avait donc des cas royaux en matière civile et en matière criminelle. Voici à peu près quels étaient ces cas royaux avant la révolution.

Nous disons à peu près, parce que l'arbitraire le plus large a toujours régné dans cette partie de la législation, malgré les déclarations rendues pour faire cesser, en apparence du moins, un arbitraire que les ordonnances avaient

eréé. C'est ainsi que l'art, 1 1 de l'ordonnance criminelle de 1670, après avoir énuméré expressément , pour la première fois, las divers cas rovaux, se terminait par un renvoi général à toutes les ordonnances générales, ce qui faisait supposer que l'énumération n'était pas complète, et, suivant la remarque de Montesquieu , faisait rentrer dans l'arbitraire dont on venait de sortir. La déclaration de 1731 ne fit que régler la distribution des cas royaux entre les divers juges royaux, sans définir plus nettement les limites respectives de la justice royale et des justices ecclésiastiques et seigneuriales.

Cas royaux en matière civile. — L'examen et la réception des principaux officiers des bailliages royaux étaient des cas royaux, dont la connaissance appartenait aux parlements.

Mais l'examen et la réception des officiers inférieurs des bailliages royaux, et même des principaux officiers des justices inférieures, étaient des cas royaux, dont la connaissance appartenait aux bailliages. Il en était de même de toutes les causes qui concernaient les officiers royaux ou les droits de leurs offices ; des saisies réelles des offices royaux, et des scellés apposés sur les minutes, papiers et effets des notaires et autres officiers ; de toutes les affaires relatives à la propriété ou au revenu du domaine du roi ; des causes relatives aux fiefs qui étaient dans la mouvance du domaine royal , ainsi que les réceptions de foi et hommage des vassaux du roi ; des lettres de souffrance et de conforte-maio données à ces vassaux.

Le droit d'aubaine était aussi un cas royal, en quelque lieu que l'aubain fût décédé. Mais les droits de bâtardise, de déshérence et de confiscation n'étaient des cas royaux qu'autant que les biens laissés se trouvaient dans la justice du roi, ou cm'ils avaient été confisqués pour crime de lèse-majesté.

Rentraient encore dans la catégorie des cas royaux : les droits de firancsfiefs , d'amortissement et de nouveaux acquêts; les causes relatives aux chemins publics , aux rues et aux fortiflca-

CAS

lions des villes, aux rivières navigables, aux Iles et atterrissements,aux naufrages, enfin, aux terres sans possesseurs ; les contestations relatives à la capitation, aux tailles, aux aides, aux gabelles, au contrôle, et à tous les autres impôts et deniers royaux. Mais il y avait pour ces cas royaux des juges extraordinaires, tels que les intendants et commissaires des généralités, les cours des aides , les élections, les greniers à sel , etc.

Les causes relatives aux érections de terres en duché-pairie, marquisat, comté, baron nie, ou autre flef de dignité, et aux concessions de privilèges faites à des villes, à des communautés, à des universités, à des académies, et enfin, à d'autres particuliers; les causes qui concernaient l'état ou les droits de la noblesse; les privilèges attachés au droit de justice ; la naturalisation des étrangers ; la légi* timation des bâtards ; les lettres d'émancipation et de bénéfice d'âge; les lettres de changements de noms et d'armoiries; les lettres de grâce, de rémission, d'abolition ou de commutation de peine ; les lettres de rehabilitation ; les lettres d'état ; les concessions de foires et marches , etc., étaient autant de cas royaux.

On comprenait aussi parmi les cas royaux , l'exercice que les juges royaux faisaient de leur autorité pour la conservation des droits ecclésiastiques, et, en même temps, la surveillance de tout ce qui touchait à la discipline et à la police extérieures de l'fcglise; la connaissance des entreprises de la cour de Rome contre les libertés de l'Église gallicane ; la répression des entreprises de la puissance ecclésiastique, lorsqu'elles tendaient à blesser l'autorité du roi, ou à troubler l'ordre public et la tranquillité de l'Etat; la connaissance des causes de suspension de lettres monitoires obtenues contre la disposition des ordonnances.

Il faut ranger dans la même classe, les causes relatives aux matières béneficiales, et tout ce qui en dépendait, comme le possessoire des bénéfices litigieux; le droit de patronage; la col-

ast

lation des bénéfices ; le droit de faire saisir les revenus des bénéfices, faute par les bénéficiers d'entretenir les biens qui en dépendaient; l'usurpation des bénéfices et de tous les droits qui en dépendaient ; les contestations et déclarations relatives aux portions congrues, aux droits des cures primitifs, aux dîmes, à la confection des terriers des biens ecclésiastiques , à l'aliénation des biens des églises, des hôpitaux et des confréries ; la connaissance de la régie des biens des religionnaires fugitifs (*) ; les causes des personnes et des communautésqui étaient particulièrement en la garde et protection du roi : telles étaient les causes personnelles des évéques, et celles qui concernaient leurs droits et privilèges; la garde des églises cathédrales et des autres églises ou communautés qui avaient des lettres de garde-gardienne ; enfin , les causes des pairs de France, des ducs, et autres privilégiés; les contestations relatives aux contrats passés sous le scel royal , lorsque les parties s'y étaient soumises à la juridiction royale; et même, dans plusieurs coutumes, cette juridiction était forcée, et le scel royal était attributif de juridiction ; les causes qui concernaient les villes, leurs deniers patrimoniaux ou d'octroi , l'usurpation de leurs droits, et les droits d'usage et de pâturage prétendus par les seigneurs ou habitants des lieux; le droit de contraindre les particuliers à vendre leurs biens au public, ou, comme nous disons aujourd'hui, l'expropriation pour cause d'utilité publique; tout ce oui avait rapport à la conservation des établissements publics, tels que dépôts de titres et papiers publics, bibliothèques, etc.

On rangeait aussi parmi les cas royaux tout ce qui intéressait la police générale du royaume; ainsi, les causes relatives à l'état des personnes , à la célébration des mariages , aux registres des baptêmes , mariages , sépultures , à la suppression ou rectification des actes de ces registres. Les causes relatives aux droits honorifiques dans

(*)• Ordonnance de 1688.

232 CAS

les églises; celles qui concernaient les insinuations et publications des donations et substitutions; les certifications de criées; l'enregistrement des ordonnances , édits , déclarations et lettres patentes ; l'exécution des sentences des ofliciaux, et celle des sentences consulaires étaient aussi des cas royaux.

Suivant l'ordonnance de 16G9, les cas royaux, en matière d'eaux et forêts, étaient ceux qui concernaient la police générale des forêts et rivières , et qui intéressaient le roi et le public; telles étaient la chasse sur le domaine du roi; la prise du cerf et de la biche, en quelque lieu que ce fût; les contraventions aux règlements sur la pêche; toutes les affaires relatives aux rivières navigables et flottables; la coupe des bois de haute futaie; les délits commis dans ces bois par les particu- Jiers, les ecclésiastiques, ou les communautés qui en avaient la propriété, etc.

Cas royaux en matière criminelle.

C'étaient là les cas royaux proprement dits. Aussi l'ordonnance criminelle semble-t-elle ne reconnaître expressément que ceux-là. L'article 11 du titre premier de cette ordonnance s'exprime ainsi : « Nos baillis, sénéchaux et juges « présidiaux , connoitront privative- <> ment à nos autres juges et à ceux des « seigneurs, des cas royaux , qui sont, « le crime de lèse-majesté en tous les • chefs, sacrilèges avec effraction , ré- « bellion aux mandemens de nous ou « de nos officiers ; la police pour le port « des armes, assemblées illicites, sédi- « tions, émotions populaires, force pu- ■ blique; la fabrication, l'altération ou « l'exposition de fausses monnoies; « correction de nos ofliciers, malversa- « tions par eux commises en leurs « charges ; crimes d'hérésie , trouble « public fait au service divin , rapt et « enlèvement de personnes par force et « violence, et autres cas expliqués par « nos ordonnances et règlemens. »

Parmi ces autres cas, que les ordonnances et règlements n expliquent que d'une manière fort peu satisfaisante, on peut citer l'infraction de

CAS

sauvegarde, le crime de péculat, les levées publiques de deniers sans commission du roi ; la falsification du scel royal; les incendies des villes, des églises et des lieux publics; les bris des prisons royales; la démolition des murs ou fortifications des villes; les vols des deniers patrimoniaux et d'octroi ; les entreprises contre la sûreté des chemins royaux ; la simonie commise par des laïques; les oppressions et exactions commises par les seigneurs contre leurs vassaux ; les assassinats prémédités ; le duel ; les crimes contre nature, etc., etc.

Nous terminons ici cette longue énumération, qui cependant n'est pas complète, et même ne pourrait pas l'être.

Il y a la bien des prétextes à jugements ; il y a surtout des crimes bien complexes et bien élastiques. Qui pourrait dire tout ce qu'ils portaient dans leurs flancs? les baillis et prévôts royaux sans doute, s'ils revenaient à la vie , ou peut-être encore ceux qui , de nos jours, ont inventé la théorie des attentats. Nous pourrions le demander à l'histoire; mais l'histoire n'a pas tout dit. L'imagination pourrait y suppléer : mais nous ne sommes qu'historien.

Laissons donc de coté la critique du criminaliste; et, d'un point de vue purement historique, demandons-nous si , ce que nous ne savons trop comment qualifier, une chose ou un nom, les cas royaux enfin, n'offrent pas un autre sens, et n'ont pas un autre intérêt que les sens qu'ils paraissent offrir, et l'intérêt qu'ils paraissent avoir dans ce dernier état du droit. Il semble , en effet, qu'il n'y ait là qu'une simple question de compétence , donnant heu à des règlements de juges; et, malgré la multiplicité des ordonnances, édits, déclarations , arrêts , instructions , on ne voit pas qu'il s'agisse d'autre chose que de fixer , dans tel ou tel cas donné, les limites des juridictions diverses, royales ou ecclésiastiques et seigneuriales , et de terminer , par voie d'autorité, des conflits de juridiction. Ce qui confirme encore cette observation , c'est que même , en remontant beaucoup plus haut, aux édits de Frao-

L'UNIVERS

cois Ier sur ces matières , on voit que ces éditsont été rendus pour décider des conflits qui s'élevaient non-seulement entre les juridictions diverses , mais souvent aussi entre les juges divers d'une même juridiction; entre les prévôts royaux et les baillis royaux ; entre la main gauche et la main droite. C'est ainsi qu on arriva à établir de grands cas royaux pour les grands juges royaux ou baillis; et de petits cas royaux pour les petits juges royaux ou prévôts. Car les cas prévôtaux , comme on le voit clairement dans les instructions ded'Aguesseau, ne sont qu'une espèce de cas royaux , une variété du genre.

Envisagée ainsi, cette longue énumération de cas royaux n'est plus que la lettre morte d'une législation morte aussi. Mais si l'on veut bien songer que chacun de ces cas est une conquête de la royauté, une dépouille de la féodalité, on comprendra alors qu'il y a là autre chose qu'un intérêt de procédure et de pratique. Ce n'est pas en un jour que la royauté a conquis toutes ces prérogatives; ce n'est pas en un jour que la féodalité les a perdues. Il suffit d'examiner le léger bagage de la royauté au départ, pour reconnaître, dans les richesses de ce dernier inventaire, le travail de plusieurs générations, le dépôt successif de plusieurs siècles. C'est un sol d'alluvron formé de couches diverses et superposées, que nous pouvons distinguer et énumérer. Pour bien comprendre comment ce sol s'est constitué, il faudrait l'analyser et le recomposer par la pensée, en partant des terrains primaires pour arriver aux terrains les plus récents. Ce serait faire l'histoire même de la rovauté. Qu'est-ce en effet que les cas royaux, sinon l'expression juridique de" la puissance royale? S'il est vrai qu'il n'y ait pas de signe plus réel du pouvoir dans les sociétés, que le libre «xercice du droit de justice, qui suppose nécessairement une force capable de faire respecter ses décisions, il en résulte qu'on peut mesurer l'étendue du pouvoir à l'étendue de la juridiction. Ainsi , la puissance royale dut être

d'autant plus grande que les objets sur lesquels s'exerçait sa juridiction furent plus nombreux, ou qu'il y eut un plus grand nombre de cas royaux% Si donc Ton pouvait déterminer d'époque en époque l'étendue des cas royaux, on aurait comme une échelle graduée qui indiquerait , pour ainsi dire, les variations de la puissance royale, et son mouvement toujours ascendant. Nous devons faire ici une remarque importante, et qui , en même temps, établira d'une manière rigoureuse la relation que nous avons reconnue entre les cas royaux et la puissance royale. C'est ue l'expression de cas royaux a eu eux significations très-diverses, dont la diversité même fut une conséquence nécessaire des rapports intimes qui existèrent entre les cas royaux et l'idée représentée par le nom de roi. Nous allons le montrer.

Sous la monarchie absolue de Louis XIV, on ne distinguait plus dans la royauté qu'un principeuniqued'autorite ; principe en vertu duquel elle existait, agissait, commandait; le roi était un, et il était tout ; aussi les cas royaux comprenaient-ils indistinctement tous les omets soumis à la juridiction royale, à quelque titre que s'exerçât cette juridiction, et quelle qu'en tilt l'origine. Mais il n'en tut pas toujours ainsi de la puissance royale; elle eut une double origine , et , pendant une longue période elle offrit un double caractère : celui qui l'exerçait était tout à la fois roi et seigneur suzerain. Le personnage du roi apparut d'abord en dehors de la féodalité, respectant les droits, les rapports féodaux. La royauté reconnut l'indépendance des seigneurs féodaux, et leur laissa exercer librement dans leurs domaines la juridiction qu'elle-même exerçait dans les siens , et au même titre. Mais , en même temps, elle se sépara de la féodalité , et se plaça au-dessus de tous ces pouvoirs, comme un pouvoir distinct , supérieur, tjui , par le titre originaire de son office, avait droit d'intervenir pour rétablir l'ordre et la justice. En même temps qu'elle se prévalait de sa suzeraineté pour rallier

autour d'elle ses vassaux , elle ne perdait aucune occasion de mettre le roi à part, de l'élever au-dessus du suzerain. Tout en s'accommodant aux principes de la féodalité , elle réclamait, au nom d'autres principes, eu son propre nom , le droit de poursuivre et de punir.

A ces deux titres elle eut et elle exerça un double pouvoir et une double juridiction : un pouvoir réel fondé sur des moyens matériels , sur des lois certaines et reconnues, et balancé par d'autres pouvoirs du même genre,

Quoique de force inégale; et une jurU iction correspondante ayant le même principe, les mêmes limites et les mêmes lois ; puis un autre pouvoir, d'abord purement nominal , sans limites précises, indéfini plutôt qu'inûni, unique et sans contre-poids régulier ; et une juridiction, unique aussi , et illimitée comme le pouvoir dont elle émanait. Or, ces deux juridictions différentes durent avoir des objets différents ; de là cette distinction qu'on retrouve partout dans les ordonnances et les écrits des jurisconsultes, des cas royaux et des ras deressorl ou des appels, correspondant au double caractère de la royauté , à la souveraineté royale et à sa suzeraineté seigneuriale. Quand ces deux pouvoirs et ces deux juridictions se furent confondus , quand le roi eut absorbé le suzerain, les cas de ressort se fondirent daus les cas royaux et ne s'en distinguèrent plus. Alors tout objet de la juridiction royale, envisagé d'une manière passive, fut un cas royal. Mais pendant la première période, dans le sens restreint de causes auxquelles le roi pouvait avoir intérêt comme roi (*), indépendamment de ses droits comme seigneur suzerain , les cas royaux jouèrent un rôle des plus importants et qu'il est nécessaire défaire connaître.

Ils furent , avec les cas de ressort ou les appels, l'instrument décisif de la révolution qui concentra entre les mains du roi toutes les prérogatives

(•) Cf. Loyseau.

CAS

de la féodalité. Les appels en effet subordonnèrent les cours féodales au

Pouvoir royal, et donnèrent au roi interprétation des coutumes et la souveraineté des jugements, et lui soumirent par là les lois et les hommes.

Les cas royaux resserrèrent les cours féodales dans des limites de plus en plus étroites, et restreignirent les droits des seigneurs comme les appels avaient détruit leur indépendance.

« Les juges royaux, dit Loy seau (Abus des justices de village) , ne peuvent avoir juridiction sur les justiciables des seigneurs qu'en deux cas, c'est à scavoir aux cas de ressort et aux cas royaux. Cest pourquoy aussi ils ont ta'sché par plusieurs artifices et sub~ tilitez détendre ces deux exceptions presque à toutes causes. » Voilà , en deux mots, tout le secret de la royauté. Au temps où écrivait Loy s eau , c'està-dire, à la fin du seizième ou au commencement du dix-septième siècle , les cas de ressort avaient fait à peu près tout ce qu'il leur était donné de faire. « Aujourd'huy, dit-il, les appellations sont venues en style si commun, qu'on y est tout accoutumé, et n'y a plus ny juge ny seigneur qui s'en offense. » Mais les cas royaux pouvaient encore servir à quelque chose, comme il est facile de s'en convaincre par ces piquantes paroles de Loyseau :

« Au regard des cas royaux, les entreprises y sont bien plus fréquentes et en plus grand nombre , car n'ayant jamais été spécifiez ny arrestez par aucune ordonnance, on en a fait une idée de Platon, propre à recevoir toutes formes et un passe-partout de pratique; vérifiant le dire du poète : An nescis longas regibus esse manus. »

Ce qui faisait des cas royaux un instrument si souple et si docile entre les mains de la royauté, c'est qu'ils n'étaient pas mieux définis que le principe même sur lequel ils étaient fondés. Qu'était en effet la royauté à une certaine époque, sous saint Louis par exemple. « Si la royauté n'était pas absolue en droit, dit M. Guizot, elle n'était pas non plus limitée. Dans Tordre social, aucune institution qui

FRANCE

lui fît équilibre ; nul contra-poids régulier, soit par quelque grand corps aristocratique , soit par quelque assemblée populaire. Dans 1 ordre moral, aucun principe, aucune idée puissante, généralement admise, et qui assignât des bornes au pouvoir royal.

On ne croyait pas qu'elle eût droit de tout faire," d'aller à tout; mais on ne savait pas, pn ne cherchait pas même à savoir où elle devait s'arrêter. En droit, point de souveraineté systématiquement illimitée, mais point de limites converties en institutions ou en croyances nationales. En fait, des adversaires ou des embarras , mais pas de rivaux. » On comprend maintenant que si les cas royaux n'étaient ni définis ni spécifiés, c'est qu'ils ne pouvaient pas l'être. Ils s'étendaient jusqu'où pouvait s'étendre la main du roi ; ils étaient tout ce qu'était le roi. A l'aide des cas royaux , les officiers du roi convertissaient en faits toutes ces grandes idées de protection , de souveraineté, de majesté . de dignité royale, que l'influence du droit romain et le langage emphatique et boursouflé des législateurs du Bas- Empire avaient surtout contribué à accréditer. Les baillis royaux , comme on l'a déjà vu, furent les propagateurs les plus ardents et les plus infatigables de ce large principe de l'autorité royale, essentiellement indéfini, capable de se resserrer et de s'étendre, de s'adaptf «;n un mot, aux circonstances les plus uiverses. Tous les jours ils firent de nouveaux titres au roi par leurs arrêts, en faisant pénétrer la juridiction royale dans une foule d'affaires auxquelles, suivant les principes de la féodalité, le pouvoir royal aurait dû rester complètement étranger. Toutes les fois qu'ils entendaient débattre dans les cours seigneuriales une cause qui paraissait intéresser l'autorité du roi, ils déclaraient la cause cas royal et en attiraient le jugement à leurs cours. Et quand ils avaient pu faire reconnaître la juridiction royale dans un cas particulier, c'était un précédent à l'aide duquel ils érigeaient leurs prétentions en

droits. Ce qui fit jouer aux cas royaux un rôle si important, c'est qu'ils se confondaient avec les droits dont ils n'étaient que l'expression. Un droit est quelque chose d'abstrait qui ne peut se manifester que par son exercice et sa pratique. Or les cas royaux étaient les droits de la rovauté mis en action et réalisés dans la pratique. Ainsi on

fieut dire que les cas royaux étaient a a fois effet et cause. Ils existaient en vertu de droits qu'ils créaient en fait, en leur donnant une existence active.

Tout ce que nous avons dit suffit pour faire apprécier l'importance historique des cas royaux. Mais nous ne les avons envisagés que d'un point de vue général. Il resterait maintenant à les montrer en action dans l'histoire, à les prendre à leur origine, en suivant d'époque en époque leur développement , en indiquant tout ce qui vint contrarier ou accélérer leur marche. Il faudrait en même temps montrer le développement simultané, dans les faits et dans la doctrine , du

Jirincipe même sur lequel ils étaient bridés; développement qu'on peut suivre à la trace dans les chroniques, dans les ordonnances, et surtout dans les écrits des jurisconsultes.

Malgré l'intérêt, ou pour mieux dire à cause de l'intérêt de cette question, nous ne la traiterons pas ici ; comme nous le disions plus naut, ce serait faire l'histoire même de la royauté, qui sera traitée ailleurs avec plus d'ensemble. Quant aux faits particuliers qui sembleraient devoir rentrer dans fa spécialité de cet article, nous leur trouverons aussi un cadre plus large, qui nous permettra de les faire marcher de front avec d'autres faits non moins intéressants, qui, eux aussi , ont contribué plus ou moins activement au même résultat. Tout ce que nous pourrions dire des cas royaux se rattache trop intimement à l'histoire du droit de justice en France, pour que nous ne réservions pas, pour ce sujet, quelques faits et quelques documents historiques, ( Voyez Justice ecclésiastique, Justice royale, Jus-

TICB SEIGNEURIALE.)

CAS

Cassagne. Voyez Lacassagne.

Cassagne (Loùis-Victorin , baron) , lié en 1774, fit les premières campagnes de la révolution, et passa, en 1796, à l'armée d'Italie. Il y fut blessé deux fois, et se fît souvent remarquer à la tête d'un corps d'éclaireurs. Il suivit, en 1798, le général Bonaparte dans son expédition d'Égypte. Arrivé devant Saint- Jean d'Acre, il reçut Tordre de s'emparer d'une redoute ennemie, l'attaqua, soutint un combat des plus meurtriers, et reçut cinq coups de poignard , dont un à la poitrine. Il fut vMicore blessé à la bataille de Canope, au moment où il pénétrait dans le camp des Anglais, et revint en France avec le grade de colonel , après la capitulation d'Alexandrie. Il se couvrit de gloire à la bataille d'iéna, et fut créé successivement général de brigade et baron de l'empire. Cassagne fut envoyé ensuite à l'armée d'Espagne, fut blessé à Jaen, et soutint partout avec distinction la gloire des armées françaises. Rappelé en 1812, il fut employé à la grande armée en Allemagne, et combattit vaillamment comme général de division à la bataille de Dresde. Lors de la capitulation de cette ville, il fut fait prisonnier, et envoyé en Hongrie, où il resta jusqu'à la restauration.

A son retour en France, il fut employé pendant quelque temps, puis il fut mis en non activité, et ne fut rétabli qu'en 1818 sur le cadre des officiers généraux disponibles, où il figure encore aujourd'hui.

Cassagnes ou Cassaigues (Jacq.) naquit à Nîmes, le 1er août 1G36. Il embrassa l'état ecclésiastique , et prit à Paris le bonnet de docteur en théologie. Quelques poésies fugitives, des odes et des poèmes , le firent recevoir à l'Académie française en 1662. On prétend que Cassagnes, qui avait de grandes prétentions comme prédicateur, fut tellement aftecté des vers satiriques de Boileau, qu'il en perdit la raison. Ce qui est certain , c'est qu'on fut obligé de l'enfermer à Saint- Lazare, où il mourut, le 19 mai 1679.

Sa vaste érudition l'avait fait choisir par Colbert pour être un des quatre

premiers membres de la petite académie qui devint bientôt l'Académie des inscriptions et belles-lettres. On a de Cassagnes , outre la préface des œuvres de Balzac, édition de 1665, la Rhétorique de Cicéron, Paris , 1673 , in-8° ; et I Histoire de la guerre des Romains, traduction de Salluste, Paris, 1675, in-8*.

Cassan (Armand) s'est fait connaître par une traduction estimée des Lettres de Marc-Aurèle et de Fronton, par une bonne statistique de l'arrondissement de Mantes, 1833, in-8°, et par un mémoire sur les antiquités gauloises et gallo-romaines du même arrondissement, 1835, in-8°. Après avoir été, pendant la révolution de juillet, aide de camp du général la Fayette, il fut nommé sous - préfet de 1 arrondissement de Mantes. Il est mort dans cette ville il y a quelques années.

Cassan (Jacques;, avocat du roi et conseiller au siège présidial de Béziers , a publié les ouvrages suivants: 1° Les dynasties, ou Traité des anciens rois des Gaules et des Français, depuis Gomer, premier roi de France ? jusqu'à P/mramond, Paris, 1626, in-S°.

Le titre seul prouve que l'auteur a développé toutes les traditions fabuleuses sur le commencement de notre monarchie. 2° Recherches sur les droits des rois de France sur les royaumes, duchés, comtés, villes et pays occupés par les princes étrangers, Paris, 1632, in-4°. Ce livre souleva de longues discussions en Europe, car Cassan y étend les prétentions de la France sur toute l'Europe méridionale, depuis la Hollande et l'Allemagne jusqu'à Naples et Majorque. 3° Panégyrique, ou Discours sur l antiquité et excellence du Languedoc , Beziers , 1617, in-8°.

Cassandbe (Franç.), écrivain français, mort en 1695, est auteur d'une traduction de la Rhétorique d'Anstote, qui a été très-est; mée, et a eu de nombreuses éditions, tant en France qu'en Hollande. La première est relie de Paris, 1654. La dernière, et l'une des meilleures, est celle de la Haye, 1718. On a encore de François Cas-

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sandre, dont Boileau faisait un cas particulier, des Parallèles historiques, Paris, 1680, in-12.

Cassandria ou Catzand (prise de l'île de). — Après la prise deWieuport par l'armée du Nord (28 juillet 1794), le siéçe de l'Écluse fut résolu. Cette opération présentait de grands obstacles, dont le principal était de s'emparer de l'île de Gissandria. On ne pouvait y aborder que par une digue étroite inondée de tous côtés, et défendue par une batterie de quatorze pièces de canon. Moreau n'avait point de pontons; mais l'audace des soldats français y suppléa. Tandis que sous le feu des batteries quelques militaires se jettent dans des batelets, dont ils forment les cordages en liant les uns aux autres leurs cravates et leurs mouchoirs, d'autres se précipitent à la nage au milieu d'un courant rapide. A la vue d'une telle intrépidité, les Hollandais prennent la fuite; les canonniers français retrouvent au delà des eaux de nouvelles batteries, et les tournent contre les fuyards. La possession de cette île coupait toute retraite à la garnison de l'Écluse, interceptait la navigation de l'Escaut, et menaçait la Zélande d'une prochaine invasion. Au moment de ce passage audacieux, le général Moreau aperçoit un petit bateau emporté par le courant et sur le point d'être submergé; il se jette à la nage , et sauve un capitaine de canonniers. Parmi tant de braves, l'histoire réclame le nom du caporal Bonnal, qui se jeta le premier dans le canal, le passa en nageant, et électrisa ses camarades par son intrépidité.

Cassano (batailles de). — (16 août 1705.) Victor-Amédée, duc de Savoie, après avoir d'abord reconnu Philippe V - à son avènement, avait quitte, trois ans après, l'alliance de Louis XIV pour celle de l'Empereur. Les troupes françaises occupèrent alors ses États. Assiégé dans Turin, en 1705, il n'avait plus d'espoir que dans sa jonction avec l'armée de l'Empereur. Le prince Eugène qui la commandait, venant de remporter quelques avantages, résolut

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de passer l'Adda, nonobstant la présence du duc de Vendôme et du grand prieur, qui étaient tous deux aux environs pour l'observer. Une première tentative ayant échoué, il marcha vers Treviglio etCassano, dans l'espoir de prévenir l'armée française. Mais le duc de Vendôme Ht une marche forcée et le trouva encore à l'autre bord. Le prince Eugène attaqua sans balancer, et avec tant de violence, que ses troupes gagnèrent le pont du canal Retorta , et poussèrent les Français dans l'eau.

Ceux-ci étant revenus' à la charge, obligèrent l'ennemi de repasser le pont; mais ils furent repousses de nouveau par la droite de I armée impériale , malgré les efforts du duc de Vendôme , qui se mit deux fois à la téte des siens pour les ramener au combat. L'attaque ne fut pas moins rude d'abord à la gauche des Impériaux; plusieurs bataillons français furent renversés. Mais n'ayant pu soutenir leur première attaque , les ennemis , après avoir passé un canal , où leurs armes à feu s étaient mouillées, furent repoussés des bor^ds d'un autre canal , qu ils ne purent traverser, et où se noyèrent même un grand nombre de soldats. Eugène, qui se trouvait toujours au plus fort du feu pour animer les troupes, leur ordonna alors de s'arrêter, et resta sur le champ de bataille pendant plus de trois heures,

auoique les Français fissent de la téte e leur pont et du château de Cassano un feu extraordinaire de canon et de mousqueterie.

L'action, qui avait commencé à une heure après midi, ne finit qu'à cinq heures au soir. Les ennemis se retirèrent à Treviglio avec quatre mille trois cent quarante-sept blessés . abandonnant sur le champ de bataille six mille cinq cent quatre-vingt-quatre morts. On fit près de deux mille prisonniers le jour du combat, ou le lendemain matin, parce qu'on en trouva plusieurs que leurs blessures avaient empêchés de suivre leur armée. On prit sept pièces de canon, sept drapeaux et deux étendards. Parmi les blessés étaient le prince Joseph de

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CAS

L'UNIVERS

Lorraine, le prince de Wurtemberg, qui moururent de leurs blessures, etle prince Eugène, qui fut atteint à la gorge et à la jambe.

Le gain de la bataille de Cassano rompit toutes les mesures que le prince Eugène avait prises pour pénétrer en Piémont et secourir le duc de Savoie, et le duc de Berwick ôta à ce dernier la seule espérance qui lui restait, en s'emparant du château de Nice. Ce fut la (in de la campagne.

— En 1 799 , le général Schérer, commandant l'armée d'Italie, venait d'éprouver de nombreux échecs qui l'avaient lendu impopulaire. Comprenant qu'il fallait relever le moral de ses troupes découragées, il abandonna le commandement au général Moreau.

Celui-ci se détermina à défendre le passage de l'Adda. L'armée ennemie , composée de troupes fraîches et de beaucoup supérieure en nombre, s'a* vançait sous le commandement de S warow, qui, déjà précédé d'une grande renommée, allait pour la pre* miére fois se mesurer contre les Français.

En arrivant sur l'Adda , le 26 avril , Suwarow disposa son armée sur trois colonnes correspondantes aux pointe de défense des Français. Celle de droite se porta sur la pointe du lac de Coine et sur Lecco; celle de gauche campa en face de la téte du pont de Cassano, que Moreau avait fortifiée et garnie d'artillerie, tandis que le centre bivouaquait sur les bords de l'Adda. Le 26 avril , les Russes attaquèrent le poste de Lecco, en deçà du lac de Corne, et poussèrent jusqu'au pont de Lodi. A lâ nuit, YVuskassowich parvint à rétablir, sans être aperçu, le pont de Brivio , et prit poste sur la rive opposée avec quatre bataillons , deux escadrons et quatre pièces de canon. D'un autre côte, les divisions du centre arrivèrent en face de Trezzo, où le marquis de Chateier Ut aussi pendant la nuit jeter un pont dans la partie de l'Adda, où l'escarpement des rives et la violence du courant semblaient offrir le plus de difficultés. Lorsque ce pont fut achevé, à six heures du matin, les postes

français furent surpris, délogés de Trezzo, et poursuivis jusqu'à Pozzo.

Moreau chargea la division Grenier de les soutenir et de rétablir la communication avec la gauche. Alors s'engagea une action des plus vives, que les renforts arrivant de part et d'autre rendirent encore plus longue et plus acharnée. Enûn les Français désespérant de forcer des bataillons qui se grossissaient ou se renouvelaient sans cesse, se replièrent sur Milan. Pendant ce temps, Serrurier ayant abandonné le lac de Corne, se trouva assailli de front par YVuskassowich , et attaqué en queue par les Russes qui avaient passé le pont de Lecco. Dans cette situation désespérée, n'ayant plus aucun espoir d'être dégagé, il se défendit vailiamment, mais fut enfin forcé de mettre bas les armes avec les débris de sa division. De son côté, Mêlas força le passage du pont de Cassano. Ainsi l'ennemi était maître du cours de l'Adda; et les Français, après avoir perdu dans cette funeste journée cinq a six mille hommes, n'eurent plus qu'à évacuer le Milanais.

Cassanycs (J.), membre de la Convention nationale , y vota la mort de Louis XVI, fut envoyé à l'armée des Pyrénées-Orientales et reçut une blessure à l'affaire de Payres. Il remplit également les fonctions de commissaire de la Convention près de l'armée d'Italie, passa au Conseil des Cinq-Cents, et en sortit en 1797.

Cassa iu) (capitaine de vaisseau), né à Nantes en 1672, commença ses services sur un corsaire de Sâint-Malo.

En 1697, il partit pour Carthagène avec Pointis, qui, dans son rapport, lit de lui le plus grand éloge. Chargé ensuite du commandement d'un vaisseau équipé pour la course par les armateurs de Nantes, il fit des prises considérables. Louis XIV voulut le voir, le com-

Slimenta, lui donna une gratification e deux mille livres, et le nomma lieutenant de frégate. Cassard partit aussitôt, prit le commandement de la corvette le Jersey, et délivra la Manche des corsaires anglais qui l'infestaient.

Ayant rencontré, au mois de septem-

cas FRANCE.

bre 1708, près des Sorllngues, un convoi anglaisde trente-cinq bâtiments, escorté par un vaisseau de guerre, il se mit en devoir d'attaquer, bien qu'il n>ùt avec lui qu'une frégate et deux corvettes. Mais le vaisseau ennemi prit la fuite en abandonnant son convoi.

Cassa rd en amarina cinq des plus richement charges, qu'il conduisit à Saint Malo. Il y ragréa sa frégate, retourna dans la Manche, et prit encore huit bâtiments richement chargés.

Chargé, lors de la disette de 1709, d'aller au-devant d'une flotte de vingtsix navires qui apportaient des blés à Marseille, il lit armer à ses frais deux vaisseaux de l'État. Les armateurs de vingt-cinq autres bâtiments qui se rendaient dans le Levant , le prièrent de les convoyer, et comme il leur conseillait d'attendre une escorte plus forte, ils lui dirent : Nos vaisseaux seront en sûreté lorsque ht, Cassard tes escortera. Apres les avoir fait accompagner par le Sérieux, il ramenait avec l'Eclatant la flotte chargée de blé, lorsqu'une escadre de cinq vaisseaux anglais le rencontre, l'entoure et l'attaque.

Malgré l'infériorité du nombre, Cassard les maltraite, les bat et les fait fuir. Pendant cette action, qui dura fort longtemps, le convoi avait eu le temps de se mettre en sûreté. Obligé de passer la nuit sur le lieu du combat pour se rngréer, Cassard fut encore attaqué le lendemain , au jour, par deux des vaisseaux qui avaient fui fa veille. Mats bientôt le plus fort coula bas, et l'autre fut forcé de s'éloigner en trèsmauvais état. Revenant ensuite à Toulon , Cassard y rameua encore plusieurs bâtiments anglais. Mais, le croiraiton ? lorsqu'il se rendit de la à Marseille pour réclamer le remboursement de ses avances, les magistrats rejetèrent sa demande, sous le prétexte qu'il n'avait pas lui-même ramené le convoi.

Il n'en fut pas moins nommé capitaine de frégate, après plusieurs nouvelles courses où il se montra toujours le même.

La disette s'étant fait sentir de nouveau en 1711, on se souvint de Cassard; on le chargea d'acheter des

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blés à Constantinople , et fjuelque temps après, il ramena un convoi qui rendit l'abondance au pays. Il était à Aix en 1712, pour son procès contre les magistrats de Marseillp, quand il reçut ordre d aller attaquer les Portugais dans leurs colonies. Ce fut pour lui une nouvelle occasion d'acquérir de la gloire. Il avait rapporté à la Martinique pour plusieurs millions de dépouilles, et y attendait la guérison de ses blessures, quand arriva de France une escadre a laquelle il eut ordre de réunir ses vaisseaux. Il fallut obéir. Après une traversée de quelques jours, on rencontra une escadre anglaise. Cassard demanda aussitôt l'ordre d'attaquer; mais le commandant, auquel ses instructions défendaient d'engager aucune action, parce qu'on négociait alors la paix, répondit par un refus. Cassard attribuant cette réponse à la pusillanimité, justement irrité d'ailleurs de sa destitution, s'écria : « Partout où je trouve les ennemis de mon mattre, mon devoir est plus fort que des ordres dictés par la lâcheté; » puis, donnant le signal aux vaisseaux de son escadre, il attaque les Anglais, les disperse et leur prend deux vaisseaux. En arrivant à Toulon, il apprit que le roi l'avait nommé capitaine de vaisseau. La paix d'Utrecht le rendit alors à un repos dont son activité ne s'accommodait guère. Au lieu de mendier des pensions, des honneurs cependant bien mérités, Cassard ne parut à la cour que pour réclamer obstinément les sommes que lui devait le commerce de Marseille. Mais le brave marin était un courtisan malhabile; aussi assiégea-t-il en vain les antichambres, et la misère devint sa seule récompense. Un jour

Î[ue Duguay-Trouiri , plus heureux que ui, se promenait dans la galerie de Versailles avec quelques seigneurs, il aperçut dans un coin un nomme à l'extérieur misérable, à la mine triste et rêveuse. Aussitôt il courut à lui, l'embrassa, et l'entretint longtemps.

Les courtisans étonnés lui demandant qui était cet homme : Cet homme > répondit l'illustre marin, c'est le plus grand homme de mer que la France

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