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tion , prêtait serment de fidélité à l'empereur.Charlemagne écrivait à Léon III : « Nous nous sommes grandement ré- « joui et de l'unanimité de l'élection, « et de l'humilité de votre obéissance, « et delà promesse de fidélité que vous « nous avez faite. » De son côté, Léon III écrivait à Charlemagne : « Si nous « avons fait quelque chose incompé- « temment, et si , dans les affaires qui « nous ont été soumises, nous n'avons « pas bien suivi le sentier de la vraie « loi, nous sommes prêt 51e réformer « d'après votre jugement et celui de vos a commissaires. » Environnée d'ennemis et naissante à peine, la papauté ne songeait pas encore à lutter contre des princes qui la mettaient à l'abri des attaques des Arabes, des Lombards et des Grecs, et qui avaient refoulé et converti les Saxons ; ce fut plus tard seulement, lorsque, grâce aux concessions de Pépin le Pref et de Charlemagne, elle eut grandi et pris de nouvelles forces, qu'elle put faire respecter sa puissance spirituelle, traiter d'égal à égal avec les successeurs de l'empereur, et leur apprendre de quel poids est la puissance morale qui s'appuie sur la religion et sur l'amour des peuples. A l'époque de Charlemagne, l'unité politique et l'unité religieuse étaient encore vaguement confondues , et la prépondérance penchait naturellement du coté de la force matérielle , qui ne demandait à l'autorité pontificale rien autre chose que sa sanction.
On a été généralement frappé de la rapidité avec laquelle eut lieu le démembrement de l'immense monarchie de Charlemagne; la plupart des historiens ont vu la cause de sa décadence dans sa grandeur même , dans les invasions des Northmans et des autres barbares, enûn, dans la diversité des races et des peuples que le génie d'un grand homme n'avait pu réunir que
Sou r un moment. A cette triple cause de émembrement, qui est évidente, il faut, suivant nous, en ajouter deux autres d'un ordre plus élevé et beaucoup plus puissantes, puisque la diversité des races ne s'était pas opposée à la
formation de l'empire , et qu'une fois créé par le génie , il aurait pu être consolidé par les moyens ordinaires.
D'abord ce ne fut pas seulement à Charlemagne que l'empire carlovingien dut sa naissance. Pépin d'Héristal, Charles Martel et Pépin le Bref avaient déjà beaucoup fait lorsqu'il mit la main à Pœuvre.Le besoin de défendre lachrétienté contre les invasions des Arabes, voilà quel fut le motif de l'avènement des Carlovingiens. La Pieustrie , efféminée par les jouissances de la conquête , était hors d'état de tenir tête aux mahométans; TAustrasie, au contraire , encore vigoureuse et d'ailleurs retrempée par le contact des Saxons idolâtres , s'élança à la rencontre des Arabes , et les battit dans les plaines de Poitiers. La victoire de Charles Martel hâta la ruine des Mérovingiens et rendit possible le couronnement de Pépin le Bref. De toutes parts , on sentit dans l'Occident le besoin de s'unir contre la monarchie arabe dont l'extension prodigieuse mettait en péril toute la chrétienté. La papauté, également menacée par les inûdèles, seconda ce mouvement ; et , en échange des services que Pépin le Bref lui rendit contre les Lombards, elle donna son approbation au détrônement des rois fainéants. Le génie de Charlemagne profita habilement de la frayeur
S n'inspiraient les Arabes à la chréenté , et de l'assistance morale que prêtait le pape à son ambition pour grouper en un seul faisceau tous les peuples chrétiens, et élever en Europe un empire capable de servir de contre -poids à l'empire arabe.
Il y a , dans l'existence ae ces deux randes monarchies de l'Orient et e l'Occident au huitième siècle, un rapport de coïncidence qui ne saurait être attribué au hasard , surtout lorsqu'on voit se reproduire au neuvième siècle une coïncidence analogue dans le démembrement de ces deux mêmes monarchies. Le danger n'existant plus, les Francs ne sentaient plus si vivement le besoin de rester unis , et l'unité carlovingienne pouvait se rompre sans compromettre l'équilibre. Les
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modifications qui se remarquent dans l'histoire de chaque peuple ont à la fois leur raison d'existence dans les événements de l'intérieur et dans les événements du dehors , parce que les uns et les autres réagissent, soit sur l'état social des nations , soit sur leurs rapports internationaux.
Nous nous croyons donc autorisé à dire que l'une des principales causes de la dissolution de la monarchie carlovingienne fut la dissolution de la monarchie arabe , de même que l'agrandissement des Sarrasins contribua pour beaucoup au développement de fa puissance des Carlovineiens. A ce point de vue , on pourrait peut-être justifier la critique qui a été adressée plus d'une fois au système politique de Charlemagne. On a blâmé ce prince d'avoir fait la guerre trop souvent aux Saxons , et pas assez souvent aux Arabes d'Espagne. Une lutte suivie contre les infidèles aurait, en maintenant l'exaltation religieuse des Francs, retardé peut-être le triomphe de la féodalité ; mais Charlemagne aima mieux porter ses armes , et avec elles la diffusion du christianisme , chez les barbares du Nord , ignorant encore l'art des combats , que de s'en prendre aux Sarrasins , qui étaient puissants et aguerris, et pour lesquels il eut toujours une sorte de ménagements qui semblaient aller jusqu'à l'affection.
Comme ils avaient cessé de prendre l'offensive, et que les Ommiades d'Espagne le séparaient du centre de la monarchie gouvernée par les Abassides , il put sans imprudence pactiser avec les infidèles. Toutefois, une politique contraire eût été plus conforme à celle qui avait fait la fortune de sa race et aurait eu l'avantage de donner plus de développement à la marine des Francs, qui n'était pas en rapport avec leurs forces continentales et qui seule aurait pu leur permettre plus tard de repousser avec avantage les invasions des pirates northmans.
La seconde cause qui précipita le démembrement de l'unité carlovingienne, est, à notre avis, encore plus importante que celle dont nous venons de parler. Les Mérovingiens avaient
dû tous leurs succès à leur alliance avec le clergé catholique, qu'ils traitèrent toujours comme un pouvoir supérieur, et les évêques profitèrent de leur condescendance pour augmenter outre mesure leur pouvoir. Les Carlovingiens, au contraire, héritiers de la puissance des Mérovingiens, essayèrent de dominer les prêtres, et de renouveler l'empire romain , dont le souvenir s'était conservé même en Austrasie, où Brunehaut avait déjà fait une première tentative. Ainsi on voit Charles Martel maltraiter les évêques, que les Mérovingiens adoraient presque, et les dépouiller des richesses dont les rois fainéants les avaient comblés. Mais si Charles Martel dépossède les prêtres, s'il enrichit ses hommes d'armes de leurs dépouilles, c'est pour faire de ses généraux des évêques , et de ses soldats des abbés. Ce n'est pas à la religion qu'il en veut , c'est à ses ministres ; lui-même est le missionnaire armé du christianisme contre les Saxons idolâtres et les Arabes mahométans. Seulement, il remplace l'ancien clergé, qui ne veut pas reconnaître sa suprématie , par un nouveau clergé qui consacre sa prépondérance; aussi est-il haï des prêtres et n'ose-til pas poser la couronne sur sa tète, parce qu'il n'a pas l'assentiment de la cour de Rome. Pépin le Bref , plus heureux, fait sa paix avec la papauté en la défendant contre les Lombards.
Charlemagne, qui succède à son père en vertu d'un droit , est plus indépendant dans sa conduite , et nous avons vu qu'il était parvenu à réunir, sinon de droit, du moins de fait, les deux pouvoirs. Nul doute que l'exemple des califes arabes n'ait puissamment influé sur les prétentions d'omnipotence religieuse et politique manifestées par les Carlovingiens. La réunion du spirituel et du temporel , ou du moins la subordination de la puissance religieuse, leur paraissait d'autant plus désirableque, sous les Mérovingiens, la morgue du clergé était parvenue au plus haut degré; elle leur semblait facile, parce qu'ils se sentaient puissants, et que le clergé était incapable de leur résister; ils la croyaient indispensable,
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parce qu'elle seule avait permis aux mahométansde fonderen peu de temps une monarchie sans pareille. Sous les Mérovingiens , le cher de l'État n'était qu'un lieutenant militaire du clergé; sous les Carlovingiens, le roi ou l'empereur est un véritable calife , les généraux sont des émirs , et les soldats autant de moines armés.
Tant que Charlemagne vécut , les évéques et le pape acceptèrent la position subalterne que leur avait faite la nécessité , puisque , sans le sabre des Francs austrasiens, c'en était fait peutêtre du christianisme, menacé à la fois par les Saxons et par les Arabes; c'en était fait de la papauté naissante, mise à deux doigts de sa perte par les Lombards. Mais après la mort du grand homme, et sous son débile successeur, le clergé prit facilement sa revanche.
En effet, clans toutes les guerres civiles
gui agitèrent le règne de Louis le Déonnaire , on voit les évéques et les papes activer le démembrement de l'empire, ceux-ci pour se rendre indépendants , celui - là pour élever son pouvoir spirituel au-dessus de la puissance de l'empereur. D'accord pour détruire la monarchie de Charlemagne, les évéques et le pape sont en dissidence, parce que le pape veut fonder l'unité sacerdotale sur les débris de l'unité politique et que les évéques veulent être à la fois indépendants du pape et de l'empereur et partager l'impunité des seigneurs féodaux; cette complication d'intérêts augmente le désordre de la situation ; mais le fait général qui domine tous les événements, c'est que le clergé, soit avec les évéques , soit avec le pape , repousse de toutes parts la supériorité que s'étaient arrogée les Carlovingiens et revendique la prépondérance pour le pouvoir spirituel. Enfin, et ceci est décisif, le résultat de cette anarchie, c'est que la succession de Charlemagne , c'està-dire, l'omnipotence sur le clergé, sur les seigneurs et sur le peuple , échoit à la papauté. A la monarchie carlovingienne succède la monarchie sacerdotale, à laquelle les empereurs d'Allemagne, héritiers du titre de Charlemagne , vont faire une guerre terri-
(CE. «ÎA 533
ble. De la sorte, Charlemagne apparaît comme un type intermédiaire entre les empereurs et les papes , et participant de la nature des uns et des autres.
Ainsi donc , la dissolution de l'empire arabe d'une part , et de l'autre l'agrandissement naturel du pouvoir religieux de la papauté, ont été, pour l'empire de Charlemagne, deux causes de décadence bien plus actives que la grandeur de la monarchie , les invasions des Northmans , la diversité des races et les germes de féodalité qui se trouvaient dans les mœurs des Francs et dans leurs lois de succession. Croit-on que l'empire se serait ainsi dissous si les Arabes ne s'étaient pas eux-mêmes séparés en une foule d'États rivaux? Croit-on que son démembrement eût été aussi rapide si le clergé et les papes avaient prêté aux successeurs de Charlemagne le même appui qu'aux successeurs de Clovis?
Loin de les soutenir, le clergé hâta leur chute de toutes ses forces , dans l'espoir d'hériter de leurs dépouilles.
Disons-le franchement, la papauté aurait manqué à son rôle si elle n'avait
Sas employé son génie à remplacer par es nationalités plus vraies un vaste empire, reposant avant tout sur la force , et , par conséquent , destiné à mettre dans la même dépendance que l'Église ide Constantinople , l'Église romaine, Qui était appelée à devenir la plus grande puissance morale qui ait encore existé. La monarchie de Charlemagne fut une immensedictature plutôt qu'un empire, dictature nécessaire pour dompter les Saxons, résister aux Arabes et arracher la papauté au joug des Lombards, mais qui devait cesser dès que les Lombards auraient été vaincus, que les Saxons auraient été domptés , convertis , et que les Arabes ne seraient plus à craindre. Malheureusement la papauté dépassa le but, et favorisa jusqu'à l'excès le morcellement des Etats, redoutant sans doute que de l'un d'eux ne sortît un nouveau conquérant qui vînt abaisser sa suprématie. Malgré toutes ses précautions, les peuples finirent par établir leur indépendance , et mille ans après Charlemagne, Napoléon éleva la
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puissance politique au-dessus de leur autorité religieuse. Après avoir supporté le joug avec résignation , la papauté* se redressa contre Napoléon, comme elle s'était dressée contre les successeurs de Charlemagne; mais elle Unit par tomber sous Te joug des rois, dans la ligue desquels elle avait eu l'imprudence d'entrer. Quand reviendra-t-elle sincèrement aux peuples dont l'amour et le respect l'avaient jadis rendue si bienfaisante et si forte? (Voyez Carlovingiens et Empire d'Occident, et au V vol. des Annales, les pag. 83 et suivantes).
Charlemagne (monnaies de).
Charlemagne et Carloman continuèrent d'abord les usaaes que Pépin avait établis dans la fabrication de la monnaie. Il avait abandonné la monnaie d'or ; ils ne la reprirent pas , et ne firent frapper que des deniers d'argent , marqués d'un côté du nom du prince, et de l'autre de celui de la ville. Mais ces deniers sont d'un type et d'un travail tout différent, suivant l'époque de leur émission. Au commencement de son règne, Charlemagne faisait tailler comme son père vingtdeux sous dans la livre d'argent , de sorte que les deniers pesaient vingtquatre grains. Mais dans la suite , il entreprit de réformer les mesures et les monnaies usitées dans ses États.
Chaque denier fut porté à trente grains ou environ , et l'on ne tailla plus que vingt sous à la livre. On ne connaît au nom de Carloman qu'une seule monnaie qui fût frappée à Clermont en Auvergne, ainsi que le prouvent ces lettres du revers , A R , et celles-ci du droit, crm. Les deniers de Charlemagne sont au contraire fort nombreux , et nous ne pourrions en décrire ici toutes les variétés. Nous nous contenterons d'en citer quelques-uns parmi les plus remarquables.
Les pièces de la première moitié du règne de ce prince sont en général d'un style fort grossier; elles présentent au droit le nom du roi , en deux
lignes : £Aa , et au revers celui de la
ville, écartelé entre les branches d'une
croix , comme à Avignon
" in|io * etc. D'autres fois, les
Marseille:
lettres de ce nom sont placées circulairement autour d'un besant qui occupe le champ, comme à Melle en Poitou : medolvs. Quelquefois elles forment deux lignes séparées ou non
par un trait , comme à Lyon : , c î. D'autres fois,
et à Uzès :
CIA
me à Paris , on voit reparaître l'ancien type mérovingien. Mais, dans la suite, et surtout après ses conquêtes en Italie, Charlemagne améliora considérablement le titre de ses monnaies. Ce type représenta alors, d'un cdté , le monogramme de Charles ; dans le champ et autour , le nom du roi tout entier : carlvs kex pr. ; de l'autre côté une croix , avec le nom de la ville : mediolanym, Milan ; p api a, Pavie. Quelquefois, comme a Melle, c'est le nom de la ville , mf.tvm.h , qui entoure le monogramme. Les monnaies de Mayence offrent l'exemple d'un emprunt remarquable fait au type mérovingien; on y voit en effet la croix ansée, qui forme, comme on sait, l'un des principaux éléments de ce type. Les deniers frapnés à Arles présentent , d'un côté , l'effigie du prince , avec la légende : dn karlvs imprexfetl ; de l'autre, une porte de ville , emblème de la cité , avec la légende arelato.
Nous avons dit que Charlemagne n'avait fait frapper aucune monnaie d'or ; cela est vrai pour la France.
Cependant on connaît trois pièces de ce métal frappées sous son règne h Uzès; mais il n'est pas prouvé que ce soient de véritables monnaies. Quoi qu'il en soit, leur type est celui des premiers deniers frappés sous le règne de Charlemagne. Elles présentent d'un côté le nom d'Uzès en
deux lignes : — , et au revers le
CIA
monogramme du roi.
Charlemagne rendit sur les monnaies plusieurs ordonnances. Suivant le capitulaire de Mayence , de l'année 774 , ceux qui s'opposaient au cours de la monnaie impériale devaient être condamnés à quinze sous d'amende, s'ils étaient libres, et fouettés en présence du peuple, s'ils étaient esclaves, à moins que leur crime n'eût été commandé par leur maître , auquel cas le maître seul était responsable. L'empereur publia en 805, à Thion ville, une autre ordonnance, dans le but de réprimer les faux monnayeurs qui infestaient ses Etats ; et pour régler autant que possible l'usage de la monnaie, il décida que dorénavant elle serait fabriquée dans son palais même. On connaît en effet des deniers de Charlemagne qui portent pour légende :
PALATINA MONETA.
Charlemont, l'une des forteresses lés plus importantes du royaume, autrefois chef-lieu du Najnurrois français, aujourd'hui comprise dans le département des Ardennes , doit son nom à Charles-Quint, son fondateur, et à sa situation su/ une hauteur escarpée.
L'empereur ayant acheté, vers 1540, le comté d'Agimont, dépendance de la principauté de Liège , fit bâtir le château de Charlemont , et bientôt après une petite ville , qu'il unit au Namurrois en 1555. Cette place fut cédée par le traité de Nimègue à Louis XIV, qui en prit possession le 22 avril 1679. Ce tut alors que le roi fit fortifier Givet , aui se composait à cette époque de deux villages séparés par la Meuse, et situés au pied de la forteresse. De plus , il chargea Vauban d'ajouter de nouvelles fortifications à celles qu'avait élevées Charles- Quint , et l'illustre maréchal conduisit lui-même les travaux. Alors Charlemont et les deux Givet ne formèrent plus , pour ainsi dire , qu'une seuls ville, ayant un seul gouverneur et un seul lieutenant du roi.
En 1815, les Prussiens entrèrent à Givet après avoir éprouvé une courte résistance; mais ils ne purent s'emparer de la forteresse inexpugnable qui domine cette ville. Charlemont, défendu par le comte Bourke, refusa de
leur ouvrir ses portes, et conserva sa garnison française tant que dura l'occupation du territoire national par les alliés des Bourbons.
Chahleboi ( sièges de ). — Cette ville avait été bâtie en 16G6 par les Espagnols. Mais avant qu'ils eussent eu le temps de la fortiher complètement, Turenne la leur enleva, le 2 juin 1667, au début de la guerre entreprise pour défendre les droits de la reine , et Char 1er ni resta sous la domination française, en vertu du traité d'Aix-la-Chapelle, conclu en 1668.
— Le 13 décembre 1672 , le prince d'Orange , profitant de l'éloignement des généraux français, et renforcé de dix mille Espagnols, vint investir cette place. La belle défense de Montai et râpreté du froid l'obligèrent à se retirer avant d'avoir ouvert la tranchée.
Cinq ans après, il vint une seconde fois mettre le siège devant Charleroi, mais sans plus de succès.
— Rendu aux Espagnols par le traité deNimègue, en 1678, Cnarleroi fut bombarde par le roi en 1692 , et pris le 11 octobre de l'année suivante, à la suite de la victoire de Nerwinden ; il revint aux Espagnols en 1697, par le traité de Ryswick. Puis, au mépris do ce traité , l'électeur de Bavière y introduisit de nouveau une garnison française en 1701. Le malheureux traité' d'Utrecht rendit cette ville à la Hollande. Le 2 août 1746, elle se rendit au prince de Conti après quatre jours d'attaque. Mais au commencement de l'année 1749, à la paix d'Aix-la-Chapelle, elle retourna au pouvoir de l'impératrice.
— Le 12 novembre 1792 , Charleroi fut occupé par les troupes françaises, commandées par le général Valence , dont l'approcne suffit pour faire fuir la garnison autrichienne. Mais la trahison et la retraite de Dumouriez le firent retomber l'année suivante au pouvoir de l'Autriche.
— La campagne de 1 794, que la république ainsi que la coalition regardait comme décisive, était engagée. Les ordres absolus du comité oe salut public enjoignaient à Pichegru, renforcé par l'année des Ardennes, d'attaquer
les ennemis vers Charleroi , où se trouvait le centre de leurs positions , et où ils avaient réuni la majorité de leurs forces. En conséquence , le général Charbonnier franchit la Sambre le 20 mai . et menaça Charleroi. Mais trois jours après il fut battu , et repoussé en désordre sur la rive droite.
L'armée des Ardennes, pressée par l'inflexible volonté des représentants delà Convention nationale, fit, le 26, de nouveaux mais vains efforts pour repasser la Sambre. Enfin le 29, après trois jours de combats acharnés , le passage fut forcé, et Charleroi investi. Mais un renfort de vingt mille hommes étant survenu aux Autrichiens dans cet intervalle, les généraux ennemis tombèrent sur nos lignes de blocus, et nous forcèrent à repasser la Sambre une troisième fois.
A ce même moment , le général Jourdan , à la téte de quarante mille hommes détachés de l'armée de Rhinet-Mosclle , traversait les Ardennes , et opérait sa jonction avec les corps qui venaient d être battus sous Charleroi. Un grand conseil de guerre se réunit , et il fut résolu qu'à la téte de ces forces imposantes , désignées plus tard sous le nom d'armée de Samoreet-Meuse, on reprendrait avec une nouvelle vigueur le siège de Charleroi. Jourdan s'établit autour de la ville , en couvrant toutes les routes qui y conduisent. Bien que secondé par d'habiles généraux, par Lefebvre, Championnet, Hatri , Kléber, Marceau , etc., il essuya encore un échec. « Le prince d'Orange , Kaunitz et Beau lieu tombèrent sur les positions où les républicains n'étaient pas encore affermis. Un combat opiniâtre s'engagea au milieu d'un brouillard épais , qui déroba aux généraux français la force et les mouvements de leurs adversaires. Néanmoins, sur le Piéton et vers Gosselies, les Impériaux furent culbutés ou contenus. Jourdan se croyait vainqueur, lorsqu'il apprit que son aile droite avait repasse la Sambre. Ignorant ce qui se passait sur les autres points, et voyant deux redoutables colonnes menacer Lambu-
sart , elle avait craint de perdre ses communications avec la rive droite, et elle s'y était portée en bon ordre ; le reste de l'armée fut obligé de suivre son mouvement (*). » Les Autrichiens détruisirent tous nos travaux , et se retirèrent aussi dans la nuit sur Nivelles. Dès le lendemain , le général Jourdan tenta de nouveau le passage de la Sambre, l'opéra malgré de grandes difficultés, et recommença le siège.
Cobourg accourut alors pour soutenir ses lieutenants avec trente mille hommes. Mais on poussait avec rapidité les opérations du siège ; Le 25 juin, le gouverneur demanda à capituler : Je suis arrivé en hûley répondit Saint -Just, j'ai oublié ma plume ; je n'ai pris qu'une épée (**). Le même jour, le commandant, craignant un assaut, se rendit à discrétion, tandis que les généraux autrichiens , ignorant cette reddition , s'ébranlaient pour dégager la place. Le lendemain, au point du jour, les armées , qui se trouvaient en présence , se disposèrent à combattre , et alors s'engagea la célèbre bataille de Fleurus , brillante journée qui valut à la république la conquête de la Belgique.
— Au mois de juin 1815, Napoléon opéra sous les murs de Charleroi la reunion des armées de la Moselle et du Nord. Le 15, le général Quielhen, qui avait dans cette ville son quartier général , l'avait évacuée précipitamment, et le général Pajol y était entré, suivi immédiatement par l'empereur.
Ce fut dans les plaines de Charleroi , de Fleurus, de Ligny, que les armées françaises remportèrent leurs derniers succès avant la fatale journée de Waterloo.
Charles , nom fort commun en France depuis l'établissement de l'empire carlovingien , et dont la véritable
(•) Tableau des guerres de la révolu tiou, P- 77-
("*) Frappé d'étonnement , en entendant ces belles paroles, l'officier aulriebieu à qui elles étaient adressées se louma vers ceux qui le suivaient en s'êcriant : « Ce monsieur de Saint- Just il est un bien grand /tomme.
CUA
orthographe, d'après le son de l'ancienne langue tudesque, est KarL qui , suivant J. Grimm , signifie robuste.
Charles Martel naquit en 689.
Son père, Pépin d'Héristal, était maire du palais dans les royaumes de Neustrie et d'Austrasie. Sa' mère, Alpaïde, n'était qu'une simple concubine ; car la femme de Pépin se nommait Plectrude. On raconte qu'un jour l'évéque Lambert, se trouvant assis à la table de Pépin, aux côtés d'Alpaïde, l'outragea cruellement par ses paroles , pour faire sentir au duc des Francs que l'Église était scandalisée de sa conduite. Quelques jours après, un frère d'Alpaïde qui avait été témoin de l'outrage fait a sa sœur , surprit l'évéque en prière , et le tua au pied de l'autel. Un fils de Pépin, Grimoald , étant allé prier devant le tombeau du martyr, fut frappé par un inconnu ; et Pépin , soupçonnant le fils qu'il avait eu d'Alpaïde , le fit enfermer dans un cachot, et légua se3 I rats à son petit-fils, âgé de six ans, qu'il plaça sous la tutelle de son aïeule Plectrude.
Cependant les Neustriens , après la mort de Pépin d'Héristal, s'étaient révoltés contre cet enfant, au nom du-
3uel les chefs des Austrasiens prétenaient les gouverner. Ceux-ci voyant le pouvoir échapper de leurs mains , résolurent de mettre à leur tête un homme capable de les conduire à la victoire. Ils tirèrent de sa prison le bâtard de Pépin , qui défit les Ncustriens dans deux batailles successives, et gouverna ensuite les deux royaumes de Neustrie et d'Austrasie au nom du mérovingien Chilpéric II , qu'il avait décoré du titre de roi.
La Gaule franque était alors menacée sur le Rhin par les Germains , aux Pvrénées par les Arabes. Charles Martef réussit à repousser les Germains, et porta la dévastation jusqu'au fond de la Saxe. Puis, ayant pris à sa solde un grand nombre de ces barbares qu'il avait vaincus, mais dont il appréciait la valeur et le caractère indomptable, il revînt en Gaule et les opposa aux Arabes. Maîtres du nord
de l'Afrique et de l'Espagne, les Arabes avaient franchi les Pyrénées, et ils avaient planté l'étendard du prophète jusque sur les murs d'Autun. Ce fut dans les champs de Poitiers qu'eut lieu (732) la rencontre solennelle des guerriers francs et des guerriers arabes. Ceux-ci , montés sur des chevaux légers, mais peu accoutumés aux chances d'un combat en règle , vinrent échouer contre les lourds bataillons des Francs , qui leur paraissaient comme un rempart de fer. Trois cent soixante-quinze mille Arabes restèrent sur le champ de bataille, au dire des chroniqueurs , dont l'imagination paraît avoir été vivement frappée de cette rencontre décisive de deux armées animées par une égale valeur et
Çar un même enthousiasme religieux, toutefois, cette grande victoire fut si peu décisive , qu'au dire de ces mêmes chroniqueurs , Charles Martel ne poursuivit pas les ennemis, de crainte cTembûche. (Voy. Poitiers [bat. de.]) L'année suivante, il les attaqua encore dans le Midi, sans réussir cependant à les repousser au delà des Pyrénées.
Ce sont ces victoires qui ont valu au fils de Pépin le glorieux surnom de Martel , parce que , semblable à un marteau de fer, il tombait sur ses ennemis et les écrasait. Mais pour remporter ces victoires, Charles Martel avait été obligé d'appeler en Gaule des guerriers frisons et saxons qui étaient encore païens. Les descendants des guerriers francs n'étaient plus ni assez nombreux , ni assez énergiques pour suffire à la double tâche de repousser les Germains et les Arabes. Charles Martel distribua à ses alliés les biens des églises. Delà vient que sa mémoire nous est parvenue chargée de malédictions et d'anathèmes. On raconte qu'un jour saint Eucher, évéque d'Orléans, eut dans une vision une révélation de l'autre vie , et qu'il aperçut Charles Martel plongé dans les dernières profondeurs de l'enfer, et souffrant les supplices réservés aux damnés.
Lorsque l'on creusa dans la suite le lieu de sa sépulture , et qu'on ouvrit son cercueil , on le trouva vide , mais
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tout noirci comme par des flammes , et il en sortit un serpent. Ce récit prouve que l'Église ne pardonna jamais à Charles Martel de l'avoir dépouillée de ses biens. Et cependant Charles avait rendu des services à la cause de la religion. Il avait repoussé les apôtres armes de Mahomet, il avait protégé les missionnaires irlandais du pape préchant l'Évangile aux Germains, il était intervenu entre le pape et les Lombards, ses persécuteurs, et avait enfin déposé de riches offrandes au tombeau des apôtres.
Après une vie si agitée et si glorieuse , Charles Martel mourut dans son lit en 741 , à l'âge de cinquantetrois ans , laissant trois fils : Carloman , Penin et Griffon. Il avait eu ce dernier d'une captive allemande, et il ne lui laissa qu'une faible partie de son héritage.
Chables Ier, Voyez Chablema-